On savait que les Truites et les Saumons, quand vient l’époque de la ponte, remontent les ruisseaux qui roulent une eau limpide sur un fond de gravier; y choisissent une place où ils s’arrêtent; écartent les pierres avec leur tête et leur queue, les rangent de manière à former des espèces de digues qui puissent faire obstacle à la rapidité du courant, et dans les interstices desquelles leur progéniture se trouve à l’abri. C’est là, en effet, que la femelle dépose ses œufs. Les uns s’arrêtent sous un caillou, les autres sous un coquillage ou tout autre abri, jusqu’à ce que toutes lesanfractuosités du lit qui a été préparé pour eux en soient garnies. Dans cette position, le choc continuel de l’eau ne peut les emporter, mais il les conserve dans un état de propreté indispensable à leur développement ultérieur. On savait encore qu’au moment où la femelle vient de pondre, le mâle verse sa laitance sur les œufs, et que cette laitance, entraînée par le liquide qui lui sert de véhicule, passe sur eux comme un nuage bienfaisant, les imprègne, leur communique la propriété de se développer, et se dissipe après avoir troublé la transparence de l’eau. (Coste.)Le savant naturaliste Jacobi eut l’idée d’imiter dans un ruisseau artificiel ce que tous les jours il voyait se passer normalement dans la nature; il alla plus loin: il comprit toute la portée industrielle de sa découverte, et démontra, par des essais d’une précision et d’un bon sens pratique admirable, l’excellence des résultats.C’est dans le Hanovre, près de Nortlem, que ces premiers essais furent tentés. Ils devinrent la source d’un commerce important. L’Angleterre accorda une récompense publique à leur auteur.Dans ces dernières années, à l’occasion d’une réclamation de priorité à l’Académie des sciences, on apprit que, dans une des vallées les plus reculées de la chaîne des Vosges, un pêcheur de la Bresse, doué d’un remarquable esprit d’observation, et voulant porter remède au dépérissement de son industrie, avait passé plusieurs années de sa vie à refaire laborieusement la série des procédés de la fécondation artificielle. La nouvelle de cette application faite pour la première fois en France avec plein succès eut un grand retentissement.On se demanda si l’on n’était pas en droit d’espérer le repeuplement des rivières et des lacs, et si l’on ne pourrait point étendre la main sur les champs inexplorés de la mer.Un savant que sa position et ses travaux d’embryogénie comparée appelaient, tous les ans, à exposer dans ses cours les principes sur lesquels repose la nouvelle méthode, concourut puissamment à son organisation naissante, en lui accordant un bienveillant patronage et mettant à son service les laboratoires du Collége de France. C’est dans ces laboratoires que furent construits et perfectionnés les modèles de tous les appareils de pisciculture envoyés par les différents pays à la dernière exposition de Londres (Coumes).VUE GÉNÉRALE DE L’ÉTABLISSEMENT D’HUNINGUE.M. Coste fit ressortir de quelle utilité serait pour les populations l’ensemencement des eaux, et éleva la question à la hauteur d’un intérêt public (Coumes).Sur sa proposition, fut décrétée la création de l’établissement d’Huningue pour la pisciculture d’eau douce, etdes viviers laboratoires de Concarneau pour l’étude des animaux marins.L’établissement d’Huningue est un vaste appareil d’éclosion. Des bâtiments considérables contiennent les auges d’incubation, et les bassins pour recevoir les jeunes nouvellement éclos. Des réservoirs extérieurs sont destinés à la stabulation de l’alevin et à son acclimatement aux intempéries de l’atmosphère.BASSINS POUR LES ESSAIS D’ÉLEVAGE A L’EXTÉRIEUR (HUNINGUE).Cet établissement distribue un grand nombre d’œufs et de jeunes dans les lacs et les rivières de la France et des pays voisins. Son utilité est si générale, que sa construction a été suivie de constructions semblables à l’étranger.Les viviers de Concarneau sont des laboratoires où la science et la pratique se prêtent un mutuel appui dans l’étude des animaux marins.VUE GÉNÉRALE DES VIVIERS DE CONCARNEAU.Des bassins sont réservés pour les animaux en expérience; d’autres, plus spacieux, servent au parcage des Crevettes, des Langoustes et des Homards, qui donnent lieu à un commerce considérable. Des aquariums nombreux contiennent une grande variété d’animaux. On voit se développer, dans cette maison transparente, les moindres particularités de la vie marine; Lucine elle-même n’a plus de mystère.ŒUFS DE CHAT DE MER PONDUS EN CAPTIVITÉ (CONCARNEAU).