Je voudrais expliquer, à ce propos, de quelle façon je réussissais à conserver ma foi dans les ordres anglicans. Je me disais qu’il y a deux choses dans la réception d’une grâce : le fait lui-même et le mode de réception. Le fait est affaire d’intuition spirituelle, le mode, de perception intellectuelle. Pour ce qui concernait le fait, la communication réelle entre Notre-Seigneur et mon âme, telle qu’elle se produisait surtout dans certains moments solennels, là-dessus je n’éprouvais pas le moindre doute ; non plus que je n’en éprouve encore aujourd’hui. Sans aucune espèce d’hésitation, je continue à déclarer que mes communions, dans notre chapelle de Mierfield et ailleurs, les confessions que je faisais ou celles que j’entendais pendant ma période d’anglicanisme, demeureront toujours parmi les moments les plus sacrés de ma vie. Leur dénier toute réalité, ce serait en vérité trahir Notre-Seigneur et répudier Son amour. Mais il en va tout autrement du mode de réception. Pendant que j’étais dans l’Église d’Angleterre, j’acceptais, à peu près jusqu’au dernier jour, l’affirmation par laquelle cette Église garantissait que j’étais un prêtre, et j’en déduisais naturellement que la grâce de mon ordination avait une valeur sacramentelle ; tandis que plus tard, lorsque je me suis soumis à Rome, j’ai accepté avec une sécurité bien plus grande, avec un consentement intérieur tout autant qu’extérieur, l’affirmation suivant laquelle je n’avais jamais été prêtre si peu que ce fût. Rome ne m’a jamais demandé de rien admettre des choses parfaitement absurdes et blasphématoires que les anglicans l’accusent volontiers d’exiger de ses nouveaux fidèles, comme, par exemple, la nature diabolique, ou même simplement illusoire, de la grâce accordée par Dieu à ceux qui sont de bonne foi dans des croyances erronées. Dans mes confessions anglicanes, je faisais des actes de contrition parfaitement valables, et tâchais de mon mieux à accomplir le sacrement de pénitence ; dans mes communions, j’élevais mon cœur vers le Pain de Vie ; et, en conséquence, Notre-Seigneur n’aurait pas été le Récompenseur de tous ceux qui le servent s’Il n’était pas venu à moi durant ces instants, et n’avait pas répondu à mon appel par Sa sainte visitation.
Toutes ces choses que je viens d’écrire, je les ai comprises bien longtemps avant que ma soumission à Rome devînt imminente ; et lorsque mes supérieurs ou mes frères me disaient que je coupais des cheveux en quatre, ce reproche ne parvenait aucunement à me troubler. Je savais, dès lors, que l’épaisseur d’un quart de cheveu pouvait parfois constituer une grande distance.