Des Fleurs de la gaieté sa Raison embellieIntéresse le Cœur en amusant l'Esprit.
Des Fleurs de la gaieté sa Raison embellie
Intéresse le Cœur en amusant l'Esprit.
«Catherine Tapperaist VveLescombat, âgée d'environ 28 ans.Dessinée d'après nature dans son déshabillé, par F. Dalberati, peintre italien, pendant son séjour en la prison de la Conciergerie du Palais à Paris, au mois de may 1755. Gravé d'après le dessin original de même grandeur.» La femme qui a fait assassiner son mari par son amant, la galante à l'œil noir, à la peau d'un blanc à éblouir, le peintre italien la donne à voir essayant sur sa main, avec toutes sortes de coquetteries insouciantes, le bonnet de l'enfant dont elle est grosse, et auquel elle doit le prolongement de ses jours.
«Tendre, sensible, heureuse mère...» Portrait de MmeLetine, belle-mère de M. de la Live, attribution du catalogue d'Augustin de Saint-Aubin, qui dit ce portrait gravé, en 1765, par M. de la Live et Saint-Aubin.—Peinte par Bernard, gravée par La Live.—Une eau-forte qui est l'idéal de la gravure de femme, et qui vous fait regretter qu'il n'y ait qu'un portrait de femme du dix-huitième siècleainsi exécuté, et encore un portrait de vieille femme. Le gras modelage des traits replets dans le doux pointillé, et le joli chiffonnage des dentelles, et le bel hérissement des fourrures, et la liberté et la légèreté et l'esprit de cette claire image, autour de laquelle court un encadrement de fleurs, largement croqué à la pointe! Je n'ai pas besoin de dire aux gens, qui ont la moindre connaissance des estampes du temps, que cette eau-forte est d'un bout à l'autre d'Augustin de Saint-Aubin qui en a fait cadeau à son riche élève, de Saint-Aubin dont, un jour ou l'autre, une loupe entêtée retrouvera la signature discrète en quelque coin, sous quelque pétale de fleur.
«Mes yeux dans ce portrait admirent le pinceau.» Portrait de Mllede Loiserolle.—Peinte par Aved, gravée par Balechou.—La belle-sœur d'Aved, brune et hommasse comme sa sœur, file au rouet, dans une opulente robe blanche, un chapeau de paille doublé de soie, aux immenses bords retroussés, posé sur ses cheveux poudrés.
«AlexineFatio, veuve de M. le Sindic PierreLullin, née le 28 janvier 1659 (vieux style), morte le 14 novembre 1762 (nouv. style),dessinée d'après nature par M. J. E. Liotard en avril 1762 et gravée par un de ses arrière-petits-neveux en Janvr1763.» Un portrait de centenaire aux traits écroulés, dans un bonnet de la campagne, une espèce de limousine sur les épaules, une bavette sur l'estomac.
P. B. H. de Létancourt, comtessede Mareilles.—Dessinéepar Eisen en 1764, gravée par de Longueil en 1765.—Des yeux vifs de souris, en un minois tout lumineux et poudré à blanc. Ce portrait est dans un cadre, au haut duquel une des plus gracieuses figures allégoriques qu'ait dessinées Eisen, attache une rose.
Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre: la planche en couleur de Janinet, publiée en 1777, montrant la reine de France dans sa robe de velours bleu fleurdelisée, au milieu de ce somptueux encadrement de lauriers et de lis imprimés en or; une planche qui se payait 20 francs autrefois, et qui vaut de 4 à 500 francs aujourd'hui. J'ai été assez heureux de pouvoir joindre au portrait de Janinet une épreuve avant la lettre du petit portrait, imitation de pastel, de la Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche: le portrait de Bonnet d'après Krausinger, un portrait peut-être encore plus rare que celui de Janinet.
Madame Louise-Marie de France, «née à Versailles, le 13 juillet 1737, religieuse carmélite sous le nom de Ste-Thérèse de St-Augustin au couvent de St-Denis en 1770».—Dessinée par Queverdo, gravée par Le Beau.—C'est la cinquième fille de Louis XV, connue sous le nom de Madame Louise, et qui en 1772, du fond de son parloir, fut au moment de faire renvoyer Mmedu Barry. Assise sur une chaise de bois, un livre de prières à la main, il sort de l'embéguinement de la carmélite, un gros nez et deux yeux très vivants.
Sophie le Couteulxdu Moley.—Dessinée par Cochin,gravée par Augustin de Saint-Aubin en 1776.—La financière, aux lundis où l'on ne recevait que des hommes à dentelles, l'inspiratrice desJardinsde l'abbé Delille, dont une partie du poème a été écrite sur les patrons de broderie de la châtelaine, est encore séduisante en ce portrait qui n'est plus celui de sa première jeunesse. Un autre portrait beaucoup plus rare, dessiné également par Cochin et gravé par Nicolet, alors qu'elle n'était qu'une simple chanteuse, nous donne, en toute leur fraîcheur, ses petits et mignards traits, dans un médaillon entouré de muses et d'amours jouant d'instruments, au son desquels sa voix se faisait entendre: un charmant cul-de-lampe qui a été fait pour «six sonates», avec accompagnement de forte-piano.
Sophie (de Monnier).—Dessinée par Borel, gravée par Delignon. La maîtresse de Mirabeau sur une toile, dont un amour soulève la draperie, dans son voluptueux arrangement à l'antique, avec le bandeau qui court dans ses cheveux frisés, et avec ses petits traits charnus en sa figure rondelette, prend l'aspect d'un Cupidon joufflu.
«Docile enfant de la nature.» (Portrait de laMorency.)—Dessinée et gravée par Canu.—La femme galante de la Révolution, la romancière, est représentée en tête de son roman «d'Illyrine» avec une vraie figure d'oiseau, sous la broussaille de cheveux désordonnés, et vêtue, pour ainsi dire, d'un corset et d'un boa.
Un autre portrait de la Morency, qui décore les«Étrennes aux Dames, 1808», dessiné par Roy et gravé par Bonvallet, nous montre le costume, la coiffure, les traits mêmes de la bacchante, tranquillisés et apaisés: de petits traits à la sèche et nerveuse découpure.
