The Project Gutenberg eBook ofLes chats: Histoire; Moeurs; Observations; Anecdotes.This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Les chats: Histoire; Moeurs; Observations; Anecdotes.Author: ChampfleuryRelease date: September 18, 2014 [eBook #46891]Most recently updated: October 24, 2024Language: FrenchCredits: Produced by Pierre Lacaze, Charlene Taylor, the InternetArchive, the University of Ottawa and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CHATS: HISTOIRE; MOEURS; OBSERVATIONS; ANECDOTES. ***
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Title: Les chats: Histoire; Moeurs; Observations; Anecdotes.Author: ChampfleuryRelease date: September 18, 2014 [eBook #46891]Most recently updated: October 24, 2024Language: FrenchCredits: Produced by Pierre Lacaze, Charlene Taylor, the InternetArchive, the University of Ottawa and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)
Title: Les chats: Histoire; Moeurs; Observations; Anecdotes.
Author: Champfleury
Author: Champfleury
Release date: September 18, 2014 [eBook #46891]Most recently updated: October 24, 2024
Language: French
Credits: Produced by Pierre Lacaze, Charlene Taylor, the InternetArchive, the University of Ottawa and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CHATS: HISTOIRE; MOEURS; OBSERVATIONS; ANECDOTES. ***
D'après une aquarelle de Mind, dit le Raphaël des chats.
A mon ami Jules Troubat.
Il peut paraître singulier que de longues études soient consacrées à un simple individu, au chat, qui, quoique résumant une partie des facultés des félins, ne saurait cependant donner une idée complète des êtres plus considérables de la même race; mais les habitudes sédentaires de l'animal permettent à l'homme de cabinet de l'étudier à tout instant, sans interrompre son travail. De l'atelier des alchimistes, le chat a passé chez les écrivains; il fait partie de leur modeste intérieur, & il offre ceci de particulier avec les gens de lettres, qu'il a presque autant de détracteurs que si, lui-même, le chat écrivait.
Comme tous les êtres qui provoquent les caresses, qui en donnent & en reçoivent, comme les femmes, si le chat a été beaucoup aimé par les uns, il ne lui a pas été pardonné par les autres, surtout par les métaphysiciens.
Beaucoup avoueraient, avec le père Bougeant, dans le livre peu amusant del'Amusement philosophique sur le langage des bêtes, que «les bêtes ne sont que des diables,» & qu'à la tête de ces diables marche le chat.
Descartes fait de tout animal unautomate. Pour combattre cette affirmation, il faudrait déployer un grand attirail de métaphysique vers lequel je ne me sens pas porté. Je préfère d'autres natures d'esprits: Aristote, Pline, Plutarque, Montaigne, qui assoient leurs doutes sur desfaits, prouvés par la raison & l'observation.
Montaigne défenseur de l'intelligence des animaux. D'après un portrait appartenant au docteur Payen.
Les naturalistes, ceux sur lesquels il est commode au bon sens de s'appuyer, tiennent pour l'intelligencechez les animaux, à commencer par le père de l'histoire naturelle.
«L'ensemble de la vie des animaux, dit Aristote, présente plusieurs actions qui sont des imitations de la vie humaine. Cette exactitude, qui est le fruit de la réflexion, est encore plus sensible chez les petits animaux que chez les grands.»
Nous voilà loin des automates de Descartes.
Avec Montaigne on n'a que l'embarras du choix. LesEssaissont le plus riche arsenal en faveur de l'intelligence des animaux. Presque à chaque page, Montaigne se plaît à rabattre le caquet de l'homme.
«C'est par vanité, dit-il, que l'homme se trie soy mesme & sépare de la presse des aultres créatures, taille les parts aux animaulx ses confrères & compaignons, & leur distribue telle portion de facutz & de forces que bon luy semble.»
Les animauxconfrèresde l'homme, voilà ce qu'écrivait ce sceptique qui a fait passer tant de hardiesses sous le couvert de la bonhomie.
Montaigne accorde laprudenceaux abeilles, lejugementaux oiseaux; pour lui, l'araignée qui file sa toile,délibère,pense&décide.Cette prudence, ce jugement, ces délibérations, ces pensées, ces décisions, demanderaient aux métaphysiciens qui ne connaissent guère les animaux des volumes de controverse.
Ces songe-creux qui ne regardent ni le ciel ni les étoiles se sont rarement inquiétés de ceci: à quoi pense l'animal qui pense?
Heureusement, il existe des esprits méditatifs & observateurs, avides d'indépendance, qui, frappés de l'indépendance de certains animaux, entrent en communication directe avec eux, étudient leurs mœurs, amassent des faits inconnus aux naturalistes enfermés dans leurs laboratoires & arrivent à d'audacieuses conclusions qu'ils se font pardonner par leur caractère, leur vie, leur science & leurs vertus.
On ne niera pas l'autorité scientifique d'Audubon le naturaliste, vivant dans les forêts d'Amérique, qui couronne sa vie par lesScènes de la nature. Esprit positif, que le souvenir de la nature rend parfois éloquent, activité au service d'un cerveau intelligent, Audubon a marqué chacune de ses paroles au coin de la vérité; tout ce qu'il dit, on peut le croire, tant ses récits sont présentés loyalement.
