LA CUISINIÈRE RÉPUBLICAINEQui enseigne la manière simple d'accomoder(sic)les pommes de terre avec quelques avis sur les soins nécessaires pour les conserver[89].
LA CUISINIÈRE RÉPUBLICAINE
Qui enseigne la manière simple d'accomoder(sic)les pommes de terre avec quelques avis sur les soins nécessaires pour les conserver[89].
Ces livres tiennent du haut en bas tout le fond de la pièce. Ici le mur retourne, et c'est un panneauqu'emplit une bibliothèque de Boule de lapremière manièredu grand ébéniste, et dans laquelle le cuivre seul a un emploi dans l'incrustation de la marqueterie. L'enchevêtrement géométrique des lignes et la complication de l'arabesque sont du goût le plus sévère, et le dessin de métal avec son luisant d'or pâle, en le noir de l'ébène, fait le plus harmonieux effet et le plus sourdement riche. L'histoire de ce meuble est curieuse, comme un symptôme du mépris qu'au temps de la Restauration et du règne des commodes d'acajou, nos grands-parents avaient pour l'ancien mobilier de la France: il était l'armoire que ma mère avait à sa pension, dans sa chambre, quand elle commença à être grande fille. Plus tard il fut restauré par Monbro, malheureusement en ces années, où l'on n'avait pas le sentiment de la réparation historique, et où une baguette de cuivre estampé semblait devoir tenir avec succès la place d'une baguette en bronze doré, mais un jour où la vente d'un livre m'apportera un peu d'argent, je ferai arracher la restauration de Monbro, et remettre le petit meuble en son état ancien.
La bibliothèque de Boule est la boîte par excellence des beaux livres, des belles reliures, faisant ressortir les riantes et lisses couleurs des peaux avec le foncé de ses panneaux, où se répète et revit un rien de la dorure du dos des volumes. Aussiest-ce en cette bibliothèque qu'est la fleur de mes livres. Ce sont les livres illustrés par Boucher, par Gravelot, par Eisen, et parmi lesquels figure un exemplaire en maroquin vert desContes de La Fontaine, de l'édition des fermiers généraux, un exemplaire au texte réglé, aux toutes premières épreuves, aux gardes doublées de tabis, aux plats de la reliure chargés d'une riche dentelle; ce sont de petites raretés comme le voyage en Italie de MmeLecomte avec les spirituels encadrements à l'eau-forte, par lesquels les galants pensionnaires de l'Académie ont fêté la venue à Rome de la maîtresse de Watelet[90]; ce sont les six volumes in-quarto de l'édition de Molière de 1734, le plus beau et le plus monumental ouvrage, illustré par lexviiiesiècle; ce sont de curieux petits manuscrits comme l'Administration de l'argenterie,Menus Plaisirs et Affaires du Roi, dont j'ai tiré de si précieux détails pour le mariage de Marie-Antoinette. Il y a là renfermés, un certain nombre de beaux vieux maroquins sanguins, où la patine du temps a mis comme une pourpre sombre,—des bouquins solides et magnifiques qui sont à la fois des outils de travail et des joyaux de musées. Et encore des maroquins, aux armes de personnages célèbres duxviiiesiècle, des maroquins aux armes de Trudaine de Montigny, de Hue de Miromesnil, du lieutenantde police Sartines, de l'archevêque de Beaumont, de M. de Marigny, du prince de Ligne, du diplomate Cobentzel. Mon ambition avait été surtout de faire une collection spéciale de livres aux armes des Françaises, qui ont été, un tant soit peu, bibliophiles, au siècle dernier, mais je m'y suis pris un peu tard, et au moment où ces livres commençaient à devenir desdesideratade banquiers. Cependant, en ma petite bibliothèque, la duchesse de Gramont retrouverait son exemplaire en maroquin vert de l'Histoire du théatre de l'Académie royale de musique, 1757, et son exemplaire en maroquin rouge de laBibliothèque du Théatre-Français, par le duc de la Vallière; la comtesse de Provence retrouverait ses deux exemplaires en maroquin rouge, duDictionnaire portatif des beaux-arts, 1759, et desAnecdotes dramatiques, par l'abbé Clément, 1775; Madame Victoire de France retrouverait son exemplaire en maroquin vert duCours de belles-lettresde l'abbé Batteux[91]; enfin Marie-Antoinette retrouverait son exemplaire desLettres juivesdu marquis d'Argens, de sa bibliothèque du Petit-Trianon,—un exemplaire malheureusement relié en veau. Madame du Deffand, elle! y est rappelée par un exemplaire desConsidérations sur les mœursde Duclos, un volume où, selon son habitude, elle a fait imprimer en or, sur le dos, ses chats aimés, ses chats, dont Cochin a gravé, pour elle et ses amis, une rare petite estampe en 1746. Madamede Pompadour n'est pas oubliée en le petit meuble. Un numéro de sa bibliothèque repose sur les planchettes, le numéro de laVie des premiers peintres du Roi, par Lépicié, un livre qui est une confession des goûts de la favorite, et d'où se détachent ses trois tours d'or d'un superbe maroquin rouge. Mais un ouvrage pour moi plus précieux, et où l'on a tous les rôles joués et chantés par la comédienne et la virtuose, c'est leRecueil des comédies et balletsreprésentés sur le théâtre des Petits Appartements, quatre volumes splendidement reliés en maroquin, disparaissant sous la dorure, un exemplaire qui devait être donné par la favorite à ses familiers; et après ces deux livres d'art et de théâtre de la marquise, vient un curieux et significatif livre, ayant appartenu à la Du Barry: son Grécourt, où sur le veau du dos, dans les entrelacs de myrte qui courait sur l'argenterie de Lucienne, se lit la fameuse légende:Boutez en avant.
Pêle-mêle avec ces livres, sont nos livres à nous, les exemplaires choisis de nos romans, de nos études d'histoire, tirés sur peau de vélin, sur chine, sur papier de Hollande, et habillés comme des enfants qu'on aime, et signés d'unIet d'unEentrelacés, ciselés sur la tranche.
Que je plains les lettrés qui ne sont pas sensibles à la séduction d'une reliure, dont l'œil n'est pas amusé par la bijouterie d'une dorure sur un maroquin, et qui n'éprouvent pas, en les repos paresseux de l'esprit, une certaine délectation physique à toucher deleurs doigts, à palper, à manier une de ces peaux du Levant si moelleusement assouplies! La reliure française a été, de tout temps, un art, dont les adeptes ont fait preuve d'une adresse charmante, et c'est aujourd'hui peut-être le seul art industriel, où se soit conservée la main d'œuvre des choses exquises façonnées par les artisans-artistes duxviesiècle. Mais, il faut le dire de suite, cet art ne supporte pas la médiocrité: rien ne ressemble moins à une reliure supérieure qu'une reliure à bon marché, et l'assemblage de cahiers de papier imprimé entre deux cartons, enfermés dans une peau, en un tout homogène et parfait, un emboîtement qui semble fusionné dans un moule, n'est obtenu, n'est réalisé que par les relieurs qu'on paye très cher. Les grands charmeurs que les Trautz-Bauzonnet, les Capé, les Lortic, les Duru, les Marius! Je sais qu'il existe des fanatiques du nom de Bauzonnet qui ne veulent que des Bauzonnet, qui vont jusqu'à faire casser, sur les livres qu'ils achètent, les reliures de ses plus illustres confrères; moi, je l'avoue, je trouve que, malgré la conscience de son travail et la solidité des dorures, ses reliures ont toujours un aspect un peu vieillot, un peurestauration, et mes reliures d'affection sont des reliures de Capé et de Lortic. Le vieux Capé était inimitable pour la résurrection des reliures riches duxviiiesiècle et de leurs arabesques fleuries. Je possède une reliure desMaitresses de Louis XV, exécutée par lui dans la dernière année de sa vie, qui est un vrai chef-d'œuvre de goût et d'imitation intelligente.Mais pour moi,—quand il est dans ses bons jours,—Lortic, sans conteste, est le premier des relieurs. C'est le roi de la reliure janséniste, de cette reliure toute nue, où nulle dorure ne distrait l'œil d'une imperfection, d'une bavochure, d'un filet maladroitement poussé, d'une arête mousse, d'un nerf balourd,—de cette reliure où se reconnaît l'habileté d'un relieur ainsi que l'habileté d'un potier dans une porcelaine blanche non décorée. Nul relieur n'a, comme lui, l'art d'écraser une peau, et de faire de sa surface polie la glace fauve qu'il obtient dans le brun d'un maroquin La Vallière; nul, comme lui, n'a le secret de ces petits nerfs aigus, qu'il détache sur le dos minuscule des mignonnes et suprêmement élégantes plaquettes que lui seul a faites. Lortic est encore sans pair et sans égal pour jeter des fleurs de lis sur le plat d'une reliure, et la reliure de monHistoire de Marie-Antoinette, où sur le semis d'or ressaute, dans le maroquin rouge, le profil d'argent d'une médaille de la Dauphine, est une reliure qui peut tenir à côté des plus parfaits ouvrages des relieurs anciens.
