CHAPITRE XLIVLES CACHALOTS.Grosse tête et petit cerveau.ILesCachalotssont des Cétacés de grande taille, caractérisés par la grosseur de leurs dents inférieures. Un Cachalot ordinaire mesure 25 mètres; sa tête plus de 10 mètres (L. Hautefeuille).Plusieurs zoologistes pensent qu’il en existe au moins dix espèces; d’autres n’en reconnaissent que trois; quelques-uns n’en admettent qu’une seule. Les grandes bêtes ne sont guère mieux connues que les petites.LeCachalot grosse tête, appelé aussi et plus pompeusement,macrocéphale[299], se rencontre dans presque toutes les mers.Anderson en a mesuré un qui avait à peu près 70 pieds anglais de longueur.Cet animal est d’un noir bleuâtre, plus foncé sur le dos. Sa mâchoire d’en haut est sans dents, ou n’en offre que de rudimentaires cachées sous les gencives. La mâchoire d’en bas est plus courte d’un mètre et plus étroite; elle semble hors de proportion avec cette dernière. Nous parlerons tout à l’heure des grosses dents qu’elle présente.L’évent est unique. Les yeux sont placés sur des éminences.La nageoire dorsale est réduite à une saillie calleuse. La queue est bilobée.L’ensemble de l’animal est épais, lourd et disgracieux. Dans sa physionomie sans élégance, il y a moins du Poisson que du Têtard.Le Cachalot grosse tête nage ordinairement à fleur d’eau, montrant le dos et l’éminence charnue qui entoure l’évent. Il vient donner l’essor aux humides bouffées de son organe, comme un bourgeois hollandais vient fumer sa pipe au soleil (Melville). Sa progression n’est pas rapide. Dans les bas-fonds, on le voit quelquefois dresser verticalement hors de la mer toute la partie supérieure de son corps.Quand les Cachalots voyagent, le plus grand et le plus fort marche toujours à la tête de la phalange. C’est lui qui donne ordinairement le signal du combat.En 1741, un individu énorme échoua vers l’embouchure de l’Adour, près de Bayonne.En 1769, un autre fut jeté sur la côte, à peu de distance de Saint-Valery, dans la baie de la Somme.En 1784, trente-deux Cachalots échouèrent dans la baie d’Audierne, sur le rivage de la commune de Primelin, en basse Bretagne.Le squelette conservé dans une des cours du Muséum de Paris a été acheté à Londres en 1821.CACHALOT GROSSE TÊTE(Physeter macrocephalusLinné).Tout récemment (novembre 1862) un petit Cachalot a été trouvé par les douaniers dans les récifs du Darmon (Var). Sa longueur est de 12m,70, et sa circonférence de 8 mètres. Sa gueule, ouverte, peut recevoir un homme debout et l’avaler sans lui faire subir la moindre pression. On estime son poids à 40 000 kilogrammes. Il a été acheté par M. Bienvenu, ex-maître de port, pour la somme de cinquante francs. Le squelette a été vendu pour le musée de Draguignan.IILa pêche des Cachalots est l’objet d’une industrie considérable.Nous devons au commandant L. Hautefeuille quelques détails sur cette pêche intéressante et lucrative.Chaque capitaine possède à son bord deux hommes en observation au sommet des mâts, et quatre ou cinq canots aigus aux deux extrémités (baleinières). Aussitôt qu’un malheureux Cachalot a été signalé, les canots sont détachés, chacun monté par quatre rameurs intrépides, par un officier qui dirige l’embarcation à l’aide d’un aviron de queue, et par un harponneur expérimenté, ordinairement vieux loup de mer, doué de sang-froid, d’un coup d’œil juste et d’un poignet vigoureux.Dès que l’animal se sent harponné, il s’élance rapidement vers le fond de la mer. Après quelques minutes, il reparaît à la surface pour respirer. La colonne d’air et d’eau jetée par son évent est parfois ensanglantée. Il replonge, mais auparavant un second et même un troisième harpon ont été lancés d’une autre chaloupe.Quelquefois les pêcheurs emploient un harpon particulier, renfermé dans un appareil semblable