Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin,Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin,Se réveille, l'esprit rempli de rêverie,Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie!A mesure qu'il lit, le jour vient lentementEt se fait dans son âme ainsi qu'au firmament.Il voit distinctement, à cette clarté blême,Des choses dans sa chambre et d'autres en lui-même;Tout dort dans la maison; il est seul, il le croit;Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt,Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre,Les anges souriants se penchent sur son livre.Paris, septembre 1842.
Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin,Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin,Se réveille, l'esprit rempli de rêverie,Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie!A mesure qu'il lit, le jour vient lentementEt se fait dans son âme ainsi qu'au firmament.Il voit distinctement, à cette clarté blême,Des choses dans sa chambre et d'autres en lui-même;Tout dort dans la maison; il est seul, il le croit;Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt,Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre,Les anges souriants se penchent sur son livre.Paris, septembre 1842.
Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin,
Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin,
Se réveille, l'esprit rempli de rêverie,
Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie!
A mesure qu'il lit, le jour vient lentement
Et se fait dans son âme ainsi qu'au firmament.
Il voit distinctement, à cette clarté blême,
Des choses dans sa chambre et d'autres en lui-même;
Tout dort dans la maison; il est seul, il le croit;
Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt,
Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre,
Les anges souriants se penchent sur son livre.
Paris, septembre 1842.
Par-dessus l'horizon aux collines brunies.Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,Se penchait sur la terre à l'heure du couchant;Une humble marguerite, éclose au bord d'un champ,Sur un mur gris, croulant parmi l'avoine folle,Blanche épanouissait sa candide auréole;Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,Regardait fixement, dans l'éternel azur,Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.«Et, moi, j'ai des rayons aussi!» lui disait-elle.Granville, juillet 1836.
Par-dessus l'horizon aux collines brunies.Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,Se penchait sur la terre à l'heure du couchant;Une humble marguerite, éclose au bord d'un champ,Sur un mur gris, croulant parmi l'avoine folle,Blanche épanouissait sa candide auréole;Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,Regardait fixement, dans l'éternel azur,Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.«Et, moi, j'ai des rayons aussi!» lui disait-elle.Granville, juillet 1836.
Par-dessus l'horizon aux collines brunies.
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l'heure du couchant;
Une humble marguerite, éclose au bord d'un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l'avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l'éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et, moi, j'ai des rayons aussi!» lui disait-elle.
Granville, juillet 1836.
On y revient; il faut y revenir moi-même.Ce qu'on attaque en moi, c'est mon temps, et je l'aime.Certes, on me laisserait en paix, passant obscur,Si je ne contenais, atome de l'azur,Un peu du grand rayon dont notre époque est faite.Hier le citoyen, aujourd'hui le poëte;Le «romantique» après le «libéral».--Allons,Soit; dans mes deux sentiers mordez mes deux talons.Je suis le ténébreux par qui tout dégénère.Sur mon autre côté lancez l'autre tonnerre.Vous aussi, vous m'avez vu tout jeune, et voiciQue vous me dénoncez, bonhomme, vous aussi;Me déchirant le plus allègrement du monde,Par attendrissement pour mon enfance blonde.Vous me criez: «Comment, Monsieur! qu'est-ce que c'est?La stance va nu-pieds! le drame est sans corset!La muse jette au vent sa robe d'innocence!Et l'art crève la règle et dit: «C'est la croissance!»Géronte littéraire aux aboiements plaintifs,Vous vous ébahissez, en vers rétrospectifs,Que ma voix trouble l'ordre, et que ce romantiqueVive, et que ce petit, à qui l'Art PoétiqueAvec tant de bonté donna le pain et l'eau,Devienne si pesant aux genoux de Boileau!Vous regardez mes vers, pourvus d'ongles et d'ailes,Refusant de marcher derrière les modèles,Comme après les doyens marchent les petits clercs;Vous en voyez sortir de sinistres éclairs;Horreur! et vous voilà poussant des cris d'hyèneA travers les barreaux de la Quotidienne.Vous épuisez sur moi tout votre calepin,Et le père Bouhours et le père Rapin;Et m'écrasant avec tous les noms qu'on vénère,Vous lâchez le grand mot: Révolutionnaire.Et, sur ce, les pédants en choeur disent: Amen!On m'empoigne; on me fait passer mon examen;La Sorbonne bredouille et l'école griffonne;De vingt plumes jaillit la colère bouffonne:«Que veulent ces affreux novateurs? ça, des vers?Devant leurs livres noirs, la nuit, dans l'ombre ouverts,Les lectrices ont peur au fond de leurs alcôves.Le Pinde entend rugir leurs rimes bêtes fauves,Et frémit. Par leur faute aujourd'hui tout est mort;L'alexandrin saisit la césure, et la mord;Comme le sanglier dans l'herbe et dans la sauge,Au beau milieu du vers l'enjambement patauge;Que va-t-on devenir? Richelet s'obscurcit.Il faut à toute chose un magister dixit.Revenons à la règle, et sortons de l'opprobre;L'hippocrène est de l'eau; donc, le beau, c'est le sobre.Les vrais sages ayant la raison pour lien,Ont toujours consulté, sur l'art, Quintilien;Sur l'algèbre, Leibnitz; sur la guerre, Végèce.»Quand l'impuissance écrit, elle signe: Sagesse.Je ne vois pas pourquoi je ne vous dirais pointCe qu'à d'autres j'ai dit sans leur montrer le poing.Eh bien, démasquons-nous! c'est vrai, notre âme est noire;Sortons du domino nommé forme oratoire.On nous a vus, poussant vers un autre horizonLa langue, avec la rime entraînant la raison,Lancer au pas de charge, en batailles rangées,Sur Laharpe éperdu, toutes ces insurgées.Nous avons au vieux style attaché ce brûlot:Liberté! Nous avons, dans le même complot,Mis l'esprit, pauvre diable, et le mot, pauvre hère;Nous avons déchiré le capuchon, la haire,Le froc, dont on couvrait l'Idée aux yeux divins.Tous ont fait rage en foule. Orateurs, écrivains,Poëtes, nous avons, du doigt avançant l'heure,Dit à la rhétorique:--Allons, fille majeure,Lève les yeux!