Toute réalité n’est pasPrès du sol où posent tes pas.En est-il plus haut, — ou plus bas ?…— Ou même ailleurs ? En rêve ?Ce que Dieu t’accorde en naissantEst jeu pour toi bien innocent…Mais certain voile est plus plaisantEt vaut qu’on le soulève.Souris au Mystère. On le doitAux aïeux morts, au rêve droitQue leurs ombres montrent du doigt.Sache entendre leur ordre,Et puis attends. Et sache aussi,Ayant jusque-là réussi,Que la règle s’inscrit ainsi :Il faut mourir ou mordre.
Toute réalité n’est pasPrès du sol où posent tes pas.En est-il plus haut, — ou plus bas ?…— Ou même ailleurs ? En rêve ?Ce que Dieu t’accorde en naissantEst jeu pour toi bien innocent…Mais certain voile est plus plaisantEt vaut qu’on le soulève.Souris au Mystère. On le doitAux aïeux morts, au rêve droitQue leurs ombres montrent du doigt.Sache entendre leur ordre,Et puis attends. Et sache aussi,Ayant jusque-là réussi,Que la règle s’inscrit ainsi :Il faut mourir ou mordre.
Toute réalité n’est pasPrès du sol où posent tes pas.En est-il plus haut, — ou plus bas ?…— Ou même ailleurs ? En rêve ?Ce que Dieu t’accorde en naissantEst jeu pour toi bien innocent…Mais certain voile est plus plaisantEt vaut qu’on le soulève.Souris au Mystère. On le doitAux aïeux morts, au rêve droitQue leurs ombres montrent du doigt.Sache entendre leur ordre,Et puis attends. Et sache aussi,Ayant jusque-là réussi,Que la règle s’inscrit ainsi :Il faut mourir ou mordre.
Toute réalité n’est pas
Près du sol où posent tes pas.
En est-il plus haut, — ou plus bas ?…
— Ou même ailleurs ? En rêve ?
Ce que Dieu t’accorde en naissant
Est jeu pour toi bien innocent…
Mais certain voile est plus plaisant
Et vaut qu’on le soulève.
Souris au Mystère. On le doit
Aux aïeux morts, au rêve droit
Que leurs ombres montrent du doigt.
Sache entendre leur ordre,
Et puis attends. Et sache aussi,
Ayant jusque-là réussi,
Que la règle s’inscrit ainsi :
Il faut mourir ou mordre.
Je n’ai jamais eu l’habitude de la réflexion, ayant révéré surtout, jusqu’à l’heure ici marquée, le goût tout nu de mon plaisir. Mais j’étais sans force devant ce mot légendaire et enfantin : Clarecrose.
Voici : nous ne vivons pas à l’ordinaire en rêve, si souhaitable que cela puisse parfois paraître à des gens de ma sorte, inférieurs ou supérieurs à leur existence toute tracée. Alors, il faut bien que je m’explique, que je me résume, — ne serait-ce que pour me reconnaître franchement, pour me bien regarder en face un instant, — un peu de la même façon que le feraient dans leurs mémoires publiés à grands fracas des guerriers, des hommes d’État, des assassins, des diplomates ou des courtisanes. Mais, alors, cela devient terrible et pénible… Comme j’ai eu tort de lire, d’apprendre, de m’intéresser à certaines choses belles ! Quel bénéfice m’en restera-t-il, que ma vie soit ou non signée de moi quelque part ? Un bénéfice négatif tout au plus : celui de comprendre, ou, pour mieux dire, de sentir le peu que je vaux… — et de tenter de me défendre contre une infinité de choses obscures, à force de réflexion.
Bien plus, le mot « réflexion » ne saurait sonner en ce cas comme s’il venait du plus sincère de moi-même. Je suis devant lui, quand je me le répète, comme une coquette ambitieuse en présence d’un bijou que ses moyens lui interdisent pour toujours de s’offrir.
Abdiquons donc ! Une autre route se présente, qui n’est pas sans charmes, dans sa facilité bénie et son immense incertitude.
