Le lac, plus lent qu’une huile azurée, se repose,Et le doux ciel, couleur d’abricot et de rose,Penche sur lui sa calme et pensive langueur.Les grillons, dans les prés, ont commencé leurs chœurs:Scintillement sonore, et qui semble un cantiqueVers la première étoile, humble et mélancolique,Qui fait trembler aux cieux sa liquide lueur...L’automne épand déjà ses fumeuses odeurs.Un voilier las, avec ses deux voiles dressées,Rêve comme un clocher d’église délaissée.Touffus et frémissants dans le soir spacieux,Les peupliers ont l’air de hauts cyprès joyeux;Au bord des champs où flotte une vapeur d’albâtreLes cloches des troupeaux semblent fêter le pâtre.Teinté de sombre argent, un cèdre contournéA le tumulte obscur d’un nuage enchaînéQui roule sur l’éther sa foudre ténébreuse...Et l’ombre vient, luisante, épandue, onctueuse.Les montagnes sur l’eau pèsent légèrement;Tout semble délicat, plein de détachement,On ne sait quelle éparse et vague quiétudeMédite. Un clair fanal, douce sollicitude,Egoutte dans les flots son rubis scintillant.##O nuits de Lamartine et de Chateaubriand!Vent dans les peupliers, sources sur les collines,Tintement des grelots aux coursiers des berlines,Villages traversés, secrète humiditéDes vallons où le frais silence est abrité!Calme lampe aux carreaux d’une humble hôtellerie,Bruit pressé des torrents, travaux des bûcherons,Vieux hêtres abattus dont les écorces fontFlotter un parfum d’eau et de menuiserie,Quoi! j’avais délaissé vos poignantes douceurs?Retirée en un grave et mystique labeur,Le regard détourné, l’âme puissante et rude,Je montais vers ma paix et vers ma solitude!##Nature, accordez-moi le plus d’amour humain,Le plus de ses clartés, le plus de ses ténèbres,Et la grâce d’errer sur les communs chemins,Loin de toute grandeur isolée et funèbre;Accordez-moi de vivre encor chez les vivants,D’entendre les moulins, le bruit de la scierie,Le rire des pays égayés par le vent,Et de tout recevoir avec un cœur qui prie,Un cœur toujours empli, toujours communicant,Qui ne veut que sa part de la tâche des autres,Et qui ne rêve pas à l’écart, évoquantL’auréole orgueilleuse et triste des apôtres!Que tout me soit amour, douceur, humanité:La vigne, le village et les feux de septembre,Les maisons rapprochées de si bonne amitié,L’universel labeur dans le secret des chambres;Et que je ne sois plus,—au-dessus des abîmesOù mon farouche esprit se tenait asservi,—Comme un aigle blessé en atteignant les cimes,Qui ne peut redescendre, et qu’on n’a pas suivi!
Le lac, plus lent qu’une huile azurée, se repose,Et le doux ciel, couleur d’abricot et de rose,Penche sur lui sa calme et pensive langueur.Les grillons, dans les prés, ont commencé leurs chœurs:Scintillement sonore, et qui semble un cantiqueVers la première étoile, humble et mélancolique,Qui fait trembler aux cieux sa liquide lueur...L’automne épand déjà ses fumeuses odeurs.Un voilier las, avec ses deux voiles dressées,Rêve comme un clocher d’église délaissée.Touffus et frémissants dans le soir spacieux,Les peupliers ont l’air de hauts cyprès joyeux;Au bord des champs où flotte une vapeur d’albâtreLes cloches des troupeaux semblent fêter le pâtre.Teinté de sombre argent, un cèdre contournéA le tumulte obscur d’un nuage enchaînéQui roule sur l’éther sa foudre ténébreuse...Et l’ombre vient, luisante, épandue, onctueuse.Les montagnes sur l’eau pèsent légèrement;Tout semble délicat, plein de détachement,On ne sait quelle éparse et vague quiétudeMédite. Un clair fanal, douce sollicitude,Egoutte dans les flots son rubis scintillant.##O nuits de Lamartine et de Chateaubriand!Vent dans les peupliers, sources sur les collines,Tintement des grelots aux coursiers des berlines,Villages traversés, secrète humiditéDes vallons où le frais silence est abrité!Calme lampe aux carreaux d’une humble hôtellerie,Bruit pressé des torrents, travaux des bûcherons,Vieux hêtres abattus dont les écorces fontFlotter un parfum d’eau et de menuiserie,Quoi! j’avais délaissé vos poignantes douceurs?Retirée en un grave et mystique labeur,Le regard détourné, l’âme puissante et rude,Je montais vers ma paix et vers ma solitude!##Nature, accordez-moi le plus d’amour humain,Le plus de ses clartés, le plus de ses ténèbres,Et la grâce d’errer sur les communs chemins,Loin de toute grandeur isolée et funèbre;Accordez-moi de vivre encor chez les vivants,D’entendre les moulins, le bruit de la scierie,Le rire des pays égayés par le vent,Et de tout recevoir avec un cœur qui prie,Un cœur toujours empli, toujours communicant,Qui ne veut que sa part de la tâche des autres,Et qui ne rêve pas à l’écart, évoquantL’auréole orgueilleuse et triste des apôtres!Que tout me soit amour, douceur, humanité:La vigne, le village et les feux de septembre,Les maisons rapprochées de si bonne amitié,L’universel labeur dans le secret des chambres;Et que je ne sois plus,—au-dessus des abîmesOù mon farouche esprit se tenait asservi,—Comme un aigle blessé en atteignant les cimes,Qui ne peut redescendre, et qu’on n’a pas suivi!
Le lac, plus lent qu’une huile azurée, se repose,Et le doux ciel, couleur d’abricot et de rose,Penche sur lui sa calme et pensive langueur.Les grillons, dans les prés, ont commencé leurs chœurs:Scintillement sonore, et qui semble un cantiqueVers la première étoile, humble et mélancolique,Qui fait trembler aux cieux sa liquide lueur...
L’automne épand déjà ses fumeuses odeurs.
Un voilier las, avec ses deux voiles dressées,Rêve comme un clocher d’église délaissée.Touffus et frémissants dans le soir spacieux,Les peupliers ont l’air de hauts cyprès joyeux;Au bord des champs où flotte une vapeur d’albâtreLes cloches des troupeaux semblent fêter le pâtre.Teinté de sombre argent, un cèdre contournéA le tumulte obscur d’un nuage enchaînéQui roule sur l’éther sa foudre ténébreuse...Et l’ombre vient, luisante, épandue, onctueuse.Les montagnes sur l’eau pèsent légèrement;Tout semble délicat, plein de détachement,On ne sait quelle éparse et vague quiétudeMédite. Un clair fanal, douce sollicitude,Egoutte dans les flots son rubis scintillant.##O nuits de Lamartine et de Chateaubriand!Vent dans les peupliers, sources sur les collines,Tintement des grelots aux coursiers des berlines,Villages traversés, secrète humiditéDes vallons où le frais silence est abrité!Calme lampe aux carreaux d’une humble hôtellerie,Bruit pressé des torrents, travaux des bûcherons,Vieux hêtres abattus dont les écorces fontFlotter un parfum d’eau et de menuiserie,Quoi! j’avais délaissé vos poignantes douceurs?Retirée en un grave et mystique labeur,Le regard détourné, l’âme puissante et rude,Je montais vers ma paix et vers ma solitude!