Mais, pour ces livres sortis de nous, j'ai voulu mieux encore que des papiers extraordinaires, que des reliures splendides; j'ai cherché à les rendre dignes des enchères des ventes futures, par l'adjonction de dessins originaux, de gravures rares, d'autographes, d'émaux, faisant, de ces affectionnés exemplaires d'auteur, des espèces de bibelots. Ainsila Loretteétale pour frontispice une académie defemme à l'écriteau de location: un des plus jolis et des plus spirituels petits dessins de Gavarni.Henriette Maréchalrenferme: 1oune aquarelle de Gavarni pour le costume de MllePonsin en muse de carnaval; 2oune lettre du dessinateur avec un croqueton apportant un changement à la coiffure; 3oles vers autographes de Théophile Gautier écrits de cette petite écriture fine, menue et comme gravée.La fille Élisaest illustrée d'une eau-forte de François Flameng, tirée à deux ou trois exemplaires.Manette Salomona, encastrés dans les plats de sa reliure, deux merveilleux émaux de Popelin, représentant Manette, vue de face et de dos sur la table à modèle, et délicatement modelée dans l'or du métal, en sa serpentine nudité.
Parmi ces livres, il est un manuscrit qui m'est surtout cher: un cahier de notes prises en Italie, où les croquis s'entremêlent avec l'écriture, où une poupée antique du Vatican succède à la lampe qui a fait dire à Galilée: «E pur si muove», et où une aquarelle de la place de Bologne, donne une idée du tempérament de peintre de mon frère et de son talent d'aquarelliste.
Sur l'attique de la bibliothèque de Boule, entre les reflets profonds de bronzes sombres, un Amour charnu, aux yeux bandés, aux petites ailes frémissantes et recroquevillées, enferme dans un filet le globe du monde, et l'aimable statuette de Mayence détache ses chairs, pâlement rosées, du bleu pâle d'un long et fluet vase bleu turquoise, mettant surce haut de meuble, frappé toute la journée de lumière, l'opposition et l'accord glaceux des deux plus tendres colorations de la porcelaine de l'Occident et de l'Orient.
Au dessus, un peu incliné, se penche dans une harmonie de poudre, de jaunes dentelles, de blanche fourrure de cygne, un portrait de femme inconnue, pastellé par La Tour, une femme aux minces paupières, voilées d'une méditation ironique.
Après le panneau de la bibliothèque vient la cheminée.
Au milieu de la cheminée, sur un socle de bois sculpté, se dresse la Baigneuse de Falconet, un biscuit à la longueur fluette, aux mains, aux pieds, aux petits seins amoureusement modelés et dont la nudité blanche se reflète de dos dans la glace. Aux côtés de la Baigneuse sont posés deux pots-pourris de Saxe, d'une forme carrée, aux angles adoucis par un contour rocaille, surplombant de son décor ondulant les quatre faces semées de fleurettes, de papillons, d'insectes, joliment coloriés. Et à chaque extrémité de la cheminée se contourne un chandelier japonais: une grue, dont le cou, au-dessus de ses longues pattes d'échassier, se tord dans l'enroulement d'une branche d'arbrisseau en boutons, où s'entr'ouvre une fleur pour la bobèche d'une bougie.
La glace qui ne monte qu'à une certaine hauteur, ainsi que dans les anciens dessus de cheminée, et sur laquelle, brisant la ligne droite de l'architecture, pend la gouache de l'Épouse indiscrète, en un cadreà l'élégant écusson, est surmontée d'un trumeau. C'est une trouvaille du temps où, chez les marchands de bric-à-brac, vos pieds cognaient, dans les recoins noirs, les plus délicates sculptures: un panneau, où d'un vase Louis XVI, une grêle imagination de Salembier, déborde un bouquet de pavots dont l'épanouissement floche et les grandes feuilles molles sont rendus par un ciseau travaillant dans du bois, et en ce bois découpant une flore rustique, qui paraît chiffonnée par des doigts de femmes dans une feuille de papier humide.
De chaque côté de la cheminée, au-dessous de deux appliques de jade vert, feuillagées d'un bouquet de plumes de paon, sont suspendus à droite et à gauche des portraits de famille, des miniatures dans des cadres de cuivre doré.
Celle-ci, c'est ma grand'mère maternelle: Madame Le Bas de Courmont Pomponne, mariée au fermier général guillotiné en 1793. Isabey l'a représentée sous un toquet de velours liséré d'un ruban feu, jeté sur sa chevelure poudrée, la poitrine couverte d'une chemisette transparente, dans l'ouverture carrée d'une robe de velours bordée de fourrure. Et dans le pittoresque de ce costume de polonaise du Directoire, apparaît la séduisante femme, avec ses immenses yeux noirs, son nez à la Roxelane, sa bouche rouge. Ma grand'mère avait été une des beautés de cette époque de plaisir, une de ces veuves qui oubliaient la Terreur au bal, et le poétereau desModesou la Soirée d'été(1797) a même décoché quelquesvers contre sa coquetterie et ses toilettes excentriques:
Mais, est-il vrai, dis, superbe C....ont,Qu'un casque un jour ait ombragé ton front?
Mais, est-il vrai, dis, superbe C....ont,
Qu'un casque un jour ait ombragé ton front?
De cette grand'mère, j'ai le souvenir d'une vieille femme, se tenant du matin au soir,—sauf une petite promenade à quatre heures, au bras d'un abbé, dans le passage de l'Opéra,—se tenant dans le demi-jour d'un appartement très élevé, au mobilier comme emballé sous de vieilles housses, et où partout traînaient des livres de cabinet de lecture: les mémoires des temps qu'elle avait vécus. Son grand corps frileux était toujours empaqueté dans de jaunes cachemires de l'Inde, attachés sur elle par un nœud à l'enfant, et sa pâle et encore belle figure s'amusait de mon bruit, de mes interrogations, mais sans parler, sans répondre, sans sourire; enveloppée du silence un peu intimidant des vieilles gens qui ont traversé des révolutions.
Celle-là, c'est ma mère, peinte en 1822, l'année de son mariage. Coiffée de petits frisons dans lesquels est posé de côté un floquet de rubans bleus, un rang de perles au cou, elle porte une robe de mousseline blanche à rayures satinées qu'attache une ceinture bleue, et que resserrent, à la saignée des bras, deux bracelets de la soie et de la couleur de la ceinture et du floquet des cheveux. Cette toilette de jeune fille va le mieux possible à ses yeux limpides, à son teint pur et frais, à cette petite bouche donthéritera mon frère, à cet air d'ingénuité et de timidité qu'elle a gardé toute sa vie.
Sous le portrait de ma mère, le portrait de mon frère: une photographie d'après un daguerréotype exécuté en 1855, le seul portrait qui donne l'enjouement moqueur de sa figure, et l'expression de cette spirituelle gaieté, qui faisait se dire entre eux aux domestiques de la famille: «Monsieur Jules dîne ce soir, on va rire.»
De l'autre côté de la cheminée, c'est le portrait en habit galonné d'or, de Laurent l'ingénieur, le créateur du canal de Picardie, le glorieux anobli fait marquis de Villedeuil, et avec les descendants duquel ma famille a eu des alliances et d'intimes amitiés. Des traits carrés, une figure de volonté que ce Laurent de Villedeuil.
Sous le portrait de Laurent de Villedeuil, le portrait d'un parent dont j'ignore absolument le nom mais le portrait d'un terrible bon vivant de l'ancien régime, montrant, au-dessous des frimas d'une tête poudrée à blanc et d'épais sourcils noirs, un teint, où l'allumement sensuel de la vie met comme du fard parmi les bleuissements d'une barbe vivace.
Auprès de ce portrait, la médaille en bronze doré de mon grand-père à l'Assemblée nationale portant la légende:Louis XVI, restaurateur de la liberté française. Et à côté de la médaille, la gravure de la collection des portraits de chez Desjabin, qui le montre, ce grand-père, avec son petit œil despotique, son immensenez aquilin, l'avance énergique du bas de son profil:
M.Huot de Goncourt.Né à Bourmont, le 15 avril 1753.Député du Bassigni en Barrois à l'Assemblée nationale de 1789.
