A Biella.
Hier je reçus une lettre de Gustave pour Lucile. Mon cœur palpitait en la tenant dans mes mains. Je balançais si je la remettrais ou si je l'ouvrirais. A la fin, je cédai à ma curiosité.
Cette lettre ne contenait que des reproches à sa belle sur son long silence, et des protestations d'amour. Le ton touchant dont il se plaignait et la délicatesse de ses sentiments m'arrachèrent quelques larmes.
A peine l'avais-je serrée dans ma cassette que Lucile entra dans ma chambre, le mouchoir aux yeux, et me dit:
—Voilà déjà deux mois que Gustave est parti et je ne vois point venir de ses nouvelles; cette vaine attente jette la désolation dans mon âme. Attentive à tout ce qu'on débite du parti auquel il est attaché, je le suis en idée de lieu en lieu; je cours avec lui les mêmes hasards, les mêmes dangers. Maintenant le voilà à l'extrémité du royaume, poursuivi par de cruels ennemis. Je n'ose me livrer à mes affligeantes pensées: peut-être est-il déjà tombé sous un fer meurtrier. Ah! ma chère, j'ai perdu l'espoir de le revoir.
—Voilà déjà deux mois que Gustave est parti et je ne vois point venir de ses nouvelles; cette vaine attente jette la désolation dans mon âme. Attentive à tout ce qu'on débite du parti auquel il est attaché, je le suis en idée de lieu en lieu; je cours avec lui les mêmes hasards, les mêmes dangers. Maintenant le voilà à l'extrémité du royaume, poursuivi par de cruels ennemis. Je n'ose me livrer à mes affligeantes pensées: peut-être est-il déjà tombé sous un fer meurtrier. Ah! ma chère, j'ai perdu l'espoir de le revoir.
En prononçant ces mots, elle se pencha vers une table, appuya sa tête sur ses deux mains, et fondit en larmes.
Mon trouble égalait le sien, je me sentais attendrie: j'aurais voulu n'avoir pas décacheté la lettre; je fus même sur le point de la lui remettre toute décachetée. L'embarras où je me trouvais était extrême; je tremblais qu'elle ne vînt à lever les yeux sur moi et à s'en apercevoir.
Enfin, lorsque je fus un peu remise je tâchai de la consoler.
—Pourquoi vous affliger ainsi pour des chimères, Lucile? Combien d'accidents imprévus peuvent retarder l'arrivée d'une lettre dans l'état où est le royaume. Un peu de patience. Vous êtes peut-être à la veille de recevoir des nouvelles de Gustave.
—Pourquoi vous affliger ainsi pour des chimères, Lucile? Combien d'accidents imprévus peuvent retarder l'arrivée d'une lettre dans l'état où est le royaume. Un peu de patience. Vous êtes peut-être à la veille de recevoir des nouvelles de Gustave.
Ces paroles firent glisser un rayon d'espérance dans son cœur, et adoucirent un peu ses noirs soucis.
Elle ne fut pas plutôt sortie que je recachetai la lettre et l'envoyai sous couvert à un ami à Cracovie, pour me l'expédier sans délai par la poste. Dès qu'elle arriva, je la remis à Lucile.
Elle la saisit avec transport, la pressa contre ses lèvres, l'ouvrit avec précipitation. Bientôt des pleurs de joie inondèrent le papier.
Après l'avoir relue deux ou trois fois, elle examina le cachet et parut surprise de ne pas voir celui de Gustave. (Heureusement, je m'étais servie d'un cachet de fantaisie). Elle fit quelques réflexions et n'en parla plus.
Le rôle que j'ai entrepris me déplaît beaucoup.
Chère Rosette, que ne suis-je comme toi, une âme à l'épreuve! Tu ne serais pas embarrassée en pareil cas: tu ne t'émeus pas pour si peu de chose. Que veux-tu? Il n'est pas donné à toutes les femmes d'être des héroïnes.
De Varsovie, le 29 mai 1770.