Il me sembla qu'elle avait raison, et je ne discutai plus, je fus même embarrassé quand elle me demanda où nous en serions, si j'avais réussi à me faire aimer d'elle.
—Est-ce que tu es libre? Est-ce que tu n'appartiens pas à un devoir, à un pays, à un père, à un travail différent du nôtre? N'as-tu pas fait une grande folie de t'attacher à nous, qui n'avons plus ni pays, ni famille, ni devoir en dehors de notrebercail ambulant? Ne nous as-tu pas préparé un immense chagrin en nous donnant quelques années de ta jeunesse, sachant que tu serais forcé de te reprendre? Que ferais-tu de moi à cette heure, si j'étais ta compagne? J'ignore si tu as réellement de quoi vivre, et cela me serait fort égal, pourvu que nous pussions travailler ensemble; mais le pourrions-nous? Pourrais-tu seulement me donner un asile dont on ne me chasserait pas comme une vagabonde? Le dernier de vos paysans ne se croirait-il pas en droit de mépriser et d'insulter mademoiselle de Valclos la baladine? Tu vois bien que tu dois t'estimer heureux de n'avoir pas contracté envers moi des devoirs que tu ne pourrais pas remplir.
—Aussi, lui dis-je, je ne venais pas te demander ta main; mais il me semblait que ton cœur était libre et que tu pouvais me dire: «Espère et reviens.» Mon pauvre père n'a, m'a-t-on dit, que quelques années, peut-être quelques mois à vivre. Je veux me consacrer à prolonger autant que possible son existence, et cela sans regret, sans hésitation, sans impatience. Je ne me sens pas effrayé de ma tâche; je la remplirai, quel que soit l'avenir; mais l'avenir, c'est toi, Impéria, et tu ne veux pas que mon dévouement aspire à une récompense? Je t'ai souvent dit que je devais hériter d'une fortune bien petite, mais bien suffisante pour faire durer et peut-être consolider notre association. J'aurais accepté avec joie cette communauté d'intérêts avec Bellamare et ses amis…
—Non, dit Impéria. Bellamare n'eût pas accepté. Tout cela est insensé, mon brave Laurence! Ne mêlons pas les intérêts du monde avec ceux de la bohème. Bellamare n'empruntera jamais que pour rendre, et lui seul peut sauver Bellamare.
—Il me serait permis au moins, repris-je, de rester associé à ses destinées et aux tiennes. Tu ne veux donc pas même me laisser l'espoir de recommencer nos campagnes et de redevenir ton frère!
—Prochainement, non, dit-elle; tu souffrirais trop de l'explication que nous venons d'avoir ensemble; mais un jour, quand tu m'auras tout à fait pardonné de ne pas t'aimer, quand, toi-même, tu aimeras une autre femme… mais une autre femme ne voudra pas que tu la quittes, et tu vois… nous tournons dans un cercle vicieux, car pour ton bonheur à venir il faut que tu rompes avec le présent, et que tu rompes sans arrière-pensée. Je serais bien coupable, si je te disais le contraire.
Chacune de ses paroles tombait sur mon cœur comme la pelletée de terre sur un cercueil. J'étais anéanti, et tout à coup il se fit en moi une réaction violente. Je fis comme le condamné qui brise ses liens, ne fût-ce que pour faire quelques pas avant de mourir. Je lui exprimai mon amour avec la violence du désespoir, et de nouveau elle pleura amèrement en me disant que j'étais impitoyable, que je la torturais. Sa douleur, qui était réelle et qui la suffoquait, me donna un moment le change. Je me persuadai qu'elle m'aimait et qu'elle se sacrifiait à la pensée d'un devoir cruel. Oui, je vous jure qu'elle semblait m'aimer, me regretter et craindre mes caresses, car elle me retirait ses mains, et si parfois, vaincue, elle cachait son visage sur mon épaule, tout aussitôt elle s'éloignait, effrayée, comme une femme près de faiblir. Elle n'était ni perfide, ni froide, ni coquette; je le savais, j'en étais sûr, après une si longue intimité et tant d'occasions de voir son généreux caractère à tous les genres d'épreuve. Je devenais fou.
—Sacrifie-moi ton serment, lui dis-je; oublie l'homme à qui tu te dois; moi, je te sacrifierai tout. Je laisserai mon père mourir seul et désespéré. L'amour est au-dessus de toutes les lois humaines, il est tout, il peut tout créer et tout détruire. Sois à moi, et que l'univers s'écroule autour de nous!
Elle me repoussa doucement, mais d'un air triste.
—Tu vois, dit-elle, voilà où l'on va quand on écoute la passion; on blasphème et on ment! Tu n'abandonnerais pas plus ton père que je n'abandonnerais mon ami. Nous les oublierions peut-être un jour, le lendemain nous nous quitterions pour les rejoindre, et, si nous ne le faisions pas, nous nous mépriserions l'un l'autre. Laisse-moi, Laurence, si je t'écoutais, notre amour tuerait notre amitié et notre estime mutuelle. Je te jure, moi, que, le jour où je perdrai le respect de moi-même, je ferai justice de moi, je me tuerai!
