CHAPITRE XXILA MOULE.Ecce inter virides jactatur Mytilus algas.(Anthologie.)ILaMoule[110]n’a pas le goût exquis ni la réputation de l’Huître. Cette dernière passe, avec raison, pour le coquillage par excellence. C’est le bivalve de l’aristocratie (nobilissimus cibus).Toutefois ne disons pas trop de mal de la modeste Moule. Son abondance et son prix la rendent accessible aux classes peu aisées; elle peut donc être regardée, après la Clovisse, comme le bivalve de la pauvreté (vilissimus cibus).La Moule se fait distinguer, entre tous les coquillages, par le bleu violet de ses battants et par le jaune roux de ses viscères. L’Huître n’a pas cette parure, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur. Elle ne brille pas par sa livrée, quoiqu’elle écrase sa rivale par d’autres qualités, sans doute plus solides.La Moule est encore caractérisée par sa figure, par son pied et par son byssus.1oSa figure deltoïde n’est pas sans élégance. Ses valves sont égales entre elles, bombées et à peu près triangulaires. Un des côtés de l’angle aigu forme la charnière, où l’on observe un ligament étroit et allongé. La partie antérieure du Mollusque est logée dans l’angle aigu.2oLe prétendu pied de notre Mollusque est organisé comme un petit doigt. Il peut atteindre jusqu’à 5 centimètres de longueur; il est creusé d’un sillon longitudinal. C’est un organe de tact bien plus qu’un instrument de reptation. A ce point de vue, la Moule est plus favorisée que l’Huître, et si elle aplus de tact, elle est plus intelligente.....Cette différence nous explique peut-être pourquoi l’on dit proverbialement:Bête comme une Huître, tandis qu’on n’a jamais dit:Bête comme une Moule!(Reveillé-Parise.)3oLe byssus est un assemblage de petits câbles divergents qui amarrent le bivalve d’une manière si solide, qu’il peutbraver l’effort de la tempête. On a plus de peine à le détacher qu’à le casser.La glande qui sécrète le byssus se trouve près de la base du pied. Il en sort une matière d’abord demi-liquide qui remplit le sillon de cet organe, sillon qui se convertit en canal, dans lequel le fil se moule et s’organise.Quand le Mollusque veut fixer son byssus, il allonge le pied, le porte à droite et à gauche, tâte les objets, appuie sa pointe contre le corps qu’il a choisi, dépose l’extrémité du fil, et, retirant le pied brusquement, il laisse cette extrémité adhérente. Le bivalve répète plusieurs fois ce petit manége, et chaque fois il attache un nouveau fil. Il en fixe ainsi quatre ou cinq par vingt-quatre heures, chacun long de plusieurs centimètres et terminé par un empatement.Son ancrage est complet quand il en a produit un faisceau. Le byssus de certaines Moules présente jusqu’àcent cinquante petits câbles: nos vaisseaux ne sont pas amarrés aussi solidement!Quand la Moule a tendu un premier cordage, elle le met à l’épreuve pour s’assurer s’il est bien attaché. Elle le tire fortement, comme pour le rompre. S’il résiste à cet effort, elle travaille à la production et à la fixation du second fil, qu’elle essaye comme le premier. Décidément la Moule a plus d’esprit que l’Huître!A l’aide de son byssus, notre bivalve se suspend à différentes hauteurs; il touche rarement le sol. Voilà pourquoi sa coquille est toujours bien unie et bien proprette. On ne peut pas en dire autant du test de son orgueilleuse rivale, dont les battants, grisâtres et raboteux, retiennent le plus souvent, dans les intervalles de leurs feuillets, de la terre, de la boue et toute sorte d’ordures étrangères. Évidemment, l’habit ne fait pas toujours le moine!Les Moules sont, comme les Huîtres, des Mollusques sociables. On les trouve nombreuses presque partout. Elles aiment le mélange des eaux douces et des eaux salées: il est peu de rochers, à l’embouchure des fleuves, où l’on n’en rencontre quelque florissante colonie. Elles s’attachent tantôt aux branches des Polypiers et aux racines des arbres, tantôt aux bois submergés, aux piquets du rivage et à la carène des bateaux.....IIOn mange la Moule tantôt crue, tantôt cuite. Mais la saveur de ce coquillage ne plaît pas à tout le monde; cependant nous avons connu des gourmets qui l’avaienten grande