--et j'ai, chantant, luttant, bravant,Tordu plus d'une grille au parloir du couvent;J'ai, torche en main, ouvert les deux battants du drame;Pirates, nous avons, à la voile, à la rame,De la triple unité pris l'aride archipel;Sur l'Hélicon tremblant j'ai battu le rappel.Tout est perdu! le vers vague sans muselière!A Racine effaré nous préférons Molière;O pédants! à Ducis nous préférons Rotrou.Lucrèce Borgia sort brusquement d'un trou,Et mêle des poisons hideux à vos guimauves;Le drame échevelé fait peur à vos fronts chauves;C'est horrible! oui, brigand, jacobin, malandrin,J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin;Les mots de qualité, les syllabes marquises,Vivaient ensemble au fond de leurs grottes exquises,Faisant la bouche en coeur et ne parlant qu'entre eux,J'ai dit aux mots d'en bas: Manchots, boiteux, goîtreux,Redressez-vous! planez, et mêlez-vous, sans règles,Dans la caverne immense et farouche des aigles!J'ai déjà confessé ce tas de crimes-là;Oui, je suis Papavoine, Érostrate, Attila:Après?Emportez-vous, et criez à la garde,Brave homme! tempêtez! tonnez! je vous regarde.Nos progrès prétendus vous semblent outrageants;Vous détestez ce siècle où, quand il parle aux gens,Le vers des trois saluts d'usage se dispense;Temps sombre où, sans pudeur, on écrit comme on pense,Où l'on est philosophe et poëte crûment,Où de ton vin sincère, adorable, écumant,O sévère idéal, tous les songeurs sont ivres.Vous couvrez d'abat-jour, quand vous ouvrez nos livres,Vos yeux, par la clarté du mot propre brûlés;Vous exécrez nos vers francs et vrais, vous hurlezDe fureur en voyant nos strophes toutes nues.Mais où donc est le temps des nymphes ingénues,Qui couraient dans les bois, et dont la nuditéDansait dans la lueur des vagues soirs d'été?Sur l'aube nue et blanche, entr'ouvrant sa fenêtre,Faut-il plisser la brume honnête et prude, et mettreUne feuille de vigne à l'astre dans l'azur?Le flot, conque d'amour, est-il d'un goût peu sûr?O Virgile, Pindare, Orphée! est-ce qu'on gaze,Comme une obscénité, les ailes de Pégase,Qui semble, les ouvrant au haut du mont béni,L'immense papillon du baiser infini?Est-ce que le soleil splendide est un cynique?La fleur a-t-elle tort d'écarter sa tunique?Calliope, planant derrière un pan des cieux,Fait donc mal de montrer à Dante soucieuxSes seins éblouissants à travers les étoiles?Vous êtes un ancien d'hier. Libre et sans voiles,Le grand Olympe nu vous ferait dire: Fi!Vous mettez une jupe au Cupidon bouffi;Au clinquant, aux neuf soeurs en atours, au ParnasseDe Titon du Tillet, votre goût est tenace;Les Ménades pour vous danseraient le cancan;Apollon vous ferait l'effet d'un Mohican;Vous prendriez Vénus pour une sauvagesse.L'âge--c'est là souvent toute notre sagesse--A beau vous bougonner tout bas: «Vous avez tort,Vous vous ferez tousser si vous criez si fort;Pour quelques nouveautés sauvages et fortuites,Monsieur, ne troublez pas la paix de vos pituites.Ces gens-ci vont leur train; qu'est-ce que ça vous fait?Ils ne trouvent que cendre au feu qui vous chauffait.Pourquoi déclarez-vous la guerre à leur tapage?Ce siècle est libéral comme vous fûtes page.Fermez bien vos volets, tirez bien vos rideaux,Soufflez votre chandelle, et tournez-lui le dos!Qu'est l'âme du vrai sage? Une sourde-muette.Que vous importe, à vous, que tel ou tel poëte,Comme l'oiseau des cieux, veuille avoir sa chanson;Et que tel garnement du Pinde, nourrissonDes Muses, au milieu d'un bruit de corybante,Marmot sombre, ait mordu leur gorge un peu tombante?»Vous n'en tenez nul compte, et vous n'écoutez rien.Voltaire, en vain, grand homme et peu voltairien,Vous murmure à l'oreille: «Ami, tu nous assommes!»--Vous écumez!--partant de ceci: que nous, hommesDe ce temps d'anarchie et d'enfer, nous donnonsL'assaut au grand Louis juché sur vingt grands noms;Vous dites qu'après tout nous perdons notre peine,Que haute est l'escalade et courte notre haleine;Que c'est dit, que jamais nous ne réussirons;Que Batteux nous regarde avec ses gros yeux ronds,Que Tancrède est de bronze et qu'Hamlet est de sable.Vous déclarez Boileau perruque indéfrisable;Et, coiffé de lauriers, d'un coup d'oeil de travers,Vous indiquez le tas d'ordures de nos vers,Fumier où la laideur de ce siècle se guindeAu pauvre vieux bon goût, ce balayeur du Pinde;Et même, allant plus loin, vaillant, vous nous criez:«Je vais vous balayer moi-même!»Balayez.Paris, novembre 1834.
On y revient; il faut y revenir moi-même.Ce qu'on attaque en moi, c'est mon temps, et je l'aime.Certes, on me laisserait en paix, passant obscur,Si je ne contenais, atome de l'azur,Un peu du grand rayon dont notre époque est faite.Hier le citoyen, aujourd'hui le poëte;Le «romantique» après le «libéral».--Allons,Soit; dans mes deux sentiers mordez mes deux talons.Je suis le ténébreux par qui tout dégénère.Sur mon autre côté lancez l'autre tonnerre.Vous aussi, vous m'avez vu tout jeune, et voiciQue vous me dénoncez, bonhomme, vous aussi;Me déchirant le plus allègrement du monde,Par attendrissement pour mon enfance blonde.Vous me criez: «Comment, Monsieur! qu'est-ce que c'est?La stance va nu-pieds! le drame est sans corset!La muse jette au vent sa robe d'innocence!Et l'art crève la règle et dit: «C'est la croissance!»Géronte littéraire aux aboiements plaintifs,Vous vous ébahissez, en vers rétrospectifs,Que ma voix trouble l'ordre, et que ce romantiqueVive, et que ce petit, à qui l'Art PoétiqueAvec tant de bonté donna le pain et l'eau,Devienne si pesant aux genoux de Boileau!Vous regardez mes vers, pourvus d'ongles et d'ailes,Refusant de marcher derrière les modèles,Comme après les doyens marchent les petits clercs;Vous en voyez sortir de sinistres éclairs;Horreur! et vous voilà poussant des cris d'hyèneA travers les barreaux de la Quotidienne.Vous épuisez sur moi tout votre calepin,Et le père Bouhours et le père Rapin;Et m'écrasant avec tous les noms qu'on vénère,Vous lâchez le grand mot: Révolutionnaire.Et, sur ce, les pédants en choeur disent: Amen!On m'empoigne; on me fait passer mon examen;La Sorbonne bredouille et l'école griffonne;De vingt plumes jaillit la colère bouffonne:«Que veulent ces affreux novateurs? ça, des vers?Devant leurs livres noirs, la nuit, dans l'ombre ouverts,Les lectrices ont peur au fond de leurs alcôves.Le Pinde entend rugir leurs rimes bêtes fauves,Et frémit. Par leur faute aujourd'hui tout est mort;L'alexandrin saisit la césure, et la mord;Comme le sanglier dans l'herbe et dans la sauge,Au beau milieu du vers l'enjambement patauge;Que va-t-on devenir? Richelet s'obscurcit.Il faut à toute chose un magister dixit.Revenons à la règle, et sortons de l'opprobre;L'hippocrène est de l'eau; donc, le beau, c'est le sobre.Les vrais sages ayant la raison pour lien,Ont toujours consulté, sur l'art, Quintilien;Sur l'algèbre, Leibnitz; sur la guerre, Végèce.»Quand l'impuissance écrit, elle signe: Sagesse.Je ne vois pas pourquoi je ne vous dirais pointCe qu'à d'autres j'ai dit sans leur montrer le poing.Eh bien, démasquons-nous! c'est vrai, notre âme est noire;Sortons du domino nommé forme oratoire.On nous a vus, poussant vers un autre horizonLa langue, avec la rime entraînant la raison,Lancer au pas de charge, en batailles rangées,Sur Laharpe éperdu, toutes ces insurgées.Nous avons au vieux style attaché ce brûlot:Liberté! Nous avons, dans le même complot,Mis l'esprit, pauvre diable, et le mot, pauvre hère;Nous avons déchiré le capuchon, la haire,Le froc, dont on couvrait l'Idée aux yeux divins.Tous ont fait rage en foule. Orateurs, écrivains,Poëtes, nous avons, du doigt avançant l'heure,Dit à la rhétorique:--Allons, fille majeure,Lève les yeux!