MadameDE***en habit de bal(Mmede Mouchy, d'après la liste générale et alphabétique des portraits gravés par le P. Lelong).—Peinte au pastel par Coypel, gravée par Surugue en 1746.—Assise de côté sur une chaise, la tête de face et un peu inclinée en avant, les bras mollement croisés, elle tient du bout des doigts d'une main, un masque du temps qui n'est pas un loup, mais un masque de tout le visage. De sa coiffure basse, où s'élève sur le côté un petit pouf de plume noire, descend, de derrière son épaule, une longue natte, qui lui tombe sur la poitrine, et dont les cheveux tordus sont entremêlés de grosses perles; à ses oreilles pendent d'énormes pendeloques; et le satin blanc de son habit de cour ouvert est garni d'un large soutachement brodé, se terminant par des glands floches.
Marie-Antoinette de Rosset de Fleury, vicomtesse deNarbonne-Pelet, née à Narbonne, le 6 avril 1721, morte au château de Fontanès en Languedoc, le 27 juillet 1754.—Peinte par Lattinville, gravée par Daullé en 1756.—La morte «charmante et accomplie, douée de toutes les vertus, ornée des plus rares qualités de l'esprit et du cœur, à qui Rome païenne et la Grèce savante eussent dressé des autels,... que la Religion chrétienne et la voix des peuples canonisent»,est représentée dans l'estampe, qui dit tant de bien d'elle, en vestale de la Régence, déposant une urne enflammée sur un autel.
MadameNecker.—Gravée par Lips.—De chastes épaules voilées d'un fichu de gaze, où court le zigzag d'un ruban de satin blanc, des yeux pleins d'une ingénuité charmante, de petits traits tiraillés, joliment souffreteux, presque angoisseux, et racontant l'état nerveux de la délicate agitée, qui avait perdu le sommeil, et qui, toujours debout, ne pouvait demeurer assise.
Marie AngeBerndde Rasoir, baronede Noyelle, dame et vicomtesse héréditaire du pays de Langle, dame de Cherens, Briatre, le Hove Rasoir.—Peinte par de Pasche, peintre du roi de Danemarck, gravée par Gaucher en 1781.—Une femme d'un certain âge, à la figure cabossée, aux prunelles de velours noir dans des carnations blondes. Sous un encrier est une lettre portant pour souscription: «A mon fils l'abbé Carondelet, en Sorbonne.»
Élisabeth-Charlotte, Palatine du Rhin, duchessed'Orléans.—Peinte par Rigaud, gravée par Marie Horthemels.—La mère du Régent, l'Allemande «à la figure et au rustre d'un Suisse», dit Saint-Simon, étale sa large face, son sourire scatologique, ses fanons mollasses, dans l'hermine d'un manteau brodé de fleurs de lis, une plantureuse main posée sur une couronne.
Louise-Henriette de Bourbon-Conty, duchessed'Orléans, née à Paris le 20 juin 1726.—Peinte parPottier, gravée par Petit.—La belle et galante princesse, mère de Philippe-Égalité, et à laquelle «le Palais-Royal», publié à Hambourg en 1806, donne pour premier amant le peintre Boucher, dans une séance où le modèle posait en déshabillé mythologique, n'a rien dans ce portrait des grands yeux vifs et du petit nez polisson du portrait de la suite de Desrochers, où en son décolletage, coupé par une guirlande de roses, elle ressemble à une humaine divinité d'Opéra.
La duchesse d'Orléans serait aussi anonymement peinte avec un nez busqué, qui n'existe en aucun de ses autres portraits, dans la composition de Nattier gravée par Hubert et qui a pour titre Mmela duchesse de *** en Hébé.
«Sous le riant aspect de Flore.» (Portrait de MmedeParabèredésignée seulement par des vers qui célèbrent la blancheur de son teint: «le beau morceau de chair fraîche» qu'elle était, selon l'expression de la princesse palatine).—Peinte par Rigaud, gravée par Vallée.—La maîtresse du Régent, sonpetit Corbeau noirainsi qu'il l'appelait, est représentée cueillant une tige d'œillet, dans une campagne éclairée par un soleil levant, et où un négrillon lui tend une corbeille de fleurs. De la délicatesse ciselée de ses traits, de la nature frêle de la grande dame galante aux nerfs d'acier pour le plaisir et l'orgie, Vallée n'a rien conservé, ainsi que l'établit la comparaison de sa gravure avec la peinture originale de Rigaud, conservée au château de Boran chez Mmede Parabère-Sancy.
Portrait de feu madame la duchessede Polignac.—Fait de mémoire par MmeLebrun, gravé à Vienne par Fisher en 1794.—De grands yeux bleus profonds et expressifs, un petit nez terminé par un méplat moqueur, une bouche ravissamment découpée et entr'ouverte sur de petites dents blanches d'enfant: ainsi apparaît Mmede Polignac, coiffée de ses touffus cheveux bruns aux petites boucles folles, sous un bonnet de linge ruché, attaché sous le menton, les épaules et la poitrine couvertes d'un grand fichumenteur, nouéà la petite fillederrière le dos.
La Belle Jardinière.Portrait de Mmela marquise dePompadour.—Peint par Vanloo, gravé par Anselin.—Le portrait officiel de la vraie reine de France, de 1750 à 1764, de la femme «à la beauté sans traits», selon l'expression du temps, mais faite d'un sourire tout à elle, du blanc éblouissant de sa peau de lymphatique, du charme mystérieux de ses yeux qui n'étaient ni noirs, ni bleus, ni gris, et qui avaient la finesse des yeux gris, la langueur tendre des yeux bleus, l'éclat des yeux noirs. A ce portrait qui est chez moi avant la lettre, avec des travaux manquant sur la chemisette, à l'ovale grassouillet de Vanloo, je préfère le petit profil de Cochin, gravé par Augustin de Saint-Aubin en 1764, et reproduisant la favorite, le chignon lâche et les cheveux crêpés en accommodage du matin, et les ruches d'un manteau de lit jouant autour de sa gorge. C'est le portrait qui donne le mieux l'idée de la grâce spirituelle de la physionomie de Mmede Pompadour et du «souriredélicieux» dont parle Leroy, le lieutenant des chasses de Versailles.
On veut encore voir une Mmede Pompadour dans «la Jardinière» gravée en manière de pastel par Bonnet. Ce n'est pas impossible, mais c'est une Pompadour bien peu déniaisée. Disons toutefois que cette planche est une merveille d'exécution et d'un art tout à fait perdu, et que le velouté, le plucheux des crayons de pastel, y est imité à passer le doigt dessus pour s'assurer si c'est vraiment de la gravure. Le malheur, qu'avec un procédé pareil, Bonnet n'ait pas choisi, pour ses reproductions, des peintures plus sérieuses! Songe-t-on ce que serait une collection des préparations de La Tour ainsi exécutées?
