23 mars.

Comment il a fini !… Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! qui jamais aurait pu prévoir une chose semblable, et qui m’aurait dit que par une imprudence insensée je serais tout près de causer la mort d’un homme !…

Comment c’est arrivé, je ne me rappelle plus bien maintenant ; mais cette attente qui ne finissait pas m’énervait, je crois.

Toujours ces heures qui passaient sans rien m’apporter, c’était long, et mon espérance me faisait mal au cœur en s’en allant !

Plus j’avais cru avec passion, plus cette désillusion m’était amère, et, peu à peu, une colère véritable et un ressentiment fou me montaient à la tête.

C’était une tromperie cela !

N’avais-je pas prié avec tout mon cœur ? Pourquoi alors les promesses ne se réalisaient-elles pas maintenant ?

Je le demandais à haute voix, interrogeant et suppliant devant ma statue, et ensuite m’indignant et lui faisant des reproches.

Mais pas plus mes prières que ma colère n’avaient d’effet, bien entendu… Seulement, à force de dire, je m’excitais moi-même et j’arrivais à m’irriter du silence de ce métal comme s’il eût été volontaire…

Puisque je criais ma tristesse, puisque je lui promettais tout ce que mon imagination et mon cœur pouvaient me suggérer, pourquoi, lui, restait-il muet ?…

Les gens qui sont tout seuls sur terre et que personne n’écoute, qui prient là-haut et que personne n’écoute encore, que peuvent-ils faire ?

Et, entre chaque mot, je m’arrêtais, j’attendais… je lui donnais du temps, enfin !… Et toujours rien, pourtant !…

Alors, tout d’un coup, révoltée, exaspérée, en colère comme je ne me suis jamais vue, et me sentant le droit de me venger vraiment, j’ai pris la statue dans ma main, et, de toute ma force, je l’ai lancée par la fenêtre qui donne sur la campagne en lui criant :

— Vous m’avez trompée !… Allez-vous-en !…

Le carreau qu’elle avait brisé en passant finissait de tomber sur le parquet quand j’ai entendu un cri en bas.

C’était un homme, et il avait la figure couverte de sang. Mon Saint-Joseph lui avait troué le front au-dessus de l’œil gauche, et, comme le malheureux reculait tout saisi du choc, ses deux pieds à la fois se sont pris dans des pierres écroulées de notre mur, et dans sa chute il s’est brisé le genou.

Voilà trois nuits que Benoîte et moi, nous le veillons, et c’est près de son lit que j’écris et que je pleure.


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