--et j'ai, chantant, luttant, bravant,Tordu plus d'une grille au parloir du couvent;J'ai, torche en main, ouvert les deux battants du drame;Pirates, nous avons, à la voile, à la rame,De la triple unité pris l'aride archipel;Sur l'Hélicon tremblant j'ai battu le rappel.Tout est perdu! le vers vague sans muselière!A Racine effaré nous préférons Molière;O pédants! à Ducis nous préférons Rotrou.Lucrèce Borgia sort brusquement d'un trou,Et mêle des poisons hideux à vos guimauves;Le drame échevelé fait peur à vos fronts chauves;C'est horrible! oui, brigand, jacobin, malandrin,J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin;Les mots de qualité, les syllabes marquises,Vivaient ensemble au fond de leurs grottes exquises,Faisant la bouche en coeur et ne parlant qu'entre eux,J'ai dit aux mots d'en bas: Manchots, boiteux, goîtreux,Redressez-vous! planez, et mêlez-vous, sans règles,Dans la caverne immense et farouche des aigles!J'ai déjà confessé ce tas de crimes-là;Oui, je suis Papavoine, Érostrate, Attila:Après?Emportez-vous, et criez à la garde,Brave homme! tempêtez! tonnez! je vous regarde.Nos progrès prétendus vous semblent outrageants;Vous détestez ce siècle où, quand il parle aux gens,Le vers des trois saluts d'usage se dispense;Temps sombre où, sans pudeur, on écrit comme on pense,Où l'on est philosophe et poëte crûment,Où de ton vin sincère, adorable, écumant,O sévère idéal, tous les songeurs sont ivres.Vous couvrez d'abat-jour, quand vous ouvrez nos livres,Vos yeux, par la clarté du mot propre brûlés;Vous exécrez nos vers francs et vrais, vous hurlezDe fureur en voyant nos strophes toutes nues.Mais où donc est le temps des nymphes ingénues,Qui couraient dans les bois, et dont la nuditéDansait dans la lueur des vagues soirs d'été?Sur l'aube nue et blanche, entr'ouvrant sa fenêtre,Faut-il plisser la brume honnête et prude, et mettreUne feuille de vigne à l'astre dans l'azur?Le flot, conque d'amour, est-il d'un goût peu sûr?O Virgile, Pindare, Orphée! est-ce qu'on gaze,Comme une obscénité, les ailes de Pégase,Qui semble, les ouvrant au haut du mont béni,L'immense papillon du baiser infini?Est-ce que le soleil splendide est un cynique?La fleur a-t-elle tort d'écarter sa tunique?Calliope, planant derrière un pan des cieux,Fait donc mal de montrer à Dante soucieuxSes seins éblouissants à travers les étoiles?Vous êtes un ancien d'hier. Libre et sans voiles,Le grand Olympe nu vous ferait dire: Fi!Vous mettez une jupe au Cupidon bouffi;Au clinquant, aux neuf soeurs en atours, au ParnasseDe Titon du Tillet, votre goût est tenace;Les Ménades pour vous danseraient le cancan;Apollon vous ferait l'effet d'un Mohican;Vous prendriez Vénus pour une sauvagesse.L'âge--c'est là souvent toute notre sagesse--A beau vous bougonner tout bas: «Vous avez tort,Vous vous ferez tousser si vous criez si fort;Pour quelques nouveautés sauvages et fortuites,Monsieur, ne troublez pas la paix de vos pituites.Ces gens-ci vont leur train; qu'est-ce que ça vous fait?Ils ne trouvent que cendre au feu qui vous chauffait.Pourquoi déclarez-vous la guerre à leur tapage?Ce siècle est libéral comme vous fûtes page.Fermez bien vos volets, tirez bien vos rideaux,Soufflez votre chandelle, et tournez-lui le dos!Qu'est l'âme du vrai sage? Une sourde-muette.Que vous importe, à vous, que tel ou tel poëte,Comme l'oiseau des cieux, veuille avoir sa chanson;Et que tel garnement du Pinde, nourrissonDes Muses, au milieu d'un bruit de corybante,Marmot sombre, ait mordu leur gorge un peu tombante?»Vous n'en tenez nul compte, et vous n'écoutez rien.Voltaire, en vain, grand homme et peu voltairien,Vous murmure à l'oreille: «Ami, tu nous assommes!»--Vous écumez!--partant de ceci: que nous, hommesDe ce temps d'anarchie et d'enfer, nous donnonsL'assaut au grand Louis juché sur vingt grands noms;Vous dites qu'après tout nous perdons notre peine,Que haute est l'escalade et courte notre haleine;Que c'est dit, que jamais nous ne réussirons;Que Batteux nous regarde avec ses gros yeux ronds,Que Tancrède est de bronze et qu'Hamlet est de sable.Vous déclarez Boileau perruque indéfrisable;Et, coiffé de lauriers, d'un coup d'oeil de travers,Vous indiquez le tas d'ordures de nos vers,Fumier où la laideur de ce siècle se guindeAu pauvre vieux bon goût, ce balayeur du Pinde;Et même, allant plus loin, vaillant, vous nous criez:«Je vais vous balayer moi-même!»Balayez.Paris, novembre 1834.
On y revient; il faut y revenir moi-même.
Ce qu'on attaque en moi, c'est mon temps, et je l'aime.
Certes, on me laisserait en paix, passant obscur,
Si je ne contenais, atome de l'azur,
Un peu du grand rayon dont notre époque est faite.
Hier le citoyen, aujourd'hui le poëte;
Le «romantique» après le «libéral».--Allons,
Soit; dans mes deux sentiers mordez mes deux talons.
Je suis le ténébreux par qui tout dégénère.
Sur mon autre côté lancez l'autre tonnerre.
Vous aussi, vous m'avez vu tout jeune, et voici
Que vous me dénoncez, bonhomme, vous aussi;
Me déchirant le plus allègrement du monde,
Par attendrissement pour mon enfance blonde.
Vous me criez: «Comment, Monsieur! qu'est-ce que c'est?
La stance va nu-pieds! le drame est sans corset!
La muse jette au vent sa robe d'innocence!
Et l'art crève la règle et dit: «C'est la croissance!»
Géronte littéraire aux aboiements plaintifs,
Vous vous ébahissez, en vers rétrospectifs,
Que ma voix trouble l'ordre, et que ce romantique
Vive, et que ce petit, à qui l'Art Poétique
Avec tant de bonté donna le pain et l'eau,
Devienne si pesant aux genoux de Boileau!
Vous regardez mes vers, pourvus d'ongles et d'ailes,
Refusant de marcher derrière les modèles,
Comme après les doyens marchent les petits clercs;
Vous en voyez sortir de sinistres éclairs;
Horreur! et vous voilà poussant des cris d'hyène
A travers les barreaux de la Quotidienne.
Vous épuisez sur moi tout votre calepin,
Et le père Bouhours et le père Rapin;
Et m'écrasant avec tous les noms qu'on vénère,
Vous lâchez le grand mot: Révolutionnaire.
Et, sur ce, les pédants en choeur disent: Amen!
On m'empoigne; on me fait passer mon examen;
La Sorbonne bredouille et l'école griffonne;
De vingt plumes jaillit la colère bouffonne:
«Que veulent ces affreux novateurs? ça, des vers?
Devant leurs livres noirs, la nuit, dans l'ombre ouverts,
Les lectrices ont peur au fond de leurs alcôves.
Le Pinde entend rugir leurs rimes bêtes fauves,
Et frémit. Par leur faute aujourd'hui tout est mort;
L'alexandrin saisit la césure, et la mord;
Comme le sanglier dans l'herbe et dans la sauge,
Au beau milieu du vers l'enjambement patauge;
Que va-t-on devenir? Richelet s'obscurcit.
Il faut à toute chose un magister dixit.
Revenons à la règle, et sortons de l'opprobre;
L'hippocrène est de l'eau; donc, le beau, c'est le sobre.
Les vrais sages ayant la raison pour lien,
Ont toujours consulté, sur l'art, Quintilien;
Sur l'algèbre, Leibnitz; sur la guerre, Végèce.»
Quand l'impuissance écrit, elle signe: Sagesse.
Je ne vois pas pourquoi je ne vous dirais point
Ce qu'à d'autres j'ai dit sans leur montrer le poing.
Eh bien, démasquons-nous! c'est vrai, notre âme est noire;
Sortons du domino nommé forme oratoire.
On nous a vus, poussant vers un autre horizon
La langue, avec la rime entraînant la raison,
Lancer au pas de charge, en batailles rangées,
Sur Laharpe éperdu, toutes ces insurgées.
Nous avons au vieux style attaché ce brûlot:
Liberté! Nous avons, dans le même complot,
Mis l'esprit, pauvre diable, et le mot, pauvre hère;
Nous avons déchiré le capuchon, la haire,
Le froc, dont on couvrait l'Idée aux yeux divins.
Tous ont fait rage en foule. Orateurs, écrivains,
Poëtes, nous avons, du doigt avançant l'heure,
Dit à la rhétorique:--Allons, fille majeure,
Lève les yeux!--et j'ai, chantant, luttant, bravant,
Tordu plus d'une grille au parloir du couvent;
J'ai, torche en main, ouvert les deux battants du drame;
Pirates, nous avons, à la voile, à la rame,
De la triple unité pris l'aride archipel;
Sur l'Hélicon tremblant j'ai battu le rappel.
Tout est perdu! le vers vague sans muselière!
A Racine effaré nous préférons Molière;
O pédants! à Ducis nous préférons Rotrou.