— Si tu sens vraiment que tu en es là, ne résiste plus, laisse-toi emporter, c’est plus digne, me dit un Démon qui me paraît délégué en moi du fond des temps, — des années où je n’étais, aux veines et au cœur de mes ascendants les plus reculés, qu’une goutte de sang précaire, périssable.
Alors, je remonte sans effort le cours du fleuve dont les sources jaillissent du pays sombre d’où nous sortons et où il nous faudra revenir coûte que coûte. Je m’arrête dans le calme estuaire livide d’un affluent, où s’élèvent de funèbres roseaux… Ma barque, que nul cygne ni nulle colombe ne menait dans son voyage vers le passé, a fait escale là, comme d’elle-même.
(J’ai oublié de dire que ce que je raconte ici, c’est un rêve qui est revenu danser autour de moi, tandis que je me suis endormi sur un banc, dans le parc de Castelcourrilh, après le départ de mon père et en attendant le moment de me rendre à l’étonnante invitation qui vient de m’être renouvelée…)
Renouvelée, quand j’étais éveillé encore. A présent, je dors.
Je dors, mais je n’ai jamais eu l’impression de vivre avec autant de clarté et de véhémence. J’ai vogué si loin du présent, jusqu’à l’estuaire livide, que la vie réelle, vaguement perçue en son triomphe d’automne, de soleil, de couleurs chaudes, de parfums exaspérés, semble frapper mes sens avec autant de magie que s’ils étaient tout neufs, enfantins, rustiques, ou même bestiaux. Je dors, mais je retrouve le rêve étonnant qui dédoubla véritablement mon existence durant une année au moins de mon enfance, — oui, vers le temps de ma première communion.
Cela avait commencé par des rêves incohérents, comme en font à l’ordinaire les hommes et les animaux. Puis, très vite, les images s’éclairèrent, se précisèrent, et je constatai bientôt qu’elles étaient les mêmes toutes les fois.
Je quittais le château de Castelcourrilh par une porte dérobée ; je ne voulais pas, ou, en tout cas, je jugeais préférable qu’on ne s’aperçût pas de mon absence. C’était, en général, par la façade nord, celle qui donne sur ce qu’on appelle « la garenne », petit bois où, pour un instant, la Diole se divise en multiples ruisselets. On devait être à l’automne, en la saison même des chasses, car les jours à leur déclin respiraient, avec le parfum des genévriers tout proches, une senteur promenée sur des lieues et des lieues de fumée de bois vert et de taillis détrempés. La nuit venait, les angélus tintaient, les étoiles apparaissaient. Et, en remarquant tout cela, je compris que ces rêves n’avaient décidément plus rien de commun avec les tableaux fragmentaires, analogues à ceux des lanternes magiques, qu’on a coutume d’appeler ainsi. Ils imitaient le déroulement ininterrompu et bien ordonné de la vie et se poursuivaient même, se complétaient d’une nuit à l’autre, comme notre existence reprend et se continue chaque matin ; si bien qu’il m’advint plus d’une fois, à l’époque dont je parle, d’éprouver une sensation assez déconcertante : c’était en m’éveillant que j’avais l’impression de naufrage et de noyade que donne l’approche du sommeil.
Clarecrose, en dialecte quercinol, signifie quelque chose comme grotte lumineuse. La vieille chanson dont j’ai déjà traduit tant bien que mal divers couplets se fredonne encore aux veillées sur un air de ronde. Les vieux parlaient jadis de Clarecrose comme d’une contrée d’enchantement, où s’élevaient d’éblouissants palais, où de belles dames se promenaient et dansaient en robe couleur de lune, doucement et même voluptueusement indulgentes — affirmait-on — aux mortels qui, par leurs mérites, par leur audace ou leur charme, par ruse ou par protection féerique, étaient parvenus jusqu’à leur demeure. Il subsiste même des dictons qui font allusion à Clarecrose ; ainsi, on stigmatise un prodigue en affirmant que tout l’or de Clarecrose ne lui suffirait pas, on raille une fille trop fière de sa beauté en lui demandant si elle se prend pour une des Dames de Clarecrose… Mais laissons à un M. de Fontès-Houeilhacq le soin de disserter là-dessus, — et ailleurs, si possible, qu’au cours de cette histoire.