Je ne veux pas abandonner Mmede Pompadour sans parler d'une petite estampe qu'il faut joindre à ses portraits: l'estampe dessinée et gravée par Cochin sur un bruit de la convalescence de la favorite pendant sa dernière maladie, et abandonnée sur la nouvelle de sa mort. C'est un cartel représentant, sous un soleil voilé, les Muses de la peinture et de la Musique suppliantes, pendant que la Médecine arrête la Parque, au moment où elle va couper le fil de vie de la marquise, cartel que devait remplir cette chanson de Favart, faisant allusion à une éclipse de soleil, qui avait concordé avec la maladie de la Pompadour:
Le soleil est maladeEt Pompadour aussi.Ce n'est qu'une passade,L'un et l'autre est guéri.
Le soleil est malade
Et Pompadour aussi.
Ce n'est qu'une passade,
L'un et l'autre est guéri.
«Sur votre belle main ce captif enchanté.» Portrait d'Agnès Berthelot de Pleneuf, marquisede Prie, d'après la liste générale et alphabétique des portraits gravés par le P. Lelong.—Peint par Vanloo, gravé par Chereau le jeune.—La maîtresse du duc de Bourbon, celle que d'Argenson appelait «la fleur des pois du siècle», est représentée, une perruche sur un doigt, avec ses yeux un peu chinois, mais vifs et gais, avec ce qu'on appelait alors «tous les je ne sais quoi qui enlèvent», avec ses cheveux cendrés, avec son air de nymphe éclairée par un clair de lune.
Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtessede Provence, mariée à Versailles, le 14 mai 1771.—Peinte par Drouais, gravée par Cathelin.—Altière figure de Junon auvergnate aussi bien dans ce portrait que dans celui qui porte le nom de Madame, gravé par Marie Boizot d'après un dessin de Boizot.
Marie-Élisabeth Denis, femme deM. Radix.—Dessinée par Cochin, gravée par Augustin de Saint-Aubin en 1765.—Une belle vieille femme à l'œil noir, au nez aquilin, à la noble ligne d'un profil qui sort des barbes d'un bonnet de dentelles, serré dans une marmotte de soie noire.
«Dernière heure de la baronnede Rebecque,morte à trente-six ans.»—Gravée par Augustin de Saint-Aubin.—L'ardente et maladive ennemie des encyclopédistes, celle qui, mourante, dictait à Palissot sa comédie des «Philosophes», lui donnait l'idée dela scène capitale, est représentée sur son lit de mort, la tête posée sur un oreiller de dentelles, d'où sortent d'un bonnet de linon, enveloppé d'unecalèche, la maigre figure de la femme, et ses grands yeux mystiques à la pupille rétractée.
MadameRécamier.—Gravée en manière de crayon par Charles Silesien.—La beauté du Directoire est habillée d'une de ces robes flottantes et collantes sur les formes, à la ceinture remontée sous les seins. Elle a la tête à demi cachée dans un voile transparent qu'elle relève, laissant voir un de ces longs et purs ovales à la Gérard: un portrait qui pourrait être aussi bien celui de MlleGeorges ou de Mmela baronne Regnault Saint-Jean d'Angely.
M. J. Phlipon, FmeRoland.—Dessinée et gravée par Bonneville.—Un grand œil noir au regard hardi, un long nez de soubrette, une bouche aux coins remontants, un menton de volonté, telle est sous une coiffure aplatie et mangeant le front, et qui a l'air d'une perruque d'homme, le portrait que Bonneville nous donne de l'Égérie de la Gironde.
Qu'un timide artisan élève du scrupule.(Portrait de Mmede Sabran, d'après la liste générale et alphabétique des portraits gravés du P. Lelong et d'après l'indication du second état qui porte au lieu des vers: Louise-Charlotte de Foix-Rabat, marquise de Sabran.)—Peinte par Vanloo, gravée par Chereau le jeune.—Cette maîtresse du Régent qui se permettait de dire à son amant «que l'âme des princes luiparaissait faite d'une boue à part, de celle qui sert pour l'âme des laquais», est représentée en chemise tombante, d'où sortent une épaule et un sein, et tenant des deux mains, avec toutes sortes de tendresses, une colombe posée sur un coussin, pendant que, la tête détournée, elle regarde à la cantonade avec des yeux immenses et qui attendent.
Madame la marquisede Sabran, tirée du cabinet de Son Altesse royale Monseigneur le prince HenridePrusse.—Peinte par MmeVigée-Lebrun, gravée par Berger en 1787.—L'épistolaire dont on vient de publier de si adorables lettres, est assise sur un sofa, les bras croisés, les cheveux ébouriffés et frisés autour d'une tête à la physionomie toute pétillante d'intelligence et d'esprit. Elle est vêtue d'une robe de linon à la grande pèlerine enveloppant sa poitrine de son tuyautement lâche et de flots de linge, au milieu desquels sa taille se dessine avec les souplesses nonchalantes d'une taille de créole. La marquise de Sabran tenait au dix-huitième siècle un salon mi-politique, mi-littéraire, où M. de Ségur lisait son «Art de plaire», où M. de Boufflers cousait des scènes d'à-propos au «Bourgeois gentilhomme», quand la marquise donnait la comédie au prince Henri de Prusse, chez lequel elle se retira pendant la Révolution[26].