Lucrèce Borgia sort brusquement d'un trou,
Et mêle des poisons hideux à vos guimauves;
Le drame échevelé fait peur à vos fronts chauves;
C'est horrible! oui, brigand, jacobin, malandrin,
J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin;
Les mots de qualité, les syllabes marquises,
Vivaient ensemble au fond de leurs grottes exquises,
Faisant la bouche en coeur et ne parlant qu'entre eux,
J'ai dit aux mots d'en bas: Manchots, boiteux, goîtreux,
Redressez-vous! planez, et mêlez-vous, sans règles,
Dans la caverne immense et farouche des aigles!
J'ai déjà confessé ce tas de crimes-là;
Oui, je suis Papavoine, Érostrate, Attila:
Après?
Emportez-vous, et criez à la garde,
Brave homme! tempêtez! tonnez! je vous regarde.
Nos progrès prétendus vous semblent outrageants;
Vous détestez ce siècle où, quand il parle aux gens,
Le vers des trois saluts d'usage se dispense;
Temps sombre où, sans pudeur, on écrit comme on pense,
Où l'on est philosophe et poëte crûment,
Où de ton vin sincère, adorable, écumant,
O sévère idéal, tous les songeurs sont ivres.
Vous couvrez d'abat-jour, quand vous ouvrez nos livres,
Vos yeux, par la clarté du mot propre brûlés;
Vous exécrez nos vers francs et vrais, vous hurlez
De fureur en voyant nos strophes toutes nues.
Mais où donc est le temps des nymphes ingénues,
Qui couraient dans les bois, et dont la nudité
Dansait dans la lueur des vagues soirs d'été?
Sur l'aube nue et blanche, entr'ouvrant sa fenêtre,
Faut-il plisser la brume honnête et prude, et mettre
Une feuille de vigne à l'astre dans l'azur?
Le flot, conque d'amour, est-il d'un goût peu sûr?
O Virgile, Pindare, Orphée! est-ce qu'on gaze,
Comme une obscénité, les ailes de Pégase,
Qui semble, les ouvrant au haut du mont béni,
L'immense papillon du baiser infini?
Est-ce que le soleil splendide est un cynique?
La fleur a-t-elle tort d'écarter sa tunique?
Calliope, planant derrière un pan des cieux,
Fait donc mal de montrer à Dante soucieux
Ses seins éblouissants à travers les étoiles?
Vous êtes un ancien d'hier. Libre et sans voiles,
Le grand Olympe nu vous ferait dire: Fi!
Vous mettez une jupe au Cupidon bouffi;
Au clinquant, aux neuf soeurs en atours, au Parnasse
De Titon du Tillet, votre goût est tenace;
Les Ménades pour vous danseraient le cancan;
Apollon vous ferait l'effet d'un Mohican;
Vous prendriez Vénus pour une sauvagesse.
L'âge--c'est là souvent toute notre sagesse--
A beau vous bougonner tout bas: «Vous avez tort,
Vous vous ferez tousser si vous criez si fort;
Pour quelques nouveautés sauvages et fortuites,
Monsieur, ne troublez pas la paix de vos pituites.
Ces gens-ci vont leur train; qu'est-ce que ça vous fait?
Ils ne trouvent que cendre au feu qui vous chauffait.
Pourquoi déclarez-vous la guerre à leur tapage?
Ce siècle est libéral comme vous fûtes page.
Fermez bien vos volets, tirez bien vos rideaux,
Soufflez votre chandelle, et tournez-lui le dos!
Qu'est l'âme du vrai sage? Une sourde-muette.
Que vous importe, à vous, que tel ou tel poëte,
Comme l'oiseau des cieux, veuille avoir sa chanson;
Et que tel garnement du Pinde, nourrisson
Des Muses, au milieu d'un bruit de corybante,
Marmot sombre, ait mordu leur gorge un peu tombante?»
Vous n'en tenez nul compte, et vous n'écoutez rien.
Voltaire, en vain, grand homme et peu voltairien,
Vous murmure à l'oreille: «Ami, tu nous assommes!»
--Vous écumez!--partant de ceci: que nous, hommes
De ce temps d'anarchie et d'enfer, nous donnons
L'assaut au grand Louis juché sur vingt grands noms;
Vous dites qu'après tout nous perdons notre peine,
Que haute est l'escalade et courte notre haleine;
Que c'est dit, que jamais nous ne réussirons;
Que Batteux nous regarde avec ses gros yeux ronds,
Que Tancrède est de bronze et qu'Hamlet est de sable.
Vous déclarez Boileau perruque indéfrisable;
Et, coiffé de lauriers, d'un coup d'oeil de travers,
Vous indiquez le tas d'ordures de nos vers,
Fumier où la laideur de ce siècle se guinde
Au pauvre vieux bon goût, ce balayeur du Pinde;
Et même, allant plus loin, vaillant, vous nous criez:
«Je vais vous balayer moi-même!»
Balayez.
Paris, novembre 1834.
Oui, je suis le rêveur; je suis le camaradeDes petites fleurs d'or du mur qui se dégrade,Et l'interlocuteur des arbres et du vent.Tout cela me connaît, voyez-vous. J'ai souvent,En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,Des conversations avec les giroflées;Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.L'être mystérieux, que vous croyez muet,Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.J'entends ce qu'entendit Rabelais; je vois rireEt pleurer; et j'entends ce qu'Orphée entendit.Ne vous étonnez pas de tout ce que me ditLa nature aux soupirs ineffables. Je causeAvec toutes les voix de la métempsycose.Avant de commencer le grand concert sacré,Le moineau, le buisson, l'eau vive dans le pré,La forêt, basse énorme, et l'aile et la corolle,Tous ces doux instruments, m'adressent la parole;Je suis l'habitué de l'orchestre divin;Si je n'étais songeur, j'aurais été sylvain.J'ai fini, grâce au calme en qui je me recueille,A force de parler doucement à la feuille,A la goutte de pluie, à la plume, au rayon,Par descendre à ce point dans la création,Cet abîme où frissonne un tremblement farouche,Que je ne fais plus même envoler une mouche!Le brin d'herbe, vibrant d'un éternel émoi,S'apprivoise et devient familier avec moi,Et, sans s'apercevoir que je suis là, les rosesFont avec les bourdons toutes sortes de choses;Quelquefois, à travers les doux rameaux bénis,J'avance largement ma face sur les nids,Et le petit oiseau, mère inquiète et sainte,N'a pas plus peur de moi que nous n'aurions de crainte,Nous, si l'oeil du bon Dieu regardait dans nos trous;Le lys prude me voit approcher sans courroux,Quand il s'ouvre aux baisers du jour; la violetteLa plus pudique fait devant moi sa toilette;Je suis pour ces beautés l'ami discret et sûrEt le frais papillon, libertin de l'azur,Qui chiffonne gaîment une fleur demi-nue,Si je viens à passer dans l'ombre, continue,Et, si la fleur se veut cacher dans le gazon,Il lui dit: «Es-tu bête! Il est de la maison.»Les Roches, août 1835.
Oui, je suis le rêveur; je suis le camaradeDes petites fleurs d'or du mur qui se dégrade,Et l'interlocuteur des arbres et du vent.Tout cela me connaît, voyez-vous. J'ai souvent,En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,Des conversations avec les giroflées;Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.L'être mystérieux, que vous croyez muet,Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.J'entends ce qu'entendit Rabelais; je vois rireEt pleurer; et j'entends ce qu'Orphée entendit.Ne vous étonnez pas de tout ce que me ditLa nature aux soupirs ineffables. Je causeAvec toutes les voix de la métempsycose.Avant de commencer le grand concert sacré,Le moineau, le buisson, l'eau vive dans le pré,La forêt, basse énorme, et l'aile et la corolle,Tous ces doux instruments, m'adressent la parole;Je suis l'habitué de l'orchestre divin;Si je n'étais songeur, j'aurais été sylvain.J'ai fini, grâce au calme en qui je me recueille,A force de parler doucement à la feuille,A la goutte de pluie, à la plume, au rayon,Par descendre à ce point dans la création,Cet abîme où frissonne un tremblement farouche,Que je ne fais plus même envoler une mouche!Le brin d'herbe, vibrant d'un éternel émoi,S'apprivoise et devient familier avec moi,Et, sans s'apercevoir que je suis là, les rosesFont avec les bourdons toutes sortes de choses;Quelquefois, à travers les doux rameaux bénis,J'avance largement ma face sur les nids,Et le petit oiseau, mère inquiète et sainte,N'a pas plus peur de moi que nous n'aurions de crainte,Nous, si l'oeil du bon Dieu regardait dans nos trous;Le lys prude me voit approcher sans courroux,Quand il s'ouvre aux baisers du jour; la violetteLa plus pudique fait devant moi sa toilette;Je suis pour ces beautés l'ami discret et sûrEt le frais papillon, libertin de l'azur,Qui chiffonne gaîment une fleur demi-nue,Si je viens à passer dans l'ombre, continue,Et, si la fleur se veut cacher dans le gazon,Il lui dit: «Es-tu bête! Il est de la maison.»Les Roches, août 1835.