à un grand tromblon de cuivre. Au moyen d’un puissant ressort, cet instrument part comme une flèche, et va s’implanter dans la peau du Cétacé. Récemment encore on a imaginé un troisième et plus terrible moyen de destruction: c’est une sorte de pétard qui éclate quand il a pénétré dans les chairs. Tous ces nouveaux systèmes sont généralement peu employés.Cependant l’animal, épuisé, remonte à la surface, où ses apparitions deviennent plus fréquentes. C’est à peine s’il peut plonger encore à quelques brasses et retarder sa mort de quelques instants.A ce moment, les chaloupes, réunies en cercle, le cernent et l’achèvent à coups de lance: mais, souvent, il arrive que le Cachalot se défend et vend chèrement sa vie. Malheur alors à l’imprudent canot qui s’est un peu trop avancé! D’un coup de sa queue puissante, le monstre balaye tout ce qui se trouve à sa portée.Le Cachalot mort ou mourant, les embarcations le traînent à la remorque. Le navire aborde l’animal et le retient fixé à l’avant par la queue.L’équipage dîne joyeusement. Il procède ensuite au dépècement, opération toujours accompagnée de rasades de genièvre et de chansons.D’abord on enlève tout autour du corps de larges bandes de graisse destinées à la cuisson dans de grandes cuves de cuivre. On épuise l’huile et la graisse dans le corps, surtout dans la tête, où on la recueille quelquefois avec des seaux.L’huile de la région céphalique est la plus épaisse, et elle forme à elle seule le tiers au moins de la masse totale.Lorsque le corps est entièrement épuisé, on le sépare de son chef, et l’on abandonne la carcasse aux Oiseaux et aux Requins.La tête seule est hissée sur le pont, où l’on achève de la dépouiller. Cette opération est possible sur des individus de taille moyenne.Le dépècement, la cuisson et la préparation demandent quarante-huit heures, et occupent de vingt à trente hommes.Une fois épurée, l’huile est mise dans des tonnes.Un Cachalot peut fournir, suivant sa taille, de quatre-vingtsà cent cinquante tonnes d’huile. Un individu long de 18 mètres, et pesant 60 000 kilogrammes, en rend de quatre-vingt-quinze à cent barils. Rarement on en trouve qui en donnent davantage.La pêche d’un trois mâts est d’environ cinquante individus. Il peut les avoir pêchés dans l’espace variable d’un à trois ans.Cette pêche est faite de nos jours principalement par les Américains, quelques Anglais, et peu de Français et de Portugais. (L. Hautefeuille.)IIILes Cachalots fournissent à l’industrie et aux arts, non-seulement de l’huile, mais encore de l’ivoire, du blanc de baleine et de l’ambre gris.L’ivoire se retire de leurs dents. Il est d’assez mauvaise qualité.DENT DE CACHALOT.La mâchoire inférieure porte de chaque côté de vingt à vingt-cinq grosses dents[300]. Ces dents sont cylindriques et coniques au sommet, à peine recourbées d’avant en arrière, légèrement comprimées inférieurement et un peu pointues. Nous en avons une sous les yeux qui présente20 centimètres de hauteur: nous en avons vu une autre qui pesait plus d’un kilogramme.Le blanc de baleine se trouve au milieu des grandes cavités de la partie supérieure du crâne, au-dessus du cerveau. Ce dernier est petit, relativement au volume de la tête. Camper a trouvé que, sur une tête de 6 mètres de longueur, la cavité crânienne n’avait que 32 centimètres.Pendant la vie de l’animal, le blanc de baleine est dissous dans un liquide huileux. Il se fige après la mort. On l’obtient pur en l’exprimant dans un sac de laine. On le fait bouillir ensuite dans une lessive alcaline, pour le débarrasser de la partie huileuse restante. On le lave et on le fond.Dans un Cachalot des Moluques, long de 19 mètres et demi, M. Quoy a calculé qu’il y avait vingt-quatre barils de blanc de baleine, contenant chacun 125 kilogrammes. Par