LXXXIIGUSTAVE A LUCILE.

Tu veux que nous restions amis. Ton cœur n'est donc fait que pour l'amitié? Est-ce pour elle que l'amour a réuni en toi tant de charmes? Le seul plaisir qu'il me soit désormais permis de goûter est celui de te voir. Que m'importe d'admirer en souffrant ta beauté, tes grâces, tes vertus, si tu ne dois jamais être à moi! Cruelle, garde ta tendresse!

Hélas! où m'emporte ma douleur?

Pardonne, pardonne, Lucile. Je rétracte mon blasphème. Épargne ce tourment à mon cœur.

Tu ne peux voir souffrir personne; serais-tu sans pitié seulement pour ton amant? Tes yeux pourraient-ils le voir se consumer de tristesse sur un lit de langueur? Et ton âme qui aime à répandre partout la joie, prendrait-elle plaisir à déchirer la sienne?

Quel présent t'aurait fait le ciel qui s'est plu à verser sur toi tous ses dons, s'il ne t'avait donné un cœur tendre?

Ah! ma Lucile, quels que soient tes scrupules, souffre que mon cœur en triomphe.

Vois ton amant à tes genoux, qui te tend les bras; vois l'amour s'applaudir de sa conquête, et la tendresse te demander le prix de sa fidélité.

De la rue Neuve, le 3 décembre 1770.


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