Oui, je suis le rêveur; je suis le camarade
Des petites fleurs d'or du mur qui se dégrade,
Et l'interlocuteur des arbres et du vent.
Tout cela me connaît, voyez-vous. J'ai souvent,
En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,
Des conversations avec les giroflées;
Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.
L'être mystérieux, que vous croyez muet,
Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.
J'entends ce qu'entendit Rabelais; je vois rire
Et pleurer; et j'entends ce qu'Orphée entendit.
Ne vous étonnez pas de tout ce que me dit
La nature aux soupirs ineffables. Je cause
Avec toutes les voix de la métempsycose.
Avant de commencer le grand concert sacré,
Le moineau, le buisson, l'eau vive dans le pré,
La forêt, basse énorme, et l'aile et la corolle,
Tous ces doux instruments, m'adressent la parole;
Je suis l'habitué de l'orchestre divin;
Si je n'étais songeur, j'aurais été sylvain.
J'ai fini, grâce au calme en qui je me recueille,
A force de parler doucement à la feuille,
A la goutte de pluie, à la plume, au rayon,
Par descendre à ce point dans la création,
Cet abîme où frissonne un tremblement farouche,
Que je ne fais plus même envoler une mouche!
Le brin d'herbe, vibrant d'un éternel émoi,
S'apprivoise et devient familier avec moi,
Et, sans s'apercevoir que je suis là, les roses
Font avec les bourdons toutes sortes de choses;
Quelquefois, à travers les doux rameaux bénis,
J'avance largement ma face sur les nids,
Et le petit oiseau, mère inquiète et sainte,
N'a pas plus peur de moi que nous n'aurions de crainte,
Nous, si l'oeil du bon Dieu regardait dans nos trous;
Le lys prude me voit approcher sans courroux,
Quand il s'ouvre aux baisers du jour; la violette
La plus pudique fait devant moi sa toilette;
Je suis pour ces beautés l'ami discret et sûr
Et le frais papillon, libertin de l'azur,
Qui chiffonne gaîment une fleur demi-nue,
Si je viens à passer dans l'ombre, continue,
Et, si la fleur se veut cacher dans le gazon,
Il lui dit: «Es-tu bête! Il est de la maison.»
Les Roches, août 1835.
Il faut que le poëte, épris d'ombre et d'azur,Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutentLes femmes, les songeurs, les sages, les amants,Devienne formidable à de certains moments.Parfois, lorsqu'on se met à rêver sur son livre,Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre,Où l'âme, à chaque pas, trouve à faire son miel,Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel;Au milieu de cette humble et haute poésie,Dans cette paix sacrée où croît la fleur choisie,Où l'on entend couler les sources et les pleurs,Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,Volent chantant l'amour, l'espérance et la joie;Il faut que, par instants, on frissonne, et qu'on voieTout à coup, sombre, grave et terrible au passant,Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant!Il faut que le poëte, aux semences fécondes,Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,Pleines de chants, amour du vent et du rayon,Charmantes, où, soudain, l'on rencontre un lion.Paris, mai 1842.
Il faut que le poëte, épris d'ombre et d'azur,Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutentLes femmes, les songeurs, les sages, les amants,Devienne formidable à de certains moments.Parfois, lorsqu'on se met à rêver sur son livre,Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre,Où l'âme, à chaque pas, trouve à faire son miel,Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel;Au milieu de cette humble et haute poésie,Dans cette paix sacrée où croît la fleur choisie,Où l'on entend couler les sources et les pleurs,Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,Volent chantant l'amour, l'espérance et la joie;Il faut que, par instants, on frissonne, et qu'on voieTout à coup, sombre, grave et terrible au passant,Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant!Il faut que le poëte, aux semences fécondes,Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,Pleines de chants, amour du vent et du rayon,Charmantes, où, soudain, l'on rencontre un lion.Paris, mai 1842.
Il faut que le poëte, épris d'ombre et d'azur,
Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,
Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,
Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutent
Les femmes, les songeurs, les sages, les amants,
Devienne formidable à de certains moments.
Parfois, lorsqu'on se met à rêver sur son livre,
Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre,
Où l'âme, à chaque pas, trouve à faire son miel,
Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel;
Au milieu de cette humble et haute poésie,
Dans cette paix sacrée où croît la fleur choisie,
Où l'on entend couler les sources et les pleurs,
Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,
Volent chantant l'amour, l'espérance et la joie;
Il faut que, par instants, on frissonne, et qu'on voie
Tout à coup, sombre, grave et terrible au passant,
Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant!
Il faut que le poëte, aux semences fécondes,
Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,
Pleines de chants, amour du vent et du rayon,
Charmantes, où, soudain, l'on rencontre un lion.
Paris, mai 1842.
Une brume couvrait l'horizon; maintenant,Voici le clair midi qui surgit rayonnant;Le brouillard se dissout en perles sur les branches,Et brille, diamant, au collier des pervenches.Le vent souffle à travers les arbres, sur les toitsDu hameau noir cachant ses chaumes dans les bois;Et l'on voit tressaillir, épars dans les ramées,Le vague arrachement des tremblantes fumées;Un ruisseau court dans l'herbe, entre deux hauts talus,Sous l'agitation des saules chevelus;Un orme, un hêtre, anciens du vallon, arbres frèresQui se donnent la main des deux rives contraires,Semblent, sous le ciel bleu, dire: A la bonne foi!L'oiseau chante son chant plein d'amour et d'effroi,Et du frémissement des feuilles et des ailesL'étang luit sous le vol des vertes demoiselles.Un bouge est là, montrant dans la sauge et le thymUn vieux saint souriant parmi des brocs d'étain,Avec tant de rayons et de fleurs sur la berge,Que c'est peut-être un temple ou peut-être une auberge.Que notre bouche ait soif, ou que ce soit le coeur,Gloire au Dieu bon qui tend la coupe au voyageur!Nous entrons. «Qu'avez-vous!--Des oeufs frais, de l'eau fraîche.»On croit voir l'humble toit effondré d'une crèche.A la source du pré, qu'abrite un vert rideau,Une enfant blonde alla remplir sa jarre d'eau,Joyeuse et soulevant son jupon de futaine.Pendant qu'elle plongeait sa cruche à la fontaine,L'eau semblait admirer, gazouillant doucement,Cette belle petite aux yeux de firmament.Et moi, près du grand lit drapé de vieilles serges,Pensif, je regardais un Christ battu de verges.Eh! qu'importe l'outrage aux martyrs éclatants,Affront de tous les lieux, crachat de tous les temps,Vaine clameur d'aveugle, éternelle huéeOù la foule toujours s'est follement ruée!Plus tard, le vagabond flagellé devient Dieu.Ce front noir et saignant semble fait de ciel bleu,Et, dans l'ombre, éclairant palais, temple, masure,Le crucifix blanchit et Jésus-Christ s'azure.La foule un jour suivra vos pas; allez, saignez,Souffrez, penseurs, des pleurs de vos bourreaux baignés!Le deuil sacre les saints, les sages, les génies;La tremblante auréole éclôt aux gémonies,Et, sur ce vil marais, flotte, lueur du ciel,Du cloaque de sang feu follet éternel.Toujours au même but le même sort ramène:Il est, au plus profond de notre histoire humaine,Une sorte de gouffre, où viennent, tour à tour,Tomber tous ceux qui sont de la vie et du jour,Les bons, les purs, les grands, les divins, les célèbres,Flambeaux échevelés au souffle des ténèbres;Là se sont engloutis les Dantes disparus,Socrate, Scipion, Milton, Thomas Morus,Eschyle, ayant aux mains des palmes frissonnantes.Nuit d'où l'on voit sortir leurs mémoires planantes!Car ils ne sont complets qu'après qu'ils sont déchus.De l'exil d'Aristide, au bûcher de Jean Huss,Le genre humain pensif--c'est ainsi que nous sommes--Rêve ébloui devant l'abîme des grands hommes.Ils sont, telle est la loi des hauts destins penchant,Tes semblables, soleil! leur gloire est leur couchant;Et, fier Niagara dont le flot gronde et lutte,Tes pareils: ce qu'ils ont de plus beau, c'est leur chute.Un de ceux qui liaient Jésus-Christ au poteau,Et qui, sur son dos nu, jetaient un vil manteau,Arracha de ce front tranquille une poignéeDe cheveux qu'inondait la sueur résignée,Et dit: «Je vais montrer à Caïphe cela!»Et, crispant son poing noir, cet homme s'en alla.La nuit était venue et la rue était sombre;L'homme marchait; soudain, il s'arrêta dans l'ombre,Stupéfait, pâle, et comme en proie aux visions,Frémissant!--Il avait dans la main des rayons.Forêt de Compiègne, juin 1837.