##Nature, accordez-moi le plus d’amour humain,Le plus de ses clartés, le plus de ses ténèbres,Et la grâce d’errer sur les communs chemins,Loin de toute grandeur isolée et funèbre;
Accordez-moi de vivre encor chez les vivants,D’entendre les moulins, le bruit de la scierie,Le rire des pays égayés par le vent,Et de tout recevoir avec un cœur qui prie,
Un cœur toujours empli, toujours communicant,Qui ne veut que sa part de la tâche des autres,Et qui ne rêve pas à l’écart, évoquantL’auréole orgueilleuse et triste des apôtres!
Que tout me soit amour, douceur, humanité:La vigne, le village et les feux de septembre,Les maisons rapprochées de si bonne amitié,L’universel labeur dans le secret des chambres;
Et que je ne sois plus,—au-dessus des abîmesOù mon farouche esprit se tenait asservi,—Comme un aigle blessé en atteignant les cimes,Qui ne peut redescendre, et qu’on n’a pas suivi!
Ah! si d’ardeur ton cœur expire,Si tu meurs d’un rêve hautain,Descends dans le calme jardin,Ne dis rien, regarde, respire;Le parfum des pois de senteurOuvre ses ailes et se pâme;Le ciel d’azur, le ciel de flamme,Est sombre à force de chaleur!Demeure là, les mains croisées,Les yeux perdus à l’horizon,A voir luire sur les maisonsLes toits aux pentes ardoisées.Des coqs, chantant dans le lointain,Soupirent comme des colombesSous la chaleur qui les surplombe.Le soir semble un brumeux matin.Douceur du soir! le hameau fume,La rue est vive comme un quaiOù le poisson est débarqué;Un pigeon flotte, blanche écume.Vois, il n’y a pas que l’amourSur la profonde et douce terre;Sache aimer cet autre mystère:L’effort, le travail, le labour.Des corps, que la vie exténue,S’en viennent sur les pavés bleus;Les bras, les visages caleuxSont emplis de joie ingénue.Un homme tient un arrosoir;Ce plumage d’eau se balanceSur les choux qui, dans le silence,Goûtent aussi la paix du soir.Il se forme au ciel un nuage;Regarde les bonds, les sursauts,De quatre tout petits oiseaux,Qui volent sur le ciel d’orage!Un œillet tremble, secouéD’un coup vif de petite trique,Quand le lourd frelon électriqueA sa tige reste cloué.Par la vapeur d’eau des rivièresLes prés verts semblent enlacés;Le soir vient, les bruits ont cessé;##Etranger, mon ami, mon frère,Il n’est pas que la passion,Que le désir et que l’ivresse,La nature aussi te caresseD’une paisible pression;Les rêves que ton cœur exhaleTe font gémir et défaillir;Eteins ces feux et viens cueillirLe jasmin aux quatre pétales.Abdique le sublime orgueilDe la langueur où tu t’abîmes,Et vois, flambeau des vertes cimes,Bondir le sauvage écureuil!
Ah! si d’ardeur ton cœur expire,Si tu meurs d’un rêve hautain,Descends dans le calme jardin,Ne dis rien, regarde, respire;Le parfum des pois de senteurOuvre ses ailes et se pâme;Le ciel d’azur, le ciel de flamme,Est sombre à force de chaleur!Demeure là, les mains croisées,Les yeux perdus à l’horizon,A voir luire sur les maisonsLes toits aux pentes ardoisées.Des coqs, chantant dans le lointain,Soupirent comme des colombesSous la chaleur qui les surplombe.Le soir semble un brumeux matin.Douceur du soir! le hameau fume,La rue est vive comme un quaiOù le poisson est débarqué;Un pigeon flotte, blanche écume.Vois, il n’y a pas que l’amourSur la profonde et douce terre;Sache aimer cet autre mystère:L’effort, le travail, le labour.Des corps, que la vie exténue,S’en viennent sur les pavés bleus;Les bras, les visages caleuxSont emplis de joie ingénue.Un homme tient un arrosoir;Ce plumage d’eau se balanceSur les choux qui, dans le silence,Goûtent aussi la paix du soir.Il se forme au ciel un nuage;Regarde les bonds, les sursauts,De quatre tout petits oiseaux,Qui volent sur le ciel d’orage!Un œillet tremble, secouéD’un coup vif de petite trique,Quand le lourd frelon électriqueA sa tige reste cloué.Par la vapeur d’eau des rivièresLes prés verts semblent enlacés;Le soir vient, les bruits ont cessé;##Etranger, mon ami, mon frère,Il n’est pas que la passion,Que le désir et que l’ivresse,La nature aussi te caresseD’une paisible pression;Les rêves que ton cœur exhaleTe font gémir et défaillir;Eteins ces feux et viens cueillirLe jasmin aux quatre pétales.Abdique le sublime orgueilDe la langueur où tu t’abîmes,Et vois, flambeau des vertes cimes,Bondir le sauvage écureuil!
Ah! si d’ardeur ton cœur expire,Si tu meurs d’un rêve hautain,Descends dans le calme jardin,Ne dis rien, regarde, respire;
Le parfum des pois de senteurOuvre ses ailes et se pâme;Le ciel d’azur, le ciel de flamme,Est sombre à force de chaleur!
Demeure là, les mains croisées,Les yeux perdus à l’horizon,A voir luire sur les maisonsLes toits aux pentes ardoisées.
Des coqs, chantant dans le lointain,Soupirent comme des colombesSous la chaleur qui les surplombe.Le soir semble un brumeux matin.
Douceur du soir! le hameau fume,La rue est vive comme un quaiOù le poisson est débarqué;Un pigeon flotte, blanche écume.
Vois, il n’y a pas que l’amourSur la profonde et douce terre;Sache aimer cet autre mystère:L’effort, le travail, le labour.
Des corps, que la vie exténue,S’en viennent sur les pavés bleus;Les bras, les visages caleuxSont emplis de joie ingénue.
Un homme tient un arrosoir;Ce plumage d’eau se balanceSur les choux qui, dans le silence,Goûtent aussi la paix du soir.
Il se forme au ciel un nuage;Regarde les bonds, les sursauts,De quatre tout petits oiseaux,Qui volent sur le ciel d’orage!
Un œillet tremble, secouéD’un coup vif de petite trique,Quand le lourd frelon électriqueA sa tige reste cloué.
Par la vapeur d’eau des rivièresLes prés verts semblent enlacés;Le soir vient, les bruits ont cessé;##Etranger, mon ami, mon frère,
Il n’est pas que la passion,Que le désir et que l’ivresse,La nature aussi te caresseD’une paisible pression;
Les rêves que ton cœur exhaleTe font gémir et défaillir;Eteins ces feux et viens cueillirLe jasmin aux quatre pétales.
Abdique le sublime orgueilDe la langueur où tu t’abîmes,Et vois, flambeau des vertes cimes,Bondir le sauvage écureuil!
