Est-il donc vrai, Lucile, que tu refuses le nom chéri d'épouse? Hélas! m'y serais-je attendu?
Je croyais toucher enfin au moment de voir finir pour toujours mes longues souffrances. Un riant avenir s'ouvrait devant moi. Je t'avais retrouvée. Que manquait-il à mon bonheur, que de recevoir des mains de l'hymen le prix de mon amour? Je l'attendais plein d'espérance. Hier encore, je m'endormis dans cette douce illusion: mais quel affreux réveil! Et c'est ta main cruelle qui m'arrache le bandeau! C'est elle qui me perce le cœur!
Comme je sers de jouet à la fortune! Le plaisir échappe sous ma main dès que je veux le saisir, et la joie fuit loin de moi dès que je l'appelle. Dois-je donc ainsi toujours poursuivre le bonheur sans l'atteindre jamais? infortuné que je suis! Sous quel astre sinistre, à quelle heure funeste ai-je reçu le jour?
Ah! je le vois, le sort perfide se fait un jeu de me persécuter sans relâche; mais toi, Lucile, pourquoi conspirer avec lui?
Quelles noires pensées s'offrent à mon esprit! quelle sombre tristesse flétrit mon cœur! quel nouveau désespoir saisit mon âme! Cruel destin, tyran farouche, pourquoi m'imposer la vie, si tu voulais retenir le bonheur!
Mercredi soir, de la rue Neuve.