CHAPITRE XLVIILES PHOQUES.Era gros coma un azer, et era pélos coma un azer.(Petit Thalamus de Montpellier, 1383.)ILesPhoquessont moins marins que les Baleines.Ils viennent de temps en temps à terre.Ils possèdent quatre nageoires, et ont le corps velu,pélos..... Ils s’éloignent moins des Quadrupèdes.....Par leurs formes et par leurs habitudes, les Phoques ont donné naissance aux fables des Tritons et des hommes marins. Celle qui fait garder par Protée les troupeaux de Neptune repose plus particulièrement sur l’observation imparfaite de ces Mammifères pisciformes, dont les bandes nombreuses se jouent gaiement à la surface des vagues, viennent ramper sur les plages désertes, ou s’arrêter sur les roches à fleur d’eau pour y recevoir l’action bienfaisante des rayons du soleil (P. Gervais).LePhoque commun[310]est assez abondant sur nos côtes. On en trouve beaucoup dans la mer Adriatique, dans les eaux de l’Archipel et dans certains parages de l’Afrique. On en rencontre aussi dans l’Océan. Il en vient exclusivement des troupes assez nombreuses dans la baie de la Somme. Les pêcheurs ont donné à cet animal les noms deLoup marinet deVeau marin.Le Phoque a le corps allongé, vêtu d’une fourrure serrée et soyeuse. Sa tête ressemble à celle d’un Chien auquel on aurait coupé les oreilles. Il a de fortes moustaches, comme un Chat, et deux beaux yeux vert de mer, veloutés et limpides comme les yeux d’un enfant.Sa vue est perçante et son ouïe fine. Ses narines sont munies d’une sorte de petite porte (valvule), que l’animal ouvre et ferme à volonté, et qui empêche l’eau de pénétrer dans son nez.Deux paires de nageoires fort longues lui tiennent lieu de mains et de pieds. Celles de derrière, unies à la queue, forment, à droite et à gauche de cette dernière, comme deux grandes oreillettes.Le régime du Phoque est principalement animal; il consiste en Mollusques nus, en Crabes et en Poissons. Ce gracieux Mammifère mange aussi des végétaux, surtout des fruits. Il s’accoutume parfaitement au pain mouillé.IILe Phoque est timide et sauvage. Il a une physionomie très-douce et un regard très-expressif.Il ne manque pas d’intelligence, et il est susceptibled’apprivoisement, même d’une certaine éducation. On montre de temps en temps, dans les ménageries, de malheureux Phoques emprisonnés dans une cuve, mal nourris, chétifs, malades, dont on vante les hautes qualités; qualités qui se réduisent, le plus souvent, à reconnaître la voix du cornac, et à venir prendre familièrement un poisson ou un morceau de pain qu’on leur présente.Le cri de ce Mammifère est doux et flûté, et rappelle certains mots usités dans toutes les langues, en particulier les syllabespa-pa,ma-ma. D’où les charlatans s’empressent de conclure que ces animaux peuvent apprendre à parler... Ne croyez pas que les Phoques soient capables, comme on l’a dit, de prononcer les motsgâteau,café,manger,merci, et encore moins les phrases:Vive le roi,Bonjour monsieur,Je suis Français....En les tenant dans une quantité d’eau suffisante pour leur permettre de nager, et en les nourrissant avec du poisson frais, on peut les conserver pendant plusieurs années.Quelques naturalistes modernes ont pensé qu’il ne serait pas impossible à l’Homme d’assujettir complétement à sa puissance ces fugitifs habitants de la mer. On peut s’étonner, dit Frédéric Cuvier, que les peuples pêcheurs n’aient pas dressé les Phoques à la pêche, comme les peuples chasseurs ont dressé le Chien à la chasse. M. Babinet a insisté, tout récemment, sur les services nombreux que ces Mammifères pourraient nous rendre, si nous les élevions auprès de nous. Il voudrait en voir jusque dans noseaux douces!Il existe, depuis plusieurs années, deux Phoques au Jardin zoologique d’Amsterdam. Ils vivent dans un grand parc d’eau salée. On