CHAPITRE XLLES TORTUES DE MER.

CHAPITRE XLLES TORTUES DE MER.«Esse et in piscatu voluptatem maxime Testitudinum.»(Pline.)ILes Reptiles sont rares dans la mer; mais ceux, en petit nombre, qu’elle nourrit, se font remarquer par leur organisation, par leurs mœurs et par leur utilité. Nous voulons parler desTortues. Aristote désignait ces animaux sous le nom deThalassites.Comme les Tortues terrestres, les Tortues marines sont revêtues d’une cuirasse osseuse et écailleuse très-dure et très-solide, fortifiée par huit paires de côtes.Cette cuirasse forme en dessus unecarapaceplus ou moins bombée, et en dessous, unplastronplus ou moins aplati.La carapace et le plastron composent une sorte de boîte protectrice, dans laquelle le reptile tient son corps à l’abri, et retire, au besoin, son cou et sa queue. Chez les Tortuesde terre, dont la tête et les pattes sont proportionnellement moins grandes, l’animal peut encore les rentrer et les loger dans son armure[258].Si l’on n’avait jamais vu de Tortue, soit de terre, soit de mer, et qu’on rencontrât pour la première fois une de ces bizarres organisations, ne serait-on pas bien étonné?TORTUES.Un montagnard du centre de la France trouva un jour, à la fête de son village, un marchand algérien qui étalait devant lui une cinquantaine de Tortues communes.«Et combien vendez-vous ces drôles de petites bêtes?—Trente sous, monsir, sans marchander.—Trente sous! c’est bien cher pour une espèce de grenouille!..... Et combien en voulez-voussans la boîte?»IIOn connaît trois espèces principales de Tortues de mer: laCaouane, lafrancheet leCaret.LaTortue caouaneest assez commune dans la Méditerranée, la mer Rouge, l’archipel de Madagascar et les Maldives.TORTUE CAOUANE(Chelonia caouancaSchweigger).C’est la reine des Tortues de mer. Il y en a une très-belle dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle, rapportée de Rio-Janeiro par Delalande. Cette espèce peut arriver à environ 126 centimètres de grand diamètre et dépasser le poids de 200 kilogrammes.Sa carapace est couverte de plaques cornées, grandes, minces, transparentes, et d’un brun moucheté de blanc et de jaune vif.LaTortue francheouMidas[259]se trouve dans l’océanAtlantique. On la rencontre quelquefois à Madère et aux îles Canaries.Elle a de 150 à 160 centimètres de grand diamètre; elle pèse généralement une centaine de kilogrammes.Sa carapace offre des places marron glacées de verdâtre, veinées longitudinalement de nuances plus claires. Son plastron est d’un jaune-serin verdâtre.Pline assure qu’il en existe dans la mer des Indes, qui sont si grandes, que leur carapace sert de nacelle aux habitants des îles de la mer Rouge, et qu’une seule suffitpour couvrir une maison. La véracité du naturaliste romain est quelquefois un peu suspecte.....Quelques voyageurs prétendent qu’on rencontre, aux Antilles, des Tortues de mer sur le dos desquelles quatorze hommes peuvent se tenir debout à la fois (?).Dampierre cite un individu très-grand dont la dépouille formait un petit bateau. Un enfant de neuf à dix ans, le fils du capitaine Rocky, s’y embarqua pour aller, à un quart de mille de distance, gagner le navire de son père.En 1752, la mer jeta dans le port de Dieppe une Tortue franche qui avait 2 mètres de long et 130 centimètres de large, et qui pesait 450 kilogrammes.En 1754, on en prit une autre dans le pertuis d’Antioche, à la hauteur de l’île de Ré, qui offrait à peu près le même poids. Elle mesurait 2 mètres 60 centimètres depuis le museau jusqu’à la queue. La carapace seule avait plus d’un mètre et demi de longueur. Quand on lui coupa la tête, elle répandit huit litres de sang. On en retira 50 kilogrammes de graisse. Son foie se trouva, dit-on, assez volumineux pour donner à dîner à plus de cent personnes (?).LaTortue caretse trouve dans l’océan des Indes et dans l’Océan américain.Cette espèce a 73 centimètres de grand diamètre. Elle est, par conséquent, moins grosse que la précédente.Sa carapace est marbrée de brun sur un fond fauve et jaune.TORTUE CARET(Chelonia imbricataSchweigger).Dans ces trois Tortues, la carapace est écailleuse; mais il en existe une quatrième, qui ne présente autour de cette armure qu’une simple peau coriace, avec trois arêtes saillantes dirigées longitudinalement: c’est leLuth[260], espèce assez rare, qui habite la Méditerranée et l’océan Atlantique.Elle offre environ 2 mètres de longueur.Rondelet parle d’un Luth long de cinq coudées, qui avait été pêché à Frontignan.Amoreux en a décrit un autre pris dans le port de Cette.Delafond en signale un troisième, capturé à l’embouchure de la Loire en 1726.Borlase en a figuré un quatrième, harponné sur les côtes de Cornouailles en 