Bonté de l’univers que je croyais éteinte,Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur,Je ressens aujourd’hui vos suaves atteintes;Ma main touche, au jardin succulent de moiteur,Le sucre indigo des jacinthes!Les oiseaux étourdis, au vol brusque ou glissant,Dans le bleuâtre éther qu’emplit un chaud vertige,D’un gosier tout enduit du suc laiteux des tigesFont jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants!##Et, bien que le beau jour soit loin de la soirée,Bien qu’encor le soleil étende sur les mursSa nappe de safran éclatante et moirée,Déjà la molle lune, au contour pâle et pur,Comme un soupir figé rêve au fond de l’azur...
Bonté de l’univers que je croyais éteinte,Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur,Je ressens aujourd’hui vos suaves atteintes;Ma main touche, au jardin succulent de moiteur,Le sucre indigo des jacinthes!Les oiseaux étourdis, au vol brusque ou glissant,Dans le bleuâtre éther qu’emplit un chaud vertige,D’un gosier tout enduit du suc laiteux des tigesFont jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants!##Et, bien que le beau jour soit loin de la soirée,Bien qu’encor le soleil étende sur les mursSa nappe de safran éclatante et moirée,Déjà la molle lune, au contour pâle et pur,Comme un soupir figé rêve au fond de l’azur...
Bonté de l’univers que je croyais éteinte,Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur,Je ressens aujourd’hui vos suaves atteintes;Ma main touche, au jardin succulent de moiteur,Le sucre indigo des jacinthes!
Les oiseaux étourdis, au vol brusque ou glissant,Dans le bleuâtre éther qu’emplit un chaud vertige,D’un gosier tout enduit du suc laiteux des tigesFont jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants!
##Et, bien que le beau jour soit loin de la soirée,Bien qu’encor le soleil étende sur les mursSa nappe de safran éclatante et moirée,Déjà la molle lune, au contour pâle et pur,Comme un soupir figé rêve au fond de l’azur...
O nuit d’été, maladie inconnue,combien tu me fais mal!JULES LAFORGUE.
O nuit d’été, maladie inconnue,combien tu me fais mal!JULES LAFORGUE.
O nuit d’été, maladie inconnue,combien tu me fais mal!JULES LAFORGUE.
Chaleur des nuits d’été, comme une confidenceDans l’espace épandue, et semblant aspirerLe grand soupir des cœurs qui songent en silence,Je vous contemple avec un désespoir sacré!Les passants, enroulés dans la moiteur paisibleDe cette nuit bleuâtre au souffle végétal,Se meuvent comme au fond d’un parc orientalL’ombre des rossignols furtifs et susceptibles.Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruitDans la rue amollie où le lourd pavé luit;C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent:Tout effort est dans l’ombre oisive relégué.Les parfums engourdis et compacts interceptentLa circulation des zéphyrs fatigués.Il semble que mon cœur soit plus soumis, plus sage;Je regarde la terre où s’entassent les âgesEt la voûte du ciel, pur, métallique et doux.Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,Apaisé mon délire et son brûlant courage,Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout?La lune éblouissante appuie au fond des nuesSon sublime débris ténébreux et luisant,Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue;Son chaud torrent sur moi abondamment descendComme un triste baiser négligent et pesant.Deux étoiles, ainsi que deux âmes plaintives,Semblent accélérer leur implorant regard.L’univers est posé sur mes deux mains chétives;Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard,Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives.Que de jours ont passé sur ce qui fut mon cœur,Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescenteQui, fière comme l’onde et comme elle puissante,Luttait par son amour contre tout ce qui meurt!Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire,Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer;Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer,Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoireEt cherche en vain la source au milieu du désert.##Et je regarde, avec une tristesse immense,Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur,L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance,Et la lune immobile au-dessus de mon cœur...
Chaleur des nuits d’été, comme une confidenceDans l’espace épandue, et semblant aspirerLe grand soupir des cœurs qui songent en silence,Je vous contemple avec un désespoir sacré!Les passants, enroulés dans la moiteur paisibleDe cette nuit bleuâtre au souffle végétal,Se meuvent comme au fond d’un parc orientalL’ombre des rossignols furtifs et susceptibles.Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruitDans la rue amollie où le lourd pavé luit;C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent:Tout effort est dans l’ombre oisive relégué.Les parfums engourdis et compacts interceptentLa circulation des zéphyrs fatigués.Il semble que mon cœur soit plus soumis, plus sage;Je regarde la terre où s’entassent les âgesEt la voûte du ciel, pur, métallique et doux.Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,Apaisé mon délire et son brûlant courage,Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout?La lune éblouissante appuie au fond des nuesSon sublime débris ténébreux et luisant,Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue;Son chaud torrent sur moi abondamment descendComme un triste baiser négligent et pesant.Deux étoiles, ainsi que deux âmes plaintives,Semblent accélérer leur implorant regard.L’univers est posé sur mes deux mains chétives;Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard,Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives.Que de jours ont passé sur ce qui fut mon cœur,Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescenteQui, fière comme l’onde et comme elle puissante,Luttait par son amour contre tout ce qui meurt!Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire,Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer;Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer,Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoireEt cherche en vain la source au milieu du désert.##Et je regarde, avec une tristesse immense,Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur,L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance,Et la lune immobile au-dessus de mon cœur...
Chaleur des nuits d’été, comme une confidenceDans l’espace épandue, et semblant aspirerLe grand soupir des cœurs qui songent en silence,Je vous contemple avec un désespoir sacré!
Les passants, enroulés dans la moiteur paisibleDe cette nuit bleuâtre au souffle végétal,Se meuvent comme au fond d’un parc orientalL’ombre des rossignols furtifs et susceptibles.
Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruitDans la rue amollie où le lourd pavé luit;C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent:Tout effort est dans l’ombre oisive relégué.Les parfums engourdis et compacts interceptentLa circulation des zéphyrs fatigués.
Il semble que mon cœur soit plus soumis, plus sage;Je regarde la terre où s’entassent les âgesEt la voûte du ciel, pur, métallique et doux.Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,Apaisé mon délire et son brûlant courage,Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout?
La lune éblouissante appuie au fond des nuesSon sublime débris ténébreux et luisant,Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue;Son chaud torrent sur moi abondamment descendComme un triste baiser négligent et pesant.
Deux étoiles, ainsi que deux âmes plaintives,Semblent accélérer leur implorant regard.L’univers est posé sur mes deux mains chétives;Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard,Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives.
Que de jours ont passé sur ce qui fut mon cœur,Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescenteQui, fière comme l’onde et comme elle puissante,Luttait par son amour contre tout ce qui meurt!Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire,Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer;Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer,Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoireEt cherche en vain la source au milieu du désert.##Et je regarde, avec une tristesse immense,Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur,L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance,Et la lune immobile au-dessus de mon cœur...
Puisque le souvenir du noble été s’endort,Automne, par quel âpre et lumineux effort,##Déjà toute fanée, abattue et moisie,Jetez-vous ce brûlant accent de poésie?Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé.C’est fini, la beauté des vignes et du blé;Le doux corps des étés en vous se décompose;Mais vous donnez ce soir une suprême rose.