assure qu’ils s’y sont reproduits par deux fois. Non-seulement ils distinguent la voix des gardiensqui les soignent, mais encore ils saisissent au loin le bruit des pas du directeur. Ils jettent de petits cris dès qu’ils l’entendent, et se précipitent au-devant de lui.Un vieillard, accompagné d’une petite fille et d’un griffon de la Havane gros comme le poing, venait souvent visiter nos deux Phoques et leur apporter des friandises. Ceux-ci sortaient de l’eau, rampaient devant le chien et la petite fille, leurs amis, et venaient s’ébattre sur le sable avec eux. On se roulait, on se faisait des niches, on partageait fraternellement les fruits ou les gâteaux que contenait le panier de la petite fille..... Or, un jour, au milieu de ces jeux, le chien manque son élan, passe par-dessus la tête d’un Phoque, et tombe dans le bassin. Le pauvre roquet se démène un instant, et disparaît..... Aussitôt les deux Phoques jettent un cri, rampent au plus vite jusqu’à l’eau et s’y précipitent. En un clin d’œil le mâle reparaît, tenant délicatement dans sa gueule le griffon sans mouvement. Il le dépose aux pieds de la petite fille. (H. Berthoud.)Le Phoque nage très-bien et plonge encore mieux. Il peut retenir sa respiration pendant un temps assez long. Il montre dans ses évolutions une prestesse et une élégance remarquables.Il vient de temps en temps se coucher et se reposer sur le sable du rivage, ayant soin de ne pas s’éloigner de plus de 5 à 6 mètres. A la moindre alerte, il se précipite dans l’eau et regagne la haute mer.Son allure, sur terre, est lente et disgracieuse; il se traîne plutôt qu’il ne marche. Il avance au moyen de sauts petits et fréquents, produits par les contractions de tout son corps, ses nageoires antérieures appliquées contre les flancs.IIIChaque Phoque se retire avec sa famille sur un quartier de rocher, qui devient comme son domicile et sa propriété exclusive. L’intrusion d’un étranger amène aussitôt un combat terrible. Ordinairement chaque famille vit à une certaine distance des familles voisines.Le mâle rassemble d’ordinaire un sérail de femelles, pour lesquelles il a beaucoup d’affection et dont il défend l’approche aux autres mâles. Il en a jusqu’à cinquante.A l’époque des amours, les mâles se battent entre eux avec fureur.Lorsqu’ils sont vieux, leurs femelles les abandonnent sans pitié.Quand les femelles vont faire leurs petits, le mâle les conduit sur le rivage, à une place tapissée de plantes marines. Les mères y déposent leurs nourrissons, pour lesquels elles montrent un attachement très-vif.Les petits aiment à jouer et à folâtrer les uns avec les autres. Quand ils ont atteint l’âge de cinq ou six mois, le père, les jugeant assez forts pour vivre par eux-mêmes, les chasse et les force à s’établir ailleurs.IVLes Phoques de la Somme sont l’objet d’une chasse remplie d’attraits pour les amateurs, laquelle donne lieu à une branche d’industrie maritime qui n’est pas sans importance. M. Ch. de Rylé a publié des détails fort intéressants sur cette chasse.La saison la plus favorable est le mois de juin, époque où les femelles viennent de mettre bas, et sont accompagnées de leurs petits. Ces derniers, moins rusés que leurs parents, se laissent plus aisément surprendre. Les Phoques adultes, de leur côté, se résignent difficilement à abandonner leurs nourrissons. On a donc plus de chance de les tirer à belle portée.Il y a deux manières de chasser les Phoques, sur terre, et dans l’eau.Pour les tirer sur terre, il faut profiter du moment où ces animaux se trouvent à une certaine distance du rivage: ce qui n’est pas facile. Les chasseurs se placent dans un canot et suivent les courants. Ils tirent sur les individus qu’ils surprennent sur les rives. Ils emploient des armes à longue portée et de grande précision. Car