conséquent, cet animal en a fourni 3000 kilogrammes.Cette matière est solide, blanche, brillante, comme nacrée, un peu transparente et très-douce au toucher. Elle se casse facilement et par écailles.C’est un des éléments de la pommade anglaise, lecold-cream, recommandée pour adoucir la peau.L’ambre gris n’est autre chose qu’une sorte de calcul intestinal, ou plutôt une partie des aliments des Cachalots, très-incomplétement et très-imparfaitement digérés.Cette matière, si recherchée dans la parfumerie et si estimée par beaucoup de belles dames, cette matière présente, comme on voit, une nature très-peu noble et une source très-peu respectable. L’inconvenance de son origine n’en rend que plus étonnante la suavité de son odeur!L’ambre, qui se forme dans le corps du Cachalot, est rendu..... avec les excréments.Plusieurs zoologistes pensent que tous les Cachalotsrejettent normalement cette substance. D’autres supposent qu’elle est le résultat de certaines maladies, et par conséquent un produit accidentel.On trouve l’ambre gris, tantôt flottant sur la mer ou déposé sur la plage, parmi les déjections des Cétacés, tantôt dans les intestins mêmes de ces animaux.C’est sur les côtes du Japon, des îles Moluques, de l’Inde, de Madagascar et du Brésil, qu’on récolte habituellement cette substance.La nourriture prise par les Cachalots semble influer sur la production de l’ambre. Il paraît que ce sont les Poulpes musqués, nommésÉlédones, les Sèches et plusieurs autres Mollusques, même des Poissons odorants, mal digérés et accumulés, qui donnent naissance à cette matière. On sait que, parmi les animaux marins, il en est un certain nombre qui exhalent une odeur de musc plus ou moins forte.Lorsque les pêcheurs américains découvrent des morceaux d’ambre gris dans un parage, ils en concluent aussitôt qu’il doit être fréquenté par quelque Cachalot.L’ambre gris est une matière solide, assez dure, grasse, cireuse, plus légère que l’eau. Sa couleur est d’un gris noirâtre un peu cendré, quelquefois jaunâtre ou brunâtre, souvent masquée par une efflorescence blanche qui se forme à sa surface et qui pénètre même un peu dans son intérieur. Cette matière offre une odeur douce, suave, susceptible d’une grande expansion.L’ambre gris est en masses irrégulières, composées tantôt de couches concentriques, comme superposées, tantôt de petits grains inégaux plus ou moins arrondis. On trouve quelquefois, dans son intérieur, des débris de mollusques et de poissons, tels que des mandibules, des écailles, des arêtes.Ces masses pèsent habituellement de 50 à 500 grammes. On en trouve, cependant, de 5 à 10 kilogrammes. Le Cachalot échoué en 1741, près de Bayonne, avait dans ses intestins un morceau d’ambre du poids de 5kil.,30. Un baleinier en retira 20 kilogrammes des entrailles d’un individu, et 52 de celles d’un autre. La Compagnie des Indes en avait une masse, en 1695, du poids de 73 kilogrammes. Valmont de Bomare en vit un bloc, en 1721, de 100 kilogrammes. On a parlé d’un autre de 293 kilogrammes, ce qui paraît bien extraordinaire.On prétend que les Renards sont très-friands de l’ambre gris, qu’ils viennent chercher sur les côtes de la mer. Ils le mangent et le rendent tel qu’ils l’ont avalé, quant à son parfum, mais altéré dans sa couleur. C’est au résultat de ce goût qu’on attribue l’existence de quelques morceaux d’ambre blanchâtre, qu’on trouve à une certaine distance de l’Océan, dans les Landes aquitaniques, et que les habitants du pays appellent ambrerenardé(Bory)?. Cette seconde qualité de matière parfumée aurait donc traversé le tube digestif de deux Mammifères différents, et aurait toujours conservé son excellente odeur.
CHAPITRE XLIVLES CACHALOTS.Grosse tête et petit cerveau.I
Grosse tête et petit cerveau.
Grosse tête et petit cerveau.