estime. Louis XVIII aimait passionnément les Moules: chaque semaine, on lui en faisait venir de la Rochelle. Le monarque, dans un jour de belle humeur, enseigna, dit-on, à M. de Talleyrand la recette d’une sauce au poivre de Cayenne, qui plaçait désormais ce bivalve au rang des mets du premier ordre.Toutefois nous devons convenir que la Moule est moins appétissante que l’Huître, moins excitante et surtout moins légère.N’oublions pas une recommandation gastronomique qui n’est pas sans importance. On doit manger les Moules pendant tous les mois sansr, tandis que les amateurs ne prisent les Huîtres que dans les mois dont le nom contient cette lettre.Un pharmacien d’Orléans a publié un mémoire sur l’emploi de la Moule dans les affections des voies respiratoires (?).....Hélas! on adresse à notre coquillage le grave reproche d’être malsain, même nuisible à certaines époques de l’année, et malheureusement ces époques ne sont pas exactement connues. La Moule occasionne alors des nausées, des coliques, un saisissement à la gorge, une éruption cutanée, une sorte d’empoisonnement..... Les médecins sont embarrassés pour expliquer ce genre d’action. Au moyen âge, on croyait que lesphases de la luneet lamalice des sorciersy étaient pour quelque chose. Aujourd’hui, on est plus raisonnable, mais est-on mieux renseigné? On accuse tour à tour: la présence des pyrites cuivreuses dans les parages habités par la Moule; le séjour de ce bivalve contre la coque des navires tapissée de vert-de-gris; une maladie qui lui serait particulière; la fermentation ou la décomposition de son tissu; certains petits Crabes logés entre ses valves; enfin, le frai des Étoiles de mer(Lamouroux) et celui des Méduses (Durandeau). Ces deux dernières causes semblent être les plus habituelles.IIIDe bonne heure on a eu l’idée d’élever les Moules. Il existe unemytiliculturecomme il existe uneostréiculture.L’éducation de nos bivalves a lieu sur une très-grande échelle dans diverses localités, particulièrement à Esnandes, à Marsilly et à Charron, dans la baie de l’Aiguillon, près de la Rochelle.PIEUX COLLECTEURS DU FRAI.Les premiers parcs furent établis, en 1235, par un patron de barque irlandais, nommé Patrice Walton, jeté sur nos côtes à la suite d’un naufrage. La nécessité lui suggéra l’idée de tirer parti de ces plages abandonnées, et il fonda lamytiliculture.Les descendants de Walton habitent encore à Esnandes, entourés de l’estime publique. Ils continuent avec succès l’industrie créée par leur aïeul.On pratique des parcs artificiels, formés de pieux et de palissades réunis par un clayonnage grossier haut de 2 mètres et tapissé de Fucus. Ces palissades avancent dans l’Océan quelquefois jusqu’à une lieue; elles dessinent un triangle dont la base est tournée vers le rivage et la pointe vers la mer. A cette pointe, on pratique un passage étroit. Le triangle dont il s’agit est le champ où l’on sème, où l’on éclaircit, où l’onrepique, où l’onplante, où l’onrécolteles Moules. (Quatrefages.)CLAYONNAGE CHARGÉ DE MOULES.Ces parcs sont désignés sous le nom debouchots; on appelleboucholeursles pêcheurs qui les exploitent.La plupart des boucholeurs possèdent plusieurs bouchots, comme certains propriétaires plusieurs fermes. Quelques-uns, les plus pauvres, n’ont pour tout patrimoine que la moitié, le tiers, le quart, ou même le cinquième de l’un de ces établissements, qu’ils soignent en commun avec leurs associés, et dont ils partagent les charges et les bénéfices. (Coste.)On récolte les Moules toute l’année, excepté pendant les grandes chaleurs et à l’époque du frai. On attend que la marée soit basse, mais alors le bouchot n’est plus qu’une vasière. Pour ne pas s’enfoncer dans le sol, qui est très-mou, le boucholeur fait usage d’une sorte de nacelle, moitié bateau, moitié patin, nomméeaconoupousse-pied. Cet instrument ingénieux est long de 2 mètres et large de 50 centimètres. Il se compose de quatre planches minces. Celle du fond, de bois de noyer, se relève en avant et s’appellesolousemelle; les trois autres, de sapin, forment les flancs et l’arrière, lequel est coupé carrément.BOUCHOLEUR DANS SON ACON.Quand il veut se