Texte.

Cy commence l’epistre que othea la deesse envoya a Hector de troye quant il estoit en l’aage de quinze ans.

Othea deesse de prudenceQui adresse les bons cueurs en vaillanceA toy hector noble prince puissantQui en armes es adez flourissantFilz de mars le dieu de batailleQui les faitz d’armes/ livre & tailleEt de minerve la deessePuissant/ qui d’armes est maistresseSuccesseurs des nobles troyensHoir de troye et des cytoyensSalutacion devant miseAvec vraye amour sans faintise.Et com je soye desirantTon grant preu que je voys querantEt qu’augmentee & preserveeSoit/ et en tout temps observeeTa vaillance et haulte proesseAdez en ta prime jeunessePar mon epistre amonnesterTe vueil/ et dire & ennorterLes choses qui sont necessairesA haulte vaillance et contrairesA l’opposite de prouesseAffin que ton bon cueur s’adresseA acquerir par bonne escolleLe cheval qui par l’air s’en volleC’est pesagus le renomméQui de tous vaillans est ayméPour ce que ta condicionSçay par droicte inclinacion.Aux faictz chevalereux abillePlus que non aultres cinq cens milleEt comme deesse je sçayPar science non par essayLes choses qui sont a avenirMe doibt il de toy souvenirCar je sçay qu’a tousjours serasLe plus preux des preux & aurasSur tous les aultres renommeeMais que de toy je soye aymeeAymee/ et pour quoy ne seroyeJe suy celle qui tous arroyeCeulx qui m’ayment et tiennent chiereJe leur lis leçon en chaiereQui les fait monter jusque au cieulxSi te prie que soyes de ceulxEt que tu me vueilles bien croireOr met donc bien en ta memoireLes ditz que je te vueil escripreEt se tu m’os compter ou direChose qui soit a avenirEt je te dis que souvenirT’en doibt com s’ilz fussent passeesSaches qu’ilz sont en mes penseesEn esperit de prophecieOr enten et ne te soucyeCar riens ne diray qui n’avienneS’avenu n’est/ or t’en souviengne.

Othea deesse de prudenceQui adresse les bons cueurs en vaillanceA toy hector noble prince puissantQui en armes es adez flourissantFilz de mars le dieu de batailleQui les faitz d’armes/ livre & tailleEt de minerve la deessePuissant/ qui d’armes est maistresseSuccesseurs des nobles troyensHoir de troye et des cytoyensSalutacion devant miseAvec vraye amour sans faintise.Et com je soye desirantTon grant preu que je voys querantEt qu’augmentee & preserveeSoit/ et en tout temps observeeTa vaillance et haulte proesseAdez en ta prime jeunessePar mon epistre amonnesterTe vueil/ et dire & ennorterLes choses qui sont necessairesA haulte vaillance et contrairesA l’opposite de prouesseAffin que ton bon cueur s’adresseA acquerir par bonne escolleLe cheval qui par l’air s’en volleC’est pesagus le renomméQui de tous vaillans est ayméPour ce que ta condicionSçay par droicte inclinacion.Aux faictz chevalereux abillePlus que non aultres cinq cens milleEt comme deesse je sçayPar science non par essayLes choses qui sont a avenirMe doibt il de toy souvenirCar je sçay qu’a tousjours serasLe plus preux des preux & aurasSur tous les aultres renommeeMais que de toy je soye aymeeAymee/ et pour quoy ne seroyeJe suy celle qui tous arroyeCeulx qui m’ayment et tiennent chiereJe leur lis leçon en chaiereQui les fait monter jusque au cieulxSi te prie que soyes de ceulxEt que tu me vueilles bien croireOr met donc bien en ta memoireLes ditz que je te vueil escripreEt se tu m’os compter ou direChose qui soit a avenirEt je te dis que souvenirT’en doibt com s’ilz fussent passeesSaches qu’ilz sont en mes penseesEn esperit de prophecieOr enten et ne te soucyeCar riens ne diray qui n’avienneS’avenu n’est/ or t’en souviengne.

Othea deesse de prudence

Qui adresse les bons cueurs en vaillance

A toy hector noble prince puissant

Qui en armes es adez flourissant

Filz de mars le dieu de bataille

Qui les faitz d’armes/ livre & taille

Et de minerve la deesse

Puissant/ qui d’armes est maistresse

Successeurs des nobles troyens

Hoir de troye et des cytoyens

Salutacion devant mise

Avec vraye amour sans faintise.

Et com je soye desirant

Ton grant preu que je voys querant

Et qu’augmentee & preservee

Soit/ et en tout temps observee

Ta vaillance et haulte proesse

Adez en ta prime jeunesse

Par mon epistre amonnester

Te vueil/ et dire & ennorter

Les choses qui sont necessaires

A haulte vaillance et contraires

A l’opposite de prouesse

Affin que ton bon cueur s’adresse

A acquerir par bonne escolle

Le cheval qui par l’air s’en volle

C’est pesagus le renommé

Qui de tous vaillans est aymé

Pour ce que ta condicion

Sçay par droicte inclinacion.