Puisque le souvenir du noble été s’endort,Automne, par quel âpre et lumineux effort,##Déjà toute fanée, abattue et moisie,Jetez-vous ce brûlant accent de poésie?Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé.C’est fini, la beauté des vignes et du blé;Le doux corps des étés en vous se décompose;Mais vous donnez ce soir une suprême rose.
Puisque le souvenir du noble été s’endort,Automne, par quel âpre et lumineux effort,##Déjà toute fanée, abattue et moisie,Jetez-vous ce brûlant accent de poésie?Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé.C’est fini, la beauté des vignes et du blé;Le doux corps des étés en vous se décompose;Mais vous donnez ce soir une suprême rose.
##Ah! comme l’ample éclat de ce dernier beau jourSoudain réveille en moi le plus poignant amour!Comme l’âme est par vous blessée et parfumée,Triste Automne, couleur de nèfle et de fumée!...
##Ah! comme l’ample éclat de ce dernier beau jourSoudain réveille en moi le plus poignant amour!Comme l’âme est par vous blessée et parfumée,Triste Automne, couleur de nèfle et de fumée!...
##Ah! comme l’ample éclat de ce dernier beau jourSoudain réveille en moi le plus poignant amour!Comme l’âme est par vous blessée et parfumée,Triste Automne, couleur de nèfle et de fumée!...
Mes souvenirs, ce soir, me séparent de toi;Au-dessus de tes yeux, de ta voix qui me parle,De ce frais horizon d’églises et de toits,J’entends, dans ma mémoire où frémit leur émoi,Les hirondelles sur le ciel d’Arles!La nuit était torride à l’heure du couchant.Les doux cieux languissaient comme une barcarolle;Deux colonnes des Grecs, levant leurs bras touchants,Semblaient une Andromaque éplorée, et cherchantA fléchir une ombre qui s’envole!Ce qu’un beau soir contient de perfide langueurPloyait dans un silence empli de bruits infimes;Je regardais, les mains retombant sur mon cœur,Briller ainsi qu’un vase où coule la chaleur,Le pâle cloître de Saint-Trophime!Une brise amollie et peinte de parfums,Glissait, silencieuse, au bord gisant du Rhône.Tout ce que l’on obtient me semblait importun,Mes pensers, mes désirs, s’éloignaient un à unPour monter vers d’invisibles zones!O soleil, engourdi par les senteurs du thym,Parfums de poivre et d’huile épandus sur la plaine,Rochers blancs, éventés, où, dans l’air argentin,On croit voir, se gorgeant des flots du ciel latin,Les rapides Victoires d’Athènes!Soir torturé d’amour et de pesants tourments,Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes,Musicale torpeur où volent des flamants,Couleur du soir divin qui promets et qui ments,C’est ta détresse qui me transporte!Ah! les amants unis, qui dorment, oubliés,Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune,Connaissent, sous le vent léger des peupliers,Le bonheur de languir, assouvis et liés,Dans la même amoureuse infortune;Mais les corps des vivants, aspirés par l’été,Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance.Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés;Qui jamais avouera l’âpre infidélitéD’un cœur sensuel, dans le silence!...
Mes souvenirs, ce soir, me séparent de toi;Au-dessus de tes yeux, de ta voix qui me parle,De ce frais horizon d’églises et de toits,J’entends, dans ma mémoire où frémit leur émoi,Les hirondelles sur le ciel d’Arles!La nuit était torride à l’heure du couchant.Les doux cieux languissaient comme une barcarolle;Deux colonnes des Grecs, levant leurs bras touchants,Semblaient une Andromaque éplorée, et cherchantA fléchir une ombre qui s’envole!Ce qu’un beau soir contient de perfide langueurPloyait dans un silence empli de bruits infimes;Je regardais, les mains retombant sur mon cœur,Briller ainsi qu’un vase où coule la chaleur,Le pâle cloître de Saint-Trophime!Une brise amollie et peinte de parfums,Glissait, silencieuse, au bord gisant du Rhône.Tout ce que l’on obtient me semblait importun,Mes pensers, mes désirs, s’éloignaient un à unPour monter vers d’invisibles zones!O soleil, engourdi par les senteurs du thym,Parfums de poivre et d’huile épandus sur la plaine,Rochers blancs, éventés, où, dans l’air argentin,On croit voir, se gorgeant des flots du ciel latin,Les rapides Victoires d’Athènes!Soir torturé d’amour et de pesants tourments,Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes,Musicale torpeur où volent des flamants,Couleur du soir divin qui promets et qui ments,C’est ta détresse qui me transporte!Ah! les amants unis, qui dorment, oubliés,Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune,Connaissent, sous le vent léger des peupliers,Le bonheur de languir, assouvis et liés,Dans la même amoureuse infortune;Mais les corps des vivants, aspirés par l’été,Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance.Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés;Qui jamais avouera l’âpre infidélitéD’un cœur sensuel, dans le silence!...
Mes souvenirs, ce soir, me séparent de toi;Au-dessus de tes yeux, de ta voix qui me parle,De ce frais horizon d’églises et de toits,J’entends, dans ma mémoire où frémit leur émoi,Les hirondelles sur le ciel d’Arles!
La nuit était torride à l’heure du couchant.Les doux cieux languissaient comme une barcarolle;Deux colonnes des Grecs, levant leurs bras touchants,Semblaient une Andromaque éplorée, et cherchantA fléchir une ombre qui s’envole!
Ce qu’un beau soir contient de perfide langueurPloyait dans un silence empli de bruits infimes;Je regardais, les mains retombant sur mon cœur,Briller ainsi qu’un vase où coule la chaleur,Le pâle cloître de Saint-Trophime!
Une brise amollie et peinte de parfums,Glissait, silencieuse, au bord gisant du Rhône.Tout ce que l’on obtient me semblait importun,Mes pensers, mes désirs, s’éloignaient un à unPour monter vers d’invisibles zones!
O soleil, engourdi par les senteurs du thym,Parfums de poivre et d’huile épandus sur la plaine,Rochers blancs, éventés, où, dans l’air argentin,On croit voir, se gorgeant des flots du ciel latin,Les rapides Victoires d’Athènes!
Soir torturé d’amour et de pesants tourments,Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes,Musicale torpeur où volent des flamants,Couleur du soir divin qui promets et qui ments,C’est ta détresse qui me transporte!
Ah! les amants unis, qui dorment, oubliés,Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune,Connaissent, sous le vent léger des peupliers,Le bonheur de languir, assouvis et liés,Dans la même amoureuse infortune;
Mais les corps des vivants, aspirés par l’été,Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance.Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés;Qui jamais avouera l’âpre infidélitéD’un cœur sensuel, dans le silence!...