servir de l’acon, le boucholeur se met à cheval sur l’un des bords, tient ployée sous lui une jambe, se penche en avant, et s’appuie sur les deux mains, qui étreignent les deux côtés de la nacelle. Il pousse avec l’autre jambe enfoncée dans la vase, et glisse avec rapidité sur la surface du bouchot. Le pêcheur peut prendre une personne avec lui dans son acon.C’est de la sorte que les boucholeurs se rendent à leurs bouchots, qu’une longue habitude leur permet de distinguer de ceux de leurs voisins, même pendant les nuits lesplus obscures, malgré tous les détours de l’immense labyrinthe que forment sur la vasière les six mille palissades qui la recouvrent aujourd’hui. (Coste.)D’Orbigny père a publié en 1847, sur la mytiliculture, un mémoire très-intéressant. A cette époque, les bouchots étaient disposés sur quatre rangs au plus. En 1852, M. de Quatrefages a vu sept rangs de bouchots. Au lieu de simples pieux, on employait des poutres énormes, et l’ensemble formait une immense estacade continue de 4 kilomètres de large sur 10 de long.Il résulte, des recherches faites par d’Orbigny, que, antérieurement à 1834, trois cent quarante bouchots, ayant coûté 700 000 francs en nombre rond, et exigeant annuellement près de 400 000 francs de frais d’entretien, y compris l’intérêt du capital engagé, donnaient 124 000 francs de revenu net, et entraînaient un mouvement de charrettes, de chevaux ou de barques, représentant un solde annuel de plus de 500 000 francs. Mais tout grandit vite de nos jours. Au lieu de trois cent quarante bouchots, il y en a maintenant plus de cinq cents, formés par mille palissades. Chaque bouchot représentant en moyenne une longueur de 450 mètres, il s’ensuit que l’ensemble compose un clayonnage de 225 000 mètres de long. (Coste.)La mytiliculture est donc une des branches les plus fécondes de la culture de la mer!On devrait élever une statue au batelier Walton!.....
CHAPITRE XXILA MOULE.Ecce inter virides jactatur Mytilus algas.(Anthologie.)I
Ecce inter virides jactatur Mytilus algas.(Anthologie.)
Ecce inter virides jactatur Mytilus algas.
(Anthologie.)
I
LaMoule[110]n’a pas le goût exquis ni la réputation de l’Huître. Cette dernière passe, avec raison, pour le coquillage par excellence. C’est le bivalve de l’aristocratie (nobilissimus cibus).
Toutefois ne disons pas trop de mal de la modeste Moule. Son abondance et son prix la rendent accessible aux classes peu aisées; elle peut donc être regardée, après la Clovisse, comme le bivalve de la pauvreté (vilissimus cibus).
La Moule se fait distinguer, entre tous les coquillages, par le bleu violet de ses battants et par le jaune roux de ses viscères. L’Huître n’a pas cette parure, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur. Elle ne brille pas par sa livrée, quoiqu’elle écrase sa rivale par d’autres qualités, sans doute plus solides.
La Moule est encore caractérisée par sa figure, par son pied et par son byssus.
1oSa figure deltoïde n’est pas sans élégance. Ses valves sont égales entre elles, bombées et à peu près triangulaires. Un des côtés de l’angle aigu forme la charnière, où l’on observe un ligament étroit et allongé. La partie antérieure du Mollusque est logée dans l’angle aigu.
2oLe prétendu pied de notre Mollusque est organisé comme un petit doigt. Il peut atteindre jusqu’à 5 centimètres de longueur; il est creusé d’un sillon longitudinal. C’est un organe de tact bien plus qu’un instrument de reptation. A ce point de vue, la Moule est plus favorisée que l’Huître, et si elle aplus de tact, elle est plus intelligente.....
Cette différence nous explique peut-être pourquoi l’on dit proverbialement:Bête comme une Huître, tandis qu’on n’a jamais dit:Bête comme une Moule!(Reveillé-Parise.)
3oLe byssus est un assemblage de petits câbles divergents qui amarrent le bivalve d’une manière si solide, qu’il peutbraver l’effort de la tempête. On a plus de peine à le détacher qu’à le casser.
La glande qui sécrète le byssus se trouve près de la base du pied. Il en sort une matière d’abord demi-liquide qui remplit le sillon de cet organe, sillon qui se convertit en canal, dans lequel le fil se moule et s’organise.