… Quand j’eus remonté le fleuve de mes jours et débarqué au fond de l’estuaire livide, je reconnus en face de moi la garenne telle qu’elle était une douzaine d’années auparavant, plus touffue et plus embaumée, plus mystérieuse et plus émouvante. Peut-être n’a-t-elle pas réellement changé depuis lors, peut-être cette transformation n’était-elle due qu’à mes sens d’enfant reconquis durant le voyage imaginaire ?… La Diole s’éparpillait toujours en menus ruisselets d’argent qui monnayaient la lune à présent éblouissante ; oui, c’était bien ma route, etl’heure voulue… Je n’avais qu’à suivre, comme à l’ordinaire, le bras principal du ruisseau, celui qui coule à droite, au plus feuillu de la garenne. Et puis…
C’était là que je quittais le peu de réalité qui subsistait dans mon rêve : aujourd’hui comme autrefois, la Diole, au sortir du bois, s’engouffre dans une étroite gorge que surplombent des falaises abruptes, aux éboulis fréquents. L’endroit, d’abord verdoyant, ombragé et frais, ne tarde pas à devenir sinistre comme une bouche de l’Averne. Au fait, la Diole s’offre peu après le luxe d’une promenade souterraine. Mais, dans ma promenade de songe, il en avait toujours été, et il en fut encore cette fois-là, bien autrement.
Le paysage s’élargissait, un chemin apparaissait, tout droit, entre d’immenses prairies éblouissantes de clarté, sous un ciel si bas qu’en levant la main on aurait cru pouvoir atteindre les étoiles. La Lune était au bout de ce chemin comme un signal ami, ou même comme une amie qui m’aurait appelé… Je serais allé très vite sans la crainte de l’offenser à chaque instant en marchant sur un sol argenté qui semblait être la traîne aux plis stricts de sa robe.
Et c’était, un peu plus hors de l’espace, à côté du temps, la porte de Clarecrose ; on la reconnaissait aux voix d’invisibles créatures qui murmuraient le nom du pays d’enchantement, qui le murmuraient sans trêve, et même, eût-on dit, pour l’éternité : quelque chose comme des chants de grillons par une nuit de juin destinée à ne jamais finir. On entrait dans le domaine en passant sous un porche de cristal azuré aux piliers duquel on se heurtait parfois, tant le monument se distinguait peu de la nuit bleue, scintillante, et du ciel qui s’était abaissé encore, jusqu’à paraître près d’écraser le visiteur entre le sol et lui. Puis les parois d’un couloir, lui aussi de cristal, se précisaient à cause d’une lueur venue de loin et qui, elle, était blanche ; des formes féminines si belles qu’il n’est pas de mots pour les décrire se laissaient entrevoir çà et là. Tout était sourire, musique, parfums.
— Allons, viens, il est temps ! dit une voix à mon oreille…
… Et je m’éveillai, sur le banc, à l’ombre du bosquet où mon père m’avait abandonné à mes méditations deux ou trois heures plus tôt. C’était le soir, un soir différent de ceux qui avaient couronné jusque-là nos journées de Castelcourrilh, un soir voilé, un soir qui faisait déjà penser au plaisir prochain des grands feux dans les âtres, aux vols des migrateurs, à des départs. Ma rentrée à Paris, qui suivrait comme à l’ordinaire mon retour de Castelcourrilh, me terrifia soudain, et plus encore que les autres années. Que cette perspective choquât mon amour pour Ève ou d’autres sentiments plus confus et plus violents encore, il se peut ; mais cela, qui eût pu m’irriter, n’expliquait pas mon angoisse… Ah ! retrouver le chemin de Clarecrose pour toujours !