1756.IIILes Tortues de mer ont des mâchoires sans dents. Leurs gencives sont cornées, dures, à bords tranchants comme le bec d’un oiseau de proie. Elles coupent les Zostères, les Ulves, les Varecs, dont ces animaux font leur principale nourriture.La Caouane est simplement herbivore, tandis que la Tortue franche mange non-seulement des matières végétales, mais encore des Zoophytes et des Sèches.TÊTE DE TORTUE DE MER.Les Tortues de mer passent pour des animaux lourds, timides et assez doux. Leurs membres sont transformés en rames aplaties, légèrement courbées d’avant en arrière. Les antérieurs dépassent du tiers les postérieurs.Les Tortues marines nagent et plongent avec la plus grande facilité; elles peuvent rester longtemps sous l’eau. L’orifice externe de leur canal nasal est surmonté d’une masse charnue, dans l’épaisseur de laquelle on distingue le jeu d’une soupape que l’animal soulève lorsqu’il est dans l’air, et qu’il ferme hermétiquement lorsqu’il s’enfonce dans l’eau (Duméril). Leur marche est assez pénible. Le missionnaire Labat s’est fait plus d’une fois porter par cette lourde et un peu cahotante voiture.Dans les parages tranquilles, on aperçoit de temps entemps, à la surface de la mer, à sept ou huit cents lieues de terre, des Tortues qui flottent dans une immobilité absolue. Elles dorment.Ces reptiles n’ont pas d’armes pour se défendre, mais leur carapace les protége jusqu’à un certain point. Ils ont, du reste, la vie très-dure. On en a vu, la tête coupée et le cœur arraché, remuer encore les nageoires, et donner des signes de souffrance.Les Tortues de mer sont ovipares. A l’époque de la ponte, les femelles se rendent à terre après le coucher du soleil, pour déposer leurs œufs. Elles creusent un trou sur le rivage, écartant très-habilement le sable avec leurs pieds postérieurs, qui fonctionnent alors comme de larges pelles. Ce trou peut avoir une soixantaine de centimètres de profondeur. Le prince Maximilien de Neuwied rapporte avoir vu une Tortue franche, sur la côte du Brésil, qui creusait ainsi la grève. On s’approcha doucement; elle ne se dérangea pas. Il fallut quatre hommes pour la soulever. Bientôt elle se mit à pondre. Un soldat recueillit une centaine d’œufs dans l’espace de dix minutes. Cette espèce peut, du reste, en déposer jusqu’à cent cinquante.On dit que les Luths en produisent de deux cents à deux cent soixante.Après avoir pondu, la mère recouvre ses œufs avec le sable amoncelé derrière elle, et nivelle si parfaitement la surface du sol, que peu de personnes reconnaîtraient qu’on a remué quelque chose en cet endroit. Cette opération terminée, l’animal retourne à la mer.Les œufs sont arrondis, un peu déprimés et revêtus d’une coque coriace. La chaleur du soleil suffit pour les faire éclore.Les jeunes Tortues naissent au bout de trois semaines. Au sortir de l’œuf, elles sont grosses comme de petitesGrenouilles, presque aussi molles, et blanchâtres. Elles se dirigent aussitôt vers la mer. Les vagues les reçoivent quelquefois avec de rudes caresses, et les rejettent de leur sein.Pendant son séjour aux Florides, plusieurs pêcheurs assurèrent au célèbre naturaliste Audubon, que toute Tortue prise à la place même où elle dépose ses œufs, et transportée à une distance de plus de cent milles, si on lui rend ensuite la liberté, regagne le lieu où elle a coutume de pondre, soit immédiatement, soit dans la saison suivante.IVOn emploie différents procédés pour prendre les Tortues.Dans certains parages, on profite de l’époque où les femelles se rendent à terre pendant la nuit pour déposer leurs œufs. On va les chercher principalement dans les îles désertes. On reconnaît leur passage aux traces qu’elles laissent sur le sable. On les guette, on leur coupe la retraite, et on les renverse sur le dos, soit avec les mains, soit avec des leviers. Ces animaux, ainsi retournés, cherchent quelque point d’appui; ils ne peuvent se redresser, et on les retrouve, le lendemain, à la même place et dans la même situation.Il existe entre Vera-Cruz et Tampico un petit îlot désert, grand tout au plus comme la place de la Concorde, appeléisla de los Lobos(île des Loups), on ne sait pourquoi, attendu que, bien certainement, jamais Loup, ni carnassier semblable au Loup, n’y a posé le pied.Les Tortues ont pris cet îlot en affection; elles y trouventun asile paisible, entouré de grands récifs et bien défendu contre leurs ennemis, et, de plus, des plages de sable en pente douce, excellentes pour leurs œufs.En 1862, vers dix heures du soir, l’équipage d’un navire français surprit dans l’île de los Lobos, à la faveur de la nuit, une énorme Tortue femelle qui rampait sur le rivage. Elle avait une tête