l’animal, épouvanté à la vue de l’embarcation qui s’avance, cherche à fuir rapidement, et il faut quelquefois le tirer à 200 ou 300 mètres de distance.D’autres fois, le chasseur débarque sans bruit, laissant au matelot qui l’accompagne la garde du canot. Il se traîne sur le sable, en rampant comme le sauvage qui veut surprendre un ennemi. Il parcourt souvent, de cette manière, un kilomètre et plus, poussant sa carabine devant lui. Il s’arrête par intervalles, pour donner à la proie qu’il ambitionne le temps de se rassurer, si elle paraît inquiète, et dissimule en un mot sa présence, autant que possible, jusqu’au moment où, jugeant le Phoque à portée, il fait feu. M. de Rylé a bien décrit les ruses et la patience qu’il faut avoir dans cette circonstance.La chasse dans l’eau est plus simple, mais moins certaine. On tire le Phoque au moment où il se montre à la surface de la mer. Il faut savoir que l’animal sort seulement la tête, la laisse voir tout au plus une minute, et plonge immédiatement.Quand on est assez adroit pour le toucher, on court risque de le perdre. Si le Phoque n’est que blessé, il regagne la pleine mer; s’il est tué roide, il coule au fond de l’eau, et ce n’est pas sans peine qu’on réussit à le pêcher.VOn a distingué dans les Phoques deux groupes différents:LesOtaries, qui présentent une oreille externe et des incisives de forme particulière: on rencontre ces espèces dans l’océan Pacifique[311];LesPhoquesproprement dits, qui sont dépourvus d’oreille externe, et dont les incisives sont pointues. Dans le Groenland, il en existe plusieurs espèces différentes du Phoque commun: ce sont lePhoque de Gmelinoucapuchonné[312], celui deMüller[313], et celui deSchreber[314].La chasse de ces animaux se fait en pleine mer et avec le harpon.Ce harpon est long de 2 mètres, et terminé par une pointe de fer mobile, encastrée dans un os, retenue par une courroie et pouvant se détacher au moment où elle pénètre dans la chair de l’animal. Une vessie qui flotte au bout de la ligne indique l’endroit où le Phoque blessé a plongé sous l’eau. Le harpon glisse sur une navette de bois excessivementpolie: ce qui lui donne plus de force et lui fait suivre plus sûrement la direction voulue.Les autres projectiles sont confectionnés de la même manière, et on les lance par le même procédé.Aussitôt que le Phoque, forcé de venir à la surface de l’eau pour respirer, a révélé sa présence, l’Esquimau cherche à le surprendre, en se tenant sous le vent et en tournant le dos au soleil, afin de n’être ni vu ni entendu. Il se penche sur son kayack, de façon que la vague dérobe le plus possible sa figure. Arrivé à une trentaine de mètres, il prend la pagaie de la main gauche, ajuste son harpon sur la navette et le lance avec vigueur. Si le coup a porté juste, le fer se détache de la lance et dévide la ligne roulée en spirale sur l’avant du kayack. La vessie qui termine la ligne est jetée instantanément dans l’eau.Le Phoque, atteint, plonge avec une extrême rapidité. Nous avons déjà signalé, chez les Cachalots et les Baleines, ce besoin impérieux de s’enfoncer dans l’eau, que manifestent tous les Mammifères marins qui ont été frappés.Le pêcheur donne ensuite un tour de pagaie, et ramasse son harpon qui flotte.Il arrive, parfois, que le Phoque entraîne avec lui la vessie; mais, forcé de respirer, il reparaît bientôt à la surface de la mer, et il n’y a pas à craindre qu’on ne le retrouve plus.L’Esquimaupousse au monstre, et lui fait avec sa lance de profondes blessures. Il l’achève enfin à coups de javelots. Quand l’animal est mort, il bouche ses plaies avec de petits tampons de bois, empêchant ainsi la déperdition du sang. Il le gonfle ensuite, en soufflant entre la chair et la peau, et l’amarre à la gauche de son kayack.Cette chasse n’est