Aux faictz chevalereux abille

Plus que non aultres cinq cens mille

Et comme deesse je sçay

Par science non par essay

Les choses qui sont a avenir

Me doibt il de toy souvenir

Car je sçay qu’a tousjours seras

Le plus preux des preux & auras

Sur tous les aultres renommee

Mais que de toy je soye aymee

Aymee/ et pour quoy ne seroye

Je suy celle qui tous arroye

Ceulx qui m’ayment et tiennent chiere

Je leur lis leçon en chaiere

Qui les fait monter jusque au cieulx

Si te prie que soyes de ceulx

Et que tu me vueilles bien croire

Or met donc bien en ta memoire

Les ditz que je te vueil escripre

Et se tu m’os compter ou dire

Chose qui soit a avenir

Et je te dis que souvenir

T’en doibt com s’ilz fussent passees

Saches qu’ilz sont en mes pensees

En esperit de prophecie

Or enten et ne te soucye

Car riens ne diray qui n’avienne

S’avenu n’est/ or t’en souviengne.

i. Glose.

Othea selon grec peult estre prins pour sagesse de femme. Et comme les anciens non ayans encore lumiere de foy adorassent plusieurs dieux. Soubz laquelle loy soient passees les plus haultes seigneuries qui au monde ayent esté comme le royaulme d’assirie/ de perse/ les gregoys/ les troyens/ Alixandre/ les rommains et maintz aultres. Et mesmement tous les plus grans philozophes. Comme dieu n’eust encore ouverte la porte de sa misericorde. A present nous chrestiens par la grace de dieu enluminez de vraie foy pouons ramener a moralité les opinions des anciens. Et sur ce maintes allegories pevent estre faictes. Et comme iceulx eussent acoustumé de toutes choses adorer/ qui oultre le commun cours des choses eussent prerogatives d’aulcune grace plusieurs dames sages qui furent en leurs temps appellees deesses. Et fut vraye chose selon l’histoire que au temps que troie la grant florissoit en sa haulte renommee une moult sage dame Othea appellee considerant la belle jeunesse de hector de troye qui ja florissoit en vertus qui pouoient estre demonstrance des graces estre en luy au temps advenir/ luy envoya plusieurs dons beaulx & notables. Et mesmement le beau destrier que on appelloit galathee qui n’eut pareil au monde. Et pour ce que toutes graces mondaines que bon chevalier doit avoir furent en hector pouons dire moralement que il les print par le admonestement othea qui cest epistre luy manda. par othea nous prendrons la vertu de prudence et sagesse dont luymesmes fut aorné. Et comme les quatre vertus cardinalles soient necessaires a bonne pollice nous en parlerons ensuivant. Et a cest premier avons donné nom & prins maniere de parler aulcunement poeticque & accordant a la vraie hystoire pour mieulx ensuivir nostre matiere. Et a nostre propos prendrons aulcunes auctoritez des philozophes anciens. Ainsi dirons que par la dicte dame fut baillé ou envoyé ce present au bon hector qui semblablement peult estre a tous aultres desirans bonté & sagesse. Et comme la vertu de prudence soit tres a recommander dist le prince des philozophes Aristote pour ce que sapience est la plus noble de toutes aultres choses doibt elle estre monstree par la meilleur raison et la plus convenable maniere.

Prologue a alegorie.

Pour ramener a allegorie le propos de nostre matiere applicquerons la saincte escripture a noz ditz a l’edification de l’ame estant en cestuy miserable monde.

Comme par la souveraine sapience et haulte puissance de dieu toutes choses soyent crees raisonnablement doibvent toutes tendre a fin de luy. Et pource que nostre esperit de dieu creé a son ymage est des choses crees la plus noble apres les angelz. Convenable chose est & necessaire que il soit adorné de vertus parquoy il puisse estre convoyé a la fin pourquoy il est. Et pour ce que il peult estre empesché par les assaulx & agaz de l’ennemy d’enfer qui est son mortel adversaire & souvent le destourne de venir a sa beatitude. Nous pouons appeller la vie humaine droicte chevalerie comme dit l’escripture en plusieurs pars. Et comme toutes choses terrestres soient faillables devons avoir en continuelle memoire le temps futur qui est sans fin Et pource que ce est la somme & parfaicte chevalerie & toute autre soit de nulle comparaison. Et dont les victorieux sont couronnez en gloire prendrons maniere de parler de l’esperit chevalereux. Et ce soit faict a la louenge de dieu principalement & au proffit de ceulx qui se delicteront a ouyr ce present dictier.

Alegorie.

Comme prudence & sagesse soit mere & conduiseresse de toutes vertus sans laquelle ne pourroient estre bien gouvernees est il necessaire a l’esperit chevalereux que de prudence soit adorné comme dit sainct augustin au livre de la singularité des clercz que en quelque lieu que prudence soit legierement peult on cesser et anientir toutes choses contraires Mais la ou prudence est despitee toutes choses contraires ont seigneurie. Et a ce propos dit Salomon en ses proverbes.

Si intraverit sapientia cor tuum et scientia anime tue placuerit consilium custodiet te et prudentia servabit te. Proverbiorum secundo capitulo.

Si intraverit sapientia cor tuum et scientia anime tue placuerit consilium custodiet te et prudentia servabit te. Proverbiorum secundo capitulo.


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