Elle alla rejoindre Bellamare, qui reparaissait au fond du ravin, et je la laissai me quitter sans la retenir. Tout était fini pour moi, et j'entrais dans la phase de la plus complète indifférence de la vie.
Bellamare reconduisit Impéria après m'avoir prié de l'attendre; il avait à me parler. Quand il revint, il me trouva cloué à la même place, dans la même attitude, les yeux fixés sur le ruisseau, dont je suivais machinalement les petits remous contre la pierre, sans me souvenir de moi-même.
—Mon enfant, me dit-il en s'asseyant près de moi, veux-tu, peux-tu me raconter ce qui s'est passé entre elle et toi? Crois-tu devoir me le dire? Je n'ai pas le droit de la questionner, je te le répète; n'ayant jamais été épris d'elle, je ne suis pas autorisé à lui demander une réponse catégorique comme celle que tu viens d'exiger. Elle vient de me dire, comme toujours, qu'elle ne voulait pas aimer, et… je te dois la vérité, elle a tant de chagrin, qu'il me semble qu'elle t'aime malgré elle. Il faut qu'il y ait un obstacle qu'il m'est impossible de deviner. Si c'est un secret qu'elle t'a confié, ne me le dis pas; mais, si c'est une simple confidence, prends-moi pour conseil et pour juge. Qui sait si je ne vaincrai pas l'obstacle et si je ne te rendrai pas l'espérance?
Je lui racontai tout ce qu'elle m'avait dit. Il rêva, questionna encore, chercha consciencieusement et ne trouva rien qui pût expliquer le mystère. Il en fut même dépité; lui si intelligent, si expérimenté, si pénétrant, il voyait devant lui, disait-il, une statue voilée avec une inscription indéchiffrable.
—Voyons, reprit-il en se résumant, il ne faut jamais se dire qu'une chose est finie. Rien ne finit dans la vie. Il ne faut jamais abjurer une affection ni enterrer son propre cœur. Je ne veux pas que tu t'en ailles brisé ou démoli. Un homme n'est ni un mur dont on écrase les pierres sur le chemin, ni une pipe dont on jette les morceaux au coin de la borne. Les morceaux d'une intelligence sont toujours bons. Tu vas retourner chez toi et soigner ton père; tu feras tout ce qu'il veut, tu arroseras ses plates-bandes, tu tailleras ses espaliers, et tu penseras à l'avenir comme à une chose qui t'appartient, qui t'est due et dont tu disposes. Tu sais bien que surlo scoglio maledettoj'ai fait des projets jusqu'à la dernière heure, et qu'ils se sont réalisés. Va donc, mon enfant, et ne t'imagine pas que j'accepte ta démission d'artiste. Je vais travailler pour toi, je vais mettre Impéria à la question. A présent, je dois et je veux savoir son secret. Quand je le saurai, je t'écrirai: «Reste à jamais!» ou: «Reviens dès que tu pourras.» Si elle t'aime, eh bien, ce n'est pas le diable que de se voir, à l'insu de ton monde, de temps en temps. Il y a toujours moyen, si ton exil doit se prolonger, de le rendre supportable, ne fût-ce que par la confiance réciproque et la certitude de se rejoindre. Va-t'en donc tranquillement, rien n'est changé à ta situation; ce doute que tu as supporté trois ans, tu peux bien le supporter encore trois semaines, car je te réponds de savoir ton sort au plus tard au bout de ce temps-là.
Cet admirable ami réussit à me rendre un peu de courage, et je partis sans revoir Impéria ni les autres, pour ne pas perdre le peu d'énergie qui me restait. Quand je fus de retour chez moi, je lui écrivis pour le prier de me ménager, s'il acquérait la certitude de mon malheur. Dans ce cas-là, lui disais-je, ne m'écrivez rien. J'attendrai; je perdrai peu à peu et sans secousse ma dernière espérance.
J'ai attendu trois semaines, j'ai attendu trois mois, j'ai attendu trois ans. Il ne m'a pas écrit. J'ai cessé d'espérer…
J'ai eu une consolation: mon père a repris la santé; il n'est plus menacé d'apoplexie, il est calme, il me croit heureux, et il est heureux.