La nuit flotte, amollie, austère, taciturne,Impérieuse; elle est funèbre comme une urneQui se clôt sur un vague et sensible trésor.Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort,Parait interroger l’ombre vertigineuse.La lune au sec éclat semble une île pierreuse;Cythère aride et froide où tout désir est mort.Une vague rumeur émane du silence.Un train passe au lointain, et son essoufflementSemble la palpitante et paisible cadenceDu coteau qui respire et songe doucement...Un parfum délicat, abondant, faible et dense,Mouvant et spontané comme des bras ouverts,Révèle la secrète et nocturne existenceDu monde végétal au souffle humide et vert.Et je suis là. Je n’ai ni souhait, ni rancune;Mon cœur s’en est allé de moi, puisque ce soirJe n’ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs,Et que, paisiblement, je regarde la lune.Je suis la maison vide où tout est flottement.Mon cœur est comme un mort qu’on a mis dans la tombe;J’ai longuement suivi ce bel enterrement,Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements,Et des égorgements d’agneaux et de colombes.Mais le temps a séché l’eau des pleurs et le sel.D’un œil indifférent, sans regret, sans appel,Eclairé par la calme et triste intelligence,Je regarde la voûte immense, où les mortelsOnt suspendu les vœux de leur vaine espérance,Et je ne vois qu’abîme, épouvante, silence;Car, ô nuit! vous gardez le deuil continuelDe ce que rien d’humain ne peut être éternel...
La nuit flotte, amollie, austère, taciturne,Impérieuse; elle est funèbre comme une urneQui se clôt sur un vague et sensible trésor.Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort,Parait interroger l’ombre vertigineuse.La lune au sec éclat semble une île pierreuse;Cythère aride et froide où tout désir est mort.Une vague rumeur émane du silence.Un train passe au lointain, et son essoufflementSemble la palpitante et paisible cadenceDu coteau qui respire et songe doucement...Un parfum délicat, abondant, faible et dense,Mouvant et spontané comme des bras ouverts,Révèle la secrète et nocturne existenceDu monde végétal au souffle humide et vert.Et je suis là. Je n’ai ni souhait, ni rancune;Mon cœur s’en est allé de moi, puisque ce soirJe n’ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs,Et que, paisiblement, je regarde la lune.Je suis la maison vide où tout est flottement.Mon cœur est comme un mort qu’on a mis dans la tombe;J’ai longuement suivi ce bel enterrement,Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements,Et des égorgements d’agneaux et de colombes.Mais le temps a séché l’eau des pleurs et le sel.D’un œil indifférent, sans regret, sans appel,Eclairé par la calme et triste intelligence,Je regarde la voûte immense, où les mortelsOnt suspendu les vœux de leur vaine espérance,Et je ne vois qu’abîme, épouvante, silence;Car, ô nuit! vous gardez le deuil continuelDe ce que rien d’humain ne peut être éternel...
La nuit flotte, amollie, austère, taciturne,Impérieuse; elle est funèbre comme une urneQui se clôt sur un vague et sensible trésor.Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort,Parait interroger l’ombre vertigineuse.La lune au sec éclat semble une île pierreuse;Cythère aride et froide où tout désir est mort.
Une vague rumeur émane du silence.Un train passe au lointain, et son essoufflementSemble la palpitante et paisible cadenceDu coteau qui respire et songe doucement...
Un parfum délicat, abondant, faible et dense,Mouvant et spontané comme des bras ouverts,Révèle la secrète et nocturne existenceDu monde végétal au souffle humide et vert.
Et je suis là. Je n’ai ni souhait, ni rancune;Mon cœur s’en est allé de moi, puisque ce soirJe n’ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs,Et que, paisiblement, je regarde la lune.
Je suis la maison vide où tout est flottement.Mon cœur est comme un mort qu’on a mis dans la tombe;J’ai longuement suivi ce bel enterrement,Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements,Et des égorgements d’agneaux et de colombes.
Mais le temps a séché l’eau des pleurs et le sel.D’un œil indifférent, sans regret, sans appel,Eclairé par la calme et triste intelligence,Je regarde la voûte immense, où les mortelsOnt suspendu les vœux de leur vaine espérance,
Et je ne vois qu’abîme, épouvante, silence;Car, ô nuit! vous gardez le deuil continuelDe ce que rien d’humain ne peut être éternel...
Libre! comprends-tu bien! être libre, être libre!Ne plus porter le poids déchirant du bonheur,Ne plus sentir l’amère et suave langueurEnvahir chaque veine, amollir chaque fibre!Libre, comme une biche avant le chaud printemps!Bondir sans rechercher l’ardeur de la poursuite,Et, dans une ineffable et pétulante fuite,Disperser la nuée et les vents éclatants!Se vêtir de fraîcheur, de feuillage, de prismes,S’éclabousser d’azur comme d’un flot léger;Goûter, sous les parfums compacts de l’oranger,Un jeune, solitaire et joyeux héroïsme!##A peine l’aube naît, chaque maison sommeille;L’atmosphère, flexible et prudente corbeille,Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux.On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu.Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace,Eclate, et vient viser toute chose qui passe;La brise, étincelante et forte comme l’eau,Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux,Mêle les flots marins, dont la cime moelleuseFond dans une douceur murmurante, écumeuse...Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants!Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants:Dans mes songes, mes mains se sont habituéesA dénouer le voile odorant des nuées!L’étendue argentée est un tapis mouvantOù court la verte odeur des figuiers et du vent;Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre,Les épais bananiers, au feuillage en haillons,Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons,Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres.Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux;Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux.Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques,Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecqueSur la porte, qu’un jet de tranchante clartéFait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie;Tout est délassement, espoir, activité;Mais quel désir d’amour et de fécondité,Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie!Et pour un nouveau joug, ô mortels! Eros ploieLa branche fructueuse et forte de l’été...
Libre! comprends-tu bien! être libre, être libre!Ne plus porter le poids déchirant du bonheur,Ne plus sentir l’amère et suave langueurEnvahir chaque veine, amollir chaque fibre!Libre, comme une biche avant le chaud printemps!Bondir sans rechercher l’ardeur de la poursuite,Et, dans une ineffable et pétulante fuite,Disperser la nuée et les vents éclatants!Se vêtir de fraîcheur, de feuillage, de prismes,S’éclabousser d’azur comme d’un flot léger;Goûter, sous les parfums compacts de l’oranger,Un jeune, solitaire et joyeux héroïsme!##A peine l’aube naît, chaque maison sommeille;L’atmosphère, flexible et prudente corbeille,Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux.On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu.Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace,Eclate, et vient viser toute chose qui passe;La brise, étincelante et forte comme l’eau,Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux,Mêle les flots marins, dont la cime moelleuseFond dans une douceur murmurante, écumeuse...Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants!Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants:Dans mes songes, mes mains se sont habituéesA dénouer le voile odorant des nuées!L’étendue argentée est un tapis mouvantOù court la verte odeur des figuiers et du vent;Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre,Les épais bananiers, au feuillage en haillons,Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons,Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres.Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux;Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux.Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques,Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecqueSur la porte, qu’un jet de tranchante clartéFait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie;Tout est délassement, espoir, activité;Mais quel désir d’amour et de fécondité,Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie!Et pour un nouveau joug, ô mortels! Eros ploieLa branche fructueuse et forte de l’été...
Libre! comprends-tu bien! être libre, être libre!Ne plus porter le poids déchirant du bonheur,Ne plus sentir l’amère et suave langueurEnvahir chaque veine, amollir chaque fibre!
Libre, comme une biche avant le chaud printemps!Bondir sans rechercher l’ardeur de la poursuite,Et, dans une ineffable et pétulante fuite,Disperser la nuée et les vents éclatants!