L'Hommage réciproque.(Portrait de MmeAugustin de Saint-Aubin.)—Dessinée par Augustin de Saint-Aubin, gravée en noir et en couleur par Gaultier.—La belle et jolie femme qui a servi si souvent de modèle aux compositions amoureuses d'Augustin, l'adorable créature au moelleux profil, à l'œil noir et velouté par de longs cils, aux cheveux blonds frisotés, dont le chignon lâcheà la Daphnétombe sur les épaules en grosses torsades, la femme à la voluptueuse gorge, apparaît dans la douce impression en couleur, ainsi que dans le rien rose de chair pâmée, que son mari met dans ses crayonnages. On la voit assise, le fichu tombé, et tenant dans une de ses mains un porte-crayon avec lequel elle dessine un portrait d'homme posé sur un chevalet. Et c'est sans doute un portrait d'elle encore, cette séduisante «Louise-Émilie,baronne de***», et un portrait d'elle encore, cette coquette «Adrienne-Sophiemarquise de***» coiffée d'unchapeau noir à la mode, deux portraits qu'on donne généralement pour des portraits de Mmede Boufflers et de Luxembourg. Et ici mon opinion est confirmée par le souvenir d'avoir vu sur le dessin original d'un des deux portraits, vendus chez Renouard, et achetés, je crois, par M. de Janzé, le nom de MmeAugustin de Saint-Aubin écriten bas. Disons que ces deux portraits, quels qu'ils soient, sont des bijoux, surtout lorsqu'ils sont avant l'adresse et avec le nom du graveur à la pointe; et ajoutons que les deux eaux-fortes de ces portraits, que j'ai eu la bonne fortune de trouver dans le temps chez Sieurin, sont rarissimes, et n'existent pas dans l'œuvre d'Augustin de Saint-Aubin du Cabinet des estampes[27].
«L'innocence reconnue de Marie-Françoise-VictoireSalmon.» Portrait en couleur chez les Campions frères.
DÉDIÉ AUX AMES SENSIBLES ET BIENFAISANTES
Un cœur généreux fut touché de mes peines,Aux pieds du trône il porta la voix;Un monarque juste brisa mes chaînes,Et mon innocence triompha par le Cauchois.
Un cœur généreux fut touché de mes peines,
Aux pieds du trône il porta la voix;
Un monarque juste brisa mes chaînes,
Et mon innocence triompha par le Cauchois.
Claudine-Alexandrine Guérinde Tencin, née en 1681, morte en 1749.—Peinte par de Troy, gravée par de Launay.—La meilleure connaisseuse de l'humanité de son temps a des traits fins, finauds, des yeux à l'interrogation perçante, et avec cela une longue physionomie, pâle, étrange, nébuleuse.
MademoiselleTérouene.—Estampe en manière noire, sans nom de dessinateur et de graveur.—Dans ce portrait, qui pourrait bien être un portraitde pure imagination, Théroigne de Méricourt, les cheveux épars sous une espèce de grand bonnet rouge, la poitrine sortant d'unpierrotdébraillé, apparaît avec la robuste et rude beauté d'une harangère-Gorgone.
AnneVallayer-Coster, de l'Académie royale de peinture et de sculpture, en 1770.—Dessinée par elle-même, gravée par Letellier.—Elle s'est exposée au public avec sa figure maigre, son mince nez courbe, le petit air altier de sa tête, fièrement rejetée en arrière.
MademoiselleVanloo.—Dessinée par Carle Vanloo, gravée par Basan.—Une fillette au visage éveillé, le chignon retenu par une grande épingle, tenant dans sa chemise retroussée et découvrant son petit ventre, une grosse grappe de raisins.
Dame Julie de Villeneuve,Vence de St-Vincent.—Peinte par Berthelemy, gravée par Romanet.—Des yeux aux paupières lourdes, un nez tourné à la friandise, une bouche sensuelle; ainsi se montre la petite fille de Mmede Sévigné, avec une chevelure dépeignée, et l'outrageant décolletage d'une robe qui laisse voir et l'ombre de son aisselle et plus que la moitié de ses deux seins.
Marie-Élisabeth-Jean-Baptiste Guyard, épouse de messire Charles-Paul de Bourgevin, de Moligny,de Vialart.—Peinte par Martin, gravée par Fessard.—Un rare portrait d'une brune aux noirs sourcils, à la coiffure en langues de flammes, couverte d'un voile de veuve.
Madame Marie-Louise-ThérèseVictoire de France.—Peinte par Nattier en 1755, gravée par Gaillard, sous l'allégorie de l'Eau.—La quatrième fille de Louis XV, la grasse princesse que le Roi appelaitCoche, la bonne et paresseuse personne qui disait en montrant sa bergère: «Voilà un fauteuil qui me perd», Nattier l'a montrée avec sa douce, sereine et pleine figure, en naïade, accoudée sur une urne qui s'épanche, les roseaux d'une rivière derrière elle. Remarquons que c'est presque l'arrangement de la figure mythologique de Nattier, gravée par Melliny et qui a pour titre: «la Belle Source.»
Madame la marqsede V***(la marquisede Villette).—Dessinée par Pujos, gravée par Lingée.—La femme nommée «Belle et Bonne» par Voltaire, donne à voir une assez laide et brune figure de petite Savoyarde.
Cette étude des portraits de femmes françaises du dix-huitième siècle que je fais aujourd'hui, je voudrais la voir refaire un jour par un jeune érudit, qui, consacrant des années à cette monographie, et lisant tous les livres, et regardant toutes les gravures, et consultant tous les portraits conservés dans les familles historiques, apporterait la certitude à tant d'attributions douteuses, baptiserait d'une manière incontestable les portraits allégoriques de Nattier; dévoilerait peut-être le mystère des deux charmants portraits de Saint-Aubin, désignés par des étoiles; donnerait de vrais noms aux centaines de portraits de Chrétien et de Quenedey dont les répertoiresdoivent exister quelque part[28]; ferait la lumière dans ces anonymes, comme la petite femme de Boucher qui lit les lettres d'Héloïse et d'Abailard, la femme de Carmontelle qui brode au tambour, et cette autre du même qui est enfoncée dans les aphorismes d'Hippocrate, comme la femme de Cochin qui fait un médiateur; retrouverait enfin, avec la connaissance de toutes les pièces de vers du temps dédiées au «Beau Sexe», le nom de telle ou telle femme, ainsi que pour tel portrait de Houel et de tant d'autres.
Complétons cette étude des portraits des femmes du temps par un travail sur les portraits d'actrices, et commençons par l'Opéra, en faisant suivre le Chant par la Danse.
SophieArnould, actrice de l'Académie royale de Musique dans le rôle Zyrphé du ballet de Zélindor.—Peinte par La Tour, gravée par la Richardière.—La spirituelle chanteuse est représentée avec l'éclair de ses beaux yeux implorants, dirigés vers le ciel, avec cette bouche entr'ouverte et douloureuse sur laquelle meurt une dernière prière.