J'ai abjuré tous mes rêves d'artiste, et, voulant en finir avec les regrets, je me suis fait franchement ouvrier. J'ai travaillé à redevenir le paysan que j'aurais dû être. Je n'ai jamais reproché à mon père de m'avoir deux fois sacrifié, la première à son ambition, la seconde à sa dévotion. Il n'a pas compris sa faute, il en est innocent; je m'en venge en l'aimant davantage. J'ai besoin d'aimer, moi; je suis une nature de chien fidèle. Mon père est devenu l'enfant qu'on m'a confié et que je garde, ou plutôt je suis une nature d'amoureux, j'ai besoin de servir et de protéger quelqu'un; le vieillard s'est donné à moi, c'est mon emploi de veiller sur lui et de lui épargner tout chagrin, tout danger, toute inquiétude. Je lui suis reconnaissant de ne pouvoir se passer de moi, je le remercie de m'avoir enchaîné.
Vous pensez bien que cette résignation ne m'est pas venue en un jour; j'ai beaucoup souffert! La vie que je mène ici est l'antipode de mes goûts et de mes aspirations, mais je la préfère aux mesquines ambitions de clocher qu'on voulait me suggérer. Je n'ai pas voulu du plus mince emploi; je ne veux pas d'autre chaîne que celle de l'amour et de ma propre volonté. Celle que je porte me blesse quelquefois jusqu'au sang, mais c'est pour mon père que je saigne, et je ne veux pas saigner pour un sous-préfet, pour un maire, ou même un contrôleur de finances. Si j'étais percepteur, mon cher monsieur, je vous regarderais comme un maître, et je ne vous ouvrirais pas mon cœur comme je le fais en ce moment. Bellamare me l'avait bien dit: quand on s'est donné au théâtre, on ne se reprend plus. On ne peut plus retrouver de place dans le monde; on a représenté trop de beaux personnages pour accepter les bas emplois de la civilisation moderne. J'ai été Achille, Hippolyte et Tancrède par le costume et la figure, j'ai bégayé la langue des demi-dieux, je ne saurais être ni commis ni greffier. Je me croirais travesti, et je serais encore plus mauvais employé que je n'ai été mauvais comédien. Du temps de Molière, il y avait au théâtre un emploi qualifié ainsi: «Un tel représente les rois et les paysans.» J'ai souvent songé à ce contraste qui résume ma vie et continue ma fiction, car je ne suis pas plus paysan que je ne suis monarque. Je suis toujours un déclassé, imitant la vie des autres et n'ayant pas d'existence en propre.
L'amour heureux eût fait de moi un homme en même temps qu'un artiste. Une belle dame a rêvé de me transformer entièrement; c'était trop entreprendre: elle eût peut-être créé l'homme, elle eût tué l'artiste. Impéria n'a voulu faire ni l'un ni l'autre, c'était son droit. Je l'aime encore, je l'aimerai toujours; mais j'ai juré de la laisser tranquille, puisqu'elle aime ailleurs. Je me soumets, non passivement, cela ne m'est possible qu'en apparence, mais par une exaltation secrète dont je ne fais part à personne. J'y mets peut-être la vanité du cabotin qui aime les rôles sublimes, mais je joue mon drame sans contrôle d'aucun public. Quand cette exaltation devient trop vive, je me fais le comédien, c'est-à-dire le rapsode, le boute-en-train et le chanteur de ballades villageoises de mes camarades villageois. Je bois de temps en temps pour m'étourdir, et, quand mon imagination a des élans trop élevés, je fais la cour à des filles laides qui ne sont pas cruelles et qui n'exigent pas que je mente pour les persuader.
Cela durera autant que la vie de mon père, et j'ai dû me faire une philosophie bien trempée pour me préserver du désir sacrilége de sa mort. Je ne me permets donc jamais de penser à ce que je deviendrai quand je l'aurai perdu. Sur l'honneur, monsieur, je n'en sais rien et ne veux pas le savoir.
Voilà qui vous explique comment l'homme que vous avez vu à moitié ivre hier au cabaret est le même qui vous raconte aujourd'hui une histoire archiromanesque. Elle est vraie de tous points, et je ne vous en ai dit que les péripéties les plus accusées pour ne pas lasser votre patience.
Laurence termina ici son récit et me quitta, remettant au lendemain le plaisir d'écouter mes réflexions. Il était deux heures du matin.
Mes réflexions ne furent ni longues ni gourmées. J'admirais cette nature dévouée. Je chérissais ce cœur généreux et droit. Je ne comprenais pas beaucoup sa persistance à aimer une femme froide ou préoccupée. J'étais un homme planté au beau milieu de l'état social tel qu'il est. Je n'avais pas l'instinct romanesque; c'est pour cela peut-être que le récit de Laurence m'avait intéressé vivement, car l'intérêt repose toujours sur une bonne part d'étonnement, et un narrateur qui serait complétement au point de vue de son auditeur ne l'amuserait nullement, j'en suis certain.