Quand le Mollusque veut fixer son byssus, il allonge le pied, le porte à droite et à gauche, tâte les objets, appuie sa pointe contre le corps qu’il a choisi, dépose l’extrémité du fil, et, retirant le pied brusquement, il laisse cette extrémité adhérente. Le bivalve répète plusieurs fois ce petit manége, et chaque fois il attache un nouveau fil. Il en fixe ainsi quatre ou cinq par vingt-quatre heures, chacun long de plusieurs centimètres et terminé par un empatement.Son ancrage est complet quand il en a produit un faisceau. Le byssus de certaines Moules présente jusqu’àcent cinquante petits câbles: nos vaisseaux ne sont pas amarrés aussi solidement!
Quand la Moule a tendu un premier cordage, elle le met à l’épreuve pour s’assurer s’il est bien attaché. Elle le tire fortement, comme pour le rompre. S’il résiste à cet effort, elle travaille à la production et à la fixation du second fil, qu’elle essaye comme le premier. Décidément la Moule a plus d’esprit que l’Huître!
A l’aide de son byssus, notre bivalve se suspend à différentes hauteurs; il touche rarement le sol. Voilà pourquoi sa coquille est toujours bien unie et bien proprette. On ne peut pas en dire autant du test de son orgueilleuse rivale, dont les battants, grisâtres et raboteux, retiennent le plus souvent, dans les intervalles de leurs feuillets, de la terre, de la boue et toute sorte d’ordures étrangères. Évidemment, l’habit ne fait pas toujours le moine!
Les Moules sont, comme les Huîtres, des Mollusques sociables. On les trouve nombreuses presque partout. Elles aiment le mélange des eaux douces et des eaux salées: il est peu de rochers, à l’embouchure des fleuves, où l’on n’en rencontre quelque florissante colonie. Elles s’attachent tantôt aux branches des Polypiers et aux racines des arbres, tantôt aux bois submergés, aux piquets du rivage et à la carène des bateaux.....
II
On mange la Moule tantôt crue, tantôt cuite. Mais la saveur de ce coquillage ne plaît pas à tout le monde; cependant nous avons connu des gourmets qui l’avaienten grande estime. Louis XVIII aimait passionnément les Moules: chaque semaine, on lui en faisait venir de la Rochelle. Le monarque, dans un jour de belle humeur, enseigna, dit-on, à M. de Talleyrand la recette d’une sauce au poivre de Cayenne, qui plaçait désormais ce bivalve au rang des mets du premier ordre.
Toutefois nous devons convenir que la Moule est moins appétissante que l’Huître, moins excitante et surtout moins légère.
N’oublions pas une recommandation gastronomique qui n’est pas sans importance. On doit manger les Moules pendant tous les mois sansr, tandis que les amateurs ne prisent les Huîtres que dans les mois dont le nom contient cette lettre.
Un pharmacien d’Orléans a publié un mémoire sur l’emploi de la Moule dans les affections des voies respiratoires (?).....
Hélas! on adresse à notre coquillage le grave reproche d’être malsain, même nuisible à certaines époques de l’année, et malheureusement ces époques ne sont pas exactement connues. La Moule occasionne alors des nausées, des coliques, un saisissement à la gorge, une éruption cutanée, une sorte d’empoisonnement..... Les médecins sont embarrassés pour expliquer ce genre d’action. Au moyen âge, on croyait que lesphases de la luneet lamalice des sorciersy étaient pour quelque chose. Aujourd’hui, on est plus raisonnable, mais est-on mieux renseigné? On accuse tour à tour: la présence des pyrites cuivreuses dans les parages habités par la Moule; le séjour de ce bivalve contre la coque des navires tapissée de vert-de-gris; une maladie qui lui serait particulière; la fermentation ou la décomposition de son tissu; certains petits Crabes logés entre ses valves; enfin, le frai des Étoiles de mer(Lamouroux) et celui des Méduses (Durandeau). Ces deux dernières causes semblent être les plus habituelles.
III
De bonne heure on a eu l’idée d’élever les Moules. Il existe unemytiliculturecomme il existe uneostréiculture.
L’éducation de nos bivalves a lieu sur une très-grande échelle dans diverses localités, particulièrement à Esnandes, à Marsilly et à Charron, dans la baie de l’Aiguillon, près de la Rochelle.
PIEUX COLLECTEURS DU FRAI.
PIEUX COLLECTEURS DU FRAI.
PIEUX COLLECTEURS DU FRAI.