M.Huot de Goncourt.
Né à Bourmont, le 15 avril 1753.
Député du Bassigni en Barrois à l'Assemblée nationale de 1789.
Au coin de cette cheminée, dans les intermèdes du travail, une cigarette aux lèvres, les yeux errants sur tout le bric-à-brac qui m'entoure, souvent je me suis interrogé sur cette passion du bibelot qui m'a fait misérable et heureux toute ma vie. Et me rappelant les mois de privations, que mon frère et moi avons passés, plusieurs années de suite, dans des auberges de peintre à trois francs par jour, pour payer une trop grosse acquisition; et retrouvant dans ma mémoire ces journées maladives d'achats déraisonnables, et dont on sort inassouvi, avec l'émotion d'une nuit de jeu, et une bouche amère, que seule peut rafraîchir l'eau de mer d'une douzaine d'huîtres, je me demandais si cette maladie était un accident, un mal attrapé par hasard, ou si ce n'était pas plutôt une maladie héréditaire, un cas semblable à la transmission de la folie ou de la goutte. Alors je me mettais à remonter ma famille, et j'y trouvais un des grands et des passionnés collectionneurs duxviiiesiècle, M. Le Bas de Courmont, de la collection duquel viennent quelques-uns des beaux tableaux hollandais du Louvre, mais c'est le premiermari de ma grand'mère maternelle, et par le sang il ne m'est rien. Chez mon grand-père paternel, en sa belle maison de pierre sculptée de Neufchateau, il y avait quelques bronzes, quelques meubles, quelques dessins, achetés par lui à Paris, pendant qu'il siégeait à la Constituante, mais c'était tout simplement du mobilier de la grande ville, apporté par mode, dans la maison d'un provincial, et sans qu'on y rencontrât ni la trace ni le symptôme d'un goût particulier. Mon père, lui, était un militaire, et toute sa vie, depuis l'âge de seize ans passée sur les champs de bataille, ne l'avait pas disposé à donner son regard, à prêter son attention à ces «bêtises», et cependant,—c'est singulier,—quand il achetait un objet mobilier, et devant servir aux usages les plus vulgaires, une brosse par exemple, il la voulait de choix et jouant presque l'objet d'art; et il eut pour boire son bordeaux, un des premiers verres mousseline que le commerce ait fabriqués. En mon père était, en quelque sorte, une nature d'amateur pour les choses de la vie courante.
Mais je crois au fond que le collectionneur chez moi ne doit rien aux ascendances, et qu'il a été créé uniquement par l'influence d'une femme de ma famille. En ces temps, qui remontent à l'année 1836, un de mes oncles possédait une propriété à Ménilmontant, une grande habitation en forme de temple, avec un théâtre en ruine, au milieu d'un petit bois: l'ancienne petite maison donnée par un duc d'Orléans à Mademoiselle Marquise. L'été, ma mère, ma tante etune autre de ses belles-sœurs, dont le fils, l'un de mes bons et vieux amis, est aujourd'hui ministre plénipotentiaire de France en Bavière, habitaient, toute la belle saison, cette propriété: les trois ménages vivant dans une espèce de communauté de tout le jour. Moi j'étais à la pension Goubaux, et tous les dimanches où je sortais, voici à peu près quel était l'emploi de la journée: Vers les deux heures, après un goûter qui était, je me rappelle, toujours un goûter de framboises, les trois femmes, habillées de jolies robes de mousseline claire, et chaussées de ces petits souliers de prunelle, dont on voit les rubans se croiser autour des chevilles, dans les dessins de Gavarni de «la Mode», descendaient la montée, se dirigeant vers Paris. Un charmant trio que la réunion de ces trois femmes: ma tante, avec sa figure brune pleine d'une beauté intelligente et spirituelle, sa belle-sœur, une créole blonde, avec ses yeux d'azur, sa peau blanchement rosée et la paresse molle de sa taille; ma mère, avec sa douce figure et son petit pied. Et l'on gagnait le boulevard Beaumarchais et le faubourg Saint-Antoine. Ma tante se trouvait être, à cette époque, une des quatre ou cinq personnes de Paris, enamourées de vieilleries, dubeaudes siècles passés, des verres de Venise, des ivoires sculptés, des meubles de marqueterie, des velours de Gênes, des points d'Alençon, des porcelaines de Saxe. Nous arrivions chez les marchands de curiosités à l'heure où, se disposant à partir pour aller dîner en quelque «tourne-bride» près Vincennes,les volets étaient déjà fermés, et où la porte seule, encore entre-bâillée, mettait une filtrée de jour parmi les ténèbres des amoncellements de choses précieuses. Alors c'était, dans la demi-nuit de ce chaos vague et poussiéreux, un farfouillement des trois femmes lumineuses, un farfouillement hâtif et inquiet, faisant le bruit de souris trotte-menu dans un tas de décombres, et des allongements, en des recoins d'ombre, de mains gantées de frais, un peu peureuses de salir leurs gants, et de coquets ramènements du bout des pieds chaussés de prunelle, puis des poussées, à petits coups, en pleine lumière, de morceaux de bronze doré ou de bois sculpté, entassés à terre contre les murs...
Et toujours au bout de la battue, quelque heureuse trouvaille, qu'on me mettait dans les bras, et que je portais comme j'aurais porté le Saint-Sacrement, les yeux sur le bout de mes pieds et sur tout ce qui pouvait me faire tomber. Et le retour avait lieu dans le premier et expansif bonheur de l'acquisition, faisant tout heureux le dos de trois femmes, avec, de temps en temps, le retournement de la tête de ma tante, qui me jetait dans un sourire: «Edmond, fais bien attention de ne pas le casser!»
Ce sont certainement ces vieux dimanches qui ont fait de moi le bibeloteur que j'ai été, que je suis, que je serai toute ma vie.