pas sans danger. Quelquefois la ligne, en se dévidant, s’enroule autour du bras ou du cou dupêcheur. D’autres fois, dans les ébats de l’agonie, le Phoque se jette du côté opposé du kayack, l’entraîne, le renverse, et l’homme est bientôt noyé. Ou bien encore, quand la chasse est finie, le Phoque, qui n’est pas mort, se jette furieux sur l’Esquimau, et le mord aux bras et au visage.Cet animal est surtout terrible quand il défend son petit. Il se précipite alors sur le kayack et en arrache des lambeaux. La vague remplit l’embarcation, et le pêcheur, sans aucune chance de salut, est submergé avec elle.PHOQUE(Phoca vitulinaLinné).La pêche au Phoque se fait, en hiver, dans le même pays, d’une façon bien différente. On a remarqué que cet animal se pratique alors dans la glace des ouvertures par lesquelles il vient respirer l’air. L’Esquimau le guette, et quand la victime a fait son apparition, il se glisse sur le ventre en imitant son cri. Le Phoque le prend pour un frère, le laisse approcher, et ne reconnaît son erreur que lorsqu’il a reçu le coup mortel. (Ch. Edmond.)VILa peau des Phoques est assez estimée. Les Esquimaux l’emploient dans la construction de leurs bateaux, de leurs kayacks et de leurs tentes. Ils en font aussi des courroies, des vêtements et des chaussures.On retire de ces animaux une huile recherchée pour les chariots et pour l’éclairage....., et même pourfabriquer l’huile de foie de morue.Les Esquimaux mangent la chair des Phoques. Ils préparent avec leur sang un potage épais et substantiel. Ils composent avec ses intestins une sorte de fil. Ils confectionnent avec sa vessie les rideaux de leurs tentes, leurs chemises et les petits ballons attachés à leurs instruments de pêche. Ils façonnent avec leurs os la pointe de presque tous leurs instruments.....
CHAPITRE XLVIILES PHOQUES.Era gros coma un azer, et era pélos coma un azer.(Petit Thalamus de Montpellier, 1383.)I
Era gros coma un azer, et era pélos coma un azer.(Petit Thalamus de Montpellier, 1383.)
Era gros coma un azer, et era pélos coma un azer.
(Petit Thalamus de Montpellier, 1383.)
I
LesPhoquessont moins marins que les Baleines.
Ils viennent de temps en temps à terre.
Ils possèdent quatre nageoires, et ont le corps velu,pélos..... Ils s’éloignent moins des Quadrupèdes.....
Par leurs formes et par leurs habitudes, les Phoques ont donné naissance aux fables des Tritons et des hommes marins. Celle qui fait garder par Protée les troupeaux de Neptune repose plus particulièrement sur l’observation imparfaite de ces Mammifères pisciformes, dont les bandes nombreuses se jouent gaiement à la surface des vagues, viennent ramper sur les plages désertes, ou s’arrêter sur les roches à fleur d’eau pour y recevoir l’action bienfaisante des rayons du soleil (P. Gervais).
LePhoque commun[310]est assez abondant sur nos côtes. On en trouve beaucoup dans la mer Adriatique, dans les eaux de l’Archipel et dans certains parages de l’Afrique. On en rencontre aussi dans l’Océan. Il en vient exclusivement des troupes assez nombreuses dans la baie de la Somme. Les pêcheurs ont donné à cet animal les noms deLoup marinet deVeau marin.
Le Phoque a le corps allongé, vêtu d’une fourrure serrée et soyeuse. Sa tête ressemble à celle d’un Chien auquel on aurait coupé les oreilles. Il a de fortes moustaches, comme un Chat, et deux beaux yeux vert de mer, veloutés et limpides comme les yeux d’un enfant.
Sa vue est perçante et son ouïe fine. Ses narines sont munies d’une sorte de petite porte (valvule), que l’animal ouvre et ferme à volonté, et qui empêche l’eau de pénétrer dans son nez.
Deux paires de nageoires fort longues lui tiennent lieu de mains et de pieds. Celles de derrière, unies à la queue, forment, à droite et à gauche de cette dernière, comme deux grandes oreillettes.