Le naturaliste américain est de la race des Franklin, moraliste, croyant éclairé. Et cependant cet esprit élevé est arrivé à l'idée que les animaux peuvent avoir le sens de la Divinité.
Étudiant deux corbeaux voltigeant librement dans l'air, voilà ce que dit Audubon:
«Que je voudrais pouvoir rendre cette variété d'inflexions musicales au moyen desquelles les corbeaux s'entretiennent tous deux, durant leurs tendres voyages; ces sons, je n'en doute pas, expriment la pureté de leur attachement conjugal continué ou rendu plus fort par de longues années d'un bonheur goûté dans la société l'un de l'autre. C'est ainsi qu'ils se rappellent le doux souvenir des jours de leur jeunesse; qu'ils se racontent les événements de leur vie; qu'ils dépeignent tant de plaisirs partagés, & quepeut-être ils terminent par une humble prière à l'Auteur de leur être, pour qu'il daigne les leur continuer encore[1].»
[1]Audubon,Scènes de la nature dans les États-Unis. 2 vol. in-8º. Paris, 1837.
[1]Audubon,Scènes de la nature dans les États-Unis. 2 vol. in-8º. Paris, 1837.
Je n'insiste pas sur ce qui pourrait être paradoxe chez tout autre que le grand naturaliste américain. C'en est assez sur l'intelligence des animaux. J'en reviens aux chats: il me reste à dire comment, ayant beaucoup vécu en leur société depuis mon enfance, l'idée me vint de ces études.
Une des choses qui me surprit le plus dans les révélations qu'amena la révolution de 1848 fut qu'il avait été accordé sur les fonds secrets du ministère de l'intérieur cinquante mille francs à l'auteur del'Anatomie des chats.
Qu'il y ait en politique des hommes qui rompent leurs serments & trahissent leurs anciens maîtres, rien de surprenant. On paye leurs bassesses par de l'argent, leur déshonneur par des honneurs, cela se voit & s'est vu de tout temps; mais sur la liste de pensions des plumes aux gages des ministres, trouver un écrivain gratifié decinquante mille francspour s'être occupé deschats, voilà ce qui m'étonna considérablement en parcourant les listes de la terribleRevue rétrospective.
L'heureux mortel favorisé si libéralement par le gouvernement de Louis-Philippe s'appelaitStrauss-Durckheim. Il est mort actuellement, & je dois dire que c'était un Allemand d'une véritable science, qui, après avoir passé sa vie dans l'étude & la retraite, donnait, en échange de cette grosse somme de cinquante mille francs, des ouvrages[2]dans lesquels le chat est traité en roi de la création.
[2]Entre autres laThéologie de la nature, par Strauss-Durckheim. 3 vol. in-8º. 1852.
[2]Entre autres laThéologie de la nature, par Strauss-Durckheim. 3 vol. in-8º. 1852.
Sa Monographie du chat, plus particulièrement, est appuyée sur des planches où les muscles, les nerfs, le squelette de l'animal, sont étudiés avec soin.
Ce qu'a fait le savant docteur pour l'anatomie, je le tente pour l'histoire des mœurs des chats; mais c'est au public que je demande une subvention, & s'il ne souscrit pas pour cinquante mille francs à la mise en vente, les fonds que chaque lecteur me fera passer par le canal de mon éditeur ne sont pas de ceux qui s'enregistrent sur les tables d'uneRevue rétrospective.
Champfleury.
Un naturaliste qui visite une collection de monuments égyptiens se demande tout d'abord, en voyant la grande quantité de chats momifiés ou représentés en bronze, d'où vient l'introduction du chat dans le pays des Pharaons. C'est une question que les études contemporaines ne permettent pas de résoudre, les égyptologues n'ayant pas trouvé de représentation du chat sur les monuments contemporains des pyramides. Le chat paraîtrait avoir été acclimaté en même temps que le cheval, c'est-à-dire au commencement du nouvel empire (vers 1668 avant J.-C.).
La plus ancienne rédaction connue jusqu'ici duRituel funérairene remonte pas au delà de cette époque. C'est à ce moment qu'on voit, dans les peintures murales des hypogées, le chat quelquefois représenté sous le fauteuil de la maîtresse de maison, place qu'occupent aussi les chiens & les singes.
La rareté & l'utilité du chat le firent admettre alors probablement parmi les animaux sacrés, afin que sa race fût propagée sûrement.
Sonutilitéest attestée par des peintures représentant des scènes de chasse en barque dans les marécages de la vallée du Nil, où des chats se jettent à l'eau pour rapporter le gibier[3].
[3]On sait que les Égyptiens étaient extraordinairement habiles à dresser les animaux, & ce fait le prouve, car aujourd'hui si à la campagne quelque chat affamé plonge avec précaution sa patte dans un étang pour happer un poisson au passage, il a perdu absolument la qualité de pêcher de ses ancêtres; & l'on crierait au miracle si un chat rapportait un canard tué aux marais par des chasseurs.