grosse comme celle d’un enfant et un bec quatre fois plus grand que celui d’un perroquet. Elle paraissait chercher un endroit pour pondre. Six hommes s’attachèrent à sa carapace et firent de vains efforts pour la retenir; ils ralentissaient sa marche, mais ils ne l’arrêtaient pas: elle les entraînait vers la mer. D’autres matelots arrivèrent à temps, et l’on réussit à la renverser sur le dos.Dans cet état, on lui amarra un petit mât entre les nageoires, et on l’emporta au vaisseau. Le monstre pesait 130 kilogrammes. Il fournit à manger à tout l’équipage. Il avait trois cent quarante-sept œufs dans le corps. (De Jonquières.)Les Carets, qui ont le dos plus bombé que les Tortues franches et les mouvements plus vifs, pourraient sedéretourner. A cause de cela, on les charge d’une pierre, ou bien on les tue sur place.Une seconde manière de prendre ces reptiles consiste à tendre, le soir, un grand filet de cordes à mailles lâches, appeléfolle, qui leur barre le passage lorsqu’elles se rendent à terre pour y pondre. Elles engagent la tête ou les nageoires dans les mailles, et s’entortillent de telle sorte, qu’elles ne peuvent plus venir respirer à la surface de l’eau, et qu’elles finissent par se noyer. Il faut avoir la précaution de teindre ce filet: quand il est grisâtre ou blanchâtre, les Tortues s’en défient et rebroussent chemin.Certains pêcheurs font la chasse aux Tortues lorsqu’elles viennent en pleine mer, à la surface de l’eau, pour respirer.Ils leur lancent un harpon, espèce de javelot à pointe triangulaire comme celle d’une flèche acérée et tranchante, portant un anneau auquel une corde est attachée. On se sert aussi d’unevarre, autre harpon à pointe sans crochet. Il faut de l’adresse pour faire pénétrer cet instrument. Quand il est entré dans l’écaille de la Tortue, c’est comme un clou enfoncé dans une planche, et qui ne peut en être arraché sans de grands efforts. Dès que l’animal se sent blessé, il plonge et entraîne le trait avec lui. On lâche d’abord une certaine longueur de corde, puis on attire la Tortue sur le bord de l’embarcation.Dans les mers du Sud, des plongeurs habiles et exercés profitent du moment où les Tortues sont endormies à la surface de la mer, s’en approchent doucement, et lorsqu’ils sont à portée, ils percent l’animal. Si la Tortue n’est pas très-grande, ils la saisissent sans la harponner.Les Tortues sont souvent d’une force extraordinaire, à cause de leur taille, et peuvent entraîner le canot à une grande distance et même le faire chavirer.Plusieurs auteurs ont rapporté un fait curieux qui s’est passé à la Martinique, en 1696. Un Indien esclave, étant seul à pêcher dans un petit canot, aperçut une Tortue qui dormait sur l’eau. Il s’en approche doucement, et lui passe autour d’une patte un nœud coulant, ayant d’avance fixé l’autre bout de la corde à l’avant du canot. La Tortue s’éveille, et se met à fuir, comme si elle ne traînait rien après elle. L’Indien ne s’épouvante pas de se voir emporté avec tant de vitesse. Il se tenait à l’arrière, et gouvernait avec sa pagaie pour parer les lames, espérant que la Tortue se lasserait enfin ou qu’elle étoufferait. Mais il eut le malheur de chavirer, et de perdre dans cet accident sa pagaie, son couteau, ses lignes et ses instruments de pêche. Quoiqu’il fût habile nageur et marin expérimenté, il ne parvintqu’avec beaucoup de peine à retrouver son canot. Comme il ne pouvait plus gouverner, le même accident lui arriva neuf ou dix fois, et à chacune, pendant qu’il travaillait, la Tortue se reposait, reprenait des forces, et recommençait ensuite une nouvelle course aussi rapide que la première. Elle le traîna ainsiun jour et deux nuits, sans qu’il lui fût possible de détacher ou de couper la corde. La bête se lassa enfin, et le bonheur voulut qu’elle échouât sur un haut-fond, où l’Indien acheva de la tuer, étant lui-même demi-mort de faim, de soif et de fatigue.Sur les côtes de Cuba et de Mozambique, les pêcheurs se servent, pour prendre les Tortues de mer, de certains poissons vivants, dressés, pour ainsi dire, à cette chasse. Ces poissons, voisins du Rémore, sont plus grands et plus longs. On les appellePoissons pêcheursouSucets. Les Espagnols les nommentRevés(reversi), parce que, au premier abord, on est tenté de prendre leur dos pour leur ventre.Ces poissons portent au sommet de la tête une plaque ovale, à rebords charnus, offrant intérieurement une vingtaine de lamelles parallèles, formant deux séries garnies sur leur bord de petits crochets qui ressemblent aux pointes d’une carde. Les pêcheurs tiennent plusieurs Sucets dans des baquets pleins d’eau, et chaque nacelle a son baquet particulier. Quand on voit de loin