I
LesCachalotssont des Cétacés de grande taille, caractérisés par la grosseur de leurs dents inférieures. Un Cachalot ordinaire mesure 25 mètres; sa tête plus de 10 mètres (L. Hautefeuille).
Plusieurs zoologistes pensent qu’il en existe au moins dix espèces; d’autres n’en reconnaissent que trois; quelques-uns n’en admettent qu’une seule. Les grandes bêtes ne sont guère mieux connues que les petites.
LeCachalot grosse tête, appelé aussi et plus pompeusement,macrocéphale[299], se rencontre dans presque toutes les mers.
Anderson en a mesuré un qui avait à peu près 70 pieds anglais de longueur.
Cet animal est d’un noir bleuâtre, plus foncé sur le dos. Sa mâchoire d’en haut est sans dents, ou n’en offre que de rudimentaires cachées sous les gencives. La mâchoire d’en bas est plus courte d’un mètre et plus étroite; elle semble hors de proportion avec cette dernière. Nous parlerons tout à l’heure des grosses dents qu’elle présente.
L’évent est unique. Les yeux sont placés sur des éminences.
La nageoire dorsale est réduite à une saillie calleuse. La queue est bilobée.
L’ensemble de l’animal est épais, lourd et disgracieux. Dans sa physionomie sans élégance, il y a moins du Poisson que du Têtard.
Le Cachalot grosse tête nage ordinairement à fleur d’eau, montrant le dos et l’éminence charnue qui entoure l’évent. Il vient donner l’essor aux humides bouffées de son organe, comme un bourgeois hollandais vient fumer sa pipe au soleil (Melville). Sa progression n’est pas rapide. Dans les bas-fonds, on le voit quelquefois dresser verticalement hors de la mer toute la partie supérieure de son corps.
Quand les Cachalots voyagent, le plus grand et le plus fort marche toujours à la tête de la phalange. C’est lui qui donne ordinairement le signal du combat.
En 1741, un individu énorme échoua vers l’embouchure de l’Adour, près de Bayonne.
En 1769, un autre fut jeté sur la côte, à peu de distance de Saint-Valery, dans la baie de la Somme.
En 1784, trente-deux Cachalots échouèrent dans la baie d’Audierne, sur le rivage de la commune de Primelin, en basse Bretagne.
Le squelette conservé dans une des cours du Muséum de Paris a été acheté à Londres en 1821.
CACHALOT GROSSE TÊTE(Physeter macrocephalusLinné).
CACHALOT GROSSE TÊTE(Physeter macrocephalusLinné).
CACHALOT GROSSE TÊTE(Physeter macrocephalusLinné).
Tout récemment (novembre 1862) un petit Cachalot a été trouvé par les douaniers dans les récifs du Darmon (Var). Sa longueur est de 12m,70, et sa circonférence de 8 mètres. Sa gueule, ouverte, peut recevoir un homme debout et l’avaler sans lui faire subir la moindre pression. On estime son poids à 40 000 kilogrammes. Il a été acheté par M. Bienvenu, ex-maître de port, pour la somme de cinquante francs. Le squelette a été vendu pour le musée de Draguignan.
II
La pêche des Cachalots est l’objet d’une industrie considérable.
Nous devons au commandant L. Hautefeuille quelques détails sur cette pêche intéressante et lucrative.
Chaque capitaine possède à son bord deux hommes en observation au sommet des mâts, et quatre ou cinq canots aigus aux deux extrémités (baleinières). Aussitôt qu’un malheureux Cachalot a été signalé, les canots sont détachés, chacun monté par quatre rameurs intrépides, par un officier qui dirige l’embarcation à l’aide d’un aviron de queue, et par un harponneur expérimenté, ordinairement vieux loup de mer, doué de sang-froid, d’un coup d’œil juste et d’un poignet vigoureux.
Dès que l’animal se sent harponné, il s’élance rapidement vers le fond de la mer. Après quelques minutes, il reparaît à la surface pour respirer. La colonne d’air et d’eau jetée par son évent est parfois ensanglantée. Il replonge, mais auparavant un second et même un troisième harpon ont été lancés d’une autre chaloupe.