[1]Il n'est guère besoin de dire que le carré est toujours rapporté à son maître par le porteur du présent.[2]Les foukousas modernes seraient aujourd'hui fabriqués à Togané, d'où on les expédierait à Yedo.[3]Parmi ces foukousas, il s'en trouve un très curieux, mais que je crois d'origine chinoise. Sur un fond de soie grège écrue est représentée une pivoine arborescente au-dessus d'un rocher en lapis. L'envers des parties brodées est absolument l'envers du travail des tapisseries des Gobelins.[4]Ces merveilleuses broderies, M. Réal, lors de son séjour au Japon en 1867, les payait un dollar pièce.[5]Cette langouste est signée:Matsoutani Kitsoubeï. Les Japonais seuls ont fait de ces broderies, répétons-le, les Chinois n'en ont pas fait; et s'il existe quelques carrés chinois, l'imitation de la nature n'y est jamais rigoureuse.[6]Chez M. Lansyer, qui a une collection de foukousas choisis avec le goût d'un peintre coloriste, et dont les fonds sont faits des clartés les plus tendres, on tombe en admiration devant un foukousa jaune citron, sur lequel le brodeur n'a pas craint de jeter des grues brodées en or, et l'on retrouve le même plaisir des yeux devant un autre vol de grues sur un fond jaune, couleur de la toile non encore blanchie, et toute sillonnée de raies d'or imitant la chute d'une cascade.[7]A propos de la pierre noire et de la sanguine, ces deux matières employées par les dessinateurs duxviiiesiècle, nous avons une lettre de Watteau qui se plaint de la dureté de la sanguine, et nous savons qu'il la faisait venir d'Angleterre. Descamps se plaint également, dans une lettre à Desfriches, de la pierre noire qu'on achète à Paris, et dit se la faire envoyer d'Espagne.[8]La plupart des dessins de ma collection ont été reproduits en fac-similé par la maison Braun.[9]J'excepte deux études d'un homme en chapeau rond, conservées dans les cartons du Louvre, et qu'on pourrait prendre pour des bistres de Fragonard.[10]A la vente Pourtalès, était exposée la gouache de la composition gravée sous le titre duCurieux, mais elle était exposée au-dessus d'une porte, et il m'a été impossible de la voir, de manière à la juger.[11]Je ne reprendrai pas ici l'étude que j'ai faite sur le dessin de Boucher dans «l'Art duxviiiesiècle»; j'y renvoie le lecteur ainsi que pour les procédés du dessin de Watteau, de Chardin, de La Tour, de Greuze, des Saint-Aubin, de Gravelot, de Cochin, d'Eisen, de Moreau, de Debucourt, de Fragonard, de Prud'hon.[12]Des paysages de Boucher, surtout quelques mines de plomb, dont j'ai vu deux ou trois échantillons chez la baronne de Conantre, semblent des mines de plomb de 1830. J'appelle aussi l'attention sur la ressemblance de certains dessins de Boucher avec quelques dessins de paysage de Jacques l'aquafortiste.[13]Ce dessin, qui n'est pas tout à fait dans le faire connu de Boucher, est signé pour moi dans la rondeur du dessin de la main.[14]Le chevalier de Menilglaise est un faiseur de romances, dont plusieurs sont données dans les Chansons de Laborde.[15]Il existe une répétition de ce dessin, mais sans inscription.[16]Desrais a effrontément pillé, dans ce dessin, l'Allemande du «Bal paré» d'Augustin de Saint-Aubin.[17]Les biographes le font naître les uns en 1747, les autres en 1750.[18]Le mantelet est un des accessoires affectionnés par Fragonard dans la toilette de ses femmes.[19]On a deux pièces de poésie de Girodet imprimées, l'une: «A sa maîtresse»; l'autre: «Portrait de sa maîtresse»; dans toutes les deux, il parle «d'une noire chevelure aux anneaux légers, capricieux».[20]Dans ce siècle-ci, je ne vois guère que Meissonier qui dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai même que certains dessins du maître moderne ont une parenté avec les dessins du vignettiste duxviiiesiècle.[21]Un motif en faveur dans ce temps. On trouve dans le catalogue Paignon-Dijonval une gouache de Debucourt représentant le même sujet, qui a été encore repris par Fragonard dans un charmant bistre possédé par M. du Sommerard.[22]Huet est né en 1745, donc il aurait eu 9 ans quand il aurait fait ce dessin, en outre ses prénoms sont Jean-Baptiste, et cependant le dessin est marqué au caractère de ses études, et de plus la signature est parfaitement de l'écriture du peintre.[23]Il était aussi peintre et aurait peint le plafond du théâtre de Rouen, dont il était originaire.[24]L'article de Brunn-Neergaard était fait sur le livre:l'Art du dessin en France depuis son rétablissement jusqu'à nos jours, par le docteur Fiorillo, Gœttingue 1806, un volume allemand qui, je crois bien, n'a jamais été traduit.[25]On rencontre, du même artiste, de nombreux croquis de la démolition de ces maisons.[26]Je n'ai pas besoin de dire que les fautes d'orthographe sont fréquentes dans les signatures parfaitement authentiques des peintres duxviiiesiècle.[27]Les dessins au trait, lavés de bistre, tels qu'ils sont gravés, sont de Monnet; mais je doute que les miniatures finies soient du peintre. Les peintres d'alors, à l'imitation de Boucher, de Fragonard, avaient des femmes artistes, des femmes miniaturistes, qu'ils faisaient souvent travailler sous leur nom.[28]Voir plus loin, aux lettres de peintres, le traité pour la gravure de ce dessin entre l'éditeur Lamy et le graveur Malbeste.[29]Ces deux dessins sont d'une manière un peu différente de la manière de Natoire, d'un faire plus italien, mais je les tiens pour de parfaits Natoire. Reconnaître un dessin écrit avec l'écriture de tous les jours d'un peintre, ce n'est pas absolument difficile pour un amateur qui vit dans les dessins; mais reconnaître un dessin, où le maître a modifié sa manière, a varié ses procédés: voilà quelle doit être l'ambition du connaisseur![30]Cependant on parle d'une étude faite dans ces conditions, et où Nattier a écrit sur le dessin, avec son orthographe singulière:Madame de Pris—filles de M. de Pleneuse—estant jeune, lorsque j'ay—fait toute la famille de—M. de Pleneuse.[31]Catalogué sous le nom de Roslin.[32]Le couteau maladroit du monteur de dessins a rogné la première ligne de cette note.[33]Il existe un faux dessin de ce sujet, ou du moins un dessin qui a été poussé au fini, sur un léger croquis de Gabriel.[34]Les «Mémoires de Maurepas» donnent cette madame de Moussy comme maîtresse à d'Argenson, le ministre de la guerre.[35]Café des boulevards, célèbre par les batailles des Lafayettistes et des Maratistes au commencement de la Révolution.[36]Malgré la valeur de l'attribution, je serais disposé à voir dans ce dessin, d'un faire plus large que ses dessins ordinaires, une composition de Baudouin, l'officier aux gardes françaises, dont il portait au dos la signature. Il n'est pas sans exemple que des dessins d'amateurs aient été gravés sous d'autres noms que les leurs.[37]Voici la mention du catalogue de Vanloo donné dans les «Deuils de cour», à la suite de sa biographie: «Plusieurs portraits de la famille et des amis de C. Vanloo, entre autres ceux des dames Vanloo, etc., des MM. Somis, Trémollières, Boucher, Dandré-Bardon, etc.»[38]Le papier, primitivement bleu, est devenu, à l'exposition du soleil, tout à fait jaune. Il est ainsi un certain nombre de dessins, dont le papier n'est plus du tout de la couleur indiquée dans les premiers catalogues de vente, où ils ont passé.[39]On ignore assez généralement que le tableau de Vanloo a été, pour ainsi dire, reproduit par Beaumarchais, dans la mise en scène, au Théâtre-Français, de la scène IV de l'acte second du «Mariage de Figaro».[40]Quoiqu'on puisse dire, en thèse générale, que Watteau ne signait jamais ses dessins, il ne faut pas oublier que bon nombre de ses croquis gravés, après sa mort, dans le recueil de ses dessins publiés par M. de Julienne sous le titre deFiguresde différents Caractères, portent reproduit le W, jeté au bas de ce mezzetin.[41]Je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, les contre-épreuves de Watteau ne seraient pas recherchées, comme l'étaient, au siècle dernier, les contre-épreuves de Bouchardon.[42]M. Renouvier attribue au père les dessins de mode du fils.[43]Il signe rarement; cependant j'ai vu, sur un dessin qui m'a échappé, et semblable à celui-ci, la signature:Watt.[44]Le pastel était le procédé préparatoire de Weyler, et le Salon de 1805 annonçait que MmeKugler, élève de Weyler, possédait la collection d'ébauches au pastel de son maître.