quelque Tortue endormie, on s’en approche sans bruit, puis on jette à la mer un de ces poissons. Aussitôt que celui-ci aperçoit le reptile, il se précipite sous lui, et s’y cramponne fortement avec sa dilatation céphalique.Le Revé, dit Colomb, se laisserait mettre en pièces plutôt que de lâcher le corps auquel il adhère.Ce poisson étant attaché à une longue corde tressée avec de l’écorce de palmier, au moyen d’un anneau dont saqueue est garnie, les pêcheurs tirent cette corde et amènent dans leur barque et le poisson et la Tortue.Quand cette dernière est prise, on détache le Sucet en lui imprimant un mouvement d’arrière en avant, lequel fait renverser à l’instant tous les crochets.En général, la pêche des Tortues de mer est faite sans discernement et sans frein; d’où il résulte comme conséquence inévitable, qu’au bout d’un temps peu éloigné, ces précieux animaux deviendront rares.Il existe, il est vrai, dans plusieurs pays, des parcs à Tortues, donnant lieu à un commerce considérable. Ces parcs sont approvisionnés par la pêche vulgaire, mais on ne s’y occupe guère de la multiplication de l’espèce. On assure cependant que, dans l’île de l’Ascension, on respecte les œufs et l’on protége les jeunes sujets jusqu’à ce que leur carapace ait assez de dureté pour défendre suffisamment l’animal.M. Salles, capitaine au long cours, a proposé de multiplier les Tortues de mer dans la Méditerranée. La Société zoologique d’acclimatation s’est empressée d’approuver et d’encourager les conclusions de son mémoire. Le succès est d’autant plus certain, qu’il s’agit non pas d’introduire une nouvelle espèce dans les localités qui en étaient privées jusqu’à ce jour, mais seulement de repeupler des régions aujourd’hui très-appauvries et où les Tortues se trouvaient autrefois en nombre considérable.VLes Tortues de mer constituent un mets abondant, sain et nutritif. On peut faire cuire la chair dans sa propre carapace. Cette casserole naturelle est un moyen expéditif dont se servent les sauvages.Les Anglais aiment beaucoup la chair de la Tortue franche; ils la trouvent supérieure à celle du Bœuf. La graisse de cette Tortue est d’un vert assez foncé, et si abondante, qu’il n’est pas rare d’en extraire jusqu’à vingt-huit litres d’un seul individu.On sait quela soupe à la Tortuejouit d’une certaine réputation chez nos voisins d’outre-Manche. C’est l’amiral Anson qui apporta en 1752 la première Tortue qui fut mangée à Londres.La chair du Caret passe pour très-médiocre, mais les œufs sont fort délicats. Les paquebots apportent régulièrement en Angleterre des quantités considérables de Tortues de mer. Malheureusement, le prix de plus en plus élevé de ces animaux ne permet pas de les servir sur toutes les tables. C’est pour cela sans doute que, dans la fameuse soupe à la Tortue, on substitue souvent à la chair du précieux animal de petits cubes de tête de veau!Les Tortues de mer fournissent à l’industrie les matériaux d’une foule de jolis petits meubles.Carvilius Pollio, d’après Pline, homme extravagant, mais inventif, paraît être le premier qui tailla et façonna les plaques des Tortues. Il en orna des armoires et des bois de lit.Les patriciens, sous le règne d’Auguste, en décoraient les portes et les colonnes de leurs palais.Les Romains faisaient venir les plaques de l’Égypte. Lorsque Jules César s’empara d’Alexandrie, il trouva dans les magasins une si grande quantité d’écailles, qu’il s’en servit pour embellir son entrée triomphale.L’écaille des Tortues est douce au toucher etriante à l’œil, comme disent les marchands, mais en même temps assez fragile.Le Caret est l’espèce dont les plaques sont les plus estimées.On distingue dans le commerce quatre variétés de cette écaille. La meilleure est celle qui vient des mers de la Chine et des Philippines. Ces plaques sont noires, avec des jaspures d’un jaune clair, bien transparentes et parfaitement détachées. Le Caret des îles Seychelles (qui arrive par Bourbon) a des plaques plus épaisses, d’une couleur vineuse, avec des taches d’un jaune moins clair, moins transparent et moins tranché. Le Caret de l’Inde, appelé souventécaille d’Egypte, parce qu’il est expédié par la voie d’Alexandrie, offre une teinte brune nuancée de rouge, avec des taches d’un rouge brun et d’un jaune-citron.Les plaques de la Caouane sont les moins recherchées: elles se rapprochent de l’apparence de la corne. Elles sont de couleur brun noirâtre ou brun rougeâtre, avec de grandes taches transparentes d’un blanc sale, et de plus petites opaques ou d’un blanc mat.La Tortue franche a des plaques minces, flexibles, élastiques, transparentes, d’un jaune pâle, marquetées de jaune rougeâtre et de noir.

