VIII

Quand il passait devant la loge de sa concierge,Nom-d’un-petit-bonhommedétournait les yeux. Il lui semblait qu’il n’aurait pu désormais supporter le regard de cette femme. Il arriva qu’un jour elle lui remit une lettre du propriétaire l’avisant d’avoir à payer son terme en retard. Il rougit et se mit à balbutier une façon de bonjour.

La nuit qui suivit, il entendit de nouveau le ronflement du poële… il revit le lit… la pendule… l’armoire… puis, ce fut le bruit des poubelles et des boîtes à lait…

Il se mit à boire de plus en plus, à rentrer chez lui le plus tard possible, mais, aussitôt dans son lit, les images se représentaient dans le même ordre, avec la même précision hallucinante…

Un matin qu’il prenait son repas chez un marchand de vins qui fait l’angle de la rue Madame et de la rue d’Assas où il habitait, il lui sembla qu’un individu assez suspect, l’air d’un agent en bourgeois, l’attendait en faisant les cent pas. Quand il sortit, l’homme avait disparu, mais il crut le reconnaître le lendemain, devant la Bourse, qui lui emboîtait le pas, puis, deux jours après, à la terrasse du bar où il avait ses nouvelles habitudes. Il n’osa plus lire les faits divers des journaux. Un jour, à table, il se surprit tordant machinalement sa serviette sur ses genoux. Il n’en réclama pas, le soir, à la serveuse. Quelques jours après, il résolut de changer de restaurant. Il en chercha un qui n’eût pas de poële…

Une conversation surprise entre deux étudiants en médecine, qui mangeaient auprès de lui, retint quelque temps sa pensée.

— Moi, disait l’un, je ne comprends pas les gens qui se servent d’un revolver pour se suicider. S’ils ne se tuent pas sur le coup, quelle boucherie ! La noyade suppose une telle volonté, de telles angoisses aussi avant ! Il en va de même, malgré toutes les plaisanteries d’usage, de la pendaison.

— Rien ne vaut le protoxyde d’azote, le gaz hilarant.

— On s’en va avec le sourire, reprit l’autre.

— Mais il n’est pas facile d’en avoir sous la main, objecta le premier, tandis qu’avec quelques cachets de véronal…

Ils s’entretinrent ensuite de sujets plus futiles.Nom-d’un-petit-bonhommene les écoutait plus…

Mais, comme ils s’en allaient, il s’aperçut que l’un d’eux poussait l’autre du coude en le désignant, et, au moment de franchir la porte, ils se retournèrent tous deux vers lui d’un air intrigué…


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