Mon fils peut succeder à Pisandre mon frere,
Mon fils peut succeder à Pisandre mon frere,
Ce frere fut son Roy; mais ce Roy fut mon Pere.
Ce frere fut son Roy; mais ce Roy fut mon Pere.
Puis-je parler Seigneur?
Puis-je parler Seigneur?
Oüy parle; mais en Roy.
Oüy parle; mais en Roy.
A ces divines soeur qui peuvent tout sur moy,Comment puis-je parler qu'en esclave fidelle,Dont le moindre murmure en feroit un rebelle?Conserver son respect heureux ou malheureux,C'est comme doit agir un Amant genereux,J'ayme Elise, & mon ame à ses fers asservie,N'en sortira jamais qu'en sortant de la vie,Et toute autre beauté par des Sceptres offers,La tenteroit en vain de sortir de ses fers,Pourrois-je donc, Seigneur, espousant Alcionne,A sa soeur que j'adore oster une Couronne?Quand vous l'ordonneriez, vous devrois-je obeïr;Tout d'un temps, puïs-je aymer Elise, & la trahir?Ha! que l'ambition ne nous fasse rien faire,Dont nous puissions rougir, qui luy puisse déplaireN'exigez rien d'un fils, qu'il doive refuser,Et dont un Pere un jour le puisse mépriser.
A ces divines soeur qui peuvent tout sur moy,Comment puis-je parler qu'en esclave fidelle,Dont le moindre murmure en feroit un rebelle?Conserver son respect heureux ou malheureux,C'est comme doit agir un Amant genereux,J'ayme Elise, & mon ame à ses fers asservie,N'en sortira jamais qu'en sortant de la vie,Et toute autre beauté par des Sceptres offers,La tenteroit en vain de sortir de ses fers,Pourrois-je donc, Seigneur, espousant Alcionne,A sa soeur que j'adore oster une Couronne?Quand vous l'ordonneriez, vous devrois-je obeïr;Tout d'un temps, puïs-je aymer Elise, & la trahir?Ha! que l'ambition ne nous fasse rien faire,Dont nous puissions rougir, qui luy puisse déplaireN'exigez rien d'un fils, qu'il doive refuser,Et dont un Pere un jour le puisse mépriser.
Et de ton Pere aussi ne trompe pas l'attente,Mais quel homme inconnu sans ordre se presente?
Et de ton Pere aussi ne trompe pas l'attente,Mais quel homme inconnu sans ordre se presente?
SEBASTE, ELISE, NICANOR, ALCIONNE, AMINTAS.
Je vous cherchois Seigneur; en ces mots vous verrez,Ce que veut Orosmane, & vous luy répondrez.
Je vous cherchois Seigneur; en ces mots vous verrez,Ce que veut Orosmane, & vous luy répondrez.
Et que peuvent avoir mon fils, & ce Corsaire,A démesler ensemble?
Et que peuvent avoir mon fils, & ce Corsaire,A démesler ensemble?
Une importante affaire.
Une importante affaire.
Amintas me regarde, & rougit, & paslit.
Amintas me regarde, & rougit, & paslit.
Quelque chose le trouble en ce billet qu'il lit,
Quelque chose le trouble en ce billet qu'il lit,
Ce billet est pour vous plus que pour moy, Madame,Que de trouble divers s'eslevent dans mon ame!
Ce billet est pour vous plus que pour moy, Madame,Que de trouble divers s'eslevent dans mon ame!
Grands Dieux! & vous souffrez qu'un Pirate, un voleur,Noircy déja d'un crime à mon repos funeste,Attaque mon honneur le seul bien qui me reste;Amintas, vous pourriez douter de ma vertu,Si je ne publiois ce que vous avez tû.
Grands Dieux! & vous souffrez qu'un Pirate, un voleur,Noircy déja d'un crime à mon repos funeste,Attaque mon honneur le seul bien qui me reste;Amintas, vous pourriez douter de ma vertu,Si je ne publiois ce que vous avez tû.
En vain Prince Amintas tu brusle pour Elize,Et tu veux devenir son espoux, & son Roy:Elle a depuis long-temps disposé de sa foy;Depuis long-temps elle est esprise,D'un Prince digne d'elle, & plus heureux que toy.Un Princequi n'est plus, il est vray, m'a servie,Il m'aymoit, je l'aymois, & s'il estoit en vie,Je l'aymerois encore; il seroit mon Espoux,Et je n'aurois jamais que des dédains pour vous,La douleur de sa mort m'avoit déterminée,A ne vivre jamais sous les loix d'himenée;Je change de dessein; mais je me mets à prix,D'Orosmane sans vie, ou d'Orosmane pris,La teste criminelle à ma fureur promise,Vous laisse encor l'espoir d'un Royaume, & d'Elise,Un tel present vous fait son époux, & son Roy,Songez y Prince, ou bien ne songez plus à moy.
En vain Prince Amintas tu brusle pour Elize,Et tu veux devenir son espoux, & son Roy:Elle a depuis long-temps disposé de sa foy;Depuis long-temps elle est esprise,D'un Prince digne d'elle, & plus heureux que toy.
Un Princequi n'est plus, il est vray, m'a servie,Il m'aymoit, je l'aymois, & s'il estoit en vie,Je l'aymerois encore; il seroit mon Espoux,Et je n'aurois jamais que des dédains pour vous,La douleur de sa mort m'avoit déterminée,A ne vivre jamais sous les loix d'himenée;Je change de dessein; mais je me mets à prix,D'Orosmane sans vie, ou d'Orosmane pris,La teste criminelle à ma fureur promise,Vous laisse encor l'espoir d'un Royaume, & d'Elise,Un tel present vous fait son époux, & son Roy,Songez y Prince, ou bien ne songez plus à moy.