CHAPITRE XLLES TORTUES DE MER.«Esse et in piscatu voluptatem maxime Testitudinum.»(Pline.)I

«Esse et in piscatu voluptatem maxime Testitudinum.»(Pline.)

«Esse et in piscatu voluptatem maxime Testitudinum.»

(Pline.)

I

Les Reptiles sont rares dans la mer; mais ceux, en petit nombre, qu’elle nourrit, se font remarquer par leur organisation, par leurs mœurs et par leur utilité. Nous voulons parler desTortues. Aristote désignait ces animaux sous le nom deThalassites.

Comme les Tortues terrestres, les Tortues marines sont revêtues d’une cuirasse osseuse et écailleuse très-dure et très-solide, fortifiée par huit paires de côtes.

Cette cuirasse forme en dessus unecarapaceplus ou moins bombée, et en dessous, unplastronplus ou moins aplati.

La carapace et le plastron composent une sorte de boîte protectrice, dans laquelle le reptile tient son corps à l’abri, et retire, au besoin, son cou et sa queue. Chez les Tortuesde terre, dont la tête et les pattes sont proportionnellement moins grandes, l’animal peut encore les rentrer et les loger dans son armure[258].

Si l’on n’avait jamais vu de Tortue, soit de terre, soit de mer, et qu’on rencontrât pour la première fois une de ces bizarres organisations, ne serait-on pas bien étonné?

TORTUES.

TORTUES.

TORTUES.

Un montagnard du centre de la France trouva un jour, à la fête de son village, un marchand algérien qui étalait devant lui une cinquantaine de Tortues communes.

«Et combien vendez-vous ces drôles de petites bêtes?

—Trente sous, monsir, sans marchander.

—Trente sous! c’est bien cher pour une espèce de grenouille!..... Et combien en voulez-voussans la boîte?»

II

On connaît trois espèces principales de Tortues de mer: laCaouane, lafrancheet leCaret.

LaTortue caouaneest assez commune dans la Méditerranée, la mer Rouge, l’archipel de Madagascar et les Maldives.

TORTUE CAOUANE(Chelonia caouancaSchweigger).

TORTUE CAOUANE(Chelonia caouancaSchweigger).

TORTUE CAOUANE(Chelonia caouancaSchweigger).

C’est la reine des Tortues de mer. Il y en a une très-belle dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle, rapportée de Rio-Janeiro par Delalande. Cette espèce peut arriver à environ 126 centimètres de grand diamètre et dépasser le poids de 200 kilogrammes.

Sa carapace est couverte de plaques cornées, grandes, minces, transparentes, et d’un brun moucheté de blanc et de jaune vif.

LaTortue francheouMidas[259]se trouve dans l’océanAtlantique. On la rencontre quelquefois à Madère et aux îles Canaries.

Elle a de 150 à 160 centimètres de grand diamètre; elle pèse généralement une centaine de kilogrammes.

Sa carapace offre des places marron glacées de verdâtre, veinées longitudinalement de nuances plus claires. Son plastron est d’un jaune-serin verdâtre.

Pline assure qu’il en existe dans la mer des Indes, qui sont si grandes, que leur carapace sert de nacelle aux habitants des îles de la mer Rouge, et qu’une seule suffitpour couvrir une maison. La véracité du naturaliste romain est quelquefois un peu suspecte.....

Quelques voyageurs prétendent qu’on rencontre, aux Antilles, des Tortues de mer sur le dos desquelles quatorze hommes peuvent se tenir debout à la fois (?).

Dampierre cite un individu très-grand dont la dépouille formait un petit bateau. Un enfant de neuf à dix ans, le fils du capitaine Rocky, s’y embarqua pour aller, à un quart de mille de distance, gagner le navire de son père.

En 1752, la mer jeta dans le port de Dieppe une Tortue franche qui avait 2 mètres de long et 130 centimètres de large, et qui pesait 450 kilogrammes.

En 1754, on en prit une autre dans le pertuis d’Antioche, à la hauteur de l’île de Ré, qui offrait à peu près le même poids. Elle mesurait 2 mètres 60 centimètres depuis le museau jusqu’à la queue. La carapace seule avait plus d’un mètre et demi de longueur. Quand on lui coupa la tête, elle répandit huit litres de sang. On en retira 50 kilogrammes de graisse. Son foie se trouva, dit-on, assez volumineux pour donner à dîner à plus de cent personnes (?).

LaTortue caretse trouve dans l’océan des Indes et dans l’Océan américain.

Cette espèce a 73 centimètres de grand diamètre. Elle est, par conséquent, moins grosse que la précédente.

Sa carapace est marbrée de brun sur un fond fauve et jaune.

TORTUE CARET(Chelonia imbricataSchweigger).

TORTUE CARET(Chelonia imbricataSchweigger).

TORTUE CARET(Chelonia imbricataSchweigger).

Dans ces trois Tortues, la carapace est écailleuse; mais il en existe une quatrième, qui ne présente autour de cette armure qu’une simple peau coriace, avec trois arêtes saillantes dirigées longitudinalement: c’est leLuth[260], espèce assez rare, qui habite la Méditerranée et l’océan Atlantique.

Elle offre environ 2 mètres de longueur.

Rondelet parle d’un Luth long de cinq coudées, qui avait été pêché à Frontignan.

Amoreux en a décrit un autre pris dans le port de Cette.