La seule observation que j'aurais pu faire à Laurence est celle-ci: «Vous ne finirez certes pas votre vie dans les conditions où vous la subissez maintenant. Vous ne serez pas plutôt libre que vous retournerez au théâtre, ou que vous chercherez à entrer dans le monde. N'atrophiez pas votre intelligence de gaieté de cœur, n'ébranlez pas par les excès votre admirable organisation.» Mais il craignait tant d'entendre parler de l'avenir, ce mot seul le crispait si subitement, que je n'osai pas même le prononcer. Je vis bien que son sacrifice était encore plus douloureux qu'il ne voulait l'avouer, et que l'idée d'une liberté qui ne pouvait arriver qu'à la mort de son père lui causait une terreur et une anxiété profondes.
Je me permis seulement de lui dire que, dût-il être jardinier toute sa vie, il ne fallait pas plus s'abrutir dans cette condition-là que dans toute autre, et je fus d'autant plus éloquent que j'avais été surpris l'avant-veille par une ivresse bien conditionnée. Il me promit de s'observer et de vaincre ces moments de lâcheté où il faisait trop bon marché de lui-même. Il me remercia chaleureusement de la sympathie très-réelle que je lui exprimais; nous passâmes encore deux jours ensemble, et je le quittai avec chagrin. Je ne pus lui faire promettre de m'écrire.
—Non, me dit-il, j'ai assez remué les cendres de mon foyer en vous racontant ma vie. Il faut que tout s'éteigne à jamais. Si je me faisais une habitude d'y toucher de temps en temps, je ne serais plus maître de l'incendie. Je vois bien que vous me plaignez: je me laisserais aller à me plaindre, il ne faut pas de ça!
Je me mis à sa disposition pour tous les services que je pourrais être à même de lui rendre, et je lui laissai mon adresse. Il ne m'écrivit jamais, et ne m'accusa même pas réception de quelques volumes qu'il m'avait prié de lui envoyer.
Dix-huit mois s'étaient écoulés depuis mon passage en Auvergne, et j'étais toujours inspecteur des finances; mes fonctions m'avaient appelé en Normandie, et je me rendais d'Yvetot à Duclair par une froide soirée de décembre, dans une petite calèche de louage.
La route était bonne, et, malgré un temps très-sombre, j'aimais mieux arriver un peu tard à mon gîte que d'être forcé de me lever de grand matin, le point du jour étant la plus cruelle heure du froid.
J'étais en route depuis une heure quand le temps s'adoucit sous l'influence d'une neige très-drue. Une heure plus tard, le chemin en était tellement couvert, que mon conducteur, qui s'appelait Thomas et qui était un vieil homme un peu indolent, avait peine à ne pas me mener à travers champs. Ses haridelles refusèrent plusieurs fois d'avancer, et enfin elles refusèrent si bien, qu'il nous fallut descendre pour dégager les roues et prendre les bêtes par la bride; mais ce fut inutilement, nous étions embourbés dans le fossé. C'est alors que M. Thomas m'avoua qu'il n'était plus sur la route de Duclair et qu'il croyait être sur celle qui retourne vers Caudebec. Nous étions en plein bois, sur un chemin très-vallonné; la neige tombait toujours plus épaisse et nous risquions fort de rester là. Pas une voiture, pas un roulier, pas un passant pour nous aider et nous renseigner.
J'allais en prendre mon parti, me rouler dans mon manteau et dormir dans la voiture, quand M. Thomas me dit qu'il se reconnaissait et que nous étions dans les bois entre Jumiéges et Saint-Vandrille. Ces deux résidences étaient trop éloignées pour que ses chevaux épuisés pussent nous conduire à l'une ou à l'autre; mais il y avait plus près un château où il était très-connu et où nous recevrions l'hospitalité. J'eus pitié du pauvre homme, qui était aussi fatigué que ses bêtes, et je lui promis de les garder pendant qu'il irait, à travers bois, chercher du secours au château voisin.
C'était tout près effectivement, car, au bout d'un quart d'heure, je le vis revenir avec deux hommes et un cheval de renfort. On nous tira lestement d'affaire, et un des hommes, qui me parut être un garçon de ferme, me dit que nous ne pouvions regagner la route de Duclair par ce mauvais temps. On ne voyait pas à trois pas devant soi.
—Mon maître, ajouta-t-il, serait très-fâché, si je ne vous amenais pas souper et coucher au château.
—Qui est votre maître, mon ami?
—C'est, répondit-il, M. le baron Laurence.
—Qui? m'écriai-je, le baron Laurence le député?
—C'est, reprit le paysan, son château que vous verriez d'ici, si on pouvait voir quelque chose. Allons, venez, il ne fait pas bon à rester là. Les bêtes sont en sueur.
—Passez devant, lui dis-je; je vous suis.
Comme le chemin était fort étroit, je suivis littéralement la calèche et les hommes, et je ne pus adresser d'autres questions sur le compte du baron Laurence; mais c'était bien l'oncle de mon ami le comédien. Il n'y avait qu'un Laurence à la Chambre, et j'admirais la destinée qui me conduisait vers ce potentat de la famille. J'étais dès lors résolu à le voir, à lui rendre compte de la situation de son neveu, à lui dire tout le bien que je pensais de ce jeune homme, à lui tenir tête, s'il le méconnaissait.
