LXIISOPHIE A SA COUSINE.

A Biella.

Tout concourt à couronner mes vœux. Sansterres a parfaitement rempli le but de sa mission. Gustave est à Krasilow. Je me dispose à aller le trouver.

Le voilà dans mes filets!

Tu me diras peut-être que je ne suis pas au bout? En vérité, voilà un grand embarras! Lorsqu'un amant a perdu sa maîtresse et qu'une jolie femme se trouve sur ses pas, lui fait même quelques avances, est-il besoin d'un miracle pour qu'il en devienne amoureux? Suis-je donc si déchirée, que je ne puisse plus faire de conquêtes?

Mais il faut prendre congé de Lucile. Sa mélancolie n'est plus si noire. Le temps, mieux que tous nos soins, est parvenu à guérir les plaies de son cœur. Elles ne sont pourtant pas encore fermées. Souvent elle exhale sa douleur par des chants plaintifs: mais cela me touche assez peu.

Elle continue aussi à aller pleurer sur les tombeaux; elle a même fait élever une urne cinéraire en mémoire du prétendu défunt, et quand je la vois ainsi s'attacher à cette ombre, peu s'en faut que je n'éclate de rire.

Ce matin, je suis entrée dans sa chambre, après avoir composé mon extérieur de mon mieux.

—Chère Lucile, lui ai-je dit du ton le plus pénétré que j'ai pu trouver, nous touchons au moment d'être séparées peut-être pour toujours; il m'en coûte infiniment de vous quitter, mais il faut obéir à la nécessité. Adieu, n'oubliez jamais une tendre amie.

—Chère Lucile, lui ai-je dit du ton le plus pénétré que j'ai pu trouver, nous touchons au moment d'être séparées peut-être pour toujours; il m'en coûte infiniment de vous quitter, mais il faut obéir à la nécessité. Adieu, n'oubliez jamais une tendre amie.

Et je m'efforçai de répandre quelques pleurs.

—Hélas! il ne me restait d'autre consolation que celle de vous posséder. J'aimais à épancher ma douleur dans votre sein; votre tendre amitié adoucissait un peu les noirs soucis qui rongent mon cœur, et il faut que je vous perde! Infortunée que je suis, s'écria-t-elle en poussant un profond soupir.

—Hélas! il ne me restait d'autre consolation que celle de vous posséder. J'aimais à épancher ma douleur dans votre sein; votre tendre amitié adoucissait un peu les noirs soucis qui rongent mon cœur, et il faut que je vous perde! Infortunée que je suis, s'écria-t-elle en poussant un profond soupir.

Ses yeux se remplirent de larmes, et elle en arrosait mon cou qu'elle tenait embrassé.

Te l'avouerai-je? Ces paroles étaient autant de traits qui me perçaient l'âme. La honte couvrait mon visage et mon cœur était déchiré de remords, qui la vengeaient en secret de mes artifices.

Je me trouvais indigne du nom d'amie qu'elle me donnait en me pressant tendrement contre son sein. Je n'osais plus mêler mes feintes caresses à la sincérité de ses regrets: je me serais même arrachée de ses bras si je l'eusse osé. Dans ce moment je sentais tout l'avantage qu'a la vertu sur le vice.

—Quelle candeur, quelle tendresse, quelle générosité que la sienne! me disais-je en secret. Ha! malheureuse Lucile! si tu connaissais cette perfide amie que tu tiens embrassée, tu reculerais d'horreur!

—Quelle candeur, quelle tendresse, quelle générosité que la sienne! me disais-je en secret. Ha! malheureuse Lucile! si tu connaissais cette perfide amie que tu tiens embrassée, tu reculerais d'horreur!

Mon cœur était en proie à mille cruels mouvements; mais la honte les étouffait tous. Je rougissais de la bassesse de mes procédés, je rougissais des caresses de Lucile, je rougissais de mes pleurs.

—Ils ne sont, pensais-je, qu'un indigne artifice. Quoi! sans intérêt pour elle, je l'arrose de larmes!…

—Ils ne sont, pensais-je, qu'un indigne artifice. Quoi! sans intérêt pour elle, je l'arrose de larmes!…

Mes joues étaient comme de feu. Pour lui dérober ma confusion, j'enveloppai mon visage de mon mouchoir et je fus cacher dans un coin de la chambre mon trouble et mon embarras, qu'elle prit pour un excès de douleur.

Ainsi, jusqu'au dernier moment, elle était dupe de ma duplicité.

Peu après je partis, trop satisfaite d'aller loin d'elle finir mes obscures intrigues.

Quelle faible créature je suis, diras-tu, Rosette, de n'avoir pu encore triompher du préjugé!

D'Opalin, le 8 septembre 1770.


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