Ne songer plus en vous? Hà que plustost ma vie,Dans les fers du Pirate à jamais asservie,Asseure son salut, acheve mon malheur,Et que desesperé je meure de douleur,Si le Ciel qui vous fit si charmante, & si belle;Mais aussi qui vous fit si fiere, & si cruelle,Accordoit à mes voeux l'honneur de vous vanger,Quand bien vostre fierté constante à m'outrager,Par d'injustes rigueurs troubleroit ma victoire,Tout ce qui vient de vous fait ma joye, & ma gloire.Je cheris tout en vous jusqu'à vostre fierté;Je ne me plaindrois point d'estre si mal traitté;Et quand vous fausseriez la parolle promise,Je me plaindrois du Ciel sans me plaindre d'Elize.
Ne songer plus en vous? Hà que plustost ma vie,Dans les fers du Pirate à jamais asservie,Asseure son salut, acheve mon malheur,Et que desesperé je meure de douleur,Si le Ciel qui vous fit si charmante, & si belle;Mais aussi qui vous fit si fiere, & si cruelle,Accordoit à mes voeux l'honneur de vous vanger,Quand bien vostre fierté constante à m'outrager,Par d'injustes rigueurs troubleroit ma victoire,Tout ce qui vient de vous fait ma joye, & ma gloire.Je cheris tout en vous jusqu'à vostre fierté;Je ne me plaindrois point d'estre si mal traitté;Et quand vous fausseriez la parolle promise,Je me plaindrois du Ciel sans me plaindre d'Elize.
Non, non Prince, esperez, puis que je le permets,Vengez moy, je tiendray tout ce que je promets,Ce n'est pas je l'advouë, une basse entreprise,Que de vaincre Orosmane, & faire aymer Elise,Vous allez attaquer un prodige en valleur,Heureux dans les combats, & trop pour mon malheurMais quoy, que la victoire en soit presque impossible,Servez vous donc du temps tandis qu'il est pour vous,Et que vous n'avez point encore de jaloux;Car quand seul vous seriez capable de me plaire,Je ne me donneray qu'au vainqueur du Corsaire,Je vous l'ay déja dit, sa prise ou son trespas,Laissent tout esperer au vaillant Amintas,Allez donc, allez vaincre, & cependant mes larmes,Vont demander aux Dieux le bonheur de vos armes.
Non, non Prince, esperez, puis que je le permets,Vengez moy, je tiendray tout ce que je promets,Ce n'est pas je l'advouë, une basse entreprise,Que de vaincre Orosmane, & faire aymer Elise,Vous allez attaquer un prodige en valleur,Heureux dans les combats, & trop pour mon malheurMais quoy, que la victoire en soit presque impossible,Servez vous donc du temps tandis qu'il est pour vous,Et que vous n'avez point encore de jaloux;Car quand seul vous seriez capable de me plaire,Je ne me donneray qu'au vainqueur du Corsaire,Je vous l'ay déja dit, sa prise ou son trespas,Laissent tout esperer au vaillant Amintas,Allez donc, allez vaincre, & cependant mes larmes,Vont demander aux Dieux le bonheur de vos armes.
Elle sort.
Avec vostre secours qui me peut resister?A quel hardy dessein ne me puis-je porter?Vous verrez abbatu l'orgueil qui vous outrage,Et vous me plaindrez mort ou loüerez mon courage,
Avec vostre secours qui me peut resister?A quel hardy dessein ne me puis-je porter?Vous verrez abbatu l'orgueil qui vous outrage,Et vous me plaindrez mort ou loüerez mon courage,
Avant qu'avoir vaincu vous triomphez, Seigneur,Je pardonne la fougue à vostre jeune ardeur:Mais si l'excez boüillant d'une amour non commune,Et le prix qu'un combat offre à vostre fortune,Enflamme à tel point vostre coeur amoureux,Qu'il ne peut differer ce combat dangereux,Celuy qu'on traitte icy de voleur, de Corsaire,Et qui se rend pourtant plus d'un Roy tributaire,Ne sera pas long-temps d'Amintas attendu,Seul dans une chaloupe en vos bords descendu,Il viendra contenter le desir qui vous presse,Et vous pourrez ainsi contenter la Princesse,Donnez vostre parolle, & fiez vous en moy,Que vous pourrez bien-tost vous battre avec mon Roy.
Avant qu'avoir vaincu vous triomphez, Seigneur,Je pardonne la fougue à vostre jeune ardeur:Mais si l'excez boüillant d'une amour non commune,Et le prix qu'un combat offre à vostre fortune,Enflamme à tel point vostre coeur amoureux,Qu'il ne peut differer ce combat dangereux,Celuy qu'on traitte icy de voleur, de Corsaire,Et qui se rend pourtant plus d'un Roy tributaire,Ne sera pas long-temps d'Amintas attendu,Seul dans une chaloupe en vos bords descendu,Il viendra contenter le desir qui vous presse,Et vous pourrez ainsi contenter la Princesse,Donnez vostre parolle, & fiez vous en moy,Que vous pourrez bien-tost vous battre avec mon Roy.
Quoy! la Cypre verroit une telle aventure?J'offenserois ainsi l'honneur, & la nature,J'exposerois un fils si vaillant & si cher,Au hazard d'un combat qu'on luy peut reprocher,D'un combat, dont la fin seroit tousiours honteuse,Quand mesme sa valleur pourroit la rendre heureuse;Dans mille occasions que le temps peut donner,Pour obtenir Elize, & pour te couronner,Tu trouveras assez dequoy te satisfaire,Sans aller te commettre avecque ce Corsaire.
Quoy! la Cypre verroit une telle aventure?J'offenserois ainsi l'honneur, & la nature,J'exposerois un fils si vaillant & si cher,Au hazard d'un combat qu'on luy peut reprocher,D'un combat, dont la fin seroit tousiours honteuse,Quand mesme sa valleur pourroit la rendre heureuse;Dans mille occasions que le temps peut donner,Pour obtenir Elize, & pour te couronner,Tu trouveras assez dequoy te satisfaire,Sans aller te commettre avecque ce Corsaire.