Quelquefois les pêcheurs emploient un harpon particulier, renfermé dans un appareil semblable à un grand tromblon de cuivre. Au moyen d’un puissant ressort, cet instrument part comme une flèche, et va s’implanter dans la peau du Cétacé. Récemment encore on a imaginé un troisième et plus terrible moyen de destruction: c’est une sorte de pétard qui éclate quand il a pénétré dans les chairs. Tous ces nouveaux systèmes sont généralement peu employés.
Cependant l’animal, épuisé, remonte à la surface, où ses apparitions deviennent plus fréquentes. C’est à peine s’il peut plonger encore à quelques brasses et retarder sa mort de quelques instants.
A ce moment, les chaloupes, réunies en cercle, le cernent et l’achèvent à coups de lance: mais, souvent, il arrive que le Cachalot se défend et vend chèrement sa vie. Malheur alors à l’imprudent canot qui s’est un peu trop avancé! D’un coup de sa queue puissante, le monstre balaye tout ce qui se trouve à sa portée.
Le Cachalot mort ou mourant, les embarcations le traînent à la remorque. Le navire aborde l’animal et le retient fixé à l’avant par la queue.
L’équipage dîne joyeusement. Il procède ensuite au dépècement, opération toujours accompagnée de rasades de genièvre et de chansons.
D’abord on enlève tout autour du corps de larges bandes de graisse destinées à la cuisson dans de grandes cuves de cuivre. On épuise l’huile et la graisse dans le corps, surtout dans la tête, où on la recueille quelquefois avec des seaux.
L’huile de la région céphalique est la plus épaisse, et elle forme à elle seule le tiers au moins de la masse totale.
Lorsque le corps est entièrement épuisé, on le sépare de son chef, et l’on abandonne la carcasse aux Oiseaux et aux Requins.
La tête seule est hissée sur le pont, où l’on achève de la dépouiller. Cette opération est possible sur des individus de taille moyenne.
Le dépècement, la cuisson et la préparation demandent quarante-huit heures, et occupent de vingt à trente hommes.
Une fois épurée, l’huile est mise dans des tonnes.
Un Cachalot peut fournir, suivant sa taille, de quatre-vingtsà cent cinquante tonnes d’huile. Un individu long de 18 mètres, et pesant 60 000 kilogrammes, en rend de quatre-vingt-quinze à cent barils. Rarement on en trouve qui en donnent davantage.
La pêche d’un trois mâts est d’environ cinquante individus. Il peut les avoir pêchés dans l’espace variable d’un à trois ans.
Cette pêche est faite de nos jours principalement par les Américains, quelques Anglais, et peu de Français et de Portugais. (L. Hautefeuille.)
III
Les Cachalots fournissent à l’industrie et aux arts, non-seulement de l’huile, mais encore de l’ivoire, du blanc de baleine et de l’ambre gris.
L’ivoire se retire de leurs dents. Il est d’assez mauvaise qualité.
DENT DE CACHALOT.
DENT DE CACHALOT.
DENT DE CACHALOT.
La mâchoire inférieure porte de chaque côté de vingt à vingt-cinq grosses dents[300]. Ces dents sont cylindriques et coniques au sommet, à peine recourbées d’avant en arrière, légèrement comprimées inférieurement et un peu pointues. Nous en avons une sous les yeux qui présente20 centimètres de hauteur: nous en avons vu une autre qui pesait plus d’un kilogramme.
Le blanc de baleine se trouve au milieu des grandes cavités de la partie supérieure du crâne, au-dessus du cerveau. Ce dernier est petit, relativement au volume de la tête. Camper a trouvé que, sur une tête de 6 mètres de longueur, la cavité crânienne n’avait que 32 centimètres.
Pendant la vie de l’animal, le blanc de baleine est dissous dans un liquide huileux. Il se fige après la mort. On l’obtient pur en l’exprimant dans un sac de laine. On le fait bouillir ensuite dans une lessive alcaline, pour le débarrasser de la partie huileuse restante. On le lave et on le fond.