Le régime du Phoque est principalement animal; il consiste en Mollusques nus, en Crabes et en Poissons. Ce gracieux Mammifère mange aussi des végétaux, surtout des fruits. Il s’accoutume parfaitement au pain mouillé.
II
Le Phoque est timide et sauvage. Il a une physionomie très-douce et un regard très-expressif.
Il ne manque pas d’intelligence, et il est susceptibled’apprivoisement, même d’une certaine éducation. On montre de temps en temps, dans les ménageries, de malheureux Phoques emprisonnés dans une cuve, mal nourris, chétifs, malades, dont on vante les hautes qualités; qualités qui se réduisent, le plus souvent, à reconnaître la voix du cornac, et à venir prendre familièrement un poisson ou un morceau de pain qu’on leur présente.
Le cri de ce Mammifère est doux et flûté, et rappelle certains mots usités dans toutes les langues, en particulier les syllabespa-pa,ma-ma. D’où les charlatans s’empressent de conclure que ces animaux peuvent apprendre à parler... Ne croyez pas que les Phoques soient capables, comme on l’a dit, de prononcer les motsgâteau,café,manger,merci, et encore moins les phrases:Vive le roi,Bonjour monsieur,Je suis Français....
En les tenant dans une quantité d’eau suffisante pour leur permettre de nager, et en les nourrissant avec du poisson frais, on peut les conserver pendant plusieurs années.
Quelques naturalistes modernes ont pensé qu’il ne serait pas impossible à l’Homme d’assujettir complétement à sa puissance ces fugitifs habitants de la mer. On peut s’étonner, dit Frédéric Cuvier, que les peuples pêcheurs n’aient pas dressé les Phoques à la pêche, comme les peuples chasseurs ont dressé le Chien à la chasse. M. Babinet a insisté, tout récemment, sur les services nombreux que ces Mammifères pourraient nous rendre, si nous les élevions auprès de nous. Il voudrait en voir jusque dans noseaux douces!
Il existe, depuis plusieurs années, deux Phoques au Jardin zoologique d’Amsterdam. Ils vivent dans un grand parc d’eau salée. On assure qu’ils s’y sont reproduits par deux fois. Non-seulement ils distinguent la voix des gardiensqui les soignent, mais encore ils saisissent au loin le bruit des pas du directeur. Ils jettent de petits cris dès qu’ils l’entendent, et se précipitent au-devant de lui.
Un vieillard, accompagné d’une petite fille et d’un griffon de la Havane gros comme le poing, venait souvent visiter nos deux Phoques et leur apporter des friandises. Ceux-ci sortaient de l’eau, rampaient devant le chien et la petite fille, leurs amis, et venaient s’ébattre sur le sable avec eux. On se roulait, on se faisait des niches, on partageait fraternellement les fruits ou les gâteaux que contenait le panier de la petite fille..... Or, un jour, au milieu de ces jeux, le chien manque son élan, passe par-dessus la tête d’un Phoque, et tombe dans le bassin. Le pauvre roquet se démène un instant, et disparaît..... Aussitôt les deux Phoques jettent un cri, rampent au plus vite jusqu’à l’eau et s’y précipitent. En un clin d’œil le mâle reparaît, tenant délicatement dans sa gueule le griffon sans mouvement. Il le dépose aux pieds de la petite fille. (H. Berthoud.)
Le Phoque nage très-bien et plonge encore mieux. Il peut retenir sa respiration pendant un temps assez long. Il montre dans ses évolutions une prestesse et une élégance remarquables.
Il vient de temps en temps se coucher et se reposer sur le sable du rivage, ayant soin de ne pas s’éloigner de plus de 5 à 6 mètres. A la moindre alerte, il se précipite dans l’eau et regagne la haute mer.
Son allure, sur terre, est lente et disgracieuse; il se traîne plutôt qu’il ne marche. Il avance au moyen de sauts petits et fréquents, produits par les contractions de tout son corps, ses nageoires antérieures appliquées contre les flancs.
