— Ne bois pas comme ça. Cela n’avance à rien. Il te faut toute ta lucidité pour mener à bien cette affaire.
— Cette garce, nom d’un petit bonhomme ! Je la tuerai !
— On dit ça !
Une femme au museau de fouine, les cheveux à la Ninon, leva la tête de dessus un illustré, à une table voisine.
— Allons ! allons ! ne fais pas d’esclandre… Non, garçon, rien pour le moment… A ta place, moi, j’aurais insisté, que diable ! J’aurais essayé de l’intimider…
— Si tu crois que c’est facile !
— Tu lui dois de l’argent ?
— Un terme en retard et nom d’un petit bonhomme ! les étrennes de quatre à cinq ans.
— Tu m’en diras tant !
La figure deNom-d’un-petit-bonhommefaisait peine à voir. On eût dit d’un noyé qu’on venait de sortir de l’eau.
— Alors ? questionna-t-il.
— Alors…
Grand-Pèreréfléchit un moment. Il fixa longuement les ongles coupés en pointe de sa main gauche, les polit, avec soin, du revers de sa manche droite.
— Je ne connais qu’un homme qui puisse te tirer de ce mauvais pas. Mais il est cher.
— Dis toujours.
— C’est Chauvert.
— Le maître-chanteur ?
— Pourquoi employer de ces mots qui ne veulent rien dire ?
— Combien me demandera-t-il sur les 8.000 ?
— Les trois-quarts — la moitié, au bas mot, si j’insiste.
— Et toi ?
— Oh, moi !… pour un ami…
— Je sais… je sais… je connais, nom d’un petit bonhomme ! les amis…
— Tu dis ?
— Rien… Que faudra-t-il te donner à toi ?
— Tu me paieras un bon déjeuner.
— C’est tout.
— Pour le reste, je m’arrangerai avec Chauvert.
— Allons-y tout de suite ; mais, nom d’un petit bonhomme ! auparavant, qu’est-ce que tu prends ?…
— Rien. Toi non plus… je t’assure, ça te fera mal.
— Je n’ai pas déjeuné ce matin.
— Raison de plus.
— Et je n’ai pas faim.
— Tiens prête-moi plutôt trente francs.
— Voilà nom d’un petit bonhomme ! deux louis.
— Je te remercie. C’est moi qui paierai le taxi…