Hte-AïdeBeaumenil, de l'Académie royale de Musique, pensionnaire du Roi.—Dessinéead vivumpar Pujos, gravée par Vidal en manière noire.—Ellea de jolis yeux étonnés, un petit nez pointu, une bouche aux coins relevés, une physionomie futée où rit une gaieté maligne, sous une haute coiffure aux coques crêpelées et couronnée d'une guirlande de roses. Et MlleBeaumenil se voit ainsi dans un médaillon entouré du serpentement de brindilles de lierre, avec au bas de son portrait la partition ouverte de l'opéra de «Tibulle et Délie», et ces vers:
Est-ce une Muse, est-ce une Grâce,Qui tient la lyre d'Appollon?C'est toutes deux. Tibulle en instruit le ParnasseEt Beaumesnil leur a prêté son nom.
Est-ce une Muse, est-ce une Grâce,
Qui tient la lyre d'Appollon?
C'est toutes deux. Tibulle en instruit le Parnasse
Et Beaumesnil leur a prêté son nom.
RosalieDuplant, de l'Académie royale de Musique, reçue en 1762.—Dessinée par Leclerc, gravée par Elluin.—Un long cou, un long nez busqué, une longue figure qui a quelque chose d'une tête de cheval, telle apparaît, malgré sa réputation de beauté, le premier sujet à baguette de l'Opéra, en l'estampe qui la montre sous le costume qu'elle portait dans l'opéra de «Pyrame et de Thisbé», vêtue d'un vestinquin bordé de fourrure, dans un médaillon, où un masque tragique est posé sur une torche enflammée.
La DlleLemaure[29].Problème d'opéra, 1740. C'est une rare estampe satirique, inspirée par les accès de religiosité de la libertine chanteuse. Elle est dessinéeà moitié vêtue en reine d'opéra, à moitié vêtue en religieuse, et d'un côté un homme d'église la déshabille de sa robe de théâtre, et de l'autre Thuret, le directeur de l'Académie lyrique, et un galant, sa bourse à la main, la déshabillent de sa robe de nonne. Et dans l'appartement, sont mêlés et confondus les opéras de Pancrace Pèlerin et les Hymnes de l'abbé Bizot, et en dépit d'un grand tableau qui montre un diable perçant de sa fourche la Luxure terrassée, sur la toilette dont le tapis est relevé par un bidet, s'étalent les «Poésies gaillardes» de l'abbé de la Garde. A cette imagerie est jointe une lettre «écrite à MlleLemaure par un abbé de ses amis», qui, lue, pliée en deux, au moyen de la dernière syllabe de la demi-page et de la première syllabe de la ligne suivante, prend le sens le plus obscène.
Mademoiselle RosalieLevasseur, de l'Académie royale de Musique, pensionnaire du Roi, née à Valenciennes.—Dessinée et gravée par Pruneau d'après le buste de Dumont de Valenciennes.—Un front extraordinairement bombé, un œil impudent, un rictus dédaigneux de la bouche, un ensemble de traits populaciers à l'image de sa voix, ainsi caractérisée par la méchante langue de Sophie Arnould: c'est le portrait de la toute-puissante maîtresse de Mercy-Argenteau, devenue baronne du Saint-Empire, puis femme de l'ambassadeur.
MademoiselleMaillard, de l'Académie royale de Musique.—Dessinée et gravée en couleur par Coutellier.—La jolie femme dont un état de l'Opéra dit:«sujet très utile, mais qui malheureusement se laisse faire des enfants; ce qui prive le public d'un grand nombre d'opéras»; la future déesse de la Liberté est représentée avec son petit profil fardé, les belles lignes de sa gorge, dans une robe rose, sous l'échevellement blanc de son abondante coiffure poudrée à frimas.
MademoisellePélissier.—Peinte par Drouais, gravée par Daullé, avec l'adresse de Drouais.—La rivale de Lemaure, la chanteuse de laquelle on a dit que les opéras sans elle n'étaient plus que des concerts, figure dans une grande composition à la Nattier, habillée plutôt d'une draperie que d'une robe. Elle a des yeux noirs en coulisse, des joues trouées de fossettes, une bouche sensuelle qui retrousse aux coins, une mignonne chair toute pleine de délicatesses finement sculptées.
Madame deSt-Huberti, de l'Académie royale de Musique.—Dessinée par Le Moine, gravée en couleur par Janinet.—La sublime chanteuse, qui, un jour, fit un poète du lieutenant d'artillerie devenu Napoléon Ier, est peinte sous la blondasserie de ses cheveux alsaciens, avec sa grande bouche, son nez de soubrette, un ensemble de petits traits bas et bourgeois. A ce portrait réel de Le Moine, qui fut répété de toutes les sortes, il faut joindre un portrait idéalisé, le portrait de la chanteuse telle que le public la voyait au théâtre, un portrait d'aprèsunepeinture de Reynolds, et qui a pour titre: «La Musique, ou MlleSaint-Huberty inspirée par Apollon.»
Pas de deuxtiré du second acte de Silvie, exécutépar M. Dauberval et MlleAllard.—Dessinée par de Carmontelle, gravée par Tilliard.—La danseuse, la seule danseuse qui eût le privilège de composer ses entrées, danse aux côtés de Dauberval, dans son étrange robe, traversée de barrières de perles, au retroussis de peau de bête sauvage, son profil à la fois voluptueux et moqueur penché en arrière dans un coquet mouvement de retraite.
MademoiselleCamargo.—Peinte par Lancret; réduction de la grande planche gravée par Cars.—La déesse des tambourins, celle dont la jambe était, avec la voix de Lemaure, le jarret de Dupré, les trois merveilles de l'Opéra, celle dont le pied fit la fortune du cordonnier Choisy, est représentée, se déployant au milieu d'un orchestre caché dans la feuillée, avec dans le corps quelque chose de l'envolée d'une sylphide, avec sur la figure quelque chose de l'animation chaude et brune d'une Méridionale.
«La Flore de l'Opéra.» (Portrait présumé dela Guimard.)—Peinte par Roslin, gravée par Basan. La danseuse sans égale dans les ballets anacréontiques est montrée par le peintre, avec sonvisage parlant, le coude appuyé sur un nuage, la gorge sortant d'une chemisette, en train d'assembler de ses longs doigts une guirlande de fleurs.
La maigreur de la sèche danseuse, aux membres d'araignée, et qu'on appelait leSquelette des Grâces[30], a été caricaturée en 1789, dans une rare estampepubliée à Londres et qui a pour titre:The Celebrated G....rd or Grimhard from Paris. Sous l'empanachement de grandes plumes, et dans le rose et le bleu tendres d'une robe de danseuse, on voit la Guimard avec un visage qui a le décharnement d'une tête de mort, agiter des bras et des mains, qui sont les bras et les mains d'une ostéologie.