Delafond en signale un troisième, capturé à l’embouchure de la Loire en 1726.

Borlase en a figuré un quatrième, harponné sur les côtes de Cornouailles en 1756.

III

Les Tortues de mer ont des mâchoires sans dents. Leurs gencives sont cornées, dures, à bords tranchants comme le bec d’un oiseau de proie. Elles coupent les Zostères, les Ulves, les Varecs, dont ces animaux font leur principale nourriture.

La Caouane est simplement herbivore, tandis que la Tortue franche mange non-seulement des matières végétales, mais encore des Zoophytes et des Sèches.

TÊTE DE TORTUE DE MER.

TÊTE DE TORTUE DE MER.

TÊTE DE TORTUE DE MER.

Les Tortues de mer passent pour des animaux lourds, timides et assez doux. Leurs membres sont transformés en rames aplaties, légèrement courbées d’avant en arrière. Les antérieurs dépassent du tiers les postérieurs.

Les Tortues marines nagent et plongent avec la plus grande facilité; elles peuvent rester longtemps sous l’eau. L’orifice externe de leur canal nasal est surmonté d’une masse charnue, dans l’épaisseur de laquelle on distingue le jeu d’une soupape que l’animal soulève lorsqu’il est dans l’air, et qu’il ferme hermétiquement lorsqu’il s’enfonce dans l’eau (Duméril). Leur marche est assez pénible. Le missionnaire Labat s’est fait plus d’une fois porter par cette lourde et un peu cahotante voiture.

Dans les parages tranquilles, on aperçoit de temps entemps, à la surface de la mer, à sept ou huit cents lieues de terre, des Tortues qui flottent dans une immobilité absolue. Elles dorment.

Ces reptiles n’ont pas d’armes pour se défendre, mais leur carapace les protége jusqu’à un certain point. Ils ont, du reste, la vie très-dure. On en a vu, la tête coupée et le cœur arraché, remuer encore les nageoires, et donner des signes de souffrance.

Les Tortues de mer sont ovipares. A l’époque de la ponte, les femelles se rendent à terre après le coucher du soleil, pour déposer leurs œufs. Elles creusent un trou sur le rivage, écartant très-habilement le sable avec leurs pieds postérieurs, qui fonctionnent alors comme de larges pelles. Ce trou peut avoir une soixantaine de centimètres de profondeur. Le prince Maximilien de Neuwied rapporte avoir vu une Tortue franche, sur la côte du Brésil, qui creusait ainsi la grève. On s’approcha doucement; elle ne se dérangea pas. Il fallut quatre hommes pour la soulever. Bientôt elle se mit à pondre. Un soldat recueillit une centaine d’œufs dans l’espace de dix minutes. Cette espèce peut, du reste, en déposer jusqu’à cent cinquante.

On dit que les Luths en produisent de deux cents à deux cent soixante.

Après avoir pondu, la mère recouvre ses œufs avec le sable amoncelé derrière elle, et nivelle si parfaitement la surface du sol, que peu de personnes reconnaîtraient qu’on a remué quelque chose en cet endroit. Cette opération terminée, l’animal retourne à la mer.

Les œufs sont arrondis, un peu déprimés et revêtus d’une coque coriace. La chaleur du soleil suffit pour les faire éclore.

Les jeunes Tortues naissent au bout de trois semaines. Au sortir de l’œuf, elles sont grosses comme de petitesGrenouilles, presque aussi molles, et blanchâtres. Elles se dirigent aussitôt vers la mer. Les vagues les reçoivent quelquefois avec de rudes caresses, et les rejettent de leur sein.

Pendant son séjour aux Florides, plusieurs pêcheurs assurèrent au célèbre naturaliste Audubon, que toute Tortue prise à la place même où elle dépose ses œufs, et transportée à une distance de plus de cent milles, si on lui rend ensuite la liberté, regagne le lieu où elle a coutume de pondre, soit immédiatement, soit dans la saison suivante.

IV

On emploie différents procédés pour prendre les Tortues.

Dans certains parages, on profite de l’époque où les femelles se rendent à terre pendant la nuit pour déposer leurs œufs. On va les chercher principalement dans les îles désertes. On reconnaît leur passage aux traces qu’elles laissent sur le sable. On les guette, on leur coupe la retraite, et on les renverse sur le dos, soit avec les mains, soit avec des leviers. Ces animaux, ainsi retournés, cherchent quelque point d’appui; ils ne peuvent se redresser, et on les retrouve, le lendemain, à la même place et dans la même situation.

Il existe entre Vera-Cruz et Tampico un petit îlot désert, grand tout au plus comme la place de la Concorde, appeléisla de los Lobos(île des Loups), on ne sait pourquoi, attendu que, bien certainement, jamais Loup, ni carnassier semblable au Loup, n’y a posé le pied.

Les Tortues ont pris cet îlot en affection; elles y trouventun asile paisible, entouré de grands récifs et bien défendu contre leurs ennemis, et, de plus, des plages de sable en pente douce, excellentes pour leurs œufs.