Dans un Cachalot des Moluques, long de 19 mètres et demi, M. Quoy a calculé qu’il y avait vingt-quatre barils de blanc de baleine, contenant chacun 125 kilogrammes. Par conséquent, cet animal en a fourni 3000 kilogrammes.
Cette matière est solide, blanche, brillante, comme nacrée, un peu transparente et très-douce au toucher. Elle se casse facilement et par écailles.
C’est un des éléments de la pommade anglaise, lecold-cream, recommandée pour adoucir la peau.
L’ambre gris n’est autre chose qu’une sorte de calcul intestinal, ou plutôt une partie des aliments des Cachalots, très-incomplétement et très-imparfaitement digérés.
Cette matière, si recherchée dans la parfumerie et si estimée par beaucoup de belles dames, cette matière présente, comme on voit, une nature très-peu noble et une source très-peu respectable. L’inconvenance de son origine n’en rend que plus étonnante la suavité de son odeur!
L’ambre, qui se forme dans le corps du Cachalot, est rendu..... avec les excréments.
Plusieurs zoologistes pensent que tous les Cachalotsrejettent normalement cette substance. D’autres supposent qu’elle est le résultat de certaines maladies, et par conséquent un produit accidentel.
On trouve l’ambre gris, tantôt flottant sur la mer ou déposé sur la plage, parmi les déjections des Cétacés, tantôt dans les intestins mêmes de ces animaux.
C’est sur les côtes du Japon, des îles Moluques, de l’Inde, de Madagascar et du Brésil, qu’on récolte habituellement cette substance.
La nourriture prise par les Cachalots semble influer sur la production de l’ambre. Il paraît que ce sont les Poulpes musqués, nommésÉlédones, les Sèches et plusieurs autres Mollusques, même des Poissons odorants, mal digérés et accumulés, qui donnent naissance à cette matière. On sait que, parmi les animaux marins, il en est un certain nombre qui exhalent une odeur de musc plus ou moins forte.
Lorsque les pêcheurs américains découvrent des morceaux d’ambre gris dans un parage, ils en concluent aussitôt qu’il doit être fréquenté par quelque Cachalot.
L’ambre gris est une matière solide, assez dure, grasse, cireuse, plus légère que l’eau. Sa couleur est d’un gris noirâtre un peu cendré, quelquefois jaunâtre ou brunâtre, souvent masquée par une efflorescence blanche qui se forme à sa surface et qui pénètre même un peu dans son intérieur. Cette matière offre une odeur douce, suave, susceptible d’une grande expansion.
L’ambre gris est en masses irrégulières, composées tantôt de couches concentriques, comme superposées, tantôt de petits grains inégaux plus ou moins arrondis. On trouve quelquefois, dans son intérieur, des débris de mollusques et de poissons, tels que des mandibules, des écailles, des arêtes.
Ces masses pèsent habituellement de 50 à 500 grammes. On en trouve, cependant, de 5 à 10 kilogrammes. Le Cachalot échoué en 1741, près de Bayonne, avait dans ses intestins un morceau d’ambre du poids de 5kil.,30. Un baleinier en retira 20 kilogrammes des entrailles d’un individu, et 52 de celles d’un autre. La Compagnie des Indes en avait une masse, en 1695, du poids de 73 kilogrammes. Valmont de Bomare en vit un bloc, en 1721, de 100 kilogrammes. On a parlé d’un autre de 293 kilogrammes, ce qui paraît bien extraordinaire.
On prétend que les Renards sont très-friands de l’ambre gris, qu’ils viennent chercher sur les côtes de la mer. Ils le mangent et le rendent tel qu’ils l’ont avalé, quant à son parfum, mais altéré dans sa couleur. C’est au résultat de ce goût qu’on attribue l’existence de quelques morceaux d’ambre blanchâtre, qu’on trouve à une certaine distance de l’Océan, dans les Landes aquitaniques, et que les habitants du pays appellent ambrerenardé(Bory)?. Cette seconde qualité de matière parfumée aurait donc traversé le tube digestif de deux Mammifères différents, et aurait toujours conservé son excellente odeur.