[45]Les marchands baptisent les tapisseries du nom de Beauvais ou Gobelins assez légèrement, et affirment que toute tapisserie dont la trame est de soie, est de Beauvais. Le seul moyen de reconnaître si une tapisserie est de la première ou de la seconde manufacture, est de savoir si la tapisserie est fabriquée à haute ou basse lisse, les Gobelins seuls ayant fabriqué de la haute lisse. Malheureusement il n'y a guère d'autre preuve de la fabrication de la haute et de la basse lisse, que s'il existe un dessin ou une gravure de la tapisserie. Si la tapisserie est à basse lisse, elle est retournée; si elle est à haute lisse elle n'est pas retournée. Cette tapisserie, vendue pour une tapisserie de Beauvais, serait une tapisserie des Gobelins, le hasard ayant fait tomber sous mes yeux le dessin qui était à vendre, il y a une vingtaine d'années, chez Blaisot.[46]L'aune carrée de tapisserie coûtait autrefois de 1,900 à 2,000, à 2,700 livres; à l'heure présente, elle revient à peu près à 4,400 francs.[47]L'illustration de ces trois albums est d'O-kou-sai.[48]Voici l'origine de la lutte et des lutteurs: «Il y avait, sous Sei Nin Ten O,—contemporain de Jésus-Christ,—deux hommes d'une force supérieure, le nommé Tafema-no Kouyéfaya demeurant dans la province de Yamato; et l'autre, nommé Nomi-no Soukoné dans celle d'Idzoumo. Le Daïri les fit venir pour lutter devant lui. Le premier se cassa la jambe et mourut, l'autre fut gratifié d'un petit terrain et d'une pension, et resta dans la capitale. Il fut l'inventeur des poupées de terre glaise et autres bagatelles. Il fut nommé intendant des travaux publics; et cette dignité resta à ses fils, petits-fils et à leurs descendants, dont la famille porta le nom de Taka fara. C'est à cette époque que l'art de lutter a commencé au Japon.»[49]Les chefs de troupe des lutteurs ont rang d'officiers et portent les deux sabres, signe distinctif de la noblesse japonaise.[50]Letay, lesparus aurataouchrysphrys cristiceps, ce délicat et beau poisson consacré à Yebis, est un mets affectionné par les Japonais, qui se le font apporter sur la table, encore vivant, et déjà coupé en tranches, tranches qui se détachent dans une dernière convulsion, produite par quelques gouttes de vinaigre jetées dans les yeux du poisson. On le sert sur un petit échafaudage de bâtonnets de verre de couleur reposant sur un lit d'algues.[51]D'après M. Fraissinet,—est-ce bien authentique?—la nouvelle mariée japonaise recevrait dans son trousseau douze robes d'apparat, les robes des douze mois de l'année. La première serait une robe bleue brodée de tiges de jasmin et de bambou; la deuxième, une robe vert de mer à fleurs de cerisier et à carreaux; la troisième, une robe rouge clair, sillonnée de branches de saule ou de cerisier; la quatrième, une robe portant un coucou, ou le signe hiéroglyphique qui représente l'oiseau de bon augure conjugal au Japon; la cinquième, une robe jaune terne, brodée de feuilles d'iris et de plantes aquatiques; la sixième, une robe orange clair, où sont figurés des melons d'eau annonçant la saison des pluies; la septième, une robe blanche mouchetée dekounotis, clochettes pourpre, dont la racine laiteuse est très recherchée en médecine; la huitième, une robe rouge parsemée de feuilles demimosiou prunier du Japon; la neuvième, une robe violette ornée de fleurs de la matricaire; la dixième, une robe olive représentant des champs d'épis moissonnés où courent les zigzags de chemins et de sentiers; la onzième, une robe noire recouverte de caractères représentatifs de la neige et des glaçons; la douzième, une robe pourpre chargée de signes idéographiques exprimant les rigueurs de l'hiver.[52]Une nuance japonaise est un certain vert pour vêtement de dessus, nomméYama bato iro, ou couleur de pigeon de montagne, et qu'a seul le droit de porter le mikado. Ses robes de dessous, du moins autrefois, étaient des étoffes pourpre tissées de fleurs blanches. Ces étoffes pourpre s'appelaientTeivosasinoki, et leurs dessinsKoumo fate wakouou nuageux.[53]M. Bousquet parle de dîners d'auberge servis par des servantes à genoux.[54]Tales of oldJapan, by A.-B. Mitford, London, Macmillan and Co, 1871.[55]D'après une curieuse note de Bergerat, sur des indications fournies par Narushima, un des Japonais venus en France, l'année de l'exposition, Oksaï, O-kou-saï, Fokkusaï, dont le vrai nom serait Hottéyimon-Miuraya, serait né à Yedo au milieu duxviiiesiècle, aurait travaillé dans l'atelier de Shiun-Sui-Katsu-Kava, puis chez Shiun-Shivo, et aurait débuté par une suite des Jardins de Yedo. Baptisé par son maître du pseudonyme deShiun-Bô, il aurait, ce qui n'est pas invraisemblable pour unJaponais, signé, de 1764 à 1798, de cinq noms différents, d'abord Sôri, puis Saïto, puis Tameithi, puis Gakino-Bojin, enfin Katsu-Chika-Fokkusaï, le nom sous lequel il est resté célèbre, et qui veut direMaison du Nord, par allusion à une maison très reculée et très lointaine, qu'il habitait au nord de la ville.Son œuvre est très considérable: indépendamment de ses quatorze petits cahiers d'études et de ses trois albums de Fusi-yama, il a été surtout un illustrateur de romans, et principalement des romans de Kiokutei, le romancier en vogue du Japon, et aujourd'hui les Japonais payent des prix énormes les anciens tirages de ses planches. Lors du séjour de M. Philippe Sichel au Japon, un exemplaire des quatorze cahiers d'études d'O-kou-saï, avec annotations et croquetons du peintre, jetés dans les blancs de l'album, était en vente au prix de mille dollars à Osaka. Il est mort dans un âge très avancé, puisque la publication du Fusi-yama est de 1830. Il y a une légende à Kioto, lui prêtant la collaboration d'une fille belle et intelligente, qui ne voulut jamais se marier, se dévouant tout entière à son vieux père, d'humeur, par parenthèse, assez fantasque.[56]Anthologie japonaise, par Léon de Rosny. Maisonneuve et Cie, éditeurs, 1871.[57]Les premiers spécimens au moyen de planches, connus au Japon, sont des livres de prières commandés par l'impératrice Shokotu-Tenna, 48esouverain (765-769) pour les placer dans le million de pagodes à miniatures et à trois étages, qu'elle avait fait construire.[58]M. Sato disait à Burty que ces impressions étaient pour la plupart des feuilles détachées deLivres d'amis. Une société, dans ses réunions, tout en prenant le thé, s'amusait à composer des vers, à laver des dessins, et, au bout de l'année, vers et dessins étaient donnés à un graveur en couleur, qui en tirait un nombre d'exemplaires limité aux membres de la société.[59]Les garde-robes théâtrales au Japon sont immenses et très coûteuses. M. Réal s'est trouvé sur les lieux, quand on a vendu le matériel du prince de Tosa, acheté par le théâtre d'Osaka. Il y avait 6,000 robes et pantalons de théâtre qui furent vendus 4,200 piastres, 210,000 francs: ce qui mettait à 7 piastres des robes qui avaient coûté 100 et 150 piastres pièce.[60]Voici le bulletin du 7 mai:Quoique l'état du Roi n'ait empiré en rien, Sa Majesté, de son propre mouvement, a demandé à recevoir ses sacrements, et les a reçus à sept heures.BULLETIN DE LA MALADIE DU ROI.Le redoublement de la nuit a été moins fort et moins long que celui de la nuit précédente. Il y a eu quelques intervalles de bon sommeil. La suppuration étend le progrès sur tout le corps, tandis que les pustules du visage commencent à se dessécher. Les urines sont bonnes. Les vésicatoires vont bien.Signé: Le Mounier, Lassone, Lorry, Bordeo, de Lassaigne, la Martinière, Andouillé, Boiscaillaud, Lamarque, Colon.[61]Extrait du manuscrit intitulé:Conférences et détails d'administration de l'Académie Roïale de Peinture et de Sculpture, rédigé et mis en ordre par M. Hulst, année MDCCXLVIII. Manuscrit dont tous les articles sont contresignés par Lépicié.[62]Il n'est question que des grands prix de 1745, parce que les concours de 1746 et 1747 furent jugés si faibles par les académiciens qu'il n'y eut point de prix du tout.[63]Mon analyse ne porte pas sur les biographies de date récente, à moins toutefois que le petit nombre de leur tirage et leur publication en province n'en fasse des raretés.[64]L'année n'est point indiquée.[65]Orateur du peuple, vol. III, no65, et vol. IV, no10.[66]Jeaurat, né le 8 février 1699, mourait le 14 décembre 1789, âgé de plus de 90 ans.[67]La lettre est pleine de fautes d'orthographe, comme presque toutes les lettres d'artiste que je donne.[68]Le Clerc a mis son portrait en tête d'un cahier de principes de dessins. Il est représenté dans une gravure au lavis, dessinant sous le jour d'une fenêtre, dans le cadre d'un œil-de-bœuf, en bas duquel sont entassés une palette, une toile sur un chevalet, une tête en plâtre, des cartons, des livres de dessin à l'usage des commençants.[69]La petite gravure de l'homme du premier plan auquel le vent enlève son chapeau.[70]Je rétablis l'orthographe.[71]Dans une dernière lettre, datée de Kiew, 23 mai 1820, où il est en route pour revenir en France, Swebach annonce qu'il emporte la commande de quinze tableaux.[72]Cette brochure a été publiée anonymement. Elle est d'un avocat nommé Yon, et a paru en 1757.