Une brume couvrait l'horizon; maintenant,Voici le clair midi qui surgit rayonnant;Le brouillard se dissout en perles sur les branches,Et brille, diamant, au collier des pervenches.Le vent souffle à travers les arbres, sur les toitsDu hameau noir cachant ses chaumes dans les bois;Et l'on voit tressaillir, épars dans les ramées,Le vague arrachement des tremblantes fumées;Un ruisseau court dans l'herbe, entre deux hauts talus,Sous l'agitation des saules chevelus;Un orme, un hêtre, anciens du vallon, arbres frèresQui se donnent la main des deux rives contraires,Semblent, sous le ciel bleu, dire: A la bonne foi!L'oiseau chante son chant plein d'amour et d'effroi,Et du frémissement des feuilles et des ailesL'étang luit sous le vol des vertes demoiselles.Un bouge est là, montrant dans la sauge et le thymUn vieux saint souriant parmi des brocs d'étain,Avec tant de rayons et de fleurs sur la berge,Que c'est peut-être un temple ou peut-être une auberge.Que notre bouche ait soif, ou que ce soit le coeur,Gloire au Dieu bon qui tend la coupe au voyageur!Nous entrons. «Qu'avez-vous!--Des oeufs frais, de l'eau fraîche.»On croit voir l'humble toit effondré d'une crèche.A la source du pré, qu'abrite un vert rideau,Une enfant blonde alla remplir sa jarre d'eau,Joyeuse et soulevant son jupon de futaine.Pendant qu'elle plongeait sa cruche à la fontaine,L'eau semblait admirer, gazouillant doucement,Cette belle petite aux yeux de firmament.Et moi, près du grand lit drapé de vieilles serges,Pensif, je regardais un Christ battu de verges.Eh! qu'importe l'outrage aux martyrs éclatants,Affront de tous les lieux, crachat de tous les temps,Vaine clameur d'aveugle, éternelle huéeOù la foule toujours s'est follement ruée!Plus tard, le vagabond flagellé devient Dieu.Ce front noir et saignant semble fait de ciel bleu,Et, dans l'ombre, éclairant palais, temple, masure,Le crucifix blanchit et Jésus-Christ s'azure.La foule un jour suivra vos pas; allez, saignez,Souffrez, penseurs, des pleurs de vos bourreaux baignés!Le deuil sacre les saints, les sages, les génies;La tremblante auréole éclôt aux gémonies,Et, sur ce vil marais, flotte, lueur du ciel,Du cloaque de sang feu follet éternel.Toujours au même but le même sort ramène:Il est, au plus profond de notre histoire humaine,Une sorte de gouffre, où viennent, tour à tour,Tomber tous ceux qui sont de la vie et du jour,Les bons, les purs, les grands, les divins, les célèbres,Flambeaux échevelés au souffle des ténèbres;Là se sont engloutis les Dantes disparus,Socrate, Scipion, Milton, Thomas Morus,Eschyle, ayant aux mains des palmes frissonnantes.Nuit d'où l'on voit sortir leurs mémoires planantes!Car ils ne sont complets qu'après qu'ils sont déchus.De l'exil d'Aristide, au bûcher de Jean Huss,Le genre humain pensif--c'est ainsi que nous sommes--Rêve ébloui devant l'abîme des grands hommes.Ils sont, telle est la loi des hauts destins penchant,Tes semblables, soleil! leur gloire est leur couchant;Et, fier Niagara dont le flot gronde et lutte,Tes pareils: ce qu'ils ont de plus beau, c'est leur chute.Un de ceux qui liaient Jésus-Christ au poteau,Et qui, sur son dos nu, jetaient un vil manteau,Arracha de ce front tranquille une poignéeDe cheveux qu'inondait la sueur résignée,Et dit: «Je vais montrer à Caïphe cela!»Et, crispant son poing noir, cet homme s'en alla.La nuit était venue et la rue était sombre;L'homme marchait; soudain, il s'arrêta dans l'ombre,Stupéfait, pâle, et comme en proie aux visions,Frémissant!--Il avait dans la main des rayons.Forêt de Compiègne, juin 1837.
Une brume couvrait l'horizon; maintenant,
Voici le clair midi qui surgit rayonnant;
Le brouillard se dissout en perles sur les branches,
Et brille, diamant, au collier des pervenches.
Le vent souffle à travers les arbres, sur les toits
Du hameau noir cachant ses chaumes dans les bois;
Et l'on voit tressaillir, épars dans les ramées,
Le vague arrachement des tremblantes fumées;
Un ruisseau court dans l'herbe, entre deux hauts talus,
Sous l'agitation des saules chevelus;
Un orme, un hêtre, anciens du vallon, arbres frères
Qui se donnent la main des deux rives contraires,
Semblent, sous le ciel bleu, dire: A la bonne foi!
L'oiseau chante son chant plein d'amour et d'effroi,
Et du frémissement des feuilles et des ailes
L'étang luit sous le vol des vertes demoiselles.
Un bouge est là, montrant dans la sauge et le thym
Un vieux saint souriant parmi des brocs d'étain,
Avec tant de rayons et de fleurs sur la berge,
Que c'est peut-être un temple ou peut-être une auberge.
Que notre bouche ait soif, ou que ce soit le coeur,
Gloire au Dieu bon qui tend la coupe au voyageur!
Nous entrons. «Qu'avez-vous!--Des oeufs frais, de l'eau fraîche.»
On croit voir l'humble toit effondré d'une crèche.
A la source du pré, qu'abrite un vert rideau,
Une enfant blonde alla remplir sa jarre d'eau,
Joyeuse et soulevant son jupon de futaine.
Pendant qu'elle plongeait sa cruche à la fontaine,
L'eau semblait admirer, gazouillant doucement,
Cette belle petite aux yeux de firmament.
Et moi, près du grand lit drapé de vieilles serges,
Pensif, je regardais un Christ battu de verges.
Eh! qu'importe l'outrage aux martyrs éclatants,
Affront de tous les lieux, crachat de tous les temps,
Vaine clameur d'aveugle, éternelle huée
Où la foule toujours s'est follement ruée!
Plus tard, le vagabond flagellé devient Dieu.
Ce front noir et saignant semble fait de ciel bleu,
Et, dans l'ombre, éclairant palais, temple, masure,
Le crucifix blanchit et Jésus-Christ s'azure.
La foule un jour suivra vos pas; allez, saignez,
Souffrez, penseurs, des pleurs de vos bourreaux baignés!
Le deuil sacre les saints, les sages, les génies;
La tremblante auréole éclôt aux gémonies,
Et, sur ce vil marais, flotte, lueur du ciel,
Du cloaque de sang feu follet éternel.
Toujours au même but le même sort ramène:
Il est, au plus profond de notre histoire humaine,
Une sorte de gouffre, où viennent, tour à tour,
Tomber tous ceux qui sont de la vie et du jour,
Les bons, les purs, les grands, les divins, les célèbres,
Flambeaux échevelés au souffle des ténèbres;
Là se sont engloutis les Dantes disparus,
Socrate, Scipion, Milton, Thomas Morus,
Eschyle, ayant aux mains des palmes frissonnantes.
Nuit d'où l'on voit sortir leurs mémoires planantes!
Car ils ne sont complets qu'après qu'ils sont déchus.
De l'exil d'Aristide, au bûcher de Jean Huss,
Le genre humain pensif--c'est ainsi que nous sommes--
Rêve ébloui devant l'abîme des grands hommes.