Dira-t'on que vous seul ne m'ayezpaspermis,De vaincre le plus grand de tous vos ennemis,De meriter la Cipre, à ma valeur promise,Et bien plus que la Cipre, une divine Elize,Sans qui je ne puis vivre, & sans qui mon trépas,Que vous redoutez tant, dependra de mon bras?Car enfin, la perdant, je n'escouteray guere,Ni les sages conseils, ni les ordres d'un Pere;Et quand vous m'opposez ces ordres rigoureux,Vous vous rendez, Seigneur, pour moy plus dangereux,Que ne sera jamais la valleur du Pirate,Qu'Elize, & mon honneur veulent que je combatte.
Dira-t'on que vous seul ne m'ayezpaspermis,De vaincre le plus grand de tous vos ennemis,De meriter la Cipre, à ma valeur promise,Et bien plus que la Cipre, une divine Elize,Sans qui je ne puis vivre, & sans qui mon trépas,Que vous redoutez tant, dependra de mon bras?Car enfin, la perdant, je n'escouteray guere,Ni les sages conseils, ni les ordres d'un Pere;Et quand vous m'opposez ces ordres rigoureux,Vous vous rendez, Seigneur, pour moy plus dangereux,Que ne sera jamais la valleur du Pirate,Qu'Elize, & mon honneur veulent que je combatte.
Il sort.
Va donc, sui ton destin, je ne te retien plus.
Va donc, sui ton destin, je ne te retien plus.
Vous perdez bien du temps en discours superflus.
Vous perdez bien du temps en discours superflus.
Allons donc au combat sans tarder davantage.
Allons donc au combat sans tarder davantage.
Allons Prince, un vaisseau m'attend pres du rivageOrosmane à la rade en peu de temps sçaura,Ce que vous luy voulez & vous satisfera.
Allons Prince, un vaisseau m'attend pres du rivageOrosmane à la rade en peu de temps sçaura,Ce que vous luy voulez & vous satisfera.
Amintas! ô mon coeur, que me faites vous faire,Vous vous exposez donc à la foy d'un Corsaire?Un Prince comme vous se devroit menager.
Amintas! ô mon coeur, que me faites vous faire,Vous vous exposez donc à la foy d'un Corsaire?Un Prince comme vous se devroit menager.
Elize est offencée, & je la veux venger,Qui n'en est pas aymé, n'est pas digne de vivre,Il faut qu'un prompt trépas de mes soins la delivre,Ou qu'un combat heureux change son coeur ingrat,Et ce bon-heur vaut bienqu'on hazarde un combat.
Elize est offencée, & je la veux venger,Qui n'en est pas aymé, n'est pas digne de vivre,Il faut qu'un prompt trépas de mes soins la delivre,Ou qu'un combat heureux change son coeur ingrat,Et ce bon-heur vaut bienqu'on hazarde un combat.
Il sort.
ALCIONNE, CLARICE.
Helas! ce n'est pas là ce que je voulois dire,A l'innocent autheur de mon cruel martire,Je luy voulois ouvrir les secrets de mon coeur,Luy dire qu'il y regne en aimable vainqueur;Luy reveler les maux qu'il ignore, & qu'il cause,Clarice l'as-tu veu! j'ay faittoutautre chose,Ainsi le criminel de son remors pressé,Se coupe, & ne dit rien de ce qu'il a penséAinsi ce cher vainqueur de mon ame soûmise,Dont ma foible raison les armes favorise,Ne sçait point sa conqueste, & ne la sçaura point,Tant un destin cruel à mon amour est joint:Et quand bien il sçauroit qu'il cause ma souffranceM'en devrois-je flatter de la moindre esperance?Ce Prince ayme ma soeur, il ne peut donc m'aymerEt quand il changeroit, le pourrois-je estimer?Pensant gagner mon coeur, il perdroit mon estime,Et son amour pour moy me paroistroit un crime,Cependant il se jette en un mortel danger;Ai-je à m'en réjouïr? ai-je à m'en affliger?Si ce Prince est vaincu, ce Prince perd sa gloire,Et je doi faire ainsi des voeux pour sa victoire;Mais sa victoire aussi luy donnera ma soeur,Et je doi craindre ainsi de le revoir vainqueur,L'un & l'autre succez favorable ou contraire,S'oppose égallement à tout ce que j'espere;Ou plustost je crains tout, & je n'espere rien,Est-il un desespoir plus juste que le mien?
Helas! ce n'est pas là ce que je voulois dire,A l'innocent autheur de mon cruel martire,Je luy voulois ouvrir les secrets de mon coeur,Luy dire qu'il y regne en aimable vainqueur;Luy reveler les maux qu'il ignore, & qu'il cause,Clarice l'as-tu veu! j'ay faittoutautre chose,Ainsi le criminel de son remors pressé,Se coupe, & ne dit rien de ce qu'il a penséAinsi ce cher vainqueur de mon ame soûmise,Dont ma foible raison les armes favorise,Ne sçait point sa conqueste, & ne la sçaura point,Tant un destin cruel à mon amour est joint:Et quand bien il sçauroit qu'il cause ma souffranceM'en devrois-je flatter de la moindre esperance?Ce Prince ayme ma soeur, il ne peut donc m'aymerEt quand il changeroit, le pourrois-je estimer?Pensant gagner mon coeur, il perdroit mon estime,Et son amour pour moy me paroistroit un crime,Cependant il se jette en un mortel danger;Ai-je à m'en réjouïr? ai-je à m'en affliger?Si ce Prince est vaincu, ce Prince perd sa gloire,Et je doi faire ainsi des voeux pour sa victoire;Mais sa victoire aussi luy donnera ma soeur,Et je doi craindre ainsi de le revoir vainqueur,L'un & l'autre succez favorable ou contraire,S'oppose égallement à tout ce que j'espere;Ou plustost je crains tout, & je n'espere rien,Est-il un desespoir plus juste que le mien?
Mais Amintas lassé d'aimer qui le méprise,Peut un jour vous offrir ce que refuse Elize.
Mais Amintas lassé d'aimer qui le méprise,Peut un jour vous offrir ce que refuse Elize.
Apres les sentimens d'une noble fierté,Où mon coeur contre luy s'est tantost emporté,Apres avoir promis à ma soeur qui m'est chere,De resister comme elle aux volontez d'un Pere,Lasche puis-je trahir la fierté de mon coeur,Et plus lasche manquer de parolle à ma soeur?
Apres les sentimens d'une noble fierté,Où mon coeur contre luy s'est tantost emporté,Apres avoir promis à ma soeur qui m'est chere,De resister comme elle aux volontez d'un Pere,Lasche puis-je trahir la fierté de mon coeur,Et plus lasche manquer de parolle à ma soeur?
Il sçauroit mon amour si j'estois Alcionne.
Il sçauroit mon amour si j'estois Alcionne.
Que pourroit-il penser d'une ame qui se donne?Ha! si de là dépend tout l'heur de mon Destin,Resoluons nous plustost d'en avancer la fin,Craignons l'état honteux d'une amante qui prie,Mais à quoy songe-tu, mon aveugle furie?He n'ayje pas voulu dans ce mesme moment,Luy découvrir ma flâme, & mon cruel tourment,Et découvrir sa flâme à celuy qui la cause?Si ce n'est le prier, il s'en faut peu de chose.O Dieux! quand je reproche à mon esprit confus,Que je vien de courir le danger d'un refus;Qu'il n'est rien de plus bas qu'une inutile plainte,Qu'aysement je m'engage aux loix de la contrainte,A ne croire jamais mes desirs trop ardens;A deffendre à mon coeur ses soûpirs imprudens.Mais en vain on le cache; un air triste au visage,Une langueur aux yeux, sont un muet langage,Qui trahit le secret d'un soûpir retenu,Et le feu de l'amour tost ou tard est connu.Non non, triste Princesse, il faut cesser de vivre,C'est le meilleur conseil que tu peux jamais suivre.Choisis, choisis la mort plustost que de rougir;Laisse à ton desespoir la liberté d'agir,Et soit que ton Amant vainque, ou perde la vie,Meurs de ton déplaisir, ou de ta jalousie.
Que pourroit-il penser d'une ame qui se donne?Ha! si de là dépend tout l'heur de mon Destin,Resoluons nous plustost d'en avancer la fin,Craignons l'état honteux d'une amante qui prie,Mais à quoy songe-tu, mon aveugle furie?He n'ayje pas voulu dans ce mesme moment,Luy découvrir ma flâme, & mon cruel tourment,Et découvrir sa flâme à celuy qui la cause?Si ce n'est le prier, il s'en faut peu de chose.O Dieux! quand je reproche à mon esprit confus,Que je vien de courir le danger d'un refus;Qu'il n'est rien de plus bas qu'une inutile plainte,Qu'aysement je m'engage aux loix de la contrainte,A ne croire jamais mes desirs trop ardens;A deffendre à mon coeur ses soûpirs imprudens.Mais en vain on le cache; un air triste au visage,Une langueur aux yeux, sont un muet langage,Qui trahit le secret d'un soûpir retenu,Et le feu de l'amour tost ou tard est connu.Non non, triste Princesse, il faut cesser de vivre,C'est le meilleur conseil que tu peux jamais suivre.Choisis, choisis la mort plustost que de rougir;Laisse à ton desespoir la liberté d'agir,Et soit que ton Amant vainque, ou perde la vie,Meurs de ton déplaisir, ou de ta jalousie.
Fin du second Acte.
NICANOR, CRITON.
Le Corsaire Orosmane a donc pris terre ainsi?
Le Corsaire Orosmane a donc pris terre ainsi?
Et renvoyé sa barque & ses Soldats aussi,
Et renvoyé sa barque & ses Soldats aussi,
Et mon fils?
Et mon fils?
Et le Prince a de la mesme sorte,Renvoyé les Soldats qui luy servoient d'escorte.Ils se sont allé battre au pied d'un grand rocher,Où sans se faire voir on ne peut approcher:Mais Seigneur, consentir à ce combat funeste....
Et le Prince a de la mesme sorte,Renvoyé les Soldats qui luy servoient d'escorte.Ils se sont allé battre au pied d'un grand rocher,Où sans se faire voir on ne peut approcher:Mais Seigneur, consentir à ce combat funeste....
J'ay fait ce que j'ay dû, les Dieux feront le reste.La victoire en dépend, & non pas nostre coeur,Qui doit estre invincible en cedant au vainqueur,Mais la flotte Corsaire à nostre rade ancrée,S'est à l'aube du jour en deux parts separée.
J'ay fait ce que j'ay dû, les Dieux feront le reste.La victoire en dépend, & non pas nostre coeur,Qui doit estre invincible en cedant au vainqueur,Mais la flotte Corsaire à nostre rade ancrée,S'est à l'aube du jour en deux parts separée.
Dont l'une, vent en pouppe a pris la haute mer,Pendant qu'on a veu l'autre en bonne ordre ramer,Vers l'Occident de l'Isle où l'abord est facile,Et qui n'est deffendu ny de Fort ny de Ville.
Dont l'une, vent en pouppe a pris la haute mer,Pendant qu'on a veu l'autre en bonne ordre ramer,Vers l'Occident de l'Isle où l'abord est facile,Et qui n'est deffendu ny de Fort ny de Ville.
Ils ont quelque dessein qui nous est inconnu,Mais que veut Licas?
Ils ont quelque dessein qui nous est inconnu,Mais que veut Licas?
LICAS, NICANOR.
Le Prince est revenuSeigneur!
Le Prince est revenuSeigneur!
De son combat il revient plein de gloireQu'en est-il?
De son combat il revient plein de gloireQu'en est-il?
Il n'a point parlé de sa victoire.Le Prince est moderé.
Il n'a point parlé de sa victoire.Le Prince est moderé.
Le Prince est donc vaincu,Et s'il l'est avec honte, il n'a que trop vescu.
Le Prince est donc vaincu,Et s'il l'est avec honte, il n'a que trop vescu.
Le Corsaire, Seigneur, a surpris Amatonte.
Le Corsaire, Seigneur, a surpris Amatonte.
O Dieux! adjoustez-vous cette perte à ma honte?Et si vôtre secours me veut abandonner,Quel remede assez prompt y pourray-je donner?Mais sçait-on le destail d'une telle avanture;
O Dieux! adjoustez-vous cette perte à ma honte?Et si vôtre secours me veut abandonner,Quel remede assez prompt y pourray-je donner?Mais sçait-on le destail d'une telle avanture;
Ce que j'ay pû tirer d'un Peuple qui murmure,Et vous sçavez, Seigneur, ce qu'on en peut tirer,C'est ce qu'en peu de mots je vais vous déclarer.Les troupes d'Orosmane en terre descendues,Se sont en divers corps dans l'Isle répanduës,L'on a pris Amatonte, & le plus fort de tous,Que les autres suivront, marche, & vient droit à nous.
Ce que j'ay pû tirer d'un Peuple qui murmure,Et vous sçavez, Seigneur, ce qu'on en peut tirer,C'est ce qu'en peu de mots je vais vous déclarer.Les troupes d'Orosmane en terre descendues,Se sont en divers corps dans l'Isle répanduës,L'on a pris Amatonte, & le plus fort de tous,Que les autres suivront, marche, & vient droit à nous.
C'est assez.
C'est assez.
NICANOR, ELISE, LICAS.
Sçavez-vous qu'Amatonte est surprise,Madame, & qu'on s'en prend à la Princesse Elise;Qu'on dit qu'elle s'entend avec nos Ennemis,Puis qu'elle a refusé de couronner mon fils;Que par ce fier refus une guerre impreveuë,Trouve Cypre allarmée, & de Roy dépourveuë,Et qu'à nous qui pourrions les esprits rasseurer,Elle ne permet pas seulement d'esperer?
Sçavez-vous qu'Amatonte est surprise,Madame, & qu'on s'en prend à la Princesse Elise;Qu'on dit qu'elle s'entend avec nos Ennemis,Puis qu'elle a refusé de couronner mon fils;Que par ce fier refus une guerre impreveuë,Trouve Cypre allarmée, & de Roy dépourveuë,Et qu'à nous qui pourrions les esprits rasseurer,Elle ne permet pas seulement d'esperer?
Je permets d'esperer au vainqueur du Corsaire.
Je permets d'esperer au vainqueur du Corsaire.
Mais Amintas vaincu, perd l'espoir de vous plaire,Ce Prince qui vous ayme, & que vous méprisez,Pour conserver un bien que vous luy refusez,Pour deffendre la Cypre à d'autres destinée,Ira-t'il exposer sa vie infortunée?Ha! puisqu'à son amour l'espoir est deffendu,Que Cypre soit perduë autant qu'il est perdu.
Mais Amintas vaincu, perd l'espoir de vous plaire,Ce Prince qui vous ayme, & que vous méprisez,Pour conserver un bien que vous luy refusez,Pour deffendre la Cypre à d'autres destinée,Ira-t'il exposer sa vie infortunée?Ha! puisqu'à son amour l'espoir est deffendu,Que Cypre soit perduë autant qu'il est perdu.
Ce n'est pas la saison de faire des reproches,Quand de nos ennemis nous craignons les approches,Ny de laisser ainsi tout un Peuple effrayé,Qui n'espere qu'en vous, qui vous a tout fié.Que fait donc en vos mains la regence remise,Et vous en servez-vous seulement contre Elise;J'aurois donc bienchoisipour Espoux & pour Roy,Un Prince qui craindroit de s'exposer pour moy.Ce n'est qu'en deffendant, en forçant des murailles,Marchant vers l'ennemy; luy donnant desbatailles,Quand on n'est pas né Roy qu'on se peut couronner.A de moindres exploits je ne me puis donner.Quand ce que j'ay juré pourroit un jour s'enfraindre,Et dans mon coeur changé la vengeance s'esteindre.Mais le Prince Amintas, ne s'est-t'il pas battu?Tient-on secret s'il est, ou vainqueur ou vaincu?
Ce n'est pas la saison de faire des reproches,Quand de nos ennemis nous craignons les approches,Ny de laisser ainsi tout un Peuple effrayé,Qui n'espere qu'en vous, qui vous a tout fié.Que fait donc en vos mains la regence remise,Et vous en servez-vous seulement contre Elise;J'aurois donc bienchoisipour Espoux & pour Roy,Un Prince qui craindroit de s'exposer pour moy.Ce n'est qu'en deffendant, en forçant des murailles,Marchant vers l'ennemy; luy donnant desbatailles,Quand on n'est pas né Roy qu'on se peut couronner.A de moindres exploits je ne me puis donner.Quand ce que j'ay juré pourroit un jour s'enfraindre,Et dans mon coeur changé la vengeance s'esteindre.Mais le Prince Amintas, ne s'est-t'il pas battu?Tient-on secret s'il est, ou vainqueur ou vaincu?
Il vous cherche, Madame.
Il vous cherche, Madame.
Ha! qu'il vienne m'apprendreLe succez du combat que je brûle d'entendre.Je vous demandois, Prince! est-il mort, est-il prisLe barbare Corsaire, & suis-je vostre prix?Ou vaincu, venez vous en affliger Elise,Assez triste dé-ja, d'Amatontesurprise?
Ha! qu'il vienne m'apprendreLe succez du combat que je brûle d'entendre.Je vous demandois, Prince! est-il mort, est-il prisLe barbare Corsaire, & suis-je vostre prix?Ou vaincu, venez vous en affliger Elise,Assez triste dé-ja, d'Amatontesurprise?
AMINTAS, ELISE, NICANOR.
Je suis vaincu, Princesse, & je cede à mon sort.Mon bras blessé n'a fait qu'un inutile effort,Et les longues rigueurs de vôtre fier courage,Ont enfin accomply leur malheureux présage.Je vous perds belle Elise, & je ne cherche plus,D'où venoient vos mépris, vos froideurs, vos refus:Qui pour vous acquerir a manqué de vaillance,A bien plus merité que vostre indifference.Dois-je vous l'avoüer? un illustre vainqueur,Tout ennemy qu'il est, auroit gagné mon coeur.Mon ame auroit esté de la sienne charmée,Dans le temps que sa main la mienne a desarmée,Si je pouvois aimer ce que vous n'aimez pas,Lors que j'ay succombé sous l'effort de son bras,Va Prince, m'a-t'il dit, vis pour aimer Elise;Un Dieu ne feroit pas de plus belle entreprise;Qui par de tels desseins fait envier son sort,En merite un meilleur que mes fers, ou la mort.De si beaux sentimens si conformes aux nôtres,N'adouciront-ils point la cruauté des vôtres?Quoy que par luy vaincu, que par luy malheureux,Je dois cette justice à son coeur genereux,Que sa vaillante main ne m'a laissé la vie,Qu'à cause que l'amour vous l'avoit asservie.Vous souhaittez sa mort; mais j'atteste les Cieux,Qu'il ne parle de vous que comme on fait des Dieux;Qu'il n'est point de mortel plus digne de vous plaire,Et que l'on connoist mal cét illustre Corsaire.
Je suis vaincu, Princesse, & je cede à mon sort.Mon bras blessé n'a fait qu'un inutile effort,Et les longues rigueurs de vôtre fier courage,Ont enfin accomply leur malheureux présage.Je vous perds belle Elise, & je ne cherche plus,D'où venoient vos mépris, vos froideurs, vos refus:Qui pour vous acquerir a manqué de vaillance,A bien plus merité que vostre indifference.Dois-je vous l'avoüer? un illustre vainqueur,Tout ennemy qu'il est, auroit gagné mon coeur.Mon ame auroit esté de la sienne charmée,Dans le temps que sa main la mienne a desarmée,Si je pouvois aimer ce que vous n'aimez pas,Lors que j'ay succombé sous l'effort de son bras,Va Prince, m'a-t'il dit, vis pour aimer Elise;Un Dieu ne feroit pas de plus belle entreprise;Qui par de tels desseins fait envier son sort,En merite un meilleur que mes fers, ou la mort.De si beaux sentimens si conformes aux nôtres,N'adouciront-ils point la cruauté des vôtres?Quoy que par luy vaincu, que par luy malheureux,Je dois cette justice à son coeur genereux,Que sa vaillante main ne m'a laissé la vie,Qu'à cause que l'amour vous l'avoit asservie.Vous souhaittez sa mort; mais j'atteste les Cieux,Qu'il ne parle de vous que comme on fait des Dieux;Qu'il n'est point de mortel plus digne de vous plaire,Et que l'on connoist mal cét illustre Corsaire.
Adjouste, Amintas, que cét heureux vainqueur,Vous oste à mesme temps la victoire & le coeur.D'autres guerriers que vous dans l'Asie ou la Grece,Prendront les interests d'une jeune Princesse,Combatront Orosmane, & s'ils en sont vaincus,Ne luy parleront point de ses rares vertus.
Adjouste, Amintas, que cét heureux vainqueur,Vous oste à mesme temps la victoire & le coeur.D'autres guerriers que vous dans l'Asie ou la Grece,Prendront les interests d'une jeune Princesse,Combatront Orosmane, & s'ils en sont vaincus,Ne luy parleront point de ses rares vertus.
Vous me blasmez, Madame, à cause que j'estime,En mon ennemy mesme, un vainqueur magnanimeJugez plustost par là, combien c'est vous aymer,Que de haïr pour vous ce qu'on doit estimer:Obligé de la vie à ce vaillant Corsaire,Je préfere à l'honneur la gloire de vous plaire;Car ingrate beauté, quand mon noble vainqueur,Me devroit reprocher que je suis sans honneur,Dans son Camp, dans sa tente, au peril de ma vie,J'iray par son trépas assouvir vôtre envie;Privé mesme d'espoir de vous plus posseder,Je veux pour vous encore aller tout hazarder.
Vous me blasmez, Madame, à cause que j'estime,En mon ennemy mesme, un vainqueur magnanimeJugez plustost par là, combien c'est vous aymer,Que de haïr pour vous ce qu'on doit estimer:Obligé de la vie à ce vaillant Corsaire,Je préfere à l'honneur la gloire de vous plaire;Car ingrate beauté, quand mon noble vainqueur,Me devroit reprocher que je suis sans honneur,Dans son Camp, dans sa tente, au peril de ma vie,J'iray par son trépas assouvir vôtre envie;Privé mesme d'espoir de vous plus posseder,Je veux pour vous encore aller tout hazarder.
Un si beau desespoir, Prince, plus qu'autre chose,Pourroit faire cesser le malheur qui le cause.Vaincre au milieu des siens mon ennemy cruel,C'est bien un autre exploit que le vaincre en duel.Pour les biens de l'amour comme de la fortune,Ce qu'on manque une fois se doit tenter plus d'une:On s'expose pour vaincre, on vainc en combattant,Et la guerre & l'amour, veulent qu'on soit constant.
Un si beau desespoir, Prince, plus qu'autre chose,Pourroit faire cesser le malheur qui le cause.Vaincre au milieu des siens mon ennemy cruel,C'est bien un autre exploit que le vaincre en duel.Pour les biens de l'amour comme de la fortune,Ce qu'on manque une fois se doit tenter plus d'une:On s'expose pour vaincre, on vainc en combattant,Et la guerre & l'amour, veulent qu'on soit constant.
Mais la guerre & l'amour couronnent la constance.Et des plus malheureux font vivre l'esperance.
Mais la guerre & l'amour couronnent la constance.Et des plus malheureux font vivre l'esperance.
Mais un coeur genereux, de malheurs combattu,Pour perdre son espoir ne perd point sa vertu.Songez songez plustost à l'Armée ennemie,Qui menace Paphos par la Paix endormie;Songez à nos remparts en danger d'estre pris,Et songez qu'il faut vaincre avant qu'avoir un prixTandis que nostre encens brûlera dans nos Temples,Allez aux Cypriens donner de beaux exemples;Ils vous tendent les bras, courez les secourir,Et pour vous mesme enfin, allez vaincre ou mourir.
Mais un coeur genereux, de malheurs combattu,Pour perdre son espoir ne perd point sa vertu.Songez songez plustost à l'Armée ennemie,Qui menace Paphos par la Paix endormie;Songez à nos remparts en danger d'estre pris,Et songez qu'il faut vaincre avant qu'avoir un prixTandis que nostre encens brûlera dans nos Temples,Allez aux Cypriens donner de beaux exemples;Ils vous tendent les bras, courez les secourir,Et pour vous mesme enfin, allez vaincre ou mourir.
NICANOR, AMINTAS.
Deffions-nous, mon fils, de cette ame cachée:Quand du commun danger elle paroist touchée,Et nous porte aucombatpour le salut de tous,Elle veut seulement se deffaire de nous.
Deffions-nous, mon fils, de cette ame cachée:Quand du commun danger elle paroist touchée,Et nous porte aucombatpour le salut de tous,Elle veut seulement se deffaire de nous.
Quelque dessein qu'elle ait, cette belle Princesse,Sa volonté tousiours de la mienne Maistresse,Et de mes actions seule, & fatale Loy,Dispose absolument de moy-mesme sans moy.Heureux qu'en ce rencontre elle ne me propose,Qu'une bonne action, à quoy rien ne s'oppose,Et qu'elle ne se sert de son divin pouvoir,Qu'à porter mon courage à faire son devoir.
Quelque dessein qu'elle ait, cette belle Princesse,Sa volonté tousiours de la mienne Maistresse,Et de mes actions seule, & fatale Loy,Dispose absolument de moy-mesme sans moy.Heureux qu'en ce rencontre elle ne me propose,Qu'une bonne action, à quoy rien ne s'oppose,Et qu'elle ne se sert de son divin pouvoir,Qu'à porter mon courage à faire son devoir.
Qu'aveuglement tu suis une amour insensée!
Qu'aveuglement tu suis une amour insensée!
Vous m'en avez Seigneur, inspiré la pensée.
Vous m'en avez Seigneur, inspiré la pensée.
On change de dessein selon l'utilité.
On change de dessein selon l'utilité.
On ne suit pas ainsi l'exacte probité.
On ne suit pas ainsi l'exacte probité.
Ha! ne te pique point de ces vertus frivolles,
Ha! ne te pique point de ces vertus frivolles,
C'est perdre temps, Seigneur, en de vaines parolles,Tandis que de Paphos tout le peuple estonné,Se croit avec raison de nous abandonné.Donnons pour son salut les ordres necessaires;Envoyons des partis observer les Corsaires.Tandis que vous veillez à deffendre nos Murs,Employez ma valeur aux travaux les plus durs.Rendez-moy digne enfin de ces hautes pensées,Que vos conseils hardis dans mon ame ont laissées,
C'est perdre temps, Seigneur, en de vaines parolles,Tandis que de Paphos tout le peuple estonné,Se croit avec raison de nous abandonné.Donnons pour son salut les ordres necessaires;Envoyons des partis observer les Corsaires.Tandis que vous veillez à deffendre nos Murs,Employez ma valeur aux travaux les plus durs.Rendez-moy digne enfin de ces hautes pensées,Que vos conseils hardis dans mon ame ont laissées,
Allons donc faire encore des ingrats dans Paphos.
Allons donc faire encore des ingrats dans Paphos.
AMINTAS, CRITON.
Prens mes armes, Criton, & deux de mes chevaux,Sur le bord de la mer je te joins dans une heure;Mais ne te lasse point de ma longue demeure.Les Princes éclairez, & suivis en tous lieux,Ont dans leurs actions à tromper bien des yeux,Et ce monde empressé qui ne les quitte guere,Les rend plus malheureux que ne croit le vulguaire,Je veux aller combattre Orosmane en son Camp;Nous sommes peu, Criton, pour un dessein si grand
Prens mes armes, Criton, & deux de mes chevaux,Sur le bord de la mer je te joins dans une heure;Mais ne te lasse point de ma longue demeure.Les Princes éclairez, & suivis en tous lieux,Ont dans leurs actions à tromper bien des yeux,Et ce monde empressé qui ne les quitte guere,Les rend plus malheureux que ne croit le vulguaire,Je veux aller combattre Orosmane en son Camp;Nous sommes peu, Criton, pour un dessein si grand
Un semblable dessein n'en veut pas davantage.
Un semblable dessein n'en veut pas davantage.
Je voulois éprouver ton sens, & ton courage.
Je voulois éprouver ton sens, & ton courage.
Mon zele?....
Mon zele?....
Il m'est connu, va viste, & sois adroit.
Il m'est connu, va viste, & sois adroit.
Seigneur....
Seigneur....
Je la voy bien, va, disje, & soit secret.
Je la voy bien, va, disje, & soit secret.
ALCIONNE, AMINTAS.
Ha Prince! il est donc vray que ma soeur vous engage,A verser vostre sang pour venger un outrage,Et vous expose encore à ce honteux duel;A l'incertaine foy d'un Corsaire cruel;Des charmes de ses yeux, ceux de son diadême,Vous jettent donc encore en ce peril extrême;
Ha Prince! il est donc vray que ma soeur vous engage,A verser vostre sang pour venger un outrage,Et vous expose encore à ce honteux duel;A l'incertaine foy d'un Corsaire cruel;Des charmes de ses yeux, ceux de son diadême,Vous jettent donc encore en ce peril extrême;
Que pensez-vous de moy, Madame? ah! jugez mieuxD'un Prince décendu de vos nobles Ayeux.Un coeur que la beauté de vostre soeur inspire,Fait aller ses desirs plus loin que son Empire,Et ne fait point servir sa noble ambition,A l'avare interest d'une autre passion.Quand je devins d'Elise esclave volontaire,Son Trône à m'asservir luy fut peu necessaire,Il prit dans ses beaux yeux l'éclat qu'il eut pour moy,Et son merite seul me rangea sous sa loy.
