Chapter 16

Lorsque je fus en possession de la tunique nuptiale, qui eût donné à rêver à la plus galante des épouses, je la rangeai dans une armoire familiale qui fleurait la lavande et me promis de l'utiliser à mes desseins.

Mais, avant que de jouer ma pièce, je résolus de m'entraîner à mon rôle en allant ouïr le passage annoncé de la légende ondicolienne.

Je me promettais d'en jouir d'autant plus que la fatigante question ne m'obsédait plus qui me faisait me demander naguère à quel motif obéissaient mes deux Juifs. Le dormeur éveillé m'avait renseigné de telle façon que je ne pouvais plus m'en irriter, puisque je m'étais déjà vengé de lui et de son oncle en leur damant le pion, et le coffre.

Ils me retrouvèrent donc de fort telle humeur. Je n'eus pas assez d'éloges sur le déjeuner qu'ils me servirent. Après un café digne du sultan du Maroc, Charlemagne et Roland entrèrent en scène.

Dois-je attribuer au bien-être que je ressentais en ce moment, ou à plus de justice de ma part, vis-à-vis d'un confrère, le plaisir tout particulier que je pris à cette déclamation? Jamais le déconcertant et funambulesque génie d'Eliézer ne me séduisit davantage, et ce fut avec un soin scrupuleux que je transcrivis le texte duRepas des Aldudesqu'après lecture me confia son véritable auteur, comme il avait fait de maints autres passages, la prise de Pampelune par exemple.

Par son contraste même, notre cadre ne manquait pas de poésie, dans une lumière qui, à travers les culs de bouteille des avares croisées de la rue Pontrique, lui donnait la teinte d'un aquarium ; cet établi d'orfèvrerie où scintillaient les outils délicats et les pierres et les montures, et ce fauteuil monumental où trônait le vieux Jacob, tel qu'un roi déchu d'Israël ; Eliézer, plus grave encore que de coutume, tenant dans sa main gauche la traduction qu'il disait avoir faite, et élevant son autre main à plat comme pour commander le silence.

Il semblait avoir conscience de s'être surpassé.

Il lut :


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