Ils sont, telle est la loi des hauts destins penchant,
Tes semblables, soleil! leur gloire est leur couchant;
Et, fier Niagara dont le flot gronde et lutte,
Tes pareils: ce qu'ils ont de plus beau, c'est leur chute.
Un de ceux qui liaient Jésus-Christ au poteau,
Et qui, sur son dos nu, jetaient un vil manteau,
Arracha de ce front tranquille une poignée
De cheveux qu'inondait la sueur résignée,
Et dit: «Je vais montrer à Caïphe cela!»
Et, crispant son poing noir, cet homme s'en alla.
La nuit était venue et la rue était sombre;
L'homme marchait; soudain, il s'arrêta dans l'ombre,
Stupéfait, pâle, et comme en proie aux visions,
Frémissant!--Il avait dans la main des rayons.
Forêt de Compiègne, juin 1837.
Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.Je ne suis pas en train de parler d'autres choses;Premier mai! l'amour gai, triste, brûlant, jaloux,Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups;L'arbre où j'ai, l'autre automne, écrit une devise,La redit pour son compte, et croit qu'il l'improvise;Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur;L'atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine,Des déclarations qu'au Printemps fait la plaine,Et que l'herbe amoureuse adresse au ciel charmant.A chaque pas du jour dans le bleu firmament,La campagne éperdue, et toujours plus éprise,Prodigue les senteurs, et, dans la tiède brise,Envoie au renouveau ses baisers odorants;Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,Dont l'haleine s'envole en murmurant: Je t'aime!Sur le ravin, l'étang, le pré, le sillon même,Font des taches partout de toutes les couleurs;Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs;Comme si ses soupirs et ses tendres missivesAu mois de mai, qui rit dans les branches lascives,Et tous les billets doux de son amour bavard,Avaient laissé leur trace aux pages du buvard!Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,Chantent des triolets et des rondeaux aux fées;Tout semble confier à l'ombre un doux secret;Tout aime, et tout l'avoue à voix basse; on diraitQu'au nord, au sud brûlant, au couchant, à l'aurore,La haie en fleur, le lierre et la source sonore,Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvantsRépètent un quatrain fait par les quatre vents.Saint-Germain, 1er mai 18...
Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.Je ne suis pas en train de parler d'autres choses;Premier mai! l'amour gai, triste, brûlant, jaloux,Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups;L'arbre où j'ai, l'autre automne, écrit une devise,La redit pour son compte, et croit qu'il l'improvise;Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur;L'atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine,Des déclarations qu'au Printemps fait la plaine,Et que l'herbe amoureuse adresse au ciel charmant.A chaque pas du jour dans le bleu firmament,La campagne éperdue, et toujours plus éprise,Prodigue les senteurs, et, dans la tiède brise,Envoie au renouveau ses baisers odorants;Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,Dont l'haleine s'envole en murmurant: Je t'aime!Sur le ravin, l'étang, le pré, le sillon même,Font des taches partout de toutes les couleurs;Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs;Comme si ses soupirs et ses tendres missivesAu mois de mai, qui rit dans les branches lascives,Et tous les billets doux de son amour bavard,Avaient laissé leur trace aux pages du buvard!Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,Chantent des triolets et des rondeaux aux fées;Tout semble confier à l'ombre un doux secret;Tout aime, et tout l'avoue à voix basse; on diraitQu'au nord, au sud brûlant, au couchant, à l'aurore,La haie en fleur, le lierre et la source sonore,Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvantsRépètent un quatrain fait par les quatre vents.Saint-Germain, 1er mai 18...
Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d'autres choses;
Premier mai! l'amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups;
L'arbre où j'ai, l'autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte, et croit qu'il l'improvise;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur;
L'atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine,
Des déclarations qu'au Printemps fait la plaine,
Et que l'herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et, dans la tiède brise,
Envoie au renouveau ses baisers odorants;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l'haleine s'envole en murmurant: Je t'aime!
Sur le ravin, l'étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard!
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées;
Tout semble confier à l'ombre un doux secret;
Tout aime, et tout l'avoue à voix basse; on dirait
Qu'au nord, au sud brûlant, au couchant, à l'aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvants
Répètent un quatrain fait par les quatre vents.
Saint-Germain, 1er mai 18...
Mes vers fuiraient, doux et frêles,Vers votre jardin si beau,Si mes vers avaient des ailes,Des ailes comme l'oiseau.Ils voleraient, étincelles,Vers votre foyer qui rit,Si mes vers avaient des ailes,Des ailes comme l'esprit.Près de vous, purs et fidèles,Ils accourraient nuit et jour,Si mes vers avaient des ailes,Des ailes comme l'amour.Paris, mars 18...
Mes vers fuiraient, doux et frêles,Vers votre jardin si beau,Si mes vers avaient des ailes,Des ailes comme l'oiseau.Ils voleraient, étincelles,Vers votre foyer qui rit,Si mes vers avaient des ailes,Des ailes comme l'esprit.Près de vous, purs et fidèles,Ils accourraient nuit et jour,Si mes vers avaient des ailes,Des ailes comme l'amour.Paris, mars 18...
Mes vers fuiraient, doux et frêles,
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'oiseau.
Ils voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'esprit.
Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient nuit et jour,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'amour.
Paris, mars 18...
Il est dans l'atrium, le beau rouet d'ivoire.La roue agile est blanche, et la quenouille est noire;La quenouille est d'ébène incrusté de lapis.Il est dans l'atrium sur un riche tapis.Un ouvrier d'Égine a sculpté sur la plintheEurope, dont un dieu n'écoute pas la plainte.Le taureau blanc l'emporte. Europe, sans espoir,Crie, et baissant les yeux, s'épouvante de voirL'Océan monstrueux qui baise ses pieds roses.Des aiguilles, du fil, des boites demi-closes,Les laines de Milet, peintes de pourpre et d'or,Emplissent un panier près du rouet qui dort.Cependant, odieux, effroyables, énormes,Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes,Vingt monstres tout sanglants, qu'on ne voit qu'à demi,Errent en foule autour du rouet endormi:Le lion néméen, l'hydre affreuse de Lerne,Cacus, le noir brigand de la noire caverne,Le triple Géryon, et les typhons des eaux,Qui, le soir, à grand bruit, soufflent dans les roseaux;De la massue au front tous ont l'empreinte horrible;Et tous, sans approcher, rôdant d'un air terribleSur le rouet, où pend un fil souple et lié,Fixent de loin, dans l'ombre, un oeil humilié.Juin 18...
Il est dans l'atrium, le beau rouet d'ivoire.La roue agile est blanche, et la quenouille est noire;La quenouille est d'ébène incrusté de lapis.Il est dans l'atrium sur un riche tapis.Un ouvrier d'Égine a sculpté sur la plintheEurope, dont un dieu n'écoute pas la plainte.Le taureau blanc l'emporte. Europe, sans espoir,Crie, et baissant les yeux, s'épouvante de voirL'Océan monstrueux qui baise ses pieds roses.Des aiguilles, du fil, des boites demi-closes,Les laines de Milet, peintes de pourpre et d'or,Emplissent un panier près du rouet qui dort.Cependant, odieux, effroyables, énormes,Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes,Vingt monstres tout sanglants, qu'on ne voit qu'à demi,Errent en foule autour du rouet endormi:Le lion néméen, l'hydre affreuse de Lerne,Cacus, le noir brigand de la noire caverne,Le triple Géryon, et les typhons des eaux,Qui, le soir, à grand bruit, soufflent dans les roseaux;De la massue au front tous ont l'empreinte horrible;Et tous, sans approcher, rôdant d'un air terribleSur le rouet, où pend un fil souple et lié,Fixent de loin, dans l'ombre, un oeil humilié.Juin 18...
Il est dans l'atrium, le beau rouet d'ivoire.
La roue agile est blanche, et la quenouille est noire;
La quenouille est d'ébène incrusté de lapis.
Il est dans l'atrium sur un riche tapis.
Un ouvrier d'Égine a sculpté sur la plinthe
Europe, dont un dieu n'écoute pas la plainte.
Le taureau blanc l'emporte. Europe, sans espoir,
Crie, et baissant les yeux, s'épouvante de voir
L'Océan monstrueux qui baise ses pieds roses.