MlleHéligsbergdans le ballet du Jaloux puni.—Dessinée par de Janvry, gravée par Condé.—Cette danseuse qu'on trouve, sur les états de l'Opéra, attachée aux chœurs de la Danse pendant les années 1783 et 1784, est représentée en habit d'homme, glissant sur la pointe d'un pied, ses gracieuses et sveltes formes modelées avec amour dans un collant, et ses beaux grands yeux en son petit minois chiffonné, ressortant de dessous les bords relevés d'un grand chapeau de montagnard.
MademoiselleLa Chanterie, de l'Opéra.—Dessinée par Pierre, gravée en manière de sanguine par Gilsberg.—Cette danseuse très inconnue, dont un rapportde police nous raconte les amours scandaleuses, avait les traits purs d'une belle statue, des traits qui ont valu à la femme cette grande étude qui a le caractère d'une tête d'expression. C'est à propos de MlleLa Chanterie qu'un Anglais fort maltraité dans sa santé par ses faveurs, retrouvant son portrait dans une Immaculée Conception d'une église de Paris, s'écria: «Voilà la vierge qui m'a donné la ch... p...»
Théodore Dauberval.—Dessinée par Lefèvre, gravée par Legoux.—La tête de la danseuse philosophe, qui demandait à Rousseau un cours d'instruction pour se conduire à l'Opéra, apparaît dans un médaillon grand comme un dessus de bonbonnière, semblable à un camée mutin de l'antiquité.
Louise-MagdeleineLany, pensionnaire du Roi, née à Paris le 19 novembre 1733, reçue à l'Académie royale de Musique en novembre 1748 et retirée en avril 1767.—Dessinée par de Carmontelle.—Une nerveuse femme au grand nez aquilin, aux traitsmarqués, faisant des élévations dans des souliers de satin blanc, au haut talon.
Mademoiselle MarieSallé, la Terpsichore françoise.—Peinte par Fénouil, gravée par Petit.—Sallé, la Grâce et la Décence du ballet, est représentée tenant une colombe dans ses mains. Une figure plate, un long nez droit, une grande bouche sardonique, des traits où il y a comme la masculinité fade d'un abbé blondin.
Passons à la Comédie-Française en donnant le pas à la Tragédie.
Hippolyte de la TudeClairon, comédienne françoise, pensionnaire du Roi, a débuté le 19 septembre 1743 dans le rôle de Phèdre, reçue le 22 octobre suivant.—La tragédienne d'art, à la tête de grisette, au mouvement lascif de la bouche, est représentée dans la Médée de Longepierre en sajoliedramatisation, les narines dilatées, les yeux écarquillés.
On retrouve la Clairon-Médée dans une autre estampe non terminée[31], en son char aux enroulements de serpents, la tête de Méduse sur la poitrine, échevelée, et brandissant d'une main une torche, d'une autre main un poignard, et déclamant:
A tes deux fils, j'ai sçu percer le flanc,Regarde ce poignard et cette main sanglante.
A tes deux fils, j'ai sçu percer le flanc,
Regarde ce poignard et cette main sanglante.
CharlotteDesmares.—Peinte par C..., gravée par Lépicié en 1733.—La nièce de la Champmeslé, une grosse et grasse femme, à la figure joufflue, à la petite bouche en cul de poule, aux yeux pleins d'une gaieté, la faisant quelquefois éclater de rire en scène; qui, «touchante dans les pleurs, piquante dans les ris», tient d'une main un masque comique passé dans un poignard: allusion à son double talent de tragédienne et de comédienne.
«Qui mieux que toy,Duclos,actrice inimitable.»—Peinte par de Largillière, gravée par Desplaces.—Dans cette immense et somptueuse estampe, laDuclos apparaît en la majesté, la pompe, le grandiose des reines de théâtre d'autrefois, sous l'aspect imposant que seul peut rendre le mot latinportentosa. L'Ariane abandonnée, sous sa coiffure en diadème, avec l'ample nudité de sa poitrine, parmi les lambrequins de brocart se cassant en lourds plis autour de son corps, au milieu de l'éclairage d'apothéose du fond, où se voient vaguement une cohorte de faunes brandissant des thyrses, et un puissant amour qui tient une couronne d'étoiles au-dessus de la tête de la tragédienne;—l'Ariane du Théâtre-Français prend des proportions extra-humaines, une espèce de matérialité épique. Non, jamais actrice n'a eu unsigrand et si triomphant ouvrage de burin consacré à conserver ses traits aux siècles futurs, et ce portrait vous fait prendre en mépris la pauvreté de nos portraits modernes de célébrités dramatiques.
MarieDumesnil, de la Comédie-Française, reçue en 1737.—A Paris, chez Elluin, graveur.—Voici la tragédienne de tempérament, qui a peut-être poussé le plus loin les effets des rôles de fureur et de terreur, la voici dans sa laideur, avec sa figure plate et osseuse, son grand nez décharné, ses yeux d'aigle qui devenaient effrayants à certains moments. Elle est représentée dans le rôle d'Athalie, le corps habillé d'une robe à glands et à pompons, la tête coiffée d'unrepentir, se déroulant à la dix-huitième siècle sur son épaule.
AdrienneLe Couvreur, morte à Paris, le 20 mars1730, âgée de trente-sept ans.—Peinte par Charles Coypel, gravée par Drevet.—La première actrice, qui dans la tragédie, ait rompu avec le chant dont Racine n'avait jamais pu complètement guérir la Champmeslé, la maîtresse du maréchal de Saxe, la comédienne «vivant avec les duchesses» est peinte tenant dans ses mains l'urne des cendres de Pompée. Un rôle et un portrait où la sensibilité du jeu de la Le Couvreur, le touchant de son visage, la douleur de ses beaux grands yeux, sont rendus merveilleusement par le peintre et le graveur, sous la robe de veuve de Cornélie.
Un autre portrait vous fait faire connaissance avec «les traits de la ville» de l'actrice, vous détaille ses yeux tendrement expressifs, son nez délicatement aquilin, sa bouche spirituelle: c'est le petit portrait de la suite d'Odieuvre, peint par Fontaine, gravé par Schmidt.