[3]On sait que les Égyptiens étaient extraordinairement habiles à dresser les animaux, & ce fait le prouve, car aujourd'hui si à la campagne quelque chat affamé plonge avec précaution sa patte dans un étang pour happer un poisson au passage, il a perdu absolument la qualité de pêcher de ses ancêtres; & l'on crierait au miracle si un chat rapportait un canard tué aux marais par des chasseurs.
Les Égyptiens, montés sur de légères barques, étaient suivis habituellement dans ces chasses au marais, par leur famille, leurs domestiques & leurs animaux, entre lesquels se remarquent souvent des chats.
D'après une peinture égyptienne du British Museum. Dessin de M. Mérimée.
Une peinture de chasse, d'un tombeau à Thèbes, représente une barque dans laquelle un chat se dresse comme un petit chien contre les genoux de son maître qui va lancer le bâton courbé appeléschbot, semblable auboumerangdes Australiens. Une autre peinture provenant également d'un tombeau de Thèbes se trouve au British Museum. Wilkinson en a donné la description:
«Un chat favori quelquefois accompagnait les chasseurs égyptiens dans ces occasions, & par l'exactitude avec laquelle il est représenté saisissant le gibier, l'artiste a voulu nous montrer que ces animaux étaient dressés à chasser les oiseaux & à les rapporter[4].»
[4]Wilkinson,Manners and Customs of the ancient Egyptians, in-8º, Londres, 1837.
[4]Wilkinson,Manners and Customs of the ancient Egyptians, in-8º, Londres, 1837.
M. Mérimée a bien voulu me communiquer un dessin d'après ce fragment de peinture, où le chat jouant le rôle principal rapporte les oiseaux à son maître, qui attend dans une barque. Ces sortes de représentations où figurent les chats, appartiennent à la XVIIIe& à la XIXedynastie (vers 1638 & 1440 avant J.-C.).
Un des monuments les plus anciens relatifs à cet animal existe dans la nécropole de Thèbes, renfermant le tombeau de Hana, sur la stèle duquel se tient debout la statue de ce roi, ayant entre ses pieds son chat nomméBouhaki.
Le roi Hana paraît avoir fait partie de la XIedynastie; dans tous les cas, il est antérieur à Ramsès VII, de la XXe, qui fit explorer ce tombeau.
Au milieu des figurines égyptiennes en bronze ou en terre émaillée de nos musées, on remarque souvent un chat accroupi portant gravé sur son collier l'œil symbolique, emblème du soleil. Les oreilles percées de l'animal étaient en ce cas ornées de bijoux en or.
Le chat est également représenté sur quelques médailles du nome deBubastis, où la déesseBast(la Bubastis des Grecs) était particulièrement révérée. Cette déesse, forme secondaire dePascht, prend d'habitude la tête d'une chatte & porte dans sa main le sistre, symbole de l'harmonie du monde. Les chats qui, de leur vivant, avaient été honorés dans le temple dePascht, comme image vivante de cette déesse, étaient, après leur mort, embaumés & ensevelis avec pompe.
Bronze du Musée égyptien du Louvre.
Diverses statues funéraires de femmes portent l'inscription TECHAU,la chatte, en signe de patronage de la déesse Bast. Quelques hommes aujourd'hui appellent leur femmema chatte, sans arrière-idée hiératique.
Certaines momies de chats, trouvées dans des cercueils en bois à Bubastis, à Spéos-Artemidos, à Thèbes & ailleurs, avaient le visage peint.
Curieuses momies qui, dans leur amaigrissement & leur allongement, semblent des bouteilles de vin précieux entourées de tresses de paille (voir dessin, page 12).
Ceci fut un chat alerte, on ne s'en douterait pas; vénéré, les bandelettes & les onguents le prouvent.
Toutefois le symbolisme du chat reste encore entouré de mystères, tant à cause des récits d'Horapollon que de ceux de Plutarque, ces historiens ayant admis des légendes contradictoires.
Suivant Horapollon, le chat était adoré dans le temple d'Héliopolis, consacré au soleil, parce que la pupille de l'animal suit dans ses proportions la hauteur du soleil au-dessus de l'horizon & en cette qualité représente l'astre merveilleux.
Plutarque, dans sonTraité d'Isis & d'Osiris, conte que l'image d'une chatte était placée au sommet du sistre comme un emblème de la lune, «à cause, dit Amyot, de la variété de sa peau & parce qu'elle besongne la nuict, & qu'elle porte premièrement un chaton à la première portée, puis à la seconde deux, à la troisième trois, & puis quatre, & puis cinq, jusques à sept fois, tant qu'elle en porte en tout vingt-huict, autant comme il y a de jours de la lune: ce qui à l'adventure est fabuleux, mais bien est véritable que les prunelles de ses yeux se remplissent & s'eslargissent en la pleine lune & au contraire s'estroississent & se diminuent au décours d'icelle.»
Ainsi, tandis qu'Horapollon voit de secrètes analogies entre le jeu de la pupille des chats & le soleil, Plutarque en reporte la relation avec la lune.
Momie de chat du Musée égyptien.
La science moderne, laissant aux nécromanciens les influences des astres sur l'homme & les animaux, a expliqué ces phénomènes de la vision par l'optique.
Boîte de momie de chat (Musée du Louvre).
