IIPREMIER PASSAGE SUR MON JARDIN

J’avais sur la montagne un grand jardin secret.Mais, ce soir, se levant du fond de la campagne,Le long biplan que l’œil des bergers accompagneVint à ma solitude infliger un soufflet.Car, doublant mon toit basque où, presque, il s’éraflait,Le monstre pour lequel il n’est plus de montagnePassa sur mon jardin comme le vent d’Espagne,Et mon sable eut son ombre, et mon lac son reflet !J’aurais dû t’en vouloir, ô beau monstre de toile,Moi qui, n’ayant cherché que l’aigle et que l’étoile,Suis venu sur ce mont, loin du plaisir humain,Pour avoir à moi seul un ciel qui se déploie !— Mais j’ai crié d’orgueil et j’ai pleuré de joieLorsque j’ai vu mon ciel devenir un chemin !

J’avais sur la montagne un grand jardin secret.

Mais, ce soir, se levant du fond de la campagne,

Le long biplan que l’œil des bergers accompagne

Vint à ma solitude infliger un soufflet.

Car, doublant mon toit basque où, presque, il s’éraflait,

Le monstre pour lequel il n’est plus de montagne

Passa sur mon jardin comme le vent d’Espagne,

Et mon sable eut son ombre, et mon lac son reflet !

J’aurais dû t’en vouloir, ô beau monstre de toile,

Moi qui, n’ayant cherché que l’aigle et que l’étoile,

Suis venu sur ce mont, loin du plaisir humain,

Pour avoir à moi seul un ciel qui se déploie !

— Mais j’ai crié d’orgueil et j’ai pleuré de joie

Lorsque j’ai vu mon ciel devenir un chemin !

27 septembre 1910.


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