La neige, qui allait son train, ne me permit pas de contempler le manoir. Il me sembla traverser des cours étroites entourées de constructions élevées. Je montai un grand perron, et je me vis en face d'un valet de chambre de bonne mine qui me reçut très-poliment en me disant qu'on me préparait un appartement, et qu'en attendant je trouverais bon feu dans la salle à manger.
Tout en parlant, il me débarrassait de mon paletot couvert de neige et passait un morceau de serge sur mes bottines. Une grande porte s'ouvrait en face de moi, et je voyais un autre domestique en train de poser des victuailles appétissantes sur une table richement servie. Une immense pendule de Boulle sonnait minuit.
—Je présume, dis-je au valet de chambre, que M. le baron est couché et ne se dérangera pas pour un voyageur inconnu que cette mauvaise nuit lui amène. Veuillez lui remettre ma carte demain matin, et, s'il veut bien me permettre de le remercier…
—M. le baron n'est pas couché, répondit le domestique, c'est l'heure de son souper, et je vais lui porter la carte de monsieur.
Il me fit entrer dans la salle à manger et disparut. L'autre domestique, occupé à servir le souper, m'avança poliment un siége près de la cheminée, y jeta une brassée de pommes de pin et reprit ses occupations sans mot dire.
Je n'avais pas froid, j'étais en sueur. Je regardai le local. Cette grande salle ressemblait au réfectoire d'un antique couvent. Je m'assurai, en regardant de près, que c'était, non une imitation moderne, mais une vraie architecture romane et monastique, quelque chose comme une succursale de Jumiéges ou de Saint-Vandrille, les deux célèbres abbayes qui possédaient jadis tout le pays environnant. M. le baron Laurence avait transformé le couvent en palais, ni plus ni moins que le prince Klémenti. Les aventures de la troupe Bellamare me revinrent à la mémoire, et je m'attendais presque à voir entrer le frère Ischirion ou le commandant Nikanor, quand la double porte du fond s'ouvrit, et un grand personnage en robe de chambre de satin cramoisi garnie de fourrure vint à ma rencontre, les bras ouverts. Ce n'était pas le prince Klémenti, ce n'était pas le baron Laurence; c'était mon ami Laurence, Laurence en personne, un peu engraissé, mais plus beau que jamais.
Je l'embrassai avec joie. Il était donc réconcilié avec son oncle? il était donc l'héritier présomptif de son titre et de sa richesse?
—Mon oncle est mort, répondit-il. Il est mort sans me connaître et sans songer à moi; mais il avait oublié de tester, et, comme j'étais son unique parent…
—Unique? Votre père…
—Mon pauvre cher père!… mort aussi, mort de joie! frappé d'apoplexie quand un notaire est venu lui dire sans ménagement que nous étions riches. Il n'a pas compris qu'il perdait son frère. Il n'a vu que le sort brillant qui m'était échu, l'unique espoir, l'unique préoccupation de sa vie; ce désir était devenu plus intense avec la crainte de ma damnation. Il s'est jeté dans mes bras en disant: «Te voilà seigneur, tu ne seras plus jamais comédien! je peux mourir!» et il est mort! Vous voyez, mon ami, que cette fortune me coûte bien cher! Mais nous causerons à loisir; vous devez être fatigué, refroidi. Soupons, je vous garde après le plus longtemps possible. J'ai besoin de vous voir, de me reconnaître et de me résumer avec vous, car, depuis notre connaissance et notre séparation, je n'ai pas eu une heure d'épanchement.
Quand nous fûmes à table, il renvoya ses gens.
—Mes amis, leur dit-il, vous savez que j'aime à veiller sans faire veiller les autres. Mettez-nous sous la main tout ce qu'il nous faut, assurez-vous que rien ne manque à l'appartement de mon hôte, et allez vous coucher si bon vous semble.
—A quelle heure faut-il réveiller l'hôte de M. le baron? dit le valet de chambre.
—Vous le laisserez dormir, répliqua Laurence, et vous ne m'appellerez plus M. le baron; je vous ai déjà prié de ne pas me donner un titre qui ne m'appartient pas.
Le valet de chambre sortit en soupirant.
—Vous le voyez, me dit Laurence quand nous fûmes seuls, rien ne manque à mon déguisement, pas même les valets de la comédie. Ceux-ci se croient amoindris de servir un homme sans titre et sans morgue. Ce sont de grands imbéciles qui me gênent plus qu'ils ne me servent, et qui, je l'espère, me quitteront d'eux-mêmes quand ils verront que je les traite comme des hommes.