III
Chaque Phoque se retire avec sa famille sur un quartier de rocher, qui devient comme son domicile et sa propriété exclusive. L’intrusion d’un étranger amène aussitôt un combat terrible. Ordinairement chaque famille vit à une certaine distance des familles voisines.
Le mâle rassemble d’ordinaire un sérail de femelles, pour lesquelles il a beaucoup d’affection et dont il défend l’approche aux autres mâles. Il en a jusqu’à cinquante.
A l’époque des amours, les mâles se battent entre eux avec fureur.
Lorsqu’ils sont vieux, leurs femelles les abandonnent sans pitié.
Quand les femelles vont faire leurs petits, le mâle les conduit sur le rivage, à une place tapissée de plantes marines. Les mères y déposent leurs nourrissons, pour lesquels elles montrent un attachement très-vif.
Les petits aiment à jouer et à folâtrer les uns avec les autres. Quand ils ont atteint l’âge de cinq ou six mois, le père, les jugeant assez forts pour vivre par eux-mêmes, les chasse et les force à s’établir ailleurs.
IV
Les Phoques de la Somme sont l’objet d’une chasse remplie d’attraits pour les amateurs, laquelle donne lieu à une branche d’industrie maritime qui n’est pas sans importance. M. Ch. de Rylé a publié des détails fort intéressants sur cette chasse.
La saison la plus favorable est le mois de juin, époque où les femelles viennent de mettre bas, et sont accompagnées de leurs petits. Ces derniers, moins rusés que leurs parents, se laissent plus aisément surprendre. Les Phoques adultes, de leur côté, se résignent difficilement à abandonner leurs nourrissons. On a donc plus de chance de les tirer à belle portée.
Il y a deux manières de chasser les Phoques, sur terre, et dans l’eau.
Pour les tirer sur terre, il faut profiter du moment où ces animaux se trouvent à une certaine distance du rivage: ce qui n’est pas facile. Les chasseurs se placent dans un canot et suivent les courants. Ils tirent sur les individus qu’ils surprennent sur les rives. Ils emploient des armes à longue portée et de grande précision. Car l’animal, épouvanté à la vue de l’embarcation qui s’avance, cherche à fuir rapidement, et il faut quelquefois le tirer à 200 ou 300 mètres de distance.
D’autres fois, le chasseur débarque sans bruit, laissant au matelot qui l’accompagne la garde du canot. Il se traîne sur le sable, en rampant comme le sauvage qui veut surprendre un ennemi. Il parcourt souvent, de cette manière, un kilomètre et plus, poussant sa carabine devant lui. Il s’arrête par intervalles, pour donner à la proie qu’il ambitionne le temps de se rassurer, si elle paraît inquiète, et dissimule en un mot sa présence, autant que possible, jusqu’au moment où, jugeant le Phoque à portée, il fait feu. M. de Rylé a bien décrit les ruses et la patience qu’il faut avoir dans cette circonstance.
La chasse dans l’eau est plus simple, mais moins certaine. On tire le Phoque au moment où il se montre à la surface de la mer. Il faut savoir que l’animal sort seulement la tête, la laisse voir tout au plus une minute, et plonge immédiatement.Quand on est assez adroit pour le toucher, on court risque de le perdre. Si le Phoque n’est que blessé, il regagne la pleine mer; s’il est tué roide, il coule au fond de l’eau, et ce n’est pas sans peine qu’on réussit à le pêcher.
V
On a distingué dans les Phoques deux groupes différents:
LesOtaries, qui présentent une oreille externe et des incisives de forme particulière: on rencontre ces espèces dans l’océan Pacifique[311];
LesPhoquesproprement dits, qui sont dépourvus d’oreille externe, et dont les incisives sont pointues. Dans le Groenland, il en existe plusieurs espèces différentes du Phoque commun: ce sont lePhoque de Gmelinoucapuchonné[312], celui deMüller[313], et celui deSchreber[314].
La chasse de ces animaux se fait en pleine mer et avec le harpon.
