A Tarnopol.
Je ne peux, cher Potowski, me consoler de ton départ. On a beau chercher à m'égayer; mon cœur demeure flétri au milieu des parties les plus brillantes. J'ai toujours devant les yeux ta triste image. Il me semble te voir dans l'instant où tu t'arrachas de mon sein.
Loin de la foule importune je vais souvent promener mes pas solitaires sur ces bords fleuris où tu aimais à reposer près de moi. Mais au lieu d'adoucir ma douleur, tout y renouvelle le sentiment de mes peines, tout m'y retrace nos entretiens, nos serments, tout m'y rappelle un triste souvenir.
Ici, dis-je toute seule, il me fit l'aveu de sa flamme; là je reçus les premiers gages de sa tendresse.
Et je demeure immobile, arrosant la terre de mes larmes.
Il semble que tout ce qui m'environne prenne part à ma douleur. Les oiseaux ne font plus retentir l'air que de tristes accents, les échos ne leur répondent que par des plaintes; les zéphirs gémissent parmi le feuillage et le murmure des ruisseaux imite mes soupirs.
Lorsque tu fus parti, je me plaignais de ne pouvoir pleurer. Hélas! que cette vaine consolation m'est bien rendue. Le jour deux ruisseaux de larmes coulent sans cesse de mes yeux; la nuit j'en arrose ma couche, et la source n'en peut tarir.
P. S.J'oubliai de te dire de m'adresser tes lettres sous le couvert de Sophie. C'est par son canal que je te ferai passer les miennes.
Adieu, écris-moi souvent.
De Varsovie, le 9 avril 1770.