Pour mon ami Coquelin et la Maison des Comédiens.
Quel est ce grand verger où le Cid se promèneEt se chauffe au soleil en chevrotant des vers ?Où, moins impatient de la sottise humaineDepuis qu’il voit blanchir le front de Célimène,Alceste, à son habit, met des feuillages verts ?…Quel est ce grand verger où le Cid se promène ?Ses lointains sont dorés de gloire qui s’envole ;Ses passants sont rasés comme de vieux marquis.Quel est ce Parc, Théâtre, où ta grande âme folle— Ta grande âme qui fait semblant d’être frivole !… —Se mêle au souffle frais d’un paysage exquis,Sous un ciel tout doré de gloire qui s’envole ?Des vieilles qui n’ont l’air que d’être un peu griméesCueillent la fleur où luit l’insecte smaragdin.Plus de sombre avenir ! de chambres enfumées !Et de tous les côtés c’est le côté Jardin !Et l’on voit doucement marcher sous les raméesDes vieilles qui n’ont l’air que d’être un peu grimées.Un vieux châle est drapé d’un geste de princesse ;La main de Hernani boutonne un vieux carrick ;On se jette des noms à la tête, sans cesse :L’un entendit Rachel et l’autre Frédérick !Et, les arbres du bois devenant un public,Un vieux châle est drapé d’un geste de princesse !La tristesse s’en va comme un rideau qu’on lève.Ah ! ne vous doit-on pas verser du rêve un peu,Vous qui fûtes longtemps les échansons du rêve,Et, charmeurs de nos soirs, quand votre soir s’achève,Ne doit-on pas, pour vous, mettre la rampe au bleu ?…La tristesse s’en va comme un rideau qu’on lève !Quel est ce grand jardin plein de songe bleuâtreEt de comédiens, comme un parc de Watteau ?Où Mascarille, errant sans masque et sans couteau,Croit remettre un instant sa cape de théâtreLorsque l’ombre des pins vient rayer son manteau ?…Quel est ce grand jardin plein de songe bleuâtre ?Quel est ce beau verger que protège un Molière,Tout pensif de sentir l’amour profond du solEnvelopper son marbre avec les bras du lierre,Tout souriant de voir Elmire et Doña SolCauser, sous les berceaux, de façon familière ?Quel est ce beau verger que protège un Molière ?…Ah ! la treille au mouvant festonN’est plus un décor adventice !Le pâté n’est plus en cartonQu’il faut que Gringoire engloutisse !Le Malheur signe un armistice ;Léandre devient châtelain ;Scapin dort ; Buridan ratisse…C’est le verger de Coquelin.Le Traître caresse un mouton ;L’Amoureux, humant un calice,N’a plus sa voix de mirliton,Mais garde encor l’œil en coulisse !L’Étoile voit avec déliceCelle du ciel crépusculinLuire au miroir d’une onde lisse…C’est le verger de Coquelin.Don César porte un bon veston ;Harpagon, guéri de son vice,Redemande du miroton ;Agnès rêve, un peu moins novice ;Perdican pêche l’écrevisse ;Quand Argan fait drelin, drelin,Vite on accourt à son service…C’est le verger de Coquelin.
Quel est ce grand verger où le Cid se promène
Et se chauffe au soleil en chevrotant des vers ?
Où, moins impatient de la sottise humaine
Depuis qu’il voit blanchir le front de Célimène,
Alceste, à son habit, met des feuillages verts ?…
Quel est ce grand verger où le Cid se promène ?
Ses lointains sont dorés de gloire qui s’envole ;
Ses passants sont rasés comme de vieux marquis.
Quel est ce Parc, Théâtre, où ta grande âme folle
— Ta grande âme qui fait semblant d’être frivole !… —
Se mêle au souffle frais d’un paysage exquis,
Sous un ciel tout doré de gloire qui s’envole ?
Des vieilles qui n’ont l’air que d’être un peu grimées
Cueillent la fleur où luit l’insecte smaragdin.
Plus de sombre avenir ! de chambres enfumées !
Et de tous les côtés c’est le côté Jardin !
Et l’on voit doucement marcher sous les ramées
Des vieilles qui n’ont l’air que d’être un peu grimées.
Un vieux châle est drapé d’un geste de princesse ;
La main de Hernani boutonne un vieux carrick ;
On se jette des noms à la tête, sans cesse :
L’un entendit Rachel et l’autre Frédérick !
Et, les arbres du bois devenant un public,
Un vieux châle est drapé d’un geste de princesse !
La tristesse s’en va comme un rideau qu’on lève.
Ah ! ne vous doit-on pas verser du rêve un peu,
Vous qui fûtes longtemps les échansons du rêve,
Et, charmeurs de nos soirs, quand votre soir s’achève,
Ne doit-on pas, pour vous, mettre la rampe au bleu ?…
La tristesse s’en va comme un rideau qu’on lève !
Quel est ce grand jardin plein de songe bleuâtre
Et de comédiens, comme un parc de Watteau ?
Où Mascarille, errant sans masque et sans couteau,
Croit remettre un instant sa cape de théâtre
Lorsque l’ombre des pins vient rayer son manteau ?…
Quel est ce grand jardin plein de songe bleuâtre ?
Quel est ce beau verger que protège un Molière,
Tout pensif de sentir l’amour profond du sol
Envelopper son marbre avec les bras du lierre,
Tout souriant de voir Elmire et Doña Sol
Causer, sous les berceaux, de façon familière ?
Quel est ce beau verger que protège un Molière ?…
Ah ! la treille au mouvant feston
N’est plus un décor adventice !
Le pâté n’est plus en carton
Qu’il faut que Gringoire engloutisse !
Le Malheur signe un armistice ;
Léandre devient châtelain ;
Scapin dort ; Buridan ratisse…
C’est le verger de Coquelin.
Le Traître caresse un mouton ;
L’Amoureux, humant un calice,
N’a plus sa voix de mirliton,
Mais garde encor l’œil en coulisse !
L’Étoile voit avec délice
Celle du ciel crépusculin
Luire au miroir d’une onde lisse…
C’est le verger de Coquelin.
Don César porte un bon veston ;
Harpagon, guéri de son vice,
Redemande du miroton ;
Agnès rêve, un peu moins novice ;
Perdican pêche l’écrevisse ;
Quand Argan fait drelin, drelin,
Vite on accourt à son service…
C’est le verger de Coquelin.
ENVOI
Princes, Princesses, l’on vous tisseDes soirs d’or clair et de fin lin,Et le soleil n’est pas factice !…C’est le verger de Coquelin !
Princes, Princesses, l’on vous tisse
Des soirs d’or clair et de fin lin,
Et le soleil n’est pas factice !…
C’est le verger de Coquelin !
21 avril 1903.