XLVISOPHIE A SA COUSINE.

A Biella.

A mon retour de Suross, j'ai trouvé Lucile dans l'affliction au sujet d'un bruit qui s'est répandu, de l'entière défaite des confédérés à Broda, où Gustave doit s'être trouvé. Elle craint qu'il ne soit resté dans l'affaire.

«Ah! chère Sophie, s'écria-t-elle en me voyant, c'en est fait, je ne le reverrai plus; presque tous ceux de son parti ont été taillés en pièces, le reste a été fait prisonnier, aucun n'a échappé. Je n'ose même me flatter qu'il soit dans les fers; tout ce qu'il y a de plus sinistre vient s'offrir à mon esprit, pour mettre le comble à mon désespoir. Je me le représente percé de mille coups; je crois voir sa tête séparée de son corps, et ce corps pâle et livide étendu sur la poudre.»

«Ah! chère Sophie, s'écria-t-elle en me voyant, c'en est fait, je ne le reverrai plus; presque tous ceux de son parti ont été taillés en pièces, le reste a été fait prisonnier, aucun n'a échappé. Je n'ose même me flatter qu'il soit dans les fers; tout ce qu'il y a de plus sinistre vient s'offrir à mon esprit, pour mettre le comble à mon désespoir. Je me le représente percé de mille coups; je crois voir sa tête séparée de son corps, et ce corps pâle et livide étendu sur la poudre.»

Je me mis auprès d'elle pour tâcher de la consoler, mais elle ne m'écouta point.

«Hélas! devait-il donc périr ainsi à la fleur de ses ans, continua-t-elle en se penchant sur mon cou? Les barbares! ils ont eu le cœur de plonger leurs mains dans son sang. Quel sentiment de vengeance s'élève dans mon cœur! Soleil éclipse-toi; refuse ta lumière à cette race odieuse de brigands, ou si tu te montres encore, que ce soit pour les consumer de tes feux. Infortunée que je suis! Hélas! qu'est devenu ce bonheur dont je m'étais flattée, cet avenir dont je m'étais formé de si riantes images, cette chaîne de jours fortunés? ils ont disparu comme un songe, et n'ont laissé après eux que douleur, tristesse et désolation. Ah! la vie n'est plus pour moi qu'un fardeau insupportable. Que ne puis-je à présent finir ma triste carrière. Cruel destin! Si tu voulais m'arracher à ce que j'ai de plus cher au monde, que n'ai-je aussi été en butte à tes coups, que le même tombeau ne m'a-t-il pas réunie à mon amant?»

«Hélas! devait-il donc périr ainsi à la fleur de ses ans, continua-t-elle en se penchant sur mon cou? Les barbares! ils ont eu le cœur de plonger leurs mains dans son sang. Quel sentiment de vengeance s'élève dans mon cœur! Soleil éclipse-toi; refuse ta lumière à cette race odieuse de brigands, ou si tu te montres encore, que ce soit pour les consumer de tes feux. Infortunée que je suis! Hélas! qu'est devenu ce bonheur dont je m'étais flattée, cet avenir dont je m'étais formé de si riantes images, cette chaîne de jours fortunés? ils ont disparu comme un songe, et n'ont laissé après eux que douleur, tristesse et désolation. Ah! la vie n'est plus pour moi qu'un fardeau insupportable. Que ne puis-je à présent finir ma triste carrière. Cruel destin! Si tu voulais m'arracher à ce que j'ai de plus cher au monde, que n'ai-je aussi été en butte à tes coups, que le même tombeau ne m'a-t-il pas réunie à mon amant?»

En prononçant ces mots elle tomba dans mes bras et resta sans sentiment.

Faut-il le dire, Rosette, je n'ai plus pour Lucile la même amitié, depuis que je suis devenue sa rivale; et ses larmes commencent déjà à ne plus me toucher.

La conjoncture est favorable, il faut en profiter. Depuis que le bruit de cette bataille s'est répandu, Lucile tremble que Gustave n'ait payé de sa vie: faisons qu'elle n'en doute plus.

Du château d'Osselin, le 25 juin 1770.


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