Pour ce qui est des diverses portées des chattes dont parle Plutarque, on peut ranger ces histoires au nombre des fables que les naturalistes anciens se plaisaient à rapporter.
Hérodote n'est guère plus véridique en sesHistoires:
«Quand les femelles ont mis bas, elles ne s'approchent plus des mâles; ceux-ci, cherchant à s'accoupler avec elles, n'y peuvent réussir. Alors ils imaginent d'enlever aux chattes leurs petits; ils les emportent & les tuent; toutefois ils ne les mangent pas après les avoir tués. Les femelles, privées de leurs petits & en désirant d'autres, ne fuient plus les mâles: car cette bête aime à se reproduire.»
Cette opinion, qu'on, retrouvera plus loin, adoptée par Dupont de Nemours, me paraît fausse; mais avant de la réfuter, je termine avec Hérodote:
«Si un incendie éclate, les chats sont victimes d'impulsions surnaturelles; en effet, tandis que les Égyptiens, rangés par intervalles, sont beaucoup moins préoccupés d'éteindre le feu que de sauver leurs chats, ces animaux se glissent par les espaces vides, sautent par-dessus les hommes & se jettent dans les flammes. En de tels accidents, une douleur profonde s'empare des Égyptiens. Lorsque, dans quelque maison, un chat meurt de sa belle mort, les habitants se rasent seulement les sourcils; mais si c'est un chien qui meurt, ils se rasent le corps & la tête[5].»
[5]Hérodote, traduction Giguet. In-18, Hachette, 1860.
[5]Hérodote, traduction Giguet. In-18, Hachette, 1860.
Le fait des chats se précipitant dans les flammes mériterait confirmation; je préfère le détail rapporté par un écrivain moderne que les Égyptiens donnaient de bonne heure à chaque chatte un époux convenable, ces peuples se préoccupant des rapports de goût, d'humeur & de figure.
Comment s'appelait le chat chez les Égyptiens? Les Rituels antiques du Louvre portentMau,Maï,Maau: quelques égyptologues ont lu sur certains monumentsChaou; il faut, m'écrit un érudit en ces sortes de matières, lireMaouqui forme une de ces onomatopées si fréquentes dans toutes les langues primitives.
Sans railler les égyptologues, j'ose dire que les traductions de certains hiéroglyphes sont troublantes pour l'esprit & que cette langue cabalistique court grand risque de rester elle-même momifiée à jamais[6].
[6]«Je suis ce grand chat qui était à (l'allée?) du Perséa, dansAn(Héliopolis), dans la nuit du grand combat; celui qui a gardé les impies dans le jour où les ennemis du Seigneur universel ont été écrasés.» Ailleurs le même grand chat de (l'allée?) pourrait être pris par des esprits facétieux pour un rat: «Le grand chat de (l'allée?) du Perséa, dansAn, c'estRalui-même. On l'a nommé chat en paroles allégoriques; c'est d'après ce qu'il a fait qu'on lui a donné le nom de chat; autrement, c'est Schou quand il fait...» M. de Rougé, dans sesÉtudes sur le Rituel funéraire des anciens Égyptiens(Revue arch. 1860), dit à ce propos avec raison: «Le symbolisme du chat n'est pas du tout éclairé par cette glose.»
[6]«Je suis ce grand chat qui était à (l'allée?) du Perséa, dansAn(Héliopolis), dans la nuit du grand combat; celui qui a gardé les impies dans le jour où les ennemis du Seigneur universel ont été écrasés.» Ailleurs le même grand chat de (l'allée?) pourrait être pris par des esprits facétieux pour un rat: «Le grand chat de (l'allée?) du Perséa, dansAn, c'estRalui-même. On l'a nommé chat en paroles allégoriques; c'est d'après ce qu'il a fait qu'on lui a donné le nom de chat; autrement, c'est Schou quand il fait...» M. de Rougé, dans sesÉtudes sur le Rituel funéraire des anciens Égyptiens(Revue arch. 1860), dit à ce propos avec raison: «Le symbolisme du chat n'est pas du tout éclairé par cette glose.»
Un égyptologue distingué, M. Prisse d'Avennes, qui a recueilli en Égypte des matériaux considérables pour l'histoire de l'art, s'est occupé en même temps des mœurs des pays où il vivait.