[73]La du Barry, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878, p. 205.[74]Voir, pour les détails de cette vente:Madame de Pompadour, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878, p. 329.[75]Un complément de ce livre pour l'histoire de l'art de la joaillerie et bijouterie est le catalogue détaillé des plus belles pierreries de France qui se trouve dans l'Inventaire des diamants de la couronne. Paris, de l'Imprimerie nationale, 1791.[76]Je ne cite pas le Tailleur, tiré de l'Encyclopédie.[77]Voir un chapitre sur les chenilles, dans lesLettres critiques et morales sur les modes du temps, Avignon 1760.[78]A ces pamphlets sur les tailleurs, il faut joindre:Billet d'enterrement d'un maître tailleur avec son testament à Filoutrimanie, 1760.[79]On connaît la phrase de Besenval à un absent de Versailles depuis six mois, qui redoutait d'avoir perdu le ton de la cour: «Je vais vous mettre au courant. Ayez un habit puce, une veste puce, une culotte puce, et présentez-vous avec confiance. Voilà tout ce qu'il faut aujourd'hui pour réussir!»[80]Jupon de toile gommée, ainsi nommé du bruit qu'il faisait.[81]Ces conclusions étaient celles du travail de l'anatomiste Winslow dans lesMémoires de l'Académie des Sciences, de 1741.[82]Les coiffeuses venaient d'être tout nouvellement instituées, et parmi plusieurs arrêts du Conseil d'État du Roi, concernant les perruquiers, coiffeurs, coiffeuses, j'en trouve un, qui ordonne que toutes coiffeuses de femmes seront tenues de se faire inscrire tant au bureau de la communauté des maîtres perruquiers qu'en celui de la police.[83]Le cannaméliste français, ou Nouvelle Instruction pour apprendre l'office. A Nancy, de l'imprimerie d'Abel-Denis Cusson, 1761.[84]Voici les logements d'un de ces voyages, le voyage du 3 mai 1757:Logements.Château neuf.Rez-de-chausséeAppartement du Roy.Appartement de madame la marquise de Pompadour.Entresols par le grand escalierB Mmela maréchale de Mirepoix.C M. le maréchal de Mirepoix.D Mmela marquise de Châteaurenault.Corridor des bains.—Rez-de-chausséeG Mmela comtesse de Coigny.Corridor de la TribuneH M. le Gouverneur.I M. le maréchal de Luxembourg.K M. le comte de Clermont.Mansardes.Corridor à droite.L M. le duc de Fronsac.M M. le marquis de Gontaut.N M. le Premier.O M. le duc de la Vallière.P M. le comte de Baschy.Q M. le marquis d'Estainville.R M.Corridor à gauche.S M.T M.V M.Grand château.Ailes des Seigneurs sur le jardin.No16M. le comte de Cambis.No15 M. le prince de Dessenstein.No16 M. le marquis de Ségur.No17 M. le marquis de Croissy.[85]Guignard, oiseau de passage, de la grosseur du pluvier, dont on faisait des pâtés à Chartres, que Collin d'Harleville a chantés.[86]Une autre série de ces menus, provenant de la collection Leber, est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque de Rouen.[87]Le Cuisinier gascon, nouvelle édition à laquelle on a joint la lettre du pâtissier anglais. Amsterdam, 1767.[88]Précis d'une histoire générale de la vie privée des Français.Paris, Moutard, 1779.[89]Une petite brochure imprimée chez la veuve Mérigot, quai des Augustins, 38. Il ne reparaît pas, je crois, de livre sur la cuisine avant l'an VI, où Derouault publie «Étrennes aux vivants, ou Cuisinier pour tous les mois de l'année». Du reste, certains produits alimentaires avaient disparu pendant la Révolution; le gibier n'était plus commun, et Grimod de la Reynière dit dans sonAlmanach des gourmandsque les faisans, «les premières victimes du système démocratique adopté en France», étaient presque une rareté en 1803, année où il écrit.[90]Nella venuta in Roma dimadama Lecomteet dei signoriWateleteCopetie.Componimenti poetici di Luigi Subleyras colle figure in rame di Stefano della Vallée Poussin, pensionario di S. M. Christianissima, 1764.[91]On sait que les quatre filles de Louis XV avaient chacune adopté une couleur de maroquin différente pour leurs livres.
[1]Il n'est guère besoin de dire que le carré est toujours rapporté à son maître par le porteur du présent.
[2]Les foukousas modernes seraient aujourd'hui fabriqués à Togané, d'où on les expédierait à Yedo.
[3]Parmi ces foukousas, il s'en trouve un très curieux, mais que je crois d'origine chinoise. Sur un fond de soie grège écrue est représentée une pivoine arborescente au-dessus d'un rocher en lapis. L'envers des parties brodées est absolument l'envers du travail des tapisseries des Gobelins.
[4]Ces merveilleuses broderies, M. Réal, lors de son séjour au Japon en 1867, les payait un dollar pièce.
[5]Cette langouste est signée:Matsoutani Kitsoubeï. Les Japonais seuls ont fait de ces broderies, répétons-le, les Chinois n'en ont pas fait; et s'il existe quelques carrés chinois, l'imitation de la nature n'y est jamais rigoureuse.
[6]Chez M. Lansyer, qui a une collection de foukousas choisis avec le goût d'un peintre coloriste, et dont les fonds sont faits des clartés les plus tendres, on tombe en admiration devant un foukousa jaune citron, sur lequel le brodeur n'a pas craint de jeter des grues brodées en or, et l'on retrouve le même plaisir des yeux devant un autre vol de grues sur un fond jaune, couleur de la toile non encore blanchie, et toute sillonnée de raies d'or imitant la chute d'une cascade.
[7]A propos de la pierre noire et de la sanguine, ces deux matières employées par les dessinateurs duxviiiesiècle, nous avons une lettre de Watteau qui se plaint de la dureté de la sanguine, et nous savons qu'il la faisait venir d'Angleterre. Descamps se plaint également, dans une lettre à Desfriches, de la pierre noire qu'on achète à Paris, et dit se la faire envoyer d'Espagne.
[8]La plupart des dessins de ma collection ont été reproduits en fac-similé par la maison Braun.
[9]J'excepte deux études d'un homme en chapeau rond, conservées dans les cartons du Louvre, et qu'on pourrait prendre pour des bistres de Fragonard.
[10]A la vente Pourtalès, était exposée la gouache de la composition gravée sous le titre duCurieux, mais elle était exposée au-dessus d'une porte, et il m'a été impossible de la voir, de manière à la juger.
[11]Je ne reprendrai pas ici l'étude que j'ai faite sur le dessin de Boucher dans «l'Art duxviiiesiècle»; j'y renvoie le lecteur ainsi que pour les procédés du dessin de Watteau, de Chardin, de La Tour, de Greuze, des Saint-Aubin, de Gravelot, de Cochin, d'Eisen, de Moreau, de Debucourt, de Fragonard, de Prud'hon.
[12]Des paysages de Boucher, surtout quelques mines de plomb, dont j'ai vu deux ou trois échantillons chez la baronne de Conantre, semblent des mines de plomb de 1830. J'appelle aussi l'attention sur la ressemblance de certains dessins de Boucher avec quelques dessins de paysage de Jacques l'aquafortiste.
[13]Ce dessin, qui n'est pas tout à fait dans le faire connu de Boucher, est signé pour moi dans la rondeur du dessin de la main.
[14]Le chevalier de Menilglaise est un faiseur de romances, dont plusieurs sont données dans les Chansons de Laborde.
[15]Il existe une répétition de ce dessin, mais sans inscription.
[16]Desrais a effrontément pillé, dans ce dessin, l'Allemande du «Bal paré» d'Augustin de Saint-Aubin.
[17]Les biographes le font naître les uns en 1747, les autres en 1750.
[18]Le mantelet est un des accessoires affectionnés par Fragonard dans la toilette de ses femmes.
[19]On a deux pièces de poésie de Girodet imprimées, l'une: «A sa maîtresse»; l'autre: «Portrait de sa maîtresse»; dans toutes les deux, il parle «d'une noire chevelure aux anneaux légers, capricieux».
[20]Dans ce siècle-ci, je ne vois guère que Meissonier qui dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai même que certains dessins du maître moderne ont une parenté avec les dessins du vignettiste duxviiiesiècle.
[21]Un motif en faveur dans ce temps. On trouve dans le catalogue Paignon-Dijonval une gouache de Debucourt représentant le même sujet, qui a été encore repris par Fragonard dans un charmant bistre possédé par M. du Sommerard.
[22]Huet est né en 1745, donc il aurait eu 9 ans quand il aurait fait ce dessin, en outre ses prénoms sont Jean-Baptiste, et cependant le dessin est marqué au caractère de ses études, et de plus la signature est parfaitement de l'écriture du peintre.
[23]Il était aussi peintre et aurait peint le plafond du théâtre de Rouen, dont il était originaire.
[24]L'article de Brunn-Neergaard était fait sur le livre:l'Art du dessin en France depuis son rétablissement jusqu'à nos jours, par le docteur Fiorillo, Gœttingue 1806, un volume allemand qui, je crois bien, n'a jamais été traduit.
[25]On rencontre, du même artiste, de nombreux croquis de la démolition de ces maisons.
[26]Je n'ai pas besoin de dire que les fautes d'orthographe sont fréquentes dans les signatures parfaitement authentiques des peintres duxviiiesiècle.