Se vêtir de fraîcheur, de feuillage, de prismes,S’éclabousser d’azur comme d’un flot léger;Goûter, sous les parfums compacts de l’oranger,Un jeune, solitaire et joyeux héroïsme!
##A peine l’aube naît, chaque maison sommeille;L’atmosphère, flexible et prudente corbeille,Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux.On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu.Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace,Eclate, et vient viser toute chose qui passe;La brise, étincelante et forte comme l’eau,Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux,Mêle les flots marins, dont la cime moelleuseFond dans une douceur murmurante, écumeuse...Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants!Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants:Dans mes songes, mes mains se sont habituéesA dénouer le voile odorant des nuées!L’étendue argentée est un tapis mouvantOù court la verte odeur des figuiers et du vent;Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre,Les épais bananiers, au feuillage en haillons,Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons,Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres.Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux;Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux.Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques,Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecqueSur la porte, qu’un jet de tranchante clartéFait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie;Tout est délassement, espoir, activité;Mais quel désir d’amour et de fécondité,Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie!
Et pour un nouveau joug, ô mortels! Eros ploieLa branche fructueuse et forte de l’été...
Ceux qui n’ont respiré que les nuits de Hollande,Les tulipes des champs, les graines des bouleaux,Le vent rapide et court qui chante sur la lande,Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots,Ceux qui n’ont contemplé que les blés et les vignesCroissant tardivement sous des cieux incertains,Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnesQue Bruges fait flotter dans ses brumeux matins,Ceux pour qui le soleil, au travers du mélèze,Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet,Remplace la splendeur des campagnes malaises,Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet,Ceux-là, vivant enclos dans leurs frais béguinages,Souhaitent le futur et vague paradis,Qui leur promet un large et flamboyant voyageOù s’embarquent les cœurs confiants et hardis.Mais ceux qui, plus heureux, ont connu votre audace,O bleuâtre Orient! Incendie azuré,Prince arrogant et fier, favori de l’espace,Monstre énorme, alangui, dévorant et doré;Ceux qui, sur le devant de leur ronde demeure,Coupole incandescente, opacité de chaux,Ont vu la haute palme éparpiller les heures,Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds;Ceux qui rêvent le soir dans le grand clair de lune,##Aurore qui soudain met sa robe d’argentEt trempe de clarté la rue étroite et brune,Et le divin détail des choses et des gens,Ceux qui, pendant les nuits d’ardente poésie,Egrenant un collier fait de bois de cyprès,Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie,Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais,Ceux-là n’ont pas besoin des infinis célestes;Nul immortel jardin ne surpasse le leur;Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestesOù leur corps étendu porte l’ombre des fleurs.Leur âme nonchalante, et d’azur suffoquée,Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédiQue font le vert platane et la jaune mosquéeSur le col des pigeons, attristés par midi...
Ceux qui n’ont respiré que les nuits de Hollande,Les tulipes des champs, les graines des bouleaux,Le vent rapide et court qui chante sur la lande,Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots,Ceux qui n’ont contemplé que les blés et les vignesCroissant tardivement sous des cieux incertains,Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnesQue Bruges fait flotter dans ses brumeux matins,Ceux pour qui le soleil, au travers du mélèze,Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet,Remplace la splendeur des campagnes malaises,Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet,Ceux-là, vivant enclos dans leurs frais béguinages,Souhaitent le futur et vague paradis,Qui leur promet un large et flamboyant voyageOù s’embarquent les cœurs confiants et hardis.Mais ceux qui, plus heureux, ont connu votre audace,O bleuâtre Orient! Incendie azuré,Prince arrogant et fier, favori de l’espace,Monstre énorme, alangui, dévorant et doré;Ceux qui, sur le devant de leur ronde demeure,Coupole incandescente, opacité de chaux,Ont vu la haute palme éparpiller les heures,Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds;Ceux qui rêvent le soir dans le grand clair de lune,##Aurore qui soudain met sa robe d’argentEt trempe de clarté la rue étroite et brune,Et le divin détail des choses et des gens,Ceux qui, pendant les nuits d’ardente poésie,Egrenant un collier fait de bois de cyprès,Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie,Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais,Ceux-là n’ont pas besoin des infinis célestes;Nul immortel jardin ne surpasse le leur;Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestesOù leur corps étendu porte l’ombre des fleurs.Leur âme nonchalante, et d’azur suffoquée,Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédiQue font le vert platane et la jaune mosquéeSur le col des pigeons, attristés par midi...
Ceux qui n’ont respiré que les nuits de Hollande,Les tulipes des champs, les graines des bouleaux,Le vent rapide et court qui chante sur la lande,Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots,
Ceux qui n’ont contemplé que les blés et les vignesCroissant tardivement sous des cieux incertains,Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnesQue Bruges fait flotter dans ses brumeux matins,
Ceux pour qui le soleil, au travers du mélèze,Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet,Remplace la splendeur des campagnes malaises,Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet,
Ceux-là, vivant enclos dans leurs frais béguinages,Souhaitent le futur et vague paradis,Qui leur promet un large et flamboyant voyageOù s’embarquent les cœurs confiants et hardis.
Mais ceux qui, plus heureux, ont connu votre audace,O bleuâtre Orient! Incendie azuré,Prince arrogant et fier, favori de l’espace,Monstre énorme, alangui, dévorant et doré;
Ceux qui, sur le devant de leur ronde demeure,Coupole incandescente, opacité de chaux,Ont vu la haute palme éparpiller les heures,Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds;
Ceux qui rêvent le soir dans le grand clair de lune,##Aurore qui soudain met sa robe d’argentEt trempe de clarté la rue étroite et brune,Et le divin détail des choses et des gens,
Ceux qui, pendant les nuits d’ardente poésie,Egrenant un collier fait de bois de cyprès,Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie,Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais,
Ceux-là n’ont pas besoin des infinis célestes;Nul immortel jardin ne surpasse le leur;Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestesOù leur corps étendu porte l’ombre des fleurs.
Leur âme nonchalante, et d’azur suffoquée,Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédiQue font le vert platane et la jaune mosquéeSur le col des pigeons, attristés par midi...
Le ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille,Encourage les champs, les vignes, les semailles,Comme un maître exalté au milieu des colons!Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon,L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques,Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque.Sur les murs villageois, le vert abricotierS’écartèle, danseur de feuillage habillé.Les parfums des jardins font au-dessus du sable,Une zone qui semble au cœur infranchissable.L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eauSous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux.L’hirondelle, toujours par une autre suivie,Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants:L’espace est sillonné par ces rapprochements...##Et parfois, à côté de cette immense vieOn voit, protégé par un mur maussade et bas,Le cimetière où sont, sans regard et sans pas,Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête,Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête!Hélas! dans le profond et noir pays du sol,Malgré les cris du geai, le chant du rossignol,Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes,Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe.Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux,Ces doux indifférents, ces grands silencieux;Et la route qui longe et contourne leur pierre,Eclate, rebondit d’un torrent de poussièreQue soulève, en passant, le véhément parcoursDes êtres que la mort prête encor à l’amour...##Et moi qui vous avais délaissée, humble terre,Pour contempler la nue où l’âme est solitaire,Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel,Nul ne saurait quitter vos chemins maternels.En vain, l’intelligence, agile et sans limite,Avide d’infini, vous repousse et vous quitte;En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensantsPeuplent l’azur soumis d’héroïques passants,Ils seront ramenés et liés à vos rives,Par le poids du désir, par les moissons actives,Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...##Vaste Amour, conducteur des éternels demains,Je reconnais en vous l’inlassable merveille,L’inexpugnable vie, innombrable et pareille:O croissance des blés! ô baisers des humains!