De ses notes, le savant voyageur a l'obligeance de détacher pour moi les faits se rapportant à la domestication des chats dans l'Égypte moderne:
«Le sultan El-Daher-Beybars, qui régnait en Égypte & en Syrie vers 658 de l'hégire (1260 de J.-C.),—& que Guillaume de Tripoli compare à César pour la bravoure & à Néron pour la méchanceté,—avait aussi, dit M. Prisse d'Avennes, une affection toute particulière pour les chats. A sa mort, il légua un jardin appelé Gheyt-el-Qouttah (le verger du chat), situé près de sa mosquée en dehors du Caire, pour l'entretien des chats nécessiteux & sans maîtres. Depuis cette époque, sous prétexte qu'il ne produisait rien, le jardin a été vendu par l'intendant, revendu maintes fois par les acheteurs &, par suite de dilapidations successives, ne rapporte qu'une rente honorifique de 15 piastres par an, qui est appliquée avec quelques autres legs du même genre à la nourriture des chats. Le kadi, étant, par office, gardien de tous les legs pieux & charitables, fait distribuer chaque jour àl'asr[7], dans la grande cour du Mehkémeh ou tribunal, une certaine quantité d'entrailles d'animaux & de rebuts de boucherie coupés en morceaux qui servent de pâture aux chats du voisinage. A l'heure habituelle, toutes les terrasses en sont couvertes; on les voit aux alentours du Mehkémeh, sauter d'une maison à l'autre à travers les ruelles du Caire pour ne pas manquer leur pitance, descendre de tous côtés le long des moucharabyehs & des murailles, se répandre dans la cour où ils se disputent, avec des miaulements & un acharnement effroyables, un repas fort restreint pour le nombre des convives. Les habitués ont fait table rase en un instant: les jeunes & les nouveaux venus qui n'osent participer à la lutte en sont réduits à lécher la place.—Quiconque veut se débarrasser de son chat va le perdre dans la cohue de cet étrange festin: j'y ai vu porter des couffes pleines de jeunes chats, au grand ennui des voisins.»
[7]Heure de la prière, entre midi & le coucher du soleil.
[7]Heure de la prière, entre midi & le coucher du soleil.
Le même fait se reproduit en Italie & en Suisse. A Florence, il existe un cloître, situé près de l'église San-Lorenzo, qui sert, me dit-on, de maison de refuge pour les chats. Lorsque quelqu'un ne peut ou ne veut conserver son chat, il le conduit à cet établissement, où l'animal est nourri & traité avec humanité. De même chacun est libre d'y aller choisir un chat à sa convenance; il y en a de toute espèce & de toute couleur. C'est une des institutions curieuses que le passé a léguées à la ville de Florence.
A Genève, les chats rôdent par les rues comme les chiens à Constantinople. Ils sont respectés par le peuple, qui a soin de la nourriture de ces animaux libres; aussi les chats arrivent-ils à la même heure pour prendre leurs repas sur le seuil des portes.
Je reviens à l'Égypte & au récit de M. Prisse d'Avennes:
«Les chats sont beaucoup plus attachés & plus sociables en Égypte qu'en Europe, probablement à cause des soins qu'on leur donne & de l'affection qui va souvent jusqu'à leur permettre de manger à la gamelle du maître.
«Les Arabes ont d'autres motifs de respecter les chats & d'épargner leur vie. Ils croient généralement que les Djinns prennent cette forme pour hanter les maisons & racontent gravement à ce sujet des histoires extravagantes, dignes desMille & une Nuits.Les habitants de la Thébaïde sont plus superstitieux encore & leur imagination poétise à leur insu le sommeil léthargique de la catalepsie. Ils prétendent que lorsqu'une femme met au monde deux jumeaux, garçons ou filles, le dernier né qu'ils appellentbaracy& quelquefois tous les deux éprouvent, pendant un certain temps & souvent toute leur vie, d'irrésistibles envies de certains mets, & que, pour satisfaire leur gourmandise plus facilement, ils prennent souvent la forme de divers animaux & en particulier du chat. Pendant cette transmigration de l'âme dans un autre corps, l'être humain reste inanimé comme un cadavre; mais dès que l'âme a satisfait ses désirs, elle revient vivifier sa forme habituelle.—Ayant un jour tué un chat qui faisait maints ravages dans ma cuisine à Louqsor, un droguiste du voisinage vint, tout effrayé, me conjurer d'épargner ces animaux & me raconta que sa fille, ayant le malheur d'êtrebaracy, adoptait souvent la forme d'une chatte pour manger ma desserte.
«Les femmes condamnées à mort pour cause d'adultère sont jetées au Nil, cousues dans un sac avec une chatte: raffinement de cruauté, dû peut-être à cette idée orientale que de toutes les femelles d'animaux la chatte est celle qui ressemble le plus à la femme par sa souplesse, sa fausseté, ses câlineries, son inconstance & ses fureurs.»
Fac-simile d'une gravure japonaise.
Il est singulier qu'après le culte & l'adoration des Égyptiens pour les chats, cet animal soit tout à fait délaissé chez les Grecs & les Romains.
Qu'en Grèce le chat ne fût pas représenté par les sculpteurs voués aux grandes lignes, cela est presque admissible, quoique les artistes égyptiens aient su trouver de solennels profils à travers le pelage de l'animal; mais on s'explique difficilement que les Romains, qui se plaisaient à peindre des scènes domestiques ainsi que les objets qui frappaient leurs yeux, aient négligé la représentation des chats.
Cet animal semble avoir subi à Athènes & à Rome le contre-coup de sa popularité en Égypte, car s'il en est question dans les poëtes, ce n'est que dans ceux de la décadence. Aussi, en songeant au long intervalle qui sépare la représentation des chats sur les monuments égyptiens & les monuments romains du Bas-Empire, j'agirai avec la prudence qui fait hésiter l'historien Wilkinson à voir des animaux domestiques semblables aux nôtres dans les chats se jetant à l'eau pour aller chercher au milieu des roseaux les oiseaux blessés par le bâton des Égyptiens. Les naturalistes modernes crurent d'abord que le chat égyptien momifié était le même que notre chat domestique; ensuite ils lui reconnurent des variantes tout à fait particulières. (Voir aux Appendices.)