[27]Les dessins au trait, lavés de bistre, tels qu'ils sont gravés, sont de Monnet; mais je doute que les miniatures finies soient du peintre. Les peintres d'alors, à l'imitation de Boucher, de Fragonard, avaient des femmes artistes, des femmes miniaturistes, qu'ils faisaient souvent travailler sous leur nom.
[28]Voir plus loin, aux lettres de peintres, le traité pour la gravure de ce dessin entre l'éditeur Lamy et le graveur Malbeste.
[29]Ces deux dessins sont d'une manière un peu différente de la manière de Natoire, d'un faire plus italien, mais je les tiens pour de parfaits Natoire. Reconnaître un dessin écrit avec l'écriture de tous les jours d'un peintre, ce n'est pas absolument difficile pour un amateur qui vit dans les dessins; mais reconnaître un dessin, où le maître a modifié sa manière, a varié ses procédés: voilà quelle doit être l'ambition du connaisseur!
[30]Cependant on parle d'une étude faite dans ces conditions, et où Nattier a écrit sur le dessin, avec son orthographe singulière:Madame de Pris—filles de M. de Pleneuse—estant jeune, lorsque j'ay—fait toute la famille de—M. de Pleneuse.
[31]Catalogué sous le nom de Roslin.
[32]Le couteau maladroit du monteur de dessins a rogné la première ligne de cette note.
[33]Il existe un faux dessin de ce sujet, ou du moins un dessin qui a été poussé au fini, sur un léger croquis de Gabriel.
[34]Les «Mémoires de Maurepas» donnent cette madame de Moussy comme maîtresse à d'Argenson, le ministre de la guerre.
[35]Café des boulevards, célèbre par les batailles des Lafayettistes et des Maratistes au commencement de la Révolution.
[36]Malgré la valeur de l'attribution, je serais disposé à voir dans ce dessin, d'un faire plus large que ses dessins ordinaires, une composition de Baudouin, l'officier aux gardes françaises, dont il portait au dos la signature. Il n'est pas sans exemple que des dessins d'amateurs aient été gravés sous d'autres noms que les leurs.
[37]Voici la mention du catalogue de Vanloo donné dans les «Deuils de cour», à la suite de sa biographie: «Plusieurs portraits de la famille et des amis de C. Vanloo, entre autres ceux des dames Vanloo, etc., des MM. Somis, Trémollières, Boucher, Dandré-Bardon, etc.»
[38]Le papier, primitivement bleu, est devenu, à l'exposition du soleil, tout à fait jaune. Il est ainsi un certain nombre de dessins, dont le papier n'est plus du tout de la couleur indiquée dans les premiers catalogues de vente, où ils ont passé.
[39]On ignore assez généralement que le tableau de Vanloo a été, pour ainsi dire, reproduit par Beaumarchais, dans la mise en scène, au Théâtre-Français, de la scène IV de l'acte second du «Mariage de Figaro».
[40]Quoiqu'on puisse dire, en thèse générale, que Watteau ne signait jamais ses dessins, il ne faut pas oublier que bon nombre de ses croquis gravés, après sa mort, dans le recueil de ses dessins publiés par M. de Julienne sous le titre deFiguresde différents Caractères, portent reproduit le W, jeté au bas de ce mezzetin.
[41]Je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, les contre-épreuves de Watteau ne seraient pas recherchées, comme l'étaient, au siècle dernier, les contre-épreuves de Bouchardon.
[42]M. Renouvier attribue au père les dessins de mode du fils.
[43]Il signe rarement; cependant j'ai vu, sur un dessin qui m'a échappé, et semblable à celui-ci, la signature:Watt.
[44]Le pastel était le procédé préparatoire de Weyler, et le Salon de 1805 annonçait que MmeKugler, élève de Weyler, possédait la collection d'ébauches au pastel de son maître.
[45]Les marchands baptisent les tapisseries du nom de Beauvais ou Gobelins assez légèrement, et affirment que toute tapisserie dont la trame est de soie, est de Beauvais. Le seul moyen de reconnaître si une tapisserie est de la première ou de la seconde manufacture, est de savoir si la tapisserie est fabriquée à haute ou basse lisse, les Gobelins seuls ayant fabriqué de la haute lisse. Malheureusement il n'y a guère d'autre preuve de la fabrication de la haute et de la basse lisse, que s'il existe un dessin ou une gravure de la tapisserie. Si la tapisserie est à basse lisse, elle est retournée; si elle est à haute lisse elle n'est pas retournée. Cette tapisserie, vendue pour une tapisserie de Beauvais, serait une tapisserie des Gobelins, le hasard ayant fait tomber sous mes yeux le dessin qui était à vendre, il y a une vingtaine d'années, chez Blaisot.
[46]L'aune carrée de tapisserie coûtait autrefois de 1,900 à 2,000, à 2,700 livres; à l'heure présente, elle revient à peu près à 4,400 francs.
[47]L'illustration de ces trois albums est d'O-kou-sai.
[48]Voici l'origine de la lutte et des lutteurs: «Il y avait, sous Sei Nin Ten O,—contemporain de Jésus-Christ,—deux hommes d'une force supérieure, le nommé Tafema-no Kouyéfaya demeurant dans la province de Yamato; et l'autre, nommé Nomi-no Soukoné dans celle d'Idzoumo. Le Daïri les fit venir pour lutter devant lui. Le premier se cassa la jambe et mourut, l'autre fut gratifié d'un petit terrain et d'une pension, et resta dans la capitale. Il fut l'inventeur des poupées de terre glaise et autres bagatelles. Il fut nommé intendant des travaux publics; et cette dignité resta à ses fils, petits-fils et à leurs descendants, dont la famille porta le nom de Taka fara. C'est à cette époque que l'art de lutter a commencé au Japon.»
[49]Les chefs de troupe des lutteurs ont rang d'officiers et portent les deux sabres, signe distinctif de la noblesse japonaise.
[50]Letay, lesparus aurataouchrysphrys cristiceps, ce délicat et beau poisson consacré à Yebis, est un mets affectionné par les Japonais, qui se le font apporter sur la table, encore vivant, et déjà coupé en tranches, tranches qui se détachent dans une dernière convulsion, produite par quelques gouttes de vinaigre jetées dans les yeux du poisson. On le sert sur un petit échafaudage de bâtonnets de verre de couleur reposant sur un lit d'algues.
[51]D'après M. Fraissinet,—est-ce bien authentique?—la nouvelle mariée japonaise recevrait dans son trousseau douze robes d'apparat, les robes des douze mois de l'année. La première serait une robe bleue brodée de tiges de jasmin et de bambou; la deuxième, une robe vert de mer à fleurs de cerisier et à carreaux; la troisième, une robe rouge clair, sillonnée de branches de saule ou de cerisier; la quatrième, une robe portant un coucou, ou le signe hiéroglyphique qui représente l'oiseau de bon augure conjugal au Japon; la cinquième, une robe jaune terne, brodée de feuilles d'iris et de plantes aquatiques; la sixième, une robe orange clair, où sont figurés des melons d'eau annonçant la saison des pluies; la septième, une robe blanche mouchetée dekounotis, clochettes pourpre, dont la racine laiteuse est très recherchée en médecine; la huitième, une robe rouge parsemée de feuilles demimosiou prunier du Japon; la neuvième, une robe violette ornée de fleurs de la matricaire; la dixième, une robe olive représentant des champs d'épis moissonnés où courent les zigzags de chemins et de sentiers; la onzième, une robe noire recouverte de caractères représentatifs de la neige et des glaçons; la douzième, une robe pourpre chargée de signes idéographiques exprimant les rigueurs de l'hiver.
[52]Une nuance japonaise est un certain vert pour vêtement de dessus, nomméYama bato iro, ou couleur de pigeon de montagne, et qu'a seul le droit de porter le mikado. Ses robes de dessous, du moins autrefois, étaient des étoffes pourpre tissées de fleurs blanches. Ces étoffes pourpre s'appelaientTeivosasinoki, et leurs dessinsKoumo fate wakouou nuageux.
[53]M. Bousquet parle de dîners d'auberge servis par des servantes à genoux.
[54]Tales of oldJapan, by A.-B. Mitford, London, Macmillan and Co, 1871.
