A Sokol.
J'étais allé faire une petite course à Cracovie.
A mon retour, j'ai trouvé un paquet de tes lettres, où j'ai vu avec chagrin le long enchaînement de tes malheurs et la triste fin de notre ami commun.
Je te plains, cher Gustave, mais mes larmes sont pour Loveski. Imprudent jeune homme! fallait-il ainsi courir au devant du destin, pour laisser après soi tant de regrets?
Je te remercie, Potowski, au nom de l'amitié la plus tendre, des soins que tu as pris de lui rendre les derniers devoirs. Mais que je suis indigné contre ces faux amis qui l'ont ainsi abandonné dans ses derniers moments! Ah! les traîtres! qu'ils ne viennent jamais se présenter devant moi, ou je saurai les démasquer!
Hélas! quel triste théâtre est devenue notre malheureuse Pologne! On n'entend nulle part que les cris des dissensions civiles. Tout le royaume est en feu, et dans ce concours tumultueux d'hommes acharnés les uns contre les autres, ce n'est plus que vengeance, fureur, dévastations et massacres. Il n'y a presque point de famille dans l'État qui ne soit plongée dans l'affliction. Ici, une mère éplorée redemande son fils, une épouse son époux; là, les sœurs pleurent un frère, les amis un ami.
Hélas! j'ai eu beau m'éloigner de la folie des factions, me voilà moi-même enveloppé dans le désastre commun; ma maison n'en est pas moins remplie de deuil et de larmes.
Insensés que nous sommes, d'attirer ainsi sur nous la désolation et la mort!
Heureux les peuples assez sages pour vouloir jouir des douceurs de la paix.
De Pinsk, le 22 juin 1770.