Le chat dont les Égyptiens se servaient à la chasse semble une sorte de guépard; sa robe offre quelque analogie avec celle de ces carnassiers.
Les Grecs & les Romains ne se soucièrent pas de faire entrer dans les maisons des animaux sans doute utiles pour la chasse, mais d'une nature trop sauvage pour des intérieurs tranquilles. Cependant Théocrite, faisant gourmander une esclave par sa maîtresse dans le dialogue desSyracusaines:
«Eunoa, de l'eau! s'écrie Praxinoé. Qu'elle est lente! Le chat veut se reposer mollement. Remue-toi donc. Vite, de l'eau! &c.[8].»
[8]Lyriques grecs, 1 vol. in-18. Lefèvre & Charpentier, 1842. «Le chat veut se reposer mollement,» ou plutôt, comme me le font remarquer de savants philologues auxquels Théocrite inspire une religion: «C'est affaire aux chattes de dormir mollement(αἱ γαλέαι μαλακῶϛ χρήσδοντι καθεύδῃν).»
[8]Lyriques grecs, 1 vol. in-18. Lefèvre & Charpentier, 1842. «Le chat veut se reposer mollement,» ou plutôt, comme me le font remarquer de savants philologues auxquels Théocrite inspire une religion: «C'est affaire aux chattes de dormir mollement(αἱ γαλέαι μαλακῶϛ χρήσδοντι καθεύδῃν).»
Par cette comparaison des chattes avec une esclave paresseuse, Théocrite donne l'idée de l'animal tel qu'il nous est parvenu. C'était le chat domestique déjà assez commun dans les intérieurs pour que le poëte l'introduisît à l'état d'image dans son dialogue.
Entre les artistes égyptiens de laXVIIIedynastie (1638 avant J.-C.), qui décoraient les tombeaux de représentations de chats, & le poëte Théocrite, qui naquit 260 ans avant l'ère chrétienne, on ne trouve pas, à proprement parler, de chat domestique autre que celui du charmant dialogue desSyracusaines.
Sans se lancer dans de hasardeuses hypothèses, ne peut-on dire que l'acclimatation du chat, dédaignée à Athènes & à Rome, fut produite sans doute par hasard dans le Bas-Empire; qu'un couple de ces chats égyptiens aurait été recueilli curieusement, comme nos officiers d'Afrique ont élevé des lionceaux depuis la conquête d'Alger, qu'il y eut lente domestication & abâtardissement du chat par la perte de sa liberté, qu'on le jugea utile pour la destruction des rats, & que, quoique méconnu par les poëtes, l'effigie de l'animal fut conservée par les peintres mosaïstes.
Les petits poëtes de la décadence méprisent tout à fait le chat, n'accusent que ses défauts & se répandent en imprécations sur sa voracité.
Agathias, épigrammatiste du Bas-Empire, avocat ouscholasticusà Constantinople, qui vécut de 527 à 565, sous le règne de Justinien, a laissé deux épigrammes funéraires dans lesquelles le chat ne joue pas le beau rôle:
«Pauvre exilée des rocailles & des bruyères, ô ma perdrix, ta légère maison d'osier ne te possède plus! Au lever de la tiède aurore, tu ne secoues plus tes ailes par elle réchauffées. Un chat t'a tranché la tête. Je me suis emparé du reste de ton corps & il n'a pu assouvir son odieuse voracité. Que la terre ne te soit pas légère, mais qu'elle recouvre pesamment tes restes, afin que ton ennemi ne puisse les déterrer.»
Chat étranglant un oiseau (d'après une mosaïque du Musée de Naples).
Ainsi rime Agathias s'abandonnant à la douleur. Après avoir versé quelques pleurs, le poëte songe à la vengeance, sujet de sa seconde épigramme:
«Le chat domestique qui a mangé ma perdrix se flatte de vivre encore sous mon toit. Non, chère perdrix, je ne te laisserai pas sans vengeance, &, sur ta tombe, je tuerai ton meurtrier. Car ton ombre qui s'agite & se tourmente ne peut être calmée que lorsque j'aurai fait ce que fit Pyrrhus sur la tombe d'Achille.»
Pour avoir croqué une perdrix, le malheureux chat sera immolé à ses mânes.
Un disciple d'Agathias, Damocharis, que ses contemporains appellent laColonne sacrée de la grammaire, touché de la douleur de son maître, crut sans doute lui prouver sa sympathie en accablant à son tour de ses invectives le même chat:
«Rival des chiens homicides, chat détestable, tu es un des dogues d'Actéon. En mangeant la perdrix de ton maître Agathias, c'était ton maître lui-même que tu dévorais. Et toi, tu ne penses plus qu'aux perdrix, & aussi les souris dansent en se délectant de la friande pâtée que tu dédaignes.»
A regarder l'exagération des invectives de Damocharis, on se demande si le disciple ne s'est pas moqué du maître. Voilà bien du tapage pour une perdrix, & les imprécations adressées au chatrival des chiens homicides, assimilé auxdogues d'Actéon, semblent un peu énormes.