[55]D'après une curieuse note de Bergerat, sur des indications fournies par Narushima, un des Japonais venus en France, l'année de l'exposition, Oksaï, O-kou-saï, Fokkusaï, dont le vrai nom serait Hottéyimon-Miuraya, serait né à Yedo au milieu duxviiiesiècle, aurait travaillé dans l'atelier de Shiun-Sui-Katsu-Kava, puis chez Shiun-Shivo, et aurait débuté par une suite des Jardins de Yedo. Baptisé par son maître du pseudonyme deShiun-Bô, il aurait, ce qui n'est pas invraisemblable pour unJaponais, signé, de 1764 à 1798, de cinq noms différents, d'abord Sôri, puis Saïto, puis Tameithi, puis Gakino-Bojin, enfin Katsu-Chika-Fokkusaï, le nom sous lequel il est resté célèbre, et qui veut direMaison du Nord, par allusion à une maison très reculée et très lointaine, qu'il habitait au nord de la ville.
Son œuvre est très considérable: indépendamment de ses quatorze petits cahiers d'études et de ses trois albums de Fusi-yama, il a été surtout un illustrateur de romans, et principalement des romans de Kiokutei, le romancier en vogue du Japon, et aujourd'hui les Japonais payent des prix énormes les anciens tirages de ses planches. Lors du séjour de M. Philippe Sichel au Japon, un exemplaire des quatorze cahiers d'études d'O-kou-saï, avec annotations et croquetons du peintre, jetés dans les blancs de l'album, était en vente au prix de mille dollars à Osaka. Il est mort dans un âge très avancé, puisque la publication du Fusi-yama est de 1830. Il y a une légende à Kioto, lui prêtant la collaboration d'une fille belle et intelligente, qui ne voulut jamais se marier, se dévouant tout entière à son vieux père, d'humeur, par parenthèse, assez fantasque.
[56]Anthologie japonaise, par Léon de Rosny. Maisonneuve et Cie, éditeurs, 1871.
[57]Les premiers spécimens au moyen de planches, connus au Japon, sont des livres de prières commandés par l'impératrice Shokotu-Tenna, 48esouverain (765-769) pour les placer dans le million de pagodes à miniatures et à trois étages, qu'elle avait fait construire.
[58]M. Sato disait à Burty que ces impressions étaient pour la plupart des feuilles détachées deLivres d'amis. Une société, dans ses réunions, tout en prenant le thé, s'amusait à composer des vers, à laver des dessins, et, au bout de l'année, vers et dessins étaient donnés à un graveur en couleur, qui en tirait un nombre d'exemplaires limité aux membres de la société.
[59]Les garde-robes théâtrales au Japon sont immenses et très coûteuses. M. Réal s'est trouvé sur les lieux, quand on a vendu le matériel du prince de Tosa, acheté par le théâtre d'Osaka. Il y avait 6,000 robes et pantalons de théâtre qui furent vendus 4,200 piastres, 210,000 francs: ce qui mettait à 7 piastres des robes qui avaient coûté 100 et 150 piastres pièce.
[60]Voici le bulletin du 7 mai:Quoique l'état du Roi n'ait empiré en rien, Sa Majesté, de son propre mouvement, a demandé à recevoir ses sacrements, et les a reçus à sept heures.
BULLETIN DE LA MALADIE DU ROI.
Le redoublement de la nuit a été moins fort et moins long que celui de la nuit précédente. Il y a eu quelques intervalles de bon sommeil. La suppuration étend le progrès sur tout le corps, tandis que les pustules du visage commencent à se dessécher. Les urines sont bonnes. Les vésicatoires vont bien.
Signé: Le Mounier, Lassone, Lorry, Bordeo, de Lassaigne, la Martinière, Andouillé, Boiscaillaud, Lamarque, Colon.
[61]Extrait du manuscrit intitulé:Conférences et détails d'administration de l'Académie Roïale de Peinture et de Sculpture, rédigé et mis en ordre par M. Hulst, année MDCCXLVIII. Manuscrit dont tous les articles sont contresignés par Lépicié.
[62]Il n'est question que des grands prix de 1745, parce que les concours de 1746 et 1747 furent jugés si faibles par les académiciens qu'il n'y eut point de prix du tout.
[63]Mon analyse ne porte pas sur les biographies de date récente, à moins toutefois que le petit nombre de leur tirage et leur publication en province n'en fasse des raretés.
[64]L'année n'est point indiquée.
[65]Orateur du peuple, vol. III, no65, et vol. IV, no10.
[66]Jeaurat, né le 8 février 1699, mourait le 14 décembre 1789, âgé de plus de 90 ans.
[67]La lettre est pleine de fautes d'orthographe, comme presque toutes les lettres d'artiste que je donne.
[68]Le Clerc a mis son portrait en tête d'un cahier de principes de dessins. Il est représenté dans une gravure au lavis, dessinant sous le jour d'une fenêtre, dans le cadre d'un œil-de-bœuf, en bas duquel sont entassés une palette, une toile sur un chevalet, une tête en plâtre, des cartons, des livres de dessin à l'usage des commençants.
[69]La petite gravure de l'homme du premier plan auquel le vent enlève son chapeau.
[70]Je rétablis l'orthographe.
[71]Dans une dernière lettre, datée de Kiew, 23 mai 1820, où il est en route pour revenir en France, Swebach annonce qu'il emporte la commande de quinze tableaux.
[72]Cette brochure a été publiée anonymement. Elle est d'un avocat nommé Yon, et a paru en 1757.
[73]La du Barry, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878, p. 205.
[74]Voir, pour les détails de cette vente:Madame de Pompadour, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878, p. 329.
[75]Un complément de ce livre pour l'histoire de l'art de la joaillerie et bijouterie est le catalogue détaillé des plus belles pierreries de France qui se trouve dans l'Inventaire des diamants de la couronne. Paris, de l'Imprimerie nationale, 1791.
[76]Je ne cite pas le Tailleur, tiré de l'Encyclopédie.
[77]Voir un chapitre sur les chenilles, dans lesLettres critiques et morales sur les modes du temps, Avignon 1760.
[78]A ces pamphlets sur les tailleurs, il faut joindre:Billet d'enterrement d'un maître tailleur avec son testament à Filoutrimanie, 1760.
[79]On connaît la phrase de Besenval à un absent de Versailles depuis six mois, qui redoutait d'avoir perdu le ton de la cour: «Je vais vous mettre au courant. Ayez un habit puce, une veste puce, une culotte puce, et présentez-vous avec confiance. Voilà tout ce qu'il faut aujourd'hui pour réussir!»
[80]Jupon de toile gommée, ainsi nommé du bruit qu'il faisait.
[81]Ces conclusions étaient celles du travail de l'anatomiste Winslow dans lesMémoires de l'Académie des Sciences, de 1741.
[82]Les coiffeuses venaient d'être tout nouvellement instituées, et parmi plusieurs arrêts du Conseil d'État du Roi, concernant les perruquiers, coiffeurs, coiffeuses, j'en trouve un, qui ordonne que toutes coiffeuses de femmes seront tenues de se faire inscrire tant au bureau de la communauté des maîtres perruquiers qu'en celui de la police.
[83]Le cannaméliste français, ou Nouvelle Instruction pour apprendre l'office. A Nancy, de l'imprimerie d'Abel-Denis Cusson, 1761.
[84]Voici les logements d'un de ces voyages, le voyage du 3 mai 1757:
[85]Guignard, oiseau de passage, de la grosseur du pluvier, dont on faisait des pâtés à Chartres, que Collin d'Harleville a chantés.
[86]Une autre série de ces menus, provenant de la collection Leber, est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque de Rouen.
[87]Le Cuisinier gascon, nouvelle édition à laquelle on a joint la lettre du pâtissier anglais. Amsterdam, 1767.
[88]Précis d'une histoire générale de la vie privée des Français.Paris, Moutard, 1779.
[89]Une petite brochure imprimée chez la veuve Mérigot, quai des Augustins, 38. Il ne reparaît pas, je crois, de livre sur la cuisine avant l'an VI, où Derouault publie «Étrennes aux vivants, ou Cuisinier pour tous les mois de l'année». Du reste, certains produits alimentaires avaient disparu pendant la Révolution; le gibier n'était plus commun, et Grimod de la Reynière dit dans sonAlmanach des gourmandsque les faisans, «les premières victimes du système démocratique adopté en France», étaient presque une rareté en 1803, année où il écrit.
[90]Nella venuta in Roma dimadama Lecomteet dei signoriWateleteCopetie.Componimenti poetici di Luigi Subleyras colle figure in rame di Stefano della Vallée Poussin, pensionario di S. M. Christianissima, 1764.
[91]On sait que les quatre filles de Louis XV avaient chacune adopté une couleur de maroquin différente pour leurs livres.
FIN DU PREMIER VOLUME.