—Je crois au contraire, lui dis-je, qu'ils se trouveront peu à peu très-heureux d'être traités ainsi. Donnez-leur le temps de comprendre.
—S'ils comprennent, je les garderai, mais je doute qu'ils s'habituent aux manières d'un homme qui n'a pas besoin d'être servi personnellement.
—Ou vous vous habituerez à être servi ainsi. Vous êtes plus aristocrate d'aspect et de manières, mon cher Laurence, qu'aucun châtelain que j'aie rencontré.
—Je joue mon rôle, cher ami! Je sais comment il faut être devant les domestiques de bonne maison. Je sais que, pour être respecté d'eux, il faut une grande douceur et une grande politesse, car eux aussi sont des comédiens qui méprisent ce qu'ils feignent de vénérer; mais ne vous y trompez pas, ceux que vous voyez ici sont des cabotins très-vulgaires. Mon oncle était un faux grand seigneur; au fond, il avait tous les ridicules d'un parvenu qui déteste son origine. J'ai vu cela à l'attitude et aux habitudes de ses gens. Leur genre de vanité est de troisième ordre; quand ils m'auront quitté, j'en prendrai de plus relevés, et ceux-là me regarderont comme un homme vraiment supérieur, parce que je jouerai mon rôle d'aristomieux que n'importe quelaristo. Est-ce que tout n'est pas fiction et comédie en ce monde? Je ne le savais pas, moi! Je me suis demandé, en prenant possession de ce domaine, si je m'y souffrirais huit jours. Je ne craignais pas tant de m'y ennuyer que d'y paraître déplacé et de m'y sentir ridicule; mais, quand j'ai vu combien il était facile d'imposer aux gens du monde par une aisance et une dignité d'emprunt, j'ai reconnu que mon ancien métier d'histrion était une éducation excellente, et qu'on n'en devrait pas donner d'autre aux fils de famille.
Laurence me débita encore quelques paradoxes sur un ton de raillerie qui n'était pas gai. Il affectait un peu trop de dédain pour sa nouvelle situation.
—Voyons, lui dis-je, ne jouez pas la comédie avec un homme à qui vous avez dévoilé tous les recoins de votre cœur et de votre conscience. Il est impossible que vous ne vous trouviez pas plus heureux ici que dans votre village. Je mets à part la perte de votre père, qui était fatale selon les lois de la nature; ce chagrin ne se trouve pas tellement lié à votre héritage qu'il doive vous empêcher d'en apprécier les douceurs.
—Pardonnez-moi, reprit-il, ce mal et ce bien sont étroitement liés; je ne puis l'oublier. Je vous l'ai dit naïvement autrefois, je vous le dis aujourd'hui avec la même sincérité, je suis né acteur. Je n'en ai pas eu le talent, j'en ai gardé la passion. J'ai besoin d'être plus grand que nature. Il faut que je pose vis-à-vis de moi-même, que j'oublie l'homme que je suis, et que je plane au-dessus de ma propre individualité par l'imagination. Toute la différence entre l'acteur par métier et moi, c'est qu'il a besoin du public, et que, moi, ne l'ayant jamais passionné, je m'en passe fort bien; mais il me faut ma chimère: elle m'a soutenu, elle m'a fait accomplir de grands sacrifices. Je me sais honnête et bon, cela ne me suffit pas, c'est la nature qui m'a fait ainsi; je prétends sans cesse à être sublime à mes propres yeux, et à l'être par le fait de ma volonté. Enfin la vertu est mon rôle, et je n'en veux pas jouer d'autre. Je sais que je le jouerai toujours, ou que je me prendrai en dégoût et en aversion. Vous ne comprenez pas cela? vous me prenez pour un fou? Vous ne vous trompez pas, je le suis; mais ma folie est belle, et, puisqu'il m'en faut une, ne cherchez pas à m'ôter celle-là. J'ai été vraiment stoïque dans mon village, car tout le monde m'y a cru heureux, et certes je ne l'étais qu'en de rares moments, quand je pouvais me dire: «Tu as réussi à être grand.» La vie de mon père, sa sécurité, qui était mon ouvrage, c'était la raison d'être de mon sacrifice. J'en étais arrivé à ne plus rien regretter du passé. A présent, qu'ai-je à faire ici qui soit digne de moi? Avoir de belles manières, m'exprimer plus purement, avoir plus de littérature que la plupart des messieurs qui m'observent et m'auscultent pour savoir s'ils m'accepteront comme un des leurs? C'est vraiment trop facile, et ce n'est pas là un idéal dont je me sente bien jaloux.
Je lui demandai si l'on savait dans son nouveau pays qu'il eût joué la comédie.