N’était-ce pas justement à l’endroit où la Diole quitte la garenne que Noëlia — puisque c’était elle — m’avait dit de venir la rejoindre au soir ?… L’heure du rendez-vous avait sonné.
Et je me répétais :
— Je suis éveillé, maintenant… Et elle a bien dit : à l’entrée de Clarecrose. Comme dans le rêve retrouvé, les voix d’invisibles créatures, tandis que je me hâtais à travers le bois, en suivant le bras principal du ruisseau, murmuraient au son d’une musique d’outre-vie : Clarecrose… Clarecrose… Clarecrose.
Noëlia m’attendait à l’entrée de la gorge où le ruisseau reconstitué semble bondir en hâte, comme effrayé d’avoir risqué de s’anéantir un peu plus haut. Elle avait une robe blanche toute champêtre et toute simple, mais dont la plus raffinée de mes petites amies parisiennes eût envié l’élégance. Un grand chapeau de paille claire, pastoralement orné de marguerites, gisait près d’elle, sur l’herbe. Je me sentis soudain gêné, — oh ! cette fois, par des idées bien ordinaires… Devant cette créature coquette, délicieusement pomponnée et attifée, il me déplaisait d’apparaître en tenue de chasseur, en veston et culottes de velours fauve, et botté ; je devais sentir le cuir et l’herbe, comme un rustre… Elle éclata de rire :
— Montre-toi : oui… comme cela… au soleil ! Oh ! le soleil éclaire rouge et ton habit semble flamber !… Tu me plais au grand jour… Je n’avais pas eu le loisir encore de t’examiner autant de secondes à la file… Tu as failli être en retard… Viens que je te gronde… Tu es bête… Tu me regardes drôlement… Tu as l’air de penser à toutes sortes de choses où je ne suis pour rien…
Je la rassurai :
— J’ai coutume de ne pas gâter par d’inopportunes méditations mes joies inattendues, qui sont les meilleures. Toute mon ambition est de les savourer comme elles méritent. Il y avait une fois une sorte de fée…
— Deloupéroune!
— Soit ! deloupéroune… qui… depuis sept nuits…
— N’en jette plus, je suis au courant, moi aussi… tu parles !… Mais avoue que tu ne me reconnaissais plus, depuis le temps ? Tu te la rappelles, la gosse à qui tu tirais les cheveux ? Ah ! tu étais le plus cruel de tous ! Sale rosse, va… Enfin tu as eu raison, après tout… Je ne t’avais jamais oublié, toi ! Et, lorsque je t’ai vu, l’autre jour…
— Eh bien ?
— Eh bien… je me suis dit que j’allais te faire payer toutes tes méchancetés anciennes.
La pénitence était douce… Et, peu après, Noëlia connut que je ne demandais pas mieux que de la subir une fois de plus.
… La nuit était presque venue à présent. La cloche du dîner achevait de retentir pour la deuxième fois. Noëlia s’étira et bâilla, caline, lasse, et murmura en saisissant ma manche :
— N’y va pas. Je te garde… Tu veux bien ?
Je n’y voyais pas d’inconvénients, mais, d’ailleurs, elle n’attendit pas ma réponse.
— Je te garde ce soir. Tu as une belle fiancée… Je ne t’ai retrouvé que pour te perdre… Retrouvé, je te dis… Car (regarde-moi bien en face !) est-ce que tu ne me reconnais pas, maintenant ?
— Mais si… mais si… je te reconnais. C’est vrai que j’étais bien méchant ! Te rappelles-tu, la fois où je t’avais enfermée dans la cave ?… Tu me pardonnes ?
Elle haussa doucement les épaules :
— Non… il ne s’agit plus de cela !… Est-ce que tu ne me reconnais pas tout à fait ?… tu me comprends bien ? tout à fait ?… Car tu m’avais vue déjà, telle que je suis…ailleurs?
Ses yeux restaient fixés sur les miens ; ils étaient anxieux, suppliants, comme si, de la réponse qui allait sortir de ma bouche, toute sa destinée allait dépendre… Et moi, tout à coup, je compris… Mais c’était fou, mille fois fou !