(Squalus catulusLinné).On y est témoin de la voracité des Vieilles et des Turbots, des Poulpes et des Sèches. On y voit la délicate opération de la mue des Homards et des Langoustes; l’accouplement des Aplysies, l’incubation des Plies toutes rondes de frai; la ponte pénible du Chat de mer, qui attache ses dix-huit œufs, par leurs longs filaments contournés en vrille, aux Goëmons et aux rochers, où ils serontretenus tout le temps que durera le travail embryonnaire. Enfin, on assiste à l’accouchement laborieux des Syngnathes et de l’Hippocampe. Rien de plus curieux que de voir cette pauvre bête fixée par l’enroulement de sa queue à une branche de Gorgone, tantôt noire, tantôt verte, tantôt pâle de douleur, donner successivement naissance, par intervallesirréguliers, à plus de cent cinquante petits, qui, aussitôt nés, se mettent à nager dans toutes les directions, emportés par leur caprice ou leur étourderie, indifférents aux souffrances de leur mère; tandis que le mâle, tournant autour de sa femelle, la caressant, l’entourant de sa queue, imite ses attitudes et ses changements de couleur, comme pour lui témoigner sa sympathie pour tant de souffrances.Sous la haute direction et la puissante activité de l’inspecteur général des pêches, s’accumulent des matériaux considérables pour l’histoire des animaux et pour le progrès de la pisciculture marine. (L. Soubeiran.)Ce n’est que par l’observation et l’expérience que l’on peut connaître les mœurs et les habitudes des Poissons, et que la science, mieux informée, fournira les données nécessaires pour concilier les intérêts de la reproduction des eaux avec ceux de la libre pratique, les exigences de l’industrie avec les besoins permanents du repeuplement.On ne verra plus détruire parcentaines de millions(Coste) ces tourbillons de jeunes poissons de toute espèce, qui surgissent sur les plages vers le mois d’avril. Ces générations nouvelles descendront dans les vallées sous-marines pour aller s’y transformer en troupeaux de grande taille, ou seront retenues dans des viviers-parcs, où on les contraindra suivant qu’on les nourrira en liberté ou en prison cellulaire, à grandir soit en longueur, soit en épaisseur, comme le Bœuf et le Mouton que l’art façonne dans nos étables, comme le Turbot que l’on voit engraisser dans les viviers-laboratoires de Concarneau. (Coste.)
On savait que les Truites et les Saumons, quand vient l’époque de la ponte, remontent les ruisseaux qui roulent une eau limpide sur un fond de gravier; y choisissent une place où ils s’arrêtent; écartent les pierres avec leur tête et leur queue, les rangent de manière à former des espèces de digues qui puissent faire obstacle à la rapidité du courant, et dans les interstices desquelles leur progéniture se trouve à l’abri. C’est là, en effet, que la femelle dépose ses œufs. Les uns s’arrêtent sous un caillou, les autres sous un coquillage ou tout autre abri, jusqu’à ce que toutes lesanfractuosités du lit qui a été préparé pour eux en soient garnies. Dans cette position, le choc continuel de l’eau ne peut les emporter, mais il les conserve dans un état de propreté indispensable à leur développement ultérieur. On savait encore qu’au moment où la femelle vient de pondre, le mâle verse sa laitance sur les œufs, et que cette laitance, entraînée par le liquide qui lui sert de véhicule, passe sur eux comme un nuage bienfaisant, les imprègne, leur communique la propriété de se développer, et se dissipe après avoir troublé la transparence de l’eau. (Coste.)
Le savant naturaliste Jacobi eut l’idée d’imiter dans un ruisseau artificiel ce que tous les jours il voyait se passer normalement dans la nature; il alla plus loin: il comprit toute la portée industrielle de sa découverte, et démontra, par des essais d’une précision et d’un bon sens pratique admirable, l’excellence des résultats.
C’est dans le Hanovre, près de Nortlem, que ces premiers essais furent tentés. Ils devinrent la source d’un commerce important. L’Angleterre accorda une récompense publique à leur auteur.
Dans ces dernières années, à l’occasion d’une réclamation de priorité à l’Académie des sciences, on apprit que, dans une des vallées les plus reculées de la chaîne des Vosges, un pêcheur de la Bresse, doué d’un remarquable esprit d’observation, et voulant porter remède au dépérissement de son industrie, avait passé plusieurs années de sa vie à refaire laborieusement la série des procédés de la fécondation artificielle. La nouvelle de cette application faite pour la première fois en France avec plein succès eut un grand retentissement.
On se demanda si l’on n’était pas en droit d’espérer le repeuplement des rivières et des lacs, et si l’on ne pourrait point étendre la main sur les champs inexplorés de la mer.
Un savant que sa position et ses travaux d’embryogénie comparée appelaient, tous les ans, à exposer dans ses cours les principes sur lesquels repose la nouvelle méthode, concourut puissamment à son organisation naissante, en lui accordant un bienveillant patronage et mettant à son service les laboratoires du Collége de France. C’est dans ces laboratoires que furent construits et perfectionnés les modèles de tous les appareils de pisciculture envoyés par les différents pays à la dernière exposition de Londres (Coumes).
VUE GÉNÉRALE DE L’ÉTABLISSEMENT D’HUNINGUE.