—On l'avait dit, répondit-il, on le répétait, on n'en était pas sûr, bien qu'on eût vu autrefois à Rouen sur les planches un grand jeune homme mince qui me ressemblait beaucoup et qui portait sur l'affiche le même nom que M. le baron. On n'avait pu supposer alors que je pusse être son parent, il ne faisait pas volontiers les honneurs de sa roture. Quand je me présentai comme son héritier, on questionna mes gens, qui ne savaient rien et qui nièrent avec indignation. On me questionna plus adroitement, et je me hâtai de dire la vérité avec tant de résolution et de fierté, qu'on se hâta de me répondre que jen'en valais pas moins. Un homme qui a cent mille livres de rente, car j'ai cent mille livres de rente, mon cher ami, n'est pas le premier venu en province; c'est une puissance utile ou nuisible, et tout ce qui l'entoure a besoin de lui plus ou moins. Je sentis tout de suite qu'il fallait réaliser mon capital et quitter le pays, ou m'imposer par les apparences du mérite. Cela rentrait dans ma monomanie, et je posai l'homme de mérite sans me donner la moindre peine.
—Quittez ce ton de persiflage envers vous-même, mon cher Laurence. Vous avez été naïf en me racontant votre vie, soyez-le encore. Vous êtes un homme de cœur très-intelligent; donc, vous êtes réellement un homme de mérite. Vous tenez à paraître ce que vous êtes, c'est votre droit; je dirai plus, c'est votre devoir. Je ne vois en vous rien qui sente le comédien, si ce n'est cette affectation de railler le milieu social où la destinée vous replace et que je commence à comprendre. L'homme qui a livré tout son être, intelligence, figure, accent, cœur et entrailles au contrôle d'un public souvent injuste et brutal, a certainement beaucoup souffert de ce contact direct, et sa fierté a dû se révolter à l'idée que, pour quelques sous donnés à la porte, le premier manant venu achetait le droit de l'humilier. Je vous avoue qu'avant de vous connaître, j'avais un grand dédain pour les comédiens. Je ne pardonnais qu'à ceux dont le talent réel a le droit de tout braver et la puissance de tout vaincre. J'éprouvais une sorte de dégoût pour ceux qui étaient médiocres, et je ne surmontais ce dégoût que par la compassion que m'inspiraient leur détresse, la difficulté de vivre en ce monde, le manque d'éducation première, l'encombrement du travail dans la société moderne. C'est cette difficulté toujours croissante de trouver de l'ouvrage, quand on n'est pas remarquablement doué, qui combat et détruit le préjugé contre les comédiens, plus que tous les raisonnements philosophiques, car au fond le préjugé a sa raison d'être. Pour se présenter au public fardé et costumé en comique ou en héros, c'est-à-dire en homme qui a la prétention de faire rire ou pleurer une foule, il faut une audace qui est vaillance ou effronterie, et quiconque paye a bien le droit de lui crier, s'il est mauvais: «Va-t'en, tu n'es pas beau, ou tu n'es pas drôle.» Eh bien, mon cher Laurence, vous dites que vous étiez passable, et voilà tout. Vous avez donc souffert de ne pas être au premier rang, et vous avez cherché à vous en consoler en vous disant avec raison qu'en vous l'homme était supérieur à l'artiste; et maintenant que vous vous rappelez la froideur des gens de l'autre côté de la rampe, vous leur gardez rancune à votre insu. Vous vous efforcez de les traiter de haut, comme ils vous traitaient quand vous leur apparteniez. Ils ne vous trouvaient pas assez comédien, et vous avez besoin de leur dire que leur existence à eux est aussi une comédie, qu'elle est mauvaise et qu'ils y sont mauvais. C'est là un lieu commun qui ne prouve rien, car tout est affreusement sérieux en réalité dans la comédie du monde et dans le monde de la comédie. Oubliez donc cette petite amertume. Acceptez franchement votre retour à la liberté et à l'action sociale. Vous avez une grande excuse, une excuse que vous m'avez sincèrement fait admettre,l'amour, qui est la grande absolution de la jeunesse. Cet amour est oublié, je suppose; s'il ne l'est pas, il peut tout vaincre à présent, je le suppose encore. Quoi qu'il en soit, vous n'avez à rougir de rien dans le passé, et c'est pour cela que vous devez aborder le monde, non comme un transfuge repentant ou défiant, mais comme un voyageur qui a profité de son expérience pour juger impartialement toutes choses, et qui rentre chez lui pour réfléchir et agir en philosophe.
Laurence écouta mon petit sermon sans l'interrompre, et, comme c'était toujours un cœur d'enfant dans une poitrine virile, il me tendit ses deux mains avec effusion.