Le ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille,Encourage les champs, les vignes, les semailles,Comme un maître exalté au milieu des colons!Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon,L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques,Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque.Sur les murs villageois, le vert abricotierS’écartèle, danseur de feuillage habillé.Les parfums des jardins font au-dessus du sable,Une zone qui semble au cœur infranchissable.L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eauSous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux.L’hirondelle, toujours par une autre suivie,Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants:L’espace est sillonné par ces rapprochements...##Et parfois, à côté de cette immense vieOn voit, protégé par un mur maussade et bas,Le cimetière où sont, sans regard et sans pas,Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête,Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête!Hélas! dans le profond et noir pays du sol,Malgré les cris du geai, le chant du rossignol,Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes,Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe.Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux,Ces doux indifférents, ces grands silencieux;Et la route qui longe et contourne leur pierre,Eclate, rebondit d’un torrent de poussièreQue soulève, en passant, le véhément parcoursDes êtres que la mort prête encor à l’amour...##Et moi qui vous avais délaissée, humble terre,Pour contempler la nue où l’âme est solitaire,Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel,Nul ne saurait quitter vos chemins maternels.En vain, l’intelligence, agile et sans limite,Avide d’infini, vous repousse et vous quitte;En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensantsPeuplent l’azur soumis d’héroïques passants,Ils seront ramenés et liés à vos rives,Par le poids du désir, par les moissons actives,Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...##Vaste Amour, conducteur des éternels demains,Je reconnais en vous l’inlassable merveille,L’inexpugnable vie, innombrable et pareille:O croissance des blés! ô baisers des humains!
Le ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille,Encourage les champs, les vignes, les semailles,Comme un maître exalté au milieu des colons!Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon,L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques,Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque.Sur les murs villageois, le vert abricotierS’écartèle, danseur de feuillage habillé.Les parfums des jardins font au-dessus du sable,Une zone qui semble au cœur infranchissable.L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eauSous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux.L’hirondelle, toujours par une autre suivie,Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants:L’espace est sillonné par ces rapprochements...##Et parfois, à côté de cette immense vieOn voit, protégé par un mur maussade et bas,Le cimetière où sont, sans regard et sans pas,Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête,Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête!Hélas! dans le profond et noir pays du sol,Malgré les cris du geai, le chant du rossignol,Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes,Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe.Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux,Ces doux indifférents, ces grands silencieux;Et la route qui longe et contourne leur pierre,Eclate, rebondit d’un torrent de poussièreQue soulève, en passant, le véhément parcoursDes êtres que la mort prête encor à l’amour...##Et moi qui vous avais délaissée, humble terre,Pour contempler la nue où l’âme est solitaire,Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel,Nul ne saurait quitter vos chemins maternels.En vain, l’intelligence, agile et sans limite,Avide d’infini, vous repousse et vous quitte;En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensantsPeuplent l’azur soumis d’héroïques passants,Ils seront ramenés et liés à vos rives,Par le poids du désir, par les moissons actives,Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...
##Vaste Amour, conducteur des éternels demains,Je reconnais en vous l’inlassable merveille,L’inexpugnable vie, innombrable et pareille:O croissance des blés! ô baisers des humains!
Je me suis mariée à vousTerre fidèle, active et tendre,Et chaque soir je viens surprendreVotre arome secret et doux.Ah! puisque le divin SaturnePorte un anneau qui luit encore,Je vous donne ma bague d’or,Petite terre taciturne!Elle est comme un soleil étroit,Elle est couleur de moisson jaune,Aussi chaude qu’un jeune faunePuisqu’elle a tenu sur mon doigt!—Et qu’un jour, dans l’espace immense,Brille, ceinte d’un lien doré,La Terre où j’aurai respiréAvec tant d’âpre véhémence!
Je me suis mariée à vousTerre fidèle, active et tendre,Et chaque soir je viens surprendreVotre arome secret et doux.Ah! puisque le divin SaturnePorte un anneau qui luit encore,Je vous donne ma bague d’or,Petite terre taciturne!Elle est comme un soleil étroit,Elle est couleur de moisson jaune,Aussi chaude qu’un jeune faunePuisqu’elle a tenu sur mon doigt!—Et qu’un jour, dans l’espace immense,Brille, ceinte d’un lien doré,La Terre où j’aurai respiréAvec tant d’âpre véhémence!
Je me suis mariée à vousTerre fidèle, active et tendre,Et chaque soir je viens surprendreVotre arome secret et doux.
Ah! puisque le divin SaturnePorte un anneau qui luit encore,Je vous donne ma bague d’or,Petite terre taciturne!
Elle est comme un soleil étroit,Elle est couleur de moisson jaune,Aussi chaude qu’un jeune faunePuisqu’elle a tenu sur mon doigt!
—Et qu’un jour, dans l’espace immense,Brille, ceinte d’un lien doré,La Terre où j’aurai respiréAvec tant d’âpre véhémence!
Les parfums vont en promenadeSur l’air brumeux,Une âme ennuyée et maladeFlotte comme eux.
Les parfums vont en promenadeSur l’air brumeux,Une âme ennuyée et maladeFlotte comme eux.
Les parfums vont en promenadeSur l’air brumeux,Une âme ennuyée et maladeFlotte comme eux.
Les rhodendrons des pelouses,D’un lourd éclat,Semblent des collines d’arbousesEt d’ananas.Un temple grec dans le feuillageSemble un secret,Où Vénus voile son visageDans ses doigts frais.O petit fronton d’Ionie,Que tu me plais,Dans la langoureuse agonieD’un soir anglais!Je t’enlace, je veux suspendreA ta beauté,Mon cœur, ce rosier le plus tendreDe tout l’été.##Mais sur tant de langueur divineQuel souffle prompt?Je respire l’odeur saline,Et le goudron!C’est le parfum qui vient d’Irlande,C’est le vent, c’estL’odeur des Indes, qu’enguirlandeL’air écossais!##O toi qui romps, écartes, creusesLe ciel d’airain,Rapide odeur aventureuseDu vent marin.Va consoler, dans le MuséeAu beau renom,La divine frise offenséeDu Parthénon!Va porter l’odeur des jonquilles,Du raisin sec,Aux vierges tenant les faucillesEt le vin grec.##Cavalerie athénienne,O jeunes gens!Guirlande héroïque et païenneDu ciel d’argent;Miel condensé de la nature,O cire d’or,Gestes joyeux, sainte Ecriture,Céleste accord!Phalange altière et sans seconde,O rire ailé,Bandeau royal au front du monde,Cœur déroulé.Prenez votre place éternelle,Votre splendeur,Dans l’infini de ma prunelleEt de mon cœur...##Une maison de brique rougeTremble sur l’eau,On entend un oiseau qui bougeDans le sureau.Quelle céleste main fait fondreLa brume et l’orDes nébuleux matins de LondresEt de Windsor?Des chevreuils, des biches, en bande,D’un pied dresséSemblent rôder dans la légendeEt le passé.La pluie attache sa guirlandeAu bois en fleur:##Ecoute, il semble qu’on entendeBattre le cœurDe l’intrépide Juliette,Ivre d’été,Qui bondit, sanglote, haletteDe volupté;De Juliette qui s’étonneD’être, en ces lieux,Plus amoureuse qu’à VéronePrès des ifs bleus.##Tout tremble, s’exalte, soupire;Ardent émoi.O Juliette de Shakspeare,Comprenez-moi!...