Elle parut implorer mon secours en murmurant près de mon oreille.
— Clarecrose…
Alors, ses yeux qui de nouveau m’épiaient étincelèrent ; elle poussa un cri de triomphe, en m’entourant de ses beaux bras mi-nus :
— J’en étais sûre… La nuit dernière je t’avais dit : « A l’entrée du chemin de Clarecrose. » Et n’es-tu pas venu ici tout droit ?… Comment aurais-tu fait si… Tu vois bien que tu me reconnais, maintenant !… Oh ! cela n’est pas si extraordinaire que tu le crois… Il y a, paraît-il, pas mal de gens comme nous qui se sont rencontrés, tout petits, mais tels qu’ils seraient plus tard, à l’heure de s’aimer, aux mêmes endroits des mêmes rêves…
Elle s’arrêta un instant, les lèvres appuyées aux miennes avec ferveur… Puis, comme s’il s’était agi désormais de l’aventure la plus naturelle du monde :
— Est-ce que tu m’avais déjà retrouvée, ce soir, quand tu dormais sous les sapins, de l’autre côté du château ? Non !… Tu m’auraisreconnueplus vite ! Tu as dû flâner le long du couloir, paresseux !
— J’étais à l’endroit où la lumière devient blanche, dis-je comme à moi-même…
— Tu avais encore les trois grandes salles à traverser… J’ai bien fait de t’éveiller ; n’est-ce pas que c’est aussi bon ici que… que là-bas ?… N’est-ce pas que tu m’aimes ici… un peu, un tout petit peu… oh ! pas autant que là-bas, bien sûr : la vie est la vie !… Mais dis-le moi quand même… dis-le moi comme tu me le disais près du bassin des trois Dames habillées de rose… tu te souviens ?
— Mais oui, je t’aime, murmurai-je tout bas… « comme auprès du bassin » !
— Dis-le plus fort !
— Je t’aime ! Je t’aime. Je t’…
Un beau rire, très clair et très humain celui-ci, retentit près de nous :
— C’est qu’il le crie comme si c’était vrai ! fit Ève, droite et blanche à l’orée sombre de la garenne.
Elle s’approcha de nous. Et, sans paraître voir ma compagne :
— Ne crois pas que je t’en veuille ! On m’avait avertie ; j’ai voulu me rendre compte… Tu me connais, je n’ai jamais menti… Es-tu mon seigneur… et le maître ici ?… Eh bien, tant que nous ne serons pas mariés, je te laisse libre d’user de certains droits traditionnels sur tes vilaines…
Noëlia avait bondi sous l’insulte, échappant à mon étreinte.
— Attention ! annonça Ève, très posément.
Et Noëlia, les poings levés, s’arrêta à deux pas d’Ève : certain revolver dont il a été question déjà brillait faiblement au bout d’un bras clair qui ne tremblait pas, à quelques centimètres de son front… Elle étouffa un cri de rage et recula, domptée.
— Tu as raison, fit Ève… Je ne t’aurais pas manquée, cette fois.
Et s’adressant à moi :
— Tu ne m’en veux pas ? Au fond, c’est idiot de ma part d’être venue… puisque je m’en moque !… Non, non, ne te dérange pas… Au revoir !
Quelques minutes plus tard, Noëlia sanglotait, appuyée à mon bras, le long de l’obscur sentier qui conduisait à sa petite maison de Vilhane… Pour dire quelque chose, ou pour paraître, par courtoisie, plus furieux que je ne l’étais en somme, je m’écriai :
— Ah ! si jamais je découvre le mouchard… ou la moucharde…
Les sanglots cessèrent brusquement, et ma compagne, d’une voix rauque :
— Ne cherche pas : c’est moi.
Je ne répondis pas. Nous étions au plus touffu du taillis, je ne distinguais plus le sentier. Elle me prit la main : « Suis-moi ». Je la regardai : ses yeux, au moment où ils se tournèrent vers moi, promenèrent horizontalement dans le noir deux clartés fugitives et très pâles.