Toutefois, quel que soit le motif qui ait fait rimer Damocharis, on voit par ces rares fragments du Bas-Empire que les chats étaient loin du culte que leur rendait l'Égypte.
J'ai parcouru plus d'un musée antique, compulsé de nombreuses publications, interrogé divers archéologues; il semble que le chat ne soit représenté ni sur un vase, ni sur une médaille, ni sur une fresque.
On trouve au Cabinet des Médailles une cornaline gravée représentant un sceptre[9]& un épi séparé par l'inscription:
LVCCONIAEFELICVLAE.
[9]Caylus dit, & c'est également aujourd'hui l'avis du Directeur du Cabinet des Médailles, que le sceptre représente plutôt une aiguille de tête.
[9]Caylus dit, & c'est également aujourd'hui l'avis du Directeur du Cabinet des Médailles, que le sceptre représente plutôt une aiguille de tête.
«L'inscription qui paraît sur le cachet, écrit M. Chabouillet dans son catalogue, nous donne les noms de son possesseur, qui fut une femme nommée Lucconia Felicula. Felicula signifiepetite chatte. Le travail annonce une époque assez basse.»
Tel est le rare monument, consacré aux chats sous la décadence, qu'on peut voir dans nos musées. En province & en Italie les preuves de l'acclimatation des chats sont plus nombreuses.
Millin[10]vit à Orange une mosaïque représentant un chat qui vient d'attraper une souris; mais la partie où se trouvait l'animal avait été détruite.
[10]Voyage dans le midi de la France, t. II, p. 153. 1807-1811, 4 vol. in-8º.
[10]Voyage dans le midi de la France, t. II, p. 153. 1807-1811, 4 vol. in-8º.
La mosaïque de Pompéi (dessin page 27) est plus significative; le chat croquant un oiseau peut servir d'illustration aux épigrammes de l'Anthologie, qui sont presque de la même époque[11].
[11]Suivant Pline, l'art de la mosaïque date du règne de Sylla, à peu près cent ans avant l'ère chrétienne.
[11]Suivant Pline, l'art de la mosaïque date du règne de Sylla, à peu près cent ans avant l'ère chrétienne.
On voit au Musée des antiques de Bordeaux, sur un tombeau de l'époque gallo-romaine, la représentation d'une jeune fille tenant un chat dans ses bras. Un coq est à ses pieds. De même qu'à cette époque on enterrait avec le corps des enfants leurs jouets, de même on représentait les animaux familiers au milieu desquels ils avaient vécu. Malheureusement la partie principale de ce précieux monument duIVesiècle, le chat, qui m'intéresse particulièrement, a été détruite au point de ne plus laisser de l'animal qu'une forme vague[12].
[12]On lit à la gauche de la tête:DMLAFTVSPAT.L'autre côté de la niche étant détruit, on ne sait le nom de la jeune fille; le père s'appelait vraisemblablement LAPITVS ou LAFITVS.
[12]On lit à la gauche de la tête:
DMLAFTVSPAT.
L'autre côté de la niche étant détruit, on ne sait le nom de la jeune fille; le père s'appelait vraisemblablement LAPITVS ou LAFITVS.
Tombeau gallo-romain représentant une jeune fille, son chat & son coq. (Musée de Bordeaux.—Haut., 85 c.; larg., 48 c.)
Les anciens auteurs d'ouvrages sur les blasons donnent également quelques renseignements tirés d'auteurs latins.
Suivant Palliot[13], les Romains faisaient entrer leurs chats fréquemment en «leurs Targues & Pavois.»
[13]La Vraye & parfaicte science des armoiries.Paris,MDCLXIV. In-4º.
[13]La Vraye & parfaicte science des armoiries.Paris,MDCLXIV. In-4º.
«La compagnie des soldats,Ordines Augustei, qui marchoient sous le colonel de l'infanterie,sub Magistro peditum, portoienten leur escu blanc ou d'argent, un Chat de couleur de prasine, qui est de sinople ou à mieux dire de vert de mer, comme qui diroit couleurde gueules, le Chat courant & contournant sa teste sur son dos. Vne autre compagnie du même régiment, appelée les heureux Viellards,Felices seniores, portoitvn demy ChatouChat naissant de couleur rouge sur vn Bouclier de vermeiloude gueules:In parma punicea diluciore, qui sembloit se ioüer avec ses pieds, comme s'il eut voulu flatter quelqu'un. Sous le mesme Chef, vn troisièmeChat de gueules passant avec vn œil & vne oreille, qui est en vne rondelle de sinople à la Bordure d'argent, estoit portée par les soldats,qui Alpini vocabantur.»
Drapeau des anciens Romains. (Tiré de la Vraye & parfaicte science des armoiries.)
Je donne ici, d'après Palliot, le dessin d'un de ces étendards, tel que cet auteur s'imaginait qu'il existait chez les Romains.
On pourrait multiplier ces exemples en compulsant d'anciens ouvrages sur le blason; mais des monuments imaginaires seraient d'une médiocre utilité pour les curieux.
Fac-simile d'un dessin d'Eugène Delacroix.
