20 mars.

Je suis triste, j’ai froid, et la chaleur de mon lit ne m’a pas remise de ma veillée glaciale.

C’est tard, minuit ! Jamais, jusqu’à présent, je n’avais été si loin dans la nuit, et à ces heures-là, dans ce calme étonnant, on se sent si diminué, si perdu !…

Pourtant, dehors, sur tout ce blanc, la lune qui s’était levée faisait de grandes traînées d’argent, et les sapins du fond avaient l’air d’avoir leurs branches effrangées dans du cristal… Mais les heures sont si longues !… Cependant, à mesure que l’instant se rapprochait, mon cœur battait plus fort, et il me semblait que c’était quelque chose d’autre posé auprès de moi qui faisait tout ce tapage. Puis, au premier des douze coups tout s’est arrêté. « Maintenant ou jamais ! » ai-je pensé, et j’ai compté jusqu’au bout, les yeux fermés et les mains bien serrées sur mes paupières, attendant pour regarder que ce fût fini… Mais, après comme avant, la cour était vide, la cloche muette et la route sans l’ombre de vie !…

Au même instant, mon cierge s’est éteint avec un petit cri… Il était au bout, je crois ; mais, c’est égal, on aurait dit que la statuette elle-même le soufflait pour me montrer que tout était fini ! C’était lugubre. Et le cœur pourtant est ainsi fait qu’en même temps, à part moi, je reprenais déjà mon « jamais » de tout à l’heure. Ce n’était pas maintenant, c’est vrai, mais enfin demain était là, et on ne chicane pas comme ça un saint sur l’heure et la minute, comme s’il s’agissait d’un marché quelconque.

Peut-être entendait-il que la neuvaine fût bien finie, bien accomplie, et voulait-il mettre la récompense au lendemain seulement. Un crédit de vingt-quatre heures, c’est un crédit qu’on peut faire !

Là-dessus j’ai dormi sans joie, mais d’un somme, et me revoici à mon beffroi.

Et maintenant ce jour-ci, comment finira-t-il ?


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