Les rhodendrons des pelouses,D’un lourd éclat,Semblent des collines d’arbousesEt d’ananas.Un temple grec dans le feuillageSemble un secret,Où Vénus voile son visageDans ses doigts frais.O petit fronton d’Ionie,Que tu me plais,Dans la langoureuse agonieD’un soir anglais!Je t’enlace, je veux suspendreA ta beauté,Mon cœur, ce rosier le plus tendreDe tout l’été.##Mais sur tant de langueur divineQuel souffle prompt?Je respire l’odeur saline,Et le goudron!C’est le parfum qui vient d’Irlande,C’est le vent, c’estL’odeur des Indes, qu’enguirlandeL’air écossais!##O toi qui romps, écartes, creusesLe ciel d’airain,Rapide odeur aventureuseDu vent marin.Va consoler, dans le MuséeAu beau renom,La divine frise offenséeDu Parthénon!Va porter l’odeur des jonquilles,Du raisin sec,Aux vierges tenant les faucillesEt le vin grec.##Cavalerie athénienne,O jeunes gens!Guirlande héroïque et païenneDu ciel d’argent;Miel condensé de la nature,O cire d’or,Gestes joyeux, sainte Ecriture,Céleste accord!Phalange altière et sans seconde,O rire ailé,Bandeau royal au front du monde,Cœur déroulé.Prenez votre place éternelle,Votre splendeur,Dans l’infini de ma prunelleEt de mon cœur...##Une maison de brique rougeTremble sur l’eau,On entend un oiseau qui bougeDans le sureau.Quelle céleste main fait fondreLa brume et l’orDes nébuleux matins de LondresEt de Windsor?Des chevreuils, des biches, en bande,D’un pied dresséSemblent rôder dans la légendeEt le passé.La pluie attache sa guirlandeAu bois en fleur:##Ecoute, il semble qu’on entendeBattre le cœurDe l’intrépide Juliette,Ivre d’été,Qui bondit, sanglote, haletteDe volupté;De Juliette qui s’étonneD’être, en ces lieux,Plus amoureuse qu’à VéronePrès des ifs bleus.##Tout tremble, s’exalte, soupire;Ardent émoi.O Juliette de Shakspeare,Comprenez-moi!...
Les rhodendrons des pelouses,D’un lourd éclat,Semblent des collines d’arbousesEt d’ananas.
Un temple grec dans le feuillageSemble un secret,Où Vénus voile son visageDans ses doigts frais.
O petit fronton d’Ionie,Que tu me plais,Dans la langoureuse agonieD’un soir anglais!
Je t’enlace, je veux suspendreA ta beauté,Mon cœur, ce rosier le plus tendreDe tout l’été.
##Mais sur tant de langueur divineQuel souffle prompt?Je respire l’odeur saline,Et le goudron!
C’est le parfum qui vient d’Irlande,C’est le vent, c’estL’odeur des Indes, qu’enguirlandeL’air écossais!
##O toi qui romps, écartes, creusesLe ciel d’airain,Rapide odeur aventureuseDu vent marin.
Va consoler, dans le MuséeAu beau renom,La divine frise offenséeDu Parthénon!
Va porter l’odeur des jonquilles,Du raisin sec,Aux vierges tenant les faucillesEt le vin grec.
##Cavalerie athénienne,O jeunes gens!Guirlande héroïque et païenneDu ciel d’argent;
Miel condensé de la nature,O cire d’or,Gestes joyeux, sainte Ecriture,Céleste accord!
Phalange altière et sans seconde,O rire ailé,Bandeau royal au front du monde,Cœur déroulé.
Prenez votre place éternelle,Votre splendeur,Dans l’infini de ma prunelleEt de mon cœur...
##Une maison de brique rougeTremble sur l’eau,On entend un oiseau qui bougeDans le sureau.
Quelle céleste main fait fondreLa brume et l’orDes nébuleux matins de LondresEt de Windsor?
Des chevreuils, des biches, en bande,D’un pied dresséSemblent rôder dans la légendeEt le passé.
La pluie attache sa guirlandeAu bois en fleur:##Ecoute, il semble qu’on entendeBattre le cœur
De l’intrépide Juliette,Ivre d’été,Qui bondit, sanglote, haletteDe volupté;
De Juliette qui s’étonneD’être, en ces lieux,Plus amoureuse qu’à VéronePrès des ifs bleus.
##Tout tremble, s’exalte, soupire;Ardent émoi.O Juliette de Shakspeare,Comprenez-moi!...
Rivages contemplés au travers de l’amour,Horizon familier comme une salle ronde,Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours,Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde,Reverrai-je vos soirs précis et colorés,Les suaves chemins où nos pas ont erréEt que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde,Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?
Rivages contemplés au travers de l’amour,Horizon familier comme une salle ronde,Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours,Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde,Reverrai-je vos soirs précis et colorés,Les suaves chemins où nos pas ont erréEt que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde,Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?
Rivages contemplés au travers de l’amour,Horizon familier comme une salle ronde,Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours,Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde,Reverrai-je vos soirs précis et colorés,Les suaves chemins où nos pas ont erréEt que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde,Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?
LLe matinal plaisir du soleil dans l’herbage,Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal;Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visageOpprimé de désir, altéré d’idéal;Le hameau romantique au creux d’un roc stérile;Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit;L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes,Où, soudain, l’on se sent libéré comme une îleQue bat de tous côtés un flot discret et coi;Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande,Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirsQue la noble denrée exotique achalande;Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs,Ont, pour le voyageur que le désir oppresseEt que guide un mystique et rêveur désespoir,L’insistante langueur qui prélude aux caresses...
LLe matinal plaisir du soleil dans l’herbage,Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal;Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visageOpprimé de désir, altéré d’idéal;Le hameau romantique au creux d’un roc stérile;Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit;L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes,Où, soudain, l’on se sent libéré comme une îleQue bat de tous côtés un flot discret et coi;Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande,Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirsQue la noble denrée exotique achalande;Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs,Ont, pour le voyageur que le désir oppresseEt que guide un mystique et rêveur désespoir,L’insistante langueur qui prélude aux caresses...
LLe matinal plaisir du soleil dans l’herbage,Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal;Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visageOpprimé de désir, altéré d’idéal;Le hameau romantique au creux d’un roc stérile;Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit;L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes,Où, soudain, l’on se sent libéré comme une îleQue bat de tous côtés un flot discret et coi;Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande,Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirsQue la noble denrée exotique achalande;Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs,Ont, pour le voyageur que le désir oppresseEt que guide un mystique et rêveur désespoir,L’insistante langueur qui prélude aux caresses...
(STRASBOURG)