Ce harpon est long de 2 mètres, et terminé par une pointe de fer mobile, encastrée dans un os, retenue par une courroie et pouvant se détacher au moment où elle pénètre dans la chair de l’animal. Une vessie qui flotte au bout de la ligne indique l’endroit où le Phoque blessé a plongé sous l’eau. Le harpon glisse sur une navette de bois excessivementpolie: ce qui lui donne plus de force et lui fait suivre plus sûrement la direction voulue.
Les autres projectiles sont confectionnés de la même manière, et on les lance par le même procédé.
Aussitôt que le Phoque, forcé de venir à la surface de l’eau pour respirer, a révélé sa présence, l’Esquimau cherche à le surprendre, en se tenant sous le vent et en tournant le dos au soleil, afin de n’être ni vu ni entendu. Il se penche sur son kayack, de façon que la vague dérobe le plus possible sa figure. Arrivé à une trentaine de mètres, il prend la pagaie de la main gauche, ajuste son harpon sur la navette et le lance avec vigueur. Si le coup a porté juste, le fer se détache de la lance et dévide la ligne roulée en spirale sur l’avant du kayack. La vessie qui termine la ligne est jetée instantanément dans l’eau.
Le Phoque, atteint, plonge avec une extrême rapidité. Nous avons déjà signalé, chez les Cachalots et les Baleines, ce besoin impérieux de s’enfoncer dans l’eau, que manifestent tous les Mammifères marins qui ont été frappés.
Le pêcheur donne ensuite un tour de pagaie, et ramasse son harpon qui flotte.
Il arrive, parfois, que le Phoque entraîne avec lui la vessie; mais, forcé de respirer, il reparaît bientôt à la surface de la mer, et il n’y a pas à craindre qu’on ne le retrouve plus.
L’Esquimaupousse au monstre, et lui fait avec sa lance de profondes blessures. Il l’achève enfin à coups de javelots. Quand l’animal est mort, il bouche ses plaies avec de petits tampons de bois, empêchant ainsi la déperdition du sang. Il le gonfle ensuite, en soufflant entre la chair et la peau, et l’amarre à la gauche de son kayack.
Cette chasse n’est pas sans danger. Quelquefois la ligne, en se dévidant, s’enroule autour du bras ou du cou dupêcheur. D’autres fois, dans les ébats de l’agonie, le Phoque se jette du côté opposé du kayack, l’entraîne, le renverse, et l’homme est bientôt noyé. Ou bien encore, quand la chasse est finie, le Phoque, qui n’est pas mort, se jette furieux sur l’Esquimau, et le mord aux bras et au visage.
Cet animal est surtout terrible quand il défend son petit. Il se précipite alors sur le kayack et en arrache des lambeaux. La vague remplit l’embarcation, et le pêcheur, sans aucune chance de salut, est submergé avec elle.
PHOQUE(Phoca vitulinaLinné).
PHOQUE(Phoca vitulinaLinné).
PHOQUE(Phoca vitulinaLinné).
La pêche au Phoque se fait, en hiver, dans le même pays, d’une façon bien différente. On a remarqué que cet animal se pratique alors dans la glace des ouvertures par lesquelles il vient respirer l’air. L’Esquimau le guette, et quand la victime a fait son apparition, il se glisse sur le ventre en imitant son cri. Le Phoque le prend pour un frère, le laisse approcher, et ne reconnaît son erreur que lorsqu’il a reçu le coup mortel. (Ch. Edmond.)
VI
La peau des Phoques est assez estimée. Les Esquimaux l’emploient dans la construction de leurs bateaux, de leurs kayacks et de leurs tentes. Ils en font aussi des courroies, des vêtements et des chaussures.
On retire de ces animaux une huile recherchée pour les chariots et pour l’éclairage....., et même pourfabriquer l’huile de foie de morue.
Les Esquimaux mangent la chair des Phoques. Ils préparent avec leur sang un potage épais et substantiel. Ils composent avec ses intestins une sorte de fil. Ils confectionnent avec sa vessie les rideaux de leurs tentes, leurs chemises et les petits ballons attachés à leurs instruments de pêche. Ils façonnent avec leurs os la pointe de presque tous leurs instruments.....