FseA. M.de Raucourt, née à Paris, le 3 mars 1756, débutée à la Comédie-Française le 13 décembre 1772, reçue le 23 mars 1773.—A Paris, chez Bligny, lancier du Roi.—MlleRaucourt, appelée méchamment, à propos de son goût pour son sexe, l'enfant gâtéde la nature, et dont la beauté fit une sorte de révolution à son début, n'a guère dans ce portrait de cette beauté si vantée que de gros traits impudents.
Catherine de Seine, épouse du SrDufresne.—Peinte par Aved, gravée par Lépicié.—La seule actrice dont MlleClairon ait fait l'éloge sans restriction, est représentée avec ses beaux yeux, ses traits médiocres,le noble et vrai abandon de tout son être dans le rôle de Didon, montrant au public un sein percé et sanglant.
MademoiselleContat, de la Comédie-Française, jouant le rôle de Suzanne dans le «Mariage de Figaro».—Dessinée par Desrais, gravée par Dupin fils.—La grande coquette qui a porté sur la scène la femme du grand monde, la comédienne qui a eu une manière à elle sans imiter personne, la présidente du foyer du Théâtre-Français pendant toute la fin du dix-huitième siècle, la femme aussi jolie qu'il est possible de l'être, nous est donnée dans ce portrait, dont elle nomma le bonnet, avec quelque chose d'une rude et joyeuse commère, qui ne peut être ni le visage ni la physionomie de celle dont M. de Narbonne et M. de Talleyrand faisaient leur société[32].
Marie-Anne BototDangeville, comédienne françoise.—Peinte par Pougin de Saint-Aubin.—La soubrette à la physionomie piquante, raillarde, étrange, et qui, dans une préparation de La Tour, ressemble à une Joconde du ruisseau, la comédienne dont la retraite inspira le tableau de Thalie éplorée, est dessinée en manteau volant, sous une coiffure plate ornée de fleurettes, dans un médaillon au bas duquel, une marotte de fou fait pendant à un flambeau d'amour.
«Portrait de Mlled'Oligny.»—Peinte par Vanloo,gravée par Huber d'Augsbourg.—La comédienne qui joua d'original le rôle de Rosine du «Barbier de Séville», et dont l'épigraphe de son portrait est: «La Pudeur fut toujours la première des Grâces», Mlled'Oligny est représentée toute riante du sourire d'une bouche innocente et de la malice d'yeux ingénus, et joliment enguirlandée de rameaux de lierre en passementerie dans les cheveux, au bord de la peau de son corsage, sur ses manches, et qui l'entourent de leurs légères et volantes déchiquetures. C'est un des plus charmants portraits d'actrice avec son médaillon tranquille sur un fond plat, d'où se détache en haut, comme l'écusson en bosse d'un cadre, un masque comique entre un rameau de laurier et une branche de roses.
Mademoiselle AngéliqueDrouin, femme du SrPréville, comédienne françoise, a débuté en décembre 1753 et reçue en janvier 1757.—Peinte par Colson, gravée par Michel.—Des traits un peu vieillots, mais espiègles, un sourire avenant qui fait de jolis petits creux dans sa joue, telle est la physionomie de la grande coquette.
Une autre estampe, dessinée par Simonet, gravée par Devaux, donne en pied Angélique Drouin dans la comédie de «l'Écossaise,» où elle transporte, sur la scène française, les aériennes modes de l'Angleterre du dix-huitième siècle et le délicieux petit chapeau rustique à la Clarisse.
AlexandrineFanier, née à Cambrai, reçue à la Comédie-Française en 1766.—Dessinée par Moreau le jeune en 1773, gravée par Saugrain.—Des cheveuxoù serpente un liseron, et dont un flot tombe dépeigné sur l'épaule, des yeux noirs d'une vivacité extrême, une bouche sarcastique, et l'adorable petit nez retroussé qu'a chanté Dorat, sont les traits de la soubrette dont les grands succès furent: le «Dissipateur» et le «Préjugé vaincu».
Marie-ÉlisabethJoly, du Théâtre-Français, morte à Paris en l'an VI, âgée de trente-sept ans.—Dessinée par M***, gravée par Langlois.—Peu jolie, mais douée d'une figure expressive et relevée de petits grains de beauté, la première des servantes de Molière est pleurée au bas de l'estampe par ces deux vers de Lebrun:
Éteinte dans sa fleur, cette actrice accomplie,Pour la première fois a fait pleurer Thalie.
Éteinte dans sa fleur, cette actrice accomplie,
Pour la première fois a fait pleurer Thalie.
MademoiselleOlivier, de la Comédie-Française.—Dessinée et gravée en couleur par Coutellier.—L'actrice «jolie comme un ange, fraîche comme une rose», est représentée dans le travesti de Chérubin, ce rôle dans lequel elle fit tourner la tête «à toutes les femmes et à tous les hommes». On voit la charmante jeune femme, sous le costume indiqué par Beaumarchais lui-même, dans lesHabillements de la pièce: vêtement d'un page de cour espagnole blanc et brodé d'argent, le léger manteau bleu sur l'épaule, et un chapeau chargé de plumes.
Terminons par la Comédie-Italienne.
MademoiselleCamille.—Peinte par de l'Orme, gravée par Pelletier.—Jacqueline-Antoinette Véronèse,née à Venise en 1735 et qui débuta en 1744, pour la danse, avec un feu, une grâce, une légèreté admirables, a une figure grosse comme le poing, où sont d'énormes yeux et une petite bouche spirituelle. Elle est coquettement coiffée d'un fichu jeté sur la tête et noué sous le menton, et elle porte un corsage galonné aux manches à crevés, un corsage ouvert sur son corset comme un gilet d'homme.
MademoiselleColombel'aînée. Pensionnaire du Roy, née à Venise en 1754 et reçue à la Comédie-Italienne en 1773.—Dessinée et gravée par Patas.—La chanteuse et la jolie femme est représentée en pied dans le premier acte de «la Colonie». La magnifique et rare estampe montre MlleColombe chantant: «Ciel, où suis-je...» dans une robe à barrières de bouillons, qui est certes la robe la plus richement bouillonnée qui ait été jamais faite.
MademoiselleCoraline.—Peinte par Allais, gravée à l'aquatinte par Vispré.—La sœur de Camille, qui débuta à quatorze ans dans le rôle de Colombine, et qui baptisa de son nom tant de pièces: «Coraline Jardinière, Coraline Esprit Follet, Coraline Arlequin et Arlequin Coraline», se voit, dans ce rare portrait, bovine et joufflue, avec de gros yeux saillants aux cils durs, les épaules couvertes d'une peau de féroce, nouée sur la poitrine par un nœud d'où ressortent les griffes de la bête.