En 1862, vers dix heures du soir, l’équipage d’un navire français surprit dans l’île de los Lobos, à la faveur de la nuit, une énorme Tortue femelle qui rampait sur le rivage. Elle avait une tête grosse comme celle d’un enfant et un bec quatre fois plus grand que celui d’un perroquet. Elle paraissait chercher un endroit pour pondre. Six hommes s’attachèrent à sa carapace et firent de vains efforts pour la retenir; ils ralentissaient sa marche, mais ils ne l’arrêtaient pas: elle les entraînait vers la mer. D’autres matelots arrivèrent à temps, et l’on réussit à la renverser sur le dos.

Dans cet état, on lui amarra un petit mât entre les nageoires, et on l’emporta au vaisseau. Le monstre pesait 130 kilogrammes. Il fournit à manger à tout l’équipage. Il avait trois cent quarante-sept œufs dans le corps. (De Jonquières.)

Les Carets, qui ont le dos plus bombé que les Tortues franches et les mouvements plus vifs, pourraient sedéretourner. A cause de cela, on les charge d’une pierre, ou bien on les tue sur place.

Une seconde manière de prendre ces reptiles consiste à tendre, le soir, un grand filet de cordes à mailles lâches, appeléfolle, qui leur barre le passage lorsqu’elles se rendent à terre pour y pondre. Elles engagent la tête ou les nageoires dans les mailles, et s’entortillent de telle sorte, qu’elles ne peuvent plus venir respirer à la surface de l’eau, et qu’elles finissent par se noyer. Il faut avoir la précaution de teindre ce filet: quand il est grisâtre ou blanchâtre, les Tortues s’en défient et rebroussent chemin.

Certains pêcheurs font la chasse aux Tortues lorsqu’elles viennent en pleine mer, à la surface de l’eau, pour respirer.Ils leur lancent un harpon, espèce de javelot à pointe triangulaire comme celle d’une flèche acérée et tranchante, portant un anneau auquel une corde est attachée. On se sert aussi d’unevarre, autre harpon à pointe sans crochet. Il faut de l’adresse pour faire pénétrer cet instrument. Quand il est entré dans l’écaille de la Tortue, c’est comme un clou enfoncé dans une planche, et qui ne peut en être arraché sans de grands efforts. Dès que l’animal se sent blessé, il plonge et entraîne le trait avec lui. On lâche d’abord une certaine longueur de corde, puis on attire la Tortue sur le bord de l’embarcation.

Dans les mers du Sud, des plongeurs habiles et exercés profitent du moment où les Tortues sont endormies à la surface de la mer, s’en approchent doucement, et lorsqu’ils sont à portée, ils percent l’animal. Si la Tortue n’est pas très-grande, ils la saisissent sans la harponner.

Les Tortues sont souvent d’une force extraordinaire, à cause de leur taille, et peuvent entraîner le canot à une grande distance et même le faire chavirer.

Plusieurs auteurs ont rapporté un fait curieux qui s’est passé à la Martinique, en 1696. Un Indien esclave, étant seul à pêcher dans un petit canot, aperçut une Tortue qui dormait sur l’eau. Il s’en approche doucement, et lui passe autour d’une patte un nœud coulant, ayant d’avance fixé l’autre bout de la corde à l’avant du canot. La Tortue s’éveille, et se met à fuir, comme si elle ne traînait rien après elle. L’Indien ne s’épouvante pas de se voir emporté avec tant de vitesse. Il se tenait à l’arrière, et gouvernait avec sa pagaie pour parer les lames, espérant que la Tortue se lasserait enfin ou qu’elle étoufferait. Mais il eut le malheur de chavirer, et de perdre dans cet accident sa pagaie, son couteau, ses lignes et ses instruments de pêche. Quoiqu’il fût habile nageur et marin expérimenté, il ne parvintqu’avec beaucoup de peine à retrouver son canot. Comme il ne pouvait plus gouverner, le même accident lui arriva neuf ou dix fois, et à chacune, pendant qu’il travaillait, la Tortue se reposait, reprenait des forces, et recommençait ensuite une nouvelle course aussi rapide que la première. Elle le traîna ainsiun jour et deux nuits, sans qu’il lui fût possible de détacher ou de couper la corde. La bête se lassa enfin, et le bonheur voulut qu’elle échouât sur un haut-fond, où l’Indien acheva de la tuer, étant lui-même demi-mort de faim, de soif et de fatigue.

Sur les côtes de Cuba et de Mozambique, les pêcheurs se servent, pour prendre les Tortues de mer, de certains poissons vivants, dressés, pour ainsi dire, à cette chasse. Ces poissons, voisins du Rémore, sont plus grands et plus longs. On les appellePoissons pêcheursouSucets. Les Espagnols les nommentRevés(reversi), parce que, au premier abord, on est tenté de prendre leur dos pour leur ventre.

