LXXIVGUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

Ne l'ai-je retrouvée que pour la perdre plus cruellement encore? C'est elle à présent qui s'arrache à moi.

Hier j'allai trouver Lucile. Elle était seule au logis.

—Chère âme, lui dis-je en lui prenant la main pour attacher à son bras mon portrait, la fortune me sourit de nouveau, mais je ne lui sais gré de ses faveurs que pour t'en faire un don.

—Chère âme, lui dis-je en lui prenant la main pour attacher à son bras mon portrait, la fortune me sourit de nouveau, mais je ne lui sais gré de ses faveurs que pour t'en faire un don.

Elle me remercia avec une sensibilité qui l'embellissait encore; puis elle me dit en soupirant:

—Vous êtes le plus généreux des hommes: mais je ne puis accepter vos bienfaits.—Ciel! qu'entends-je? m'écriai-je éperdu. Pourquoi donc, ma Lucile, ne pourrais-tu accepter mes offrandes?

—Vous êtes le plus généreux des hommes: mais je ne puis accepter vos bienfaits.

—Ciel! qu'entends-je? m'écriai-je éperdu. Pourquoi donc, ma Lucile, ne pourrais-tu accepter mes offrandes?

Les yeux attachés sur ses lèvres, j'attendais en tremblant une réponse. Elle paraissait émue, mais elle baissa tout-à-coup son voile pour me cacher son émotion. A l'instant je la pris dans mes bras et lui dis en la pressant contre mon sein:

—Ah! Lucile, tu viens de me percer le cœur, mais achève, ne crains pas de t'ouvrir à moi, tu connais ma tendresse.

—Ah! Lucile, tu viens de me percer le cœur, mais achève, ne crains pas de t'ouvrir à moi, tu connais ma tendresse.

Elle garda le silence. Je redoublai mille fois mes instances: enfin elle me répondit d'une voix entrecoupée:

—Laissez vivre et mourir dans l'oubli la plus malheureuse des filles!

—Laissez vivre et mourir dans l'oubli la plus malheureuse des filles!

Puis elle se tut.

Affligé de ce procédé mystérieux, je me jetai à ses genoux, j'arrosai ses mains de mes larmes, et la suppliai au nom de l'amour le plus tendre de vouloir s'expliquer. Désespéré de ne pouvoir lui arracher aucune parole, je me retirai la mort dans le cœur.

Ah! cher Panin, comme le sort se joue de moi! Déjà je me croyais au comble de mes vœux. En attendant le jour fortuné qui devait couronner mes désirs, je comptais avec impatience les instants, et mon cœur se livrait à ses transports. O folle joie! un instant l'a vue naître, un instant l'a vue s'évanouir.

A peine commençais-je à m'abandonner à cet heureux délire que mon âme est retombée dans le désespoir.

Cruelle fortune, perfide jusque dans tes bienfaits, pourquoi t'acharner ainsi à empoisonner le cours malheureux de mes jours?

De Varsovie, le 7 novembre 1770.


Back to IndexNext