MadameCrétu, actrice du théâtre de Bordeaux.—Dessinée et gravée par Pallière à Bordeaux. Cette actrice de la Comédie-Italienne, puis du théâtre Favart,et à laquelle la chronique scandaleuse des théâtres de 1793 reproche son universalité, et qui loge «rue Montorgueil, à la Vanité», est une brune piquante avec quelque chose de simiesque dans les traits qui s'accentue avec l'âge, et la fait ressembler, dans la lithographie de Singry, à un vieux singe phtisique.
MademoiselleDesbrosses, actrice de la Comédie-Italienne. Dessinée et gravée par Le Beau. Une rivale, pour la finesse du jeu et le goût du chant dans certains rôles, de la Dugazon, et qui, dans son costume paysanesque, sous son petit chapeau de paille, offre les traits menus et ingénus d'une petite fille.
Madamedu Gazon, reçue à la Comédie-Italienne en 1776.—Gravée par Le Beau.—La Lisette au jeu comique et fin, et possédant le nez le plus relevé de tous les nez de soubrettes qui ont paru au théâtre, ainsi qu'on peut le vérifier en son profil, dans le rôle de Marine, de la «Colonie».
«Par ses talents, sa grâce naturelle.» (Portrait de MmeFavart.)—Dessinée par Garaud, gravée par Chenu.—La maîtresse du maréchal de Saxe, la grande actrice de la Comédie-Italienne, et qui osa jouer dans «Bastien et Bastienne», avec l'habit de serge, la croix d'or au cou, la coiffure villageoise et les sabots, a son portrait à la plume ainsi tracé dans les «Deux lettres de cachet contre la demoiselle Chantilly»: «Petite, mal faite, sèche, les cheveux bruns, le nez écrasé, les yeux vifs, la peau assez blanche.» Et c'est la figure qu'on retrouve dans les portraits deGaraud et de Cochin, avec un rien dans les yeux du clignotement d'une myope.
MadameGavaudandans «Joconde».—Peinte par Jacques, gravée par A. de Saint-Aubin.—Un sourire charmeur, la physionomie animée la plus séduisante qui se puisse voir au milieu des frisons qui l'encadrent, et même sous le ridicule bonnet de linge terminé par un béret, la coiffurecouleur localedu temps[33].
MadameJulien, reçue à la Comédie-Italienne en 1781.—Gravée en couleur chez Mandhare et Jean.—On voit MmeJulien dans la «Veuve du Cancale», sous un bonnet blanc liséré de noir, jeté sur le haut de la tête, une croix sur sa poitrine débraillée, et dont les deux boutons de seins traversent de leur rose le tulle de son fichu; et au milieu du noir de sa robe, du blanc de sa guimpe, et avec son teint allumé, elle ressemble à une nonne en goguette.
MademoiselleLescot, reçue à la Comédie-Italienne en 1780.—A Paris, chez Esnauts et Rapilly.—MlleLescot, une transfuge du théâtre de Rouen, une chanteuse à la voix joliment articulée, montre dans son portrait un profil tout droit, et où le front,comme dans une tête antique, passe au nez sans rentrant, sans inflexion, une belle tête sur laquelle sont épandues les ondes de ses cheveux parmi lesquels court une guirlande de fleurs.
Marie-Thérèse Villette, F. La Ruette, de la Comédie-Italienne, reçue en 1761.—Dessinée par Le Clerc, gravée par Elluin.—La chanteuse aimée du public, et dont la rentrée dans la «Servante maîtresse» et «le Tableau parlant» fut accueillie par des transports d'enthousiasme, est un des plus remarquables laiderons qui aient été jamais portraiturés, avec ces petits traits malingres et chafouins.
«Du jeu de Sylvia la naïve éloquence.» Portrait de MlleSylvia.—Peinte par la Tour, gravée par Surugue fils.—Jeanne Benozzi, la comédienne supérieure par l'art naturel de son jeu, est représentée dans le beau portrait de La Tour, en coiffure basse, au haut de laquelle se recroqueville une petite plume blanche, un nœud de ruban au cou, unparfait contentementau corsage; et elle est habillée d'une de ces somptueuses robes, aimées par Marie Leckzinska, toute couverte, toute filigranée, toute passementée de cannetille, et de ce qu'on appelait alors dessourcils de hannetons. La comédienne a un front lumineux, des yeux pénétrants, un grand et fin nez renarré, une bouche à la Voltaire: une physionomie de vieux diplomate.
Maintenant, avant de terminer, il me plaît de m'arrêter encore un moment à ces feuilles volantesdont il ne reste bien souvent que l'épreuve unique conservée par le graveur dans son Œuvre, à ces fragiles et périssables monuments de la vie privée d'une époque, et qu'on appelle: Adresses, Billets, Avis, Factures, Lettres de faire part, etc., en un mot, à tout le papier ornementé que le dix-huitième siècle a fait à son image, et qu'aucun peuple de la terre, en aucun temps, n'a fabriqué avec le goût qui en est le signe et la marque. Oui, ces riens, cespassesde circulation, touchées et retouchées par des mains d'autrefois, et qui ont de la crasse d'une humanité disparue, me parlent plus haut que les documents de la froide et grande Histoire, et si mon frère et moi, avons fait revivre un peu de la vie du passé dans nos livres historiques, nous le devons à l'étude de ces infiniment petits, méprisés jusqu'à nous... Et le joli art qui se joue autour de ces documents intimes, et les ingénieuses imaginations, et les heureuses combinaisons de lignes, et la galante originalité d'une ornementation qu'on ne reverra plus, et à laquelle ont pris part, tout le long du siècle, les plus illustres artistes de la vieille France, depuis Boucher qui a dessiné l'adresse de Gersaint, le marchand de curiosités, jusqu'à Prud'hon qui dessina les deux adresses du bijoutier Merlen et de sa veuve.
La série débute par une petite eau-forte de Cochin, la première estampe que, encore toutjeunet, le dessinateur invente, et où, dans un encadrement de roseaux et de madrépores, des Néréides déposent dans le giron d'une Vénus, grande comme l'ongle,les coraux, l'ambre, les perles. C'est l'adresse de Stras, l'inventeur du faux diamant qui porte son nom: