IV
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Des deux filles que Louis XIV eut de la marquise de Montespan, la plus remarquable par son esprit—cet esprit des Mortemart, célèbre au XVIesiècle, esprit caustique, plein de saillies, souvent à l'emporte-pièce—fut Mademoiselle de Nantes. Née en 1673,mariée en 1685, à Louis III, duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé, sœur de la duchesse d'Orléans, femme du régent, elle ne mourut qu'en 1743. Survivant de trente-trois ans à son mari, elle passa son long veuvage dans les douceurs de l'amitié, peut-être d'un sentiment plus tendre, que lui inspira le marquis de Lassay, et dans la société des hommes d'esprit et des gens de lettres. «Dans une taille contrefaite, dit Saint-Simon, mais qui s'apercevait peu, sa figure était formée par les plus tendres amours, et son esprit était fait pour se jouer d'eux à son gré sans en être dominée... Rien en elle qui n'allât naturellement à plaire, avec une grâce non pareille jusque dans ses moindres actions, avec un esprit tout aussi naturel qui avait mille charmes... Avec ces qualités, beaucoup d'esprit, de sens pour la cabale et les affaires... féconde en chansons les plus cruelles dont elle affublait gaîment les personnes qu'elle semblaitaimer et qui passaient leur vie avec elle. C'était la sirène des poètes, qui en avait tous les charmes et les périls.» Ailleurs, Saint-Simon, revenant sur ce talent pour la chanson et l'épigramme, dit: «Mmela duchesse qui avait bien de la grâce et de l'esprit à l'art des chansons salées, en fit d'étranges.» Cette verve satirique de la jeune princesse s'attaquait même à Louis XIV, et aux mœurs sévères que Mmede Maintenon avait introduites à la cour, comme le prouvent ces vers d'elle qui coururent en 1691, après le voyage du roi en Flandre:
Enfin, après un mois je vous vois de retour,Courtisans surannés, vrais remèdes d'amour,Je vous revois, vieux fous si chéris de nos mères,Lorsque restés sur nos frontières,Nos amans loin de nous sont dans le champ de MarsPour livrer leurs beaux jours aux plus cruels hasards.Ah! qu'une vieille cour à nos yeux est hideuse!!On n'y parle jamais ni d'amour ni d'amans;Qu'une princesse est malheureuseD'y passer ses plus jeunes ans!Que c'est une chose ennuyeuseDe ne voir que de vieux pédans!
Enfin, après un mois je vous vois de retour,Courtisans surannés, vrais remèdes d'amour,Je vous revois, vieux fous si chéris de nos mères,Lorsque restés sur nos frontières,Nos amans loin de nous sont dans le champ de MarsPour livrer leurs beaux jours aux plus cruels hasards.Ah! qu'une vieille cour à nos yeux est hideuse!!On n'y parle jamais ni d'amour ni d'amans;Qu'une princesse est malheureuseD'y passer ses plus jeunes ans!Que c'est une chose ennuyeuseDe ne voir que de vieux pédans!
Enfin, après un mois je vous vois de retour,
Courtisans surannés, vrais remèdes d'amour,
Je vous revois, vieux fous si chéris de nos mères,
Lorsque restés sur nos frontières,
Nos amans loin de nous sont dans le champ de Mars
Pour livrer leurs beaux jours aux plus cruels hasards.
Ah! qu'une vieille cour à nos yeux est hideuse!!
On n'y parle jamais ni d'amour ni d'amans;
Qu'une princesse est malheureuse
D'y passer ses plus jeunes ans!
Que c'est une chose ennuyeuse
De ne voir que de vieux pédans!
La bibliothèque qu'elle avait rassemblée dans ce magnifiquepalais Bourbon qu'elle avait fait construire, et dont la plus grande partie a disparu pour être remplacée par le Palais Législatif, était riche et bien choisie. Ses livres se distinguaient par la magnificence des reliures, la plupart exécutées par Derôme et Padeloup. Ils étaient timbrés à ses armes: deux écus accolés, le premier,de France, au bâton péri en bande de gueules; le second, ausside France, au bâton péri en barre de gueules, qui est de Condé.