VUE GÉNÉRALE DE L’ÉTABLISSEMENT D’HUNINGUE.
VUE GÉNÉRALE DE L’ÉTABLISSEMENT D’HUNINGUE.
M. Coste fit ressortir de quelle utilité serait pour les populations l’ensemencement des eaux, et éleva la question à la hauteur d’un intérêt public (Coumes).
Sur sa proposition, fut décrétée la création de l’établissement d’Huningue pour la pisciculture d’eau douce, etdes viviers laboratoires de Concarneau pour l’étude des animaux marins.
L’établissement d’Huningue est un vaste appareil d’éclosion. Des bâtiments considérables contiennent les auges d’incubation, et les bassins pour recevoir les jeunes nouvellement éclos. Des réservoirs extérieurs sont destinés à la stabulation de l’alevin et à son acclimatement aux intempéries de l’atmosphère.
BASSINS POUR LES ESSAIS D’ÉLEVAGE A L’EXTÉRIEUR (HUNINGUE).
BASSINS POUR LES ESSAIS D’ÉLEVAGE A L’EXTÉRIEUR (HUNINGUE).
BASSINS POUR LES ESSAIS D’ÉLEVAGE A L’EXTÉRIEUR (HUNINGUE).
Cet établissement distribue un grand nombre d’œufs et de jeunes dans les lacs et les rivières de la France et des pays voisins. Son utilité est si générale, que sa construction a été suivie de constructions semblables à l’étranger.
Les viviers de Concarneau sont des laboratoires où la science et la pratique se prêtent un mutuel appui dans l’étude des animaux marins.
VUE GÉNÉRALE DES VIVIERS DE CONCARNEAU.
VUE GÉNÉRALE DES VIVIERS DE CONCARNEAU.
VUE GÉNÉRALE DES VIVIERS DE CONCARNEAU.
Des bassins sont réservés pour les animaux en expérience; d’autres, plus spacieux, servent au parcage des Crevettes, des Langoustes et des Homards, qui donnent lieu à un commerce considérable. Des aquariums nombreux contiennent une grande variété d’animaux. On voit se développer, dans cette maison transparente, les moindres particularités de la vie marine; Lucine elle-même n’a plus de mystère.
ŒUFS DE CHAT DE MER PONDUS EN CAPTIVITÉ (CONCARNEAU).(Squalus catulusLinné).
ŒUFS DE CHAT DE MER PONDUS EN CAPTIVITÉ (CONCARNEAU).(Squalus catulusLinné).
ŒUFS DE CHAT DE MER PONDUS EN CAPTIVITÉ (CONCARNEAU).(Squalus catulusLinné).
On y est témoin de la voracité des Vieilles et des Turbots, des Poulpes et des Sèches. On y voit la délicate opération de la mue des Homards et des Langoustes; l’accouplement des Aplysies, l’incubation des Plies toutes rondes de frai; la ponte pénible du Chat de mer, qui attache ses dix-huit œufs, par leurs longs filaments contournés en vrille, aux Goëmons et aux rochers, où ils serontretenus tout le temps que durera le travail embryonnaire. Enfin, on assiste à l’accouchement laborieux des Syngnathes et de l’Hippocampe. Rien de plus curieux que de voir cette pauvre bête fixée par l’enroulement de sa queue à une branche de Gorgone, tantôt noire, tantôt verte, tantôt pâle de douleur, donner successivement naissance, par intervallesirréguliers, à plus de cent cinquante petits, qui, aussitôt nés, se mettent à nager dans toutes les directions, emportés par leur caprice ou leur étourderie, indifférents aux souffrances de leur mère; tandis que le mâle, tournant autour de sa femelle, la caressant, l’entourant de sa queue, imite ses attitudes et ses changements de couleur, comme pour lui témoigner sa sympathie pour tant de souffrances.
Sous la haute direction et la puissante activité de l’inspecteur général des pêches, s’accumulent des matériaux considérables pour l’histoire des animaux et pour le progrès de la pisciculture marine. (L. Soubeiran.)
Ce n’est que par l’observation et l’expérience que l’on peut connaître les mœurs et les habitudes des Poissons, et que la science, mieux informée, fournira les données nécessaires pour concilier les intérêts de la reproduction des eaux avec ceux de la libre pratique, les exigences de l’industrie avec les besoins permanents du repeuplement.
On ne verra plus détruire parcentaines de millions(Coste) ces tourbillons de jeunes poissons de toute espèce, qui surgissent sur les plages vers le mois d’avril. Ces générations nouvelles descendront dans les vallées sous-marines pour aller s’y transformer en troupeaux de grande taille, ou seront retenues dans des viviers-parcs, où on les contraindra suivant qu’on les nourrira en liberté ou en prison cellulaire, à grandir soit en longueur, soit en épaisseur, comme le Bœuf et le Mouton que l’art façonne dans nos étables, comme le Turbot que l’on voit engraisser dans les viviers-laboratoires de Concarneau. (Coste.)