—Vous avez raison, me dit-il, je sens que vous avez raison et que vous me faites du bien. Ah! si j'avais un ami près de moi! J'en ai si grand besoin, et je suis si seul! Tenez, mon ami, ma vie entière est un vertige, et je suis encore bien jeune; je n'ai pas vingt-huit ans! J'ai passé par des existences si diverses que je ne sais vraiment plus qui je suis. Tout est aventure et roman dans cette existence agitée. Il y avait bien vraiment de quoi être un peu fou. Sans vous, je le serais devenu tout à fait, car, lorsque vous m'avez rencontré dans un cabaret, j'étais en train de devenir un viveur de village, peut-être un ivrogne triste et rêvant le suicide dans les fumées du vin bleu. Grâce à vous, j'ai repris possession de moi-même, mais l'exaltation a augmenté, et il était temps d'en finir. Mon pauvre père, pardonne-moi ce que je dis là!
Une larme vint au bord de sa paupière; il se versait machinalement un second verre de vin de Malvoisie. Il le versa dans le seau à glace, et, comme je le regardais:
—Je ne bois plus, dit-il, si ce n'est par distraction et sans savoir ce que je fais. Sitôt que j'y pense, vous voyez, je m'abstiens.
—Pourtant, vous soupez ainsi tous les soirs?
—Oui, habitude de comédien qui aime à faire de la nuit le jour.
—Au village, pourtant…
—Au village, je travaillais dès le matin comme un bœuf; mais je faisais le samedi, le dimanche et le lundi comme les autres, et, ces jours-là, je ne me couchais pas. Que voulez-vous, l'ennui! J'étais pourtant un bon ouvrier. Il n'y paraît déjà plus, voyez! j'ai les mains blanches, d'aussi belles mains que quand je jouais les amoureux. Ça ne fait pas que je m'amuse. Ah! mon ami, je vous parle franchement, ne prenez pas ceci pour une affectation. Je m'ennuie à avaler ma langue, je m'ennuie à en mourir.
—N'avez-vous donc pas su vous créer encore des occupations sérieuses?
—Sérieuses! Dites-moi donc ce qu'il y a de sérieux dans l'existence d'un millionnaire de la veille qui est encore un étranger au milieu des gens pratiques? Est-ce que je serai jamais pratique, moi? est-ce que je peux l'être? Écoutez le récit de mes trois mois de villégiature dans ce château; mais c'est assez rester à table. Venez dans ma chambre, nous y serons mieux.
Il prit un flambeau de vermeil d'un travail exquis, et, après m'avoir fait traverser un salon splendide, un billard immense et un boudoir merveilleux, il me fit entrer dans une chambre à coucher où je m'écriai tout de suite:
—La chambre bleue!
—Comment! dit-il en souriant, vous vous souvenez assez bien de mon histoire, mes descriptions sommaires vous ont assez frappé pour que vous reconnaissiez des choses que vous n'avez jamais vues!
—Mon cher ami, votre histoire m'a tellement impressionné que je me suis amusé à l'écrire à mes moments perdus, en changeant tous les noms. Je vous la lirai, et, si mes souvenirs manquent d'exactitude, si j'ai altéré la couleur, vous corrigerez, vous rectifierez, vous changerez; je vous laisserai le manuscrit.
Il me dit que je lui ferais le plus grand plaisir.
—C'est donc là, repris-je, la fameuse chambre bleue?
—C'est une copie aussi exacte que me l'ont permis mes propres souvenirs.
—Vous êtes donc redevenu amoureux de la belle inconnue?
—Mon ami, la belle inconnue est morte; tout est mort dans le roman de ma vie.
—Mais la fameuse troupe, Bellamare, Léon, Moranbois… et celle que je n'ose nommer?…
—Ils sont tous morts pour moi. Absents, en Amérique, je ne sais où; Impéria, ayant perdu son père, les avait suivis au Canada, où ils étaient encore il y a six mois. Bellamare m'écrivait qu'il serait en mesure, à son retour, de me rendre mon argent. Tout le monde se portait bien. Ne parlons pas d'eux; cela me trouble un peu, et je suis peut-être en train d'oublier…
—Dieu le veuille! C'est ce qu'avant tout je désire pour vous; mais cette chambre bleue, c'est un souvenir que vous avez voulu, que vous voulez garder?
—Oui; quand j'ai su que mon inconnue n'était plus, son souvenir m'a repincé le cœur, et, comme un grand enfant que je suis, j'ai voulu élever ce monument intime à sa mémoire. Vous vous souvenez que cette chambre bleue n'était pas plus la sienne que la maison renaissance où j'étais entré par mégarde. Cette demeure charmante, poétisée pour moi par une gracieuse et bienveillante apparition, n'en était pas moins le seul cadre où je pusse évoquer son image voilée. J'ai copié la chambre de mon mieux; seulement, comme celle-ci est plus grande, j'ai pu y ajouter de bons sofas où nous allons fumer de bons cigares.
Je lui demandai comment et par qui il avait appris la mort de son inconnue.
—Je vous le dirai tout à l'heure, répondit-il. Il faut procéder avec ordre. Je reprends mon récit; ce ne sera plus qu'un court chapitre à ajouter au roman que vous avez pris la peine de rédiger.