Les premiers parcs furent établis, en 1235, par un patron de barque irlandais, nommé Patrice Walton, jeté sur nos côtes à la suite d’un naufrage. La nécessité lui suggéra l’idée de tirer parti de ces plages abandonnées, et il fonda lamytiliculture.
Les descendants de Walton habitent encore à Esnandes, entourés de l’estime publique. Ils continuent avec succès l’industrie créée par leur aïeul.
On pratique des parcs artificiels, formés de pieux et de palissades réunis par un clayonnage grossier haut de 2 mètres et tapissé de Fucus. Ces palissades avancent dans l’Océan quelquefois jusqu’à une lieue; elles dessinent un triangle dont la base est tournée vers le rivage et la pointe vers la mer. A cette pointe, on pratique un passage étroit. Le triangle dont il s’agit est le champ où l’on sème, où l’on éclaircit, où l’onrepique, où l’onplante, où l’onrécolteles Moules. (Quatrefages.)
CLAYONNAGE CHARGÉ DE MOULES.
CLAYONNAGE CHARGÉ DE MOULES.
CLAYONNAGE CHARGÉ DE MOULES.
Ces parcs sont désignés sous le nom debouchots; on appelleboucholeursles pêcheurs qui les exploitent.
La plupart des boucholeurs possèdent plusieurs bouchots, comme certains propriétaires plusieurs fermes. Quelques-uns, les plus pauvres, n’ont pour tout patrimoine que la moitié, le tiers, le quart, ou même le cinquième de l’un de ces établissements, qu’ils soignent en commun avec leurs associés, et dont ils partagent les charges et les bénéfices. (Coste.)
On récolte les Moules toute l’année, excepté pendant les grandes chaleurs et à l’époque du frai. On attend que la marée soit basse, mais alors le bouchot n’est plus qu’une vasière. Pour ne pas s’enfoncer dans le sol, qui est très-mou, le boucholeur fait usage d’une sorte de nacelle, moitié bateau, moitié patin, nomméeaconoupousse-pied. Cet instrument ingénieux est long de 2 mètres et large de 50 centimètres. Il se compose de quatre planches minces. Celle du fond, de bois de noyer, se relève en avant et s’appellesolousemelle; les trois autres, de sapin, forment les flancs et l’arrière, lequel est coupé carrément.
BOUCHOLEUR DANS SON ACON.
BOUCHOLEUR DANS SON ACON.
BOUCHOLEUR DANS SON ACON.
Quand il veut se servir de l’acon, le boucholeur se met à cheval sur l’un des bords, tient ployée sous lui une jambe, se penche en avant, et s’appuie sur les deux mains, qui étreignent les deux côtés de la nacelle. Il pousse avec l’autre jambe enfoncée dans la vase, et glisse avec rapidité sur la surface du bouchot. Le pêcheur peut prendre une personne avec lui dans son acon.
C’est de la sorte que les boucholeurs se rendent à leurs bouchots, qu’une longue habitude leur permet de distinguer de ceux de leurs voisins, même pendant les nuits lesplus obscures, malgré tous les détours de l’immense labyrinthe que forment sur la vasière les six mille palissades qui la recouvrent aujourd’hui. (Coste.)
D’Orbigny père a publié en 1847, sur la mytiliculture, un mémoire très-intéressant. A cette époque, les bouchots étaient disposés sur quatre rangs au plus. En 1852, M. de Quatrefages a vu sept rangs de bouchots. Au lieu de simples pieux, on employait des poutres énormes, et l’ensemble formait une immense estacade continue de 4 kilomètres de large sur 10 de long.
Il résulte, des recherches faites par d’Orbigny, que, antérieurement à 1834, trois cent quarante bouchots, ayant coûté 700 000 francs en nombre rond, et exigeant annuellement près de 400 000 francs de frais d’entretien, y compris l’intérêt du capital engagé, donnaient 124 000 francs de revenu net, et entraînaient un mouvement de charrettes, de chevaux ou de barques, représentant un solde annuel de plus de 500 000 francs. Mais tout grandit vite de nos jours. Au lieu de trois cent quarante bouchots, il y en a maintenant plus de cinq cents, formés par mille palissades. Chaque bouchot représentant en moyenne une longueur de 450 mètres, il s’ensuit que l’ensemble compose un clayonnage de 225 000 mètres de long. (Coste.)
La mytiliculture est donc une des branches les plus fécondes de la culture de la mer!
On devrait élever une statue au batelier Walton!.....