Ces poissons portent au sommet de la tête une plaque ovale, à rebords charnus, offrant intérieurement une vingtaine de lamelles parallèles, formant deux séries garnies sur leur bord de petits crochets qui ressemblent aux pointes d’une carde. Les pêcheurs tiennent plusieurs Sucets dans des baquets pleins d’eau, et chaque nacelle a son baquet particulier. Quand on voit de loin quelque Tortue endormie, on s’en approche sans bruit, puis on jette à la mer un de ces poissons. Aussitôt que celui-ci aperçoit le reptile, il se précipite sous lui, et s’y cramponne fortement avec sa dilatation céphalique.

Le Revé, dit Colomb, se laisserait mettre en pièces plutôt que de lâcher le corps auquel il adhère.

Ce poisson étant attaché à une longue corde tressée avec de l’écorce de palmier, au moyen d’un anneau dont saqueue est garnie, les pêcheurs tirent cette corde et amènent dans leur barque et le poisson et la Tortue.

Quand cette dernière est prise, on détache le Sucet en lui imprimant un mouvement d’arrière en avant, lequel fait renverser à l’instant tous les crochets.

En général, la pêche des Tortues de mer est faite sans discernement et sans frein; d’où il résulte comme conséquence inévitable, qu’au bout d’un temps peu éloigné, ces précieux animaux deviendront rares.

Il existe, il est vrai, dans plusieurs pays, des parcs à Tortues, donnant lieu à un commerce considérable. Ces parcs sont approvisionnés par la pêche vulgaire, mais on ne s’y occupe guère de la multiplication de l’espèce. On assure cependant que, dans l’île de l’Ascension, on respecte les œufs et l’on protége les jeunes sujets jusqu’à ce que leur carapace ait assez de dureté pour défendre suffisamment l’animal.

M. Salles, capitaine au long cours, a proposé de multiplier les Tortues de mer dans la Méditerranée. La Société zoologique d’acclimatation s’est empressée d’approuver et d’encourager les conclusions de son mémoire. Le succès est d’autant plus certain, qu’il s’agit non pas d’introduire une nouvelle espèce dans les localités qui en étaient privées jusqu’à ce jour, mais seulement de repeupler des régions aujourd’hui très-appauvries et où les Tortues se trouvaient autrefois en nombre considérable.

V

Les Tortues de mer constituent un mets abondant, sain et nutritif. On peut faire cuire la chair dans sa propre carapace. Cette casserole naturelle est un moyen expéditif dont se servent les sauvages.

Les Anglais aiment beaucoup la chair de la Tortue franche; ils la trouvent supérieure à celle du Bœuf. La graisse de cette Tortue est d’un vert assez foncé, et si abondante, qu’il n’est pas rare d’en extraire jusqu’à vingt-huit litres d’un seul individu.

On sait quela soupe à la Tortuejouit d’une certaine réputation chez nos voisins d’outre-Manche. C’est l’amiral Anson qui apporta en 1752 la première Tortue qui fut mangée à Londres.

La chair du Caret passe pour très-médiocre, mais les œufs sont fort délicats. Les paquebots apportent régulièrement en Angleterre des quantités considérables de Tortues de mer. Malheureusement, le prix de plus en plus élevé de ces animaux ne permet pas de les servir sur toutes les tables. C’est pour cela sans doute que, dans la fameuse soupe à la Tortue, on substitue souvent à la chair du précieux animal de petits cubes de tête de veau!

Les Tortues de mer fournissent à l’industrie les matériaux d’une foule de jolis petits meubles.

Carvilius Pollio, d’après Pline, homme extravagant, mais inventif, paraît être le premier qui tailla et façonna les plaques des Tortues. Il en orna des armoires et des bois de lit.

Les patriciens, sous le règne d’Auguste, en décoraient les portes et les colonnes de leurs palais.

Les Romains faisaient venir les plaques de l’Égypte. Lorsque Jules César s’empara d’Alexandrie, il trouva dans les magasins une si grande quantité d’écailles, qu’il s’en servit pour embellir son entrée triomphale.

L’écaille des Tortues est douce au toucher etriante à l’œil, comme disent les marchands, mais en même temps assez fragile.

Le Caret est l’espèce dont les plaques sont les plus estimées.

On distingue dans le commerce quatre variétés de cette écaille. La meilleure est celle qui vient des mers de la Chine et des Philippines. Ces plaques sont noires, avec des jaspures d’un jaune clair, bien transparentes et parfaitement détachées. Le Caret des îles Seychelles (qui arrive par Bourbon) a des plaques plus épaisses, d’une couleur vineuse, avec des taches d’un jaune moins clair, moins transparent et moins tranché. Le Caret de l’Inde, appelé souventécaille d’Egypte, parce qu’il est expédié par la voie d’Alexandrie, offre une teinte brune nuancée de rouge, avec des taches d’un rouge brun et d’un jaune-citron.

Les plaques de la Caouane sont les moins recherchées: elles se rapprochent de l’apparence de la corne. Elles sont de couleur brun noirâtre ou brun rougeâtre, avec de grandes taches transparentes d’un blanc sale, et de plus petites opaques ou d’un blanc mat.

La Tortue franche a des plaques minces, flexibles, élastiques, transparentes, d’un jaune pâle, marquetées de jaune rougeâtre et de noir.


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