A Biella.
Lorsque Gustave fut parti rien n'égalait le désespoir de Lucile.
Elle tomba sans connaissance dans les bras de sa suivante et resta longtemps plongée dans une douleur stupide. Quelquefois elle en sortait pour appeler son amant, tourner les yeux du côté où il avait disparu, tendre les bras comme pour l'embrasser et elle y retombait bientôt après.
A cet accablement a succédé une morne tristesse, la langueur de son regard étale tout l'ennui de son âme, et son cœur flétri se refuse à toute espèce de consolation.
Sa chambre ne résonne plus de ses chants, mais elle y tient souvent de tristes soliloques:
«Est-il donc vrai, cher Potowski, (s'écriait-elle l'autre jour) est-il donc vrai que tu m'as laissée? Hélas! il ne me reste plus de toi que le souvenir de t'avoir possédé. O beaux jours! jours trop rapidement écoulés! vous ne reviendrez plus. Que je suis malheureuse.»
«Est-il donc vrai, cher Potowski, (s'écriait-elle l'autre jour) est-il donc vrai que tu m'as laissée? Hélas! il ne me reste plus de toi que le souvenir de t'avoir possédé. O beaux jours! jours trop rapidement écoulés! vous ne reviendrez plus. Que je suis malheureuse.»
Puis elle soupirait amèrement.
Te l'avouerai-je, son état me fait compassion et quand je la vois si affligée, je ne me sens plus la force de la supplanter. Hélas! n'ai-je pas assez de mes peines, sans m'embarrasser encore de celles d'autrui?
Aujourd'hui Lucile paraît plus tranquille que d'ordinaire. Je viens de lui remettre une lettre de Gustave, elle l'a ouverte avec transport.
Tandis qu'elle la parcourait, on voyait la sérénité se rétablir sur son visage; elle l'a lue plusieurs fois; puis, les yeux attachés sur le papier, elle disait à voix basse:
«Cher Potowski, toi dont la vue seule faisait ma joie, si le ciel conserve tes jours, et te laisse à ta maîtresse, mon âme est contente; je lui pardonne tout. Mais hélas! que la vie est lente, et le terme de mon bonheur éloigné!»
«Cher Potowski, toi dont la vue seule faisait ma joie, si le ciel conserve tes jours, et te laisse à ta maîtresse, mon âme est contente; je lui pardonne tout. Mais hélas! que la vie est lente, et le terme de mon bonheur éloigné!»
Je ne saurais rendre raison des divers mouvements qui agitent mon sein; à mesure que la plaie de son cœur paraît se fermer, je sens la mienne se rouvrir. Mes bonnes résolutions se sont évanouies; mon premier projet me trotte de nouveau par la tête.
Ah! Rosette, je suis honteuse de la bassesse de mes sentiments.
De Varsovie, le 1ermai 1770.