Il est curieux de rapprocher des invectives des poëtes de la décadence contre les chats, quelques fragments de nos poésies populaires de campagne.
Le chat, animal préféré par la nourrice, est le premier être animé qui frappe les oreilles de l'enfance. A des mélodies d'un rhythme particulier le chat est associé; c'est avec un petit drame naïf où l'animal joue le rôle principal qu'on berce l'enfant. L'enfant s'endort avec un profil fantastique de chat fixé dans le cerveau.
Ce qu'ayant observé, les poëtes populaires introduisirent l'animal dans leurs couplets, comme le témoigne particulièrement la chanson sur les chats & les souris, recueillie en bas Poitou.
Une société de souris étant allée au bal & à la comédie,
Le chat sauta sur les souris,Il les croqua toute la nuit.Gentil coquiqui,Coco des moustaches, mirlo joli,Gentil coquiqui.
Ces onomatopées du refrain encadrent le chat & les souris d'une façon si plaisante, qu'il est impossible que l'enfant les oublie.
Avec les poules & les loups, le chat fait partie de l'histoire naturelle enseignée par les nourrices à leurs poupons. L'animal appartient à la classe des objets remuants qui, comme lescloches, vibrent dans leurs tendres cerveaux.
La présence du chat dans les plus pauvres intérieurs, sa silhouette visible qui se profile à tout instant, la brièveté de son unique syllabe, facile à retenir, expliquent pourquoi l'animal joue un si grand rôle dans les impressions du jeune âge.
On remplirait un volume des chansons de nourrices sur les chats:
A B C,Le chat est alléDans la neige; en retournantIl avait les souliers tout blancs.
Les Allemands particulièrement s'intéressent à ces naïvetés; toutefois dans quelques provinces de France on a recueilli des poésies semblables, témoin celle citée par Jérôme Bujeaud dans sesChants & chansons populaires des provinces de l'Ouest[14]:
[14]Niort, Clouzot, 2 vol. Gr. in-8. 1836.
[14]Niort, Clouzot, 2 vol. Gr. in-8. 1836.
Le chat à JeannetteEst une jolie bête.Quand il veut se faire beau,Il se lèche le museau;Avecque sa saliveIl fait la lessive.
Couplet enfantin qui pourtant forme croquis & dessine le mouvement de l'animal comme avec un crayon.
Chats & souris forment d'habitude une association que les poëtes & les peintres se sont plu à représenter pour l'enseignement de l'enfance, qui, sans raisonner cet antagonisme, est tout de suite appelée à être témoin des luttes entre la force & la faiblesse.
De mon extrême jeunesse je me rappelle une vieille toile servant de devant de cheminée qui représentait en face d'un pupitre de musique une douzaine de chats de toute nature & de toute couleur, gros, allongés, noirs, blancs, angoras & matous de gouttières. Sur le pupitre était ouvert, dans son développement oblong, le vénérableSolfége d'Italie.Lesnotesétaient remplacées par de petits rats qui imitaient à s'y méprendre lesnoires& lesblanches; leurs queues indiquaient également lescroches& lesdoubles croches.En avant de ses confrères, un beau chat battait la mesure avec la dignité qu'on est en droit d'attendre d'un chef d'orchestre; mais sa patte posée sur le cahier de musique semblait prendre plaisir à égratigner les rongeurs emprisonnés dans lesportées; &, malgré les agréments de la clef desol, je crois que les rats auraient préféré la clef des champs.
Breughel & les peintres flamands de la même époque se sont plu à répéter ce motif.
Les enfants avaient le cerveau meublé de thèmes ayant rapport au chat; le peuple conserva la même religion pour l'animal. D'où le fond sur lequel ont brodé Perrault, les conteurs norwégiens, allemands & anglais:le Chat botté, Maître Pierre & son Chat, le Chat de Wittington, &c.
Tous ces contes ont leurs racines dans les traditions populaires, qui fourniraient nombre de pages, si je ne m'en tenais à quelques lignes vraiment fantastiques desMémoiresde Chateaubriand:
«Les gens étaient persuadés qu'un certain comte de Combourg àjambe de bois, mort depuis trois siècles, apparaissait à certaines époques, & qu'on l'avait rencontré dans le grand escalier de la tourelle. Sa jambe de bois se promenait aussi seule avec un chat noir.»
Ainsi voilà un conte murmuré à l'oreille de l'enfant par une servante. L'enfant grandira, traversera les orages de la vie, sera appelé aux plus hautes fonctions, deviendra illustre entre tous, & un jour, quand le grand homme évoquera ses triomphes, ses luttes, ses amours, sa fortune politique, sur un fond lumineux se décalquera leChat noir, accompagné d'unejambe de bois, tous deux grimpantl'escalier de la tourelle.
Un souvenir d'enfance est plus doux au cœur des esprits d'élite que les titres & les honneurs. Sous les couches de science entassées dans le cerveau des grands travailleurs se détache une chanson de nourrice, car tel est le caractère propre aux intelligences de resterenfantspar quelque coin & de ressentir dans la maturité les impressions de l'enfance.
C'est ce qui explique pourquoi tant d'hommes considérables ont conservé une si vive affection pour les chats.