Que pensez-vous de moy, Madame? ah! jugez mieuxD'un Prince décendu de vos nobles Ayeux.Un coeur que la beauté de vostre soeur inspire,Fait aller ses desirs plus loin que son Empire,Et ne fait point servir sa noble ambition,A l'avare interest d'une autre passion.Quand je devins d'Elise esclave volontaire,Son Trône à m'asservir luy fut peu necessaire,Il prit dans ses beaux yeux l'éclat qu'il eut pour moy,Et son merite seul me rangea sous sa loy.
Devez-vous hazarder des jours comme les vostres,Quand de vostre salut depend celuy des autres,Et quand par vostre mort l'Estat aura perdu,L'unique Protecteur qui l'auroit deffendu;
Devez-vous hazarder des jours comme les vostres,Quand de vostre salut depend celuy des autres,Et quand par vostre mort l'Estat aura perdu,L'unique Protecteur qui l'auroit deffendu;
Je me connois, Madame, & lors que je m'expose,Je croy n'exposer rien, ou du moins peu de chose.Elise m'apprend trop par d'éternels mépris,Que mes jours malheureux ne sont pas de grand prix.
Je me connois, Madame, & lors que je m'expose,Je croy n'exposer rien, ou du moins peu de chose.Elise m'apprend trop par d'éternels mépris,Que mes jours malheureux ne sont pas de grand prix.
Un injuste mépris n'oste rien du merite,Or la fiere beauté que vostre amour irrite,Peut avoir eu pour vous d'injustes cruautez,Sans avoir ignoré ce que vous meritez.Mais Amant malheureux, vous sçavez d'elle-mesme,D'où son coeur a pour vous cette froideur extrême,Et que ce coeur fidelle aux cendres d'un Amant,Vous suscite un Rival au fond d'un monument,Tel que Cypre aujourd'huy vous admire, & vous prise;Car tout n'est pas dans Cypre injuste autant qu'Elise,Vous meritez un coeur qui vous sceût estimer,Un coeur qui pour vous seul eust commencé d'aimer.
Un injuste mépris n'oste rien du merite,Or la fiere beauté que vostre amour irrite,Peut avoir eu pour vous d'injustes cruautez,Sans avoir ignoré ce que vous meritez.Mais Amant malheureux, vous sçavez d'elle-mesme,D'où son coeur a pour vous cette froideur extrême,Et que ce coeur fidelle aux cendres d'un Amant,Vous suscite un Rival au fond d'un monument,Tel que Cypre aujourd'huy vous admire, & vous prise;Car tout n'est pas dans Cypre injuste autant qu'Elise,Vous meritez un coeur qui vous sceût estimer,Un coeur qui pour vous seul eust commencé d'aimer.
Elise rigoureuse, Elise pitoyable,Elle est toujours Elise, elle est tousiours aimable,Et tousiours Amintas méprisé, malheureux,Sera tousiours fidelle & toujours amoureux.
Elise rigoureuse, Elise pitoyable,Elle est toujours Elise, elle est tousiours aimable,Et tousiours Amintas méprisé, malheureux,Sera tousiours fidelle & toujours amoureux.
Un plus sage que vous en aimeroit une autre,Qui feroit son bonheur d'un coeur du prix du votre,Un autre aussi bien qu'elle a droit de vous donner;Le titre qui vous manque à vous voir couronner.Car enfin vous seriez. O Dieux! que vay-je dire?Vous seriez plus heureux, si vous sçaviez dire.Adieu Prince.
Un plus sage que vous en aimeroit une autre,Qui feroit son bonheur d'un coeur du prix du votre,Un autre aussi bien qu'elle a droit de vous donner;Le titre qui vous manque à vous voir couronner.Car enfin vous seriez. O Dieux! que vay-je dire?Vous seriez plus heureux, si vous sçaviez dire.Adieu Prince.
Elle sort.
Ha! j'entends, je serois plus heureux,Se je pouvois forcer un destin malheureux,Qui me force d'aimer celle qui me méprise,Et me fait mépriser celle qui m'est acquise.Mais, ô vous! qui m'offrez un Sceptre, & vostre Foy,Pourriez-vous bien changer, si vous n'aymiez que moy?Jugez, jugez, ô vous! dont je crains la cholere,Par ce que vous feriez, de ce que je puis faire.Je voudrois vous aymer, & ne le devant pas,J'en souffre des tourmens pires que le trépas.Pouvoir tant pour un autre, & si peu pour moy-mesme,C'est bien encore un coup de mon malheur extrême,Et c'est bien sans raison que j'ose demander,Ce que je ne veux pas ny ne dois accorder.
Ha! j'entends, je serois plus heureux,Se je pouvois forcer un destin malheureux,Qui me force d'aimer celle qui me méprise,Et me fait mépriser celle qui m'est acquise.Mais, ô vous! qui m'offrez un Sceptre, & vostre Foy,Pourriez-vous bien changer, si vous n'aymiez que moy?Jugez, jugez, ô vous! dont je crains la cholere,Par ce que vous feriez, de ce que je puis faire.Je voudrois vous aymer, & ne le devant pas,J'en souffre des tourmens pires que le trépas.Pouvoir tant pour un autre, & si peu pour moy-mesme,C'est bien encore un coup de mon malheur extrême,Et c'est bien sans raison que j'ose demander,Ce que je ne veux pas ny ne dois accorder.
NICANOR, AMINTAS.
La fortune est pour nous, cessons de nous en plaindre,Ce fier Corsaire est pris; nous n'avons plus à craindre;La tempeste a brisé son vaisseau contre un banc;Tu te voy son vainqueur, sans répandre de sang;La Princesse est à toy; la Cypre est secouruë,Réjoüy-toy, mon fils.
La fortune est pour nous, cessons de nous en plaindre,Ce fier Corsaire est pris; nous n'avons plus à craindre;La tempeste a brisé son vaisseau contre un banc;Tu te voy son vainqueur, sans répandre de sang;La Princesse est à toy; la Cypre est secouruë,Réjoüy-toy, mon fils.
O disgrace impreveuë!
O disgrace impreveuë!