Trescher compaignon & amy, voz melliflues & artificieuses parolles, pourroient facilement guarir toutes douleurs (au moins si elles doibvent estre guaries) mais la mienne qui est intolerable, ne peult estre temperee. Helas trop m’est griefve & insupportable la privation d’une telle dame : parquoy ne puis trouver remede a mes ultimes passions : car il n’est en mon pouoir de me monstrer plus tolerant, que plusieurs de noz predecesseurs : lesquelz pour la mort de leurs amis, n’ont pardonné au lachrimer & pleurer.
Manifeste exemple nous en rendent Phenix & Chiron : lesquelz depuis la mort de leur disciple, ne volurent survivre. Thimoleon vingt ans son frere mort pleura.
Agar pour la mort de son filz perpetuellement larmoya. Sainct Augustin en grand affluence de larmes & gemissemens de la mort de sa mere se lamenta.
Si doncques tant d’hommes fameulz & renommez ont larmoyé : & aulcuns, par anxieté, la vie laissee, je ne pourroys eviter que pareillement je ne succumbe. Mais quand a la reprehension que m’avés faicte touchant l’influxion du ciel, en cela ne veulx user de pertinacité : Mais a tous bons jugemens, me veulx condescendre. Et pource que je sens mon triste corps de vivre las, comme s’il estoit de ses ans naturelz fournis, je desire que ma dolente ame se puisse reunir avec ma treschere dame Helisenne : laquelle me semble avec voix piteuse m’invocquer, me disant, que si ma vie est longue, travail & ennuy ne me desaccompaigneront. Et pour ce, me sera trop plus utile le mourir que le continuel languir. Apres que j’eux pronuncé telles paroles, je feuz assez longue espace tenant silence : puis apres quand je commençay a parler, en dressant ma veue aux cieulx sortit de mes yeulx grande abondance & superfluité de larmes. Et avecq humilité de cueur dictz ainsi.
O Eternel plasmateur qui avez congnoissance devant l’heure de ma nativité, quel je seroys, quel je suys : & quel je doibtz estre : je te obsecre & prie, que ne me vueille punir selon mes iniques pechez : qui sont en si grand nombre que en ma possibilité n’est de les pouvoir distinctement declarer, mais je espere fort de ta misericorde : car de toy tout bien procede : en toy toute felicité consiste : & de toy toute gratitude & grace provient. Veuille donc user de ta grande clemence envers moy, ta paoure creature, en couvrant mes multipliees faultes : ce que j’estime que tu ne me denieras. Car de toy mon createur, dict Esaÿe au 53. chapitre. Que veritablement tu as porté noz langueurs, douleurs & infirmités. O scaturie d’infinie bonté : puis que toy mesmes, paye ce que de quoy nous sommes debiteurs.
O doulx redempteur : toy impeccable, tu porte noz pechez.
O mon doulx salvateur : combien que justement tu me peusse accuser, j’ay esperance que tu me excuseras : car tu ne desires pas la mort du pecheur. Et pour ce estant accompaigné d’une infallible esperance, je suis prest & appareillé te rendre mon esperit : lequel a ta providence humblement je recommande.
Fin des Angoysses douloureusesqui procedentD’amours.