Des aiguilles, du fil, des boites demi-closes,
Les laines de Milet, peintes de pourpre et d'or,
Emplissent un panier près du rouet qui dort.
Cependant, odieux, effroyables, énormes,
Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes,
Vingt monstres tout sanglants, qu'on ne voit qu'à demi,
Errent en foule autour du rouet endormi:
Le lion néméen, l'hydre affreuse de Lerne,
Cacus, le noir brigand de la noire caverne,
Le triple Géryon, et les typhons des eaux,
Qui, le soir, à grand bruit, soufflent dans les roseaux;
De la massue au front tous ont l'empreinte horrible;
Et tous, sans approcher, rôdant d'un air terrible
Sur le rouet, où pend un fil souple et lié,
Fixent de loin, dans l'ombre, un oeil humilié.
Juin 18...
Si vous n'avez rien à me dire,Pourquoi venir auprès de moi?Pourquoi me faire ce sourireQui tournerait la tête au roi?Si vous n'avez rien à me dire,Pourquoi venir auprès de moi?Si vous n'avez rien à m'apprendre,Pourquoi me pressez-vous la main?Sur le rêve angélique et tendre,Auquel vous songez en chemin,Si vous n'avez rien à m'apprendre,Pourquoi me pressez-vous la main?Si vous voulez que je m'en aille,Pourquoi passez-vous par ici?Lorsque je vous vois, je tressaille:C'est ma joie et c'est mon souci.Si vous voulez que je m'en aille,Pourquoi passez-vous par ici?Mai 18...
Si vous n'avez rien à me dire,Pourquoi venir auprès de moi?Pourquoi me faire ce sourireQui tournerait la tête au roi?Si vous n'avez rien à me dire,Pourquoi venir auprès de moi?Si vous n'avez rien à m'apprendre,Pourquoi me pressez-vous la main?Sur le rêve angélique et tendre,Auquel vous songez en chemin,Si vous n'avez rien à m'apprendre,Pourquoi me pressez-vous la main?Si vous voulez que je m'en aille,Pourquoi passez-vous par ici?Lorsque je vous vois, je tressaille:C'est ma joie et c'est mon souci.Si vous voulez que je m'en aille,Pourquoi passez-vous par ici?Mai 18...
Si vous n'avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi?
Pourquoi me faire ce sourire
Qui tournerait la tête au roi?
Si vous n'avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi?
Si vous n'avez rien à m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main?
Sur le rêve angélique et tendre,
Auquel vous songez en chemin,
Si vous n'avez rien à m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main?
Si vous voulez que je m'en aille,
Pourquoi passez-vous par ici?
Lorsque je vous vois, je tressaille:
C'est ma joie et c'est mon souci.
Si vous voulez que je m'en aille,
Pourquoi passez-vous par ici?
Mai 18...
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard;La nuit tombait; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse.Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse;Les astres rayonnaient, moins que votre regard.Moi, je parlais tout bas. C'est l'heure solennelleOù l'âme aime à chanter son hymne le plus doux.Voyant la nuit si pure, et vous voyant si belle,J'ai dit aux astres d'or: Versez le ciel sur elle!Et j'ai dit à vos yeux: Versez l'amour sur nous!Mai 18...
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard;La nuit tombait; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse.Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse;Les astres rayonnaient, moins que votre regard.Moi, je parlais tout bas. C'est l'heure solennelleOù l'âme aime à chanter son hymne le plus doux.Voyant la nuit si pure, et vous voyant si belle,J'ai dit aux astres d'or: Versez le ciel sur elle!Et j'ai dit à vos yeux: Versez l'amour sur nous!Mai 18...
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,
Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard;
La nuit tombait; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse.
Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse;
Les astres rayonnaient, moins que votre regard.
Moi, je parlais tout bas. C'est l'heure solennelle
Où l'âme aime à chanter son hymne le plus doux.
Voyant la nuit si pure, et vous voyant si belle,
J'ai dit aux astres d'or: Versez le ciel sur elle!
Et j'ai dit à vos yeux: Versez l'amour sur nous!
Mai 18...
Tu vois cela d'ici. Des ocres et des craies;Plaines où les sillons croisent leurs mille raies,Chaumes à fleur de terre et que masque un buisson;Quelques meules de foin debout sur le gazon;De vieux toits enfumant le paysage bistre;Un fleuve qui n'est pas le Gange ou le Caystre,Pauvre cours d'eau normand troublé de sels marins;A droite, vers le nord, de bizarres terrainsPleins d'angles qu'on dirait façonnés à la pelle;Voilà les premiers plans; une ancienne chapelleY mêle son aiguille, et range à ses côtésQuelques ormes tortus, aux profils irrités,Qui semblent, fatigués du zéphyr qui s'en joue,Faire une remontrance au vent qui les secoue.Une grosse charrette, au coin de ma maison,Se rouille; et, devant moi, j'ai le vaste horizon,Dont la mer bleue emplit toutes les échancrures;Des poules et des coqs, étalant leurs dorures,Causent sous ma fenêtre, et les greniers des toitsMe jettent, par instants, des chansons en patois.Dans mon allée habite un cordier patriarche,Vieux qui fait bruyamment tourner sa roue, et marcheA reculons, son chanvre autour des reins tordu.J'aime ces flots où court le grand vent éperdu;Les champs à promener tout le jour me convient;Les petits villageois, leur livre en main, m'envient,Chez le maître d'école où je me suis logé,Comme un grand écolier abusant d'un congé.Le ciel rit, l'air est pur; tout le jour, chez mon hôte,C'est un doux bruit d'enfants épelant à voix haute;L'eau coule, un verdier passe; et, moi, je dis: Merci!Merci, Dieu tout-puissant!--Ainsi je vis; ainsi,Paisible, heure par heure, à petit bruit, j'épancheMes jours, tout en songeant à vous, ma beauté blanche!J'écoute les enfants jaser, et, par moment,Je vois en pleine mer, passer superbement,Au-dessus des pignons du tranquille village,Quelque navire ailé qui fait un long voyage,Et fuit sur l'Océan, par tous les vents traqué,Qui, naguère dormait au port, le long du quai,Et que n'ont retenu, loin des vagues jalouses,Ni les pleurs des parents, ni l'effroi des épouses,Ni le sombre reflet des écueils dans les eaux,Ni l'importunité des sinistres oiseaux.Près le Tréport, juin 18...
Tu vois cela d'ici. Des ocres et des craies;Plaines où les sillons croisent leurs mille raies,Chaumes à fleur de terre et que masque un buisson;Quelques meules de foin debout sur le gazon;De vieux toits enfumant le paysage bistre;Un fleuve qui n'est pas le Gange ou le Caystre,Pauvre cours d'eau normand troublé de sels marins;A droite, vers le nord, de bizarres terrainsPleins d'angles qu'on dirait façonnés à la pelle;Voilà les premiers plans; une ancienne chapelleY mêle son aiguille, et range à ses côtésQuelques ormes tortus, aux profils irrités,Qui semblent, fatigués du zéphyr qui s'en joue,Faire une remontrance au vent qui les secoue.Une grosse charrette, au coin de ma maison,Se rouille; et, devant moi, j'ai le vaste horizon,Dont la mer bleue emplit toutes les échancrures;Des poules et des coqs, étalant leurs dorures,Causent sous ma fenêtre, et les greniers des toitsMe jettent, par instants, des chansons en patois.Dans mon allée habite un cordier patriarche,Vieux qui fait bruyamment tourner sa roue, et marcheA reculons, son chanvre autour des reins tordu.J'aime ces flots où court le grand vent éperdu;Les champs à promener tout le jour me convient;Les petits villageois, leur livre en main, m'envient,Chez le maître d'école où je me suis logé,Comme un grand écolier abusant d'un congé.Le ciel rit, l'air est pur; tout le jour, chez mon hôte,C'est un doux bruit d'enfants épelant à voix haute;L'eau coule, un verdier passe; et, moi, je dis: Merci!Merci, Dieu tout-puissant!--Ainsi je vis; ainsi,Paisible, heure par heure, à petit bruit, j'épancheMes jours, tout en songeant à vous, ma beauté blanche!J'écoute les enfants jaser, et, par moment,Je vois en pleine mer, passer superbement,Au-dessus des pignons du tranquille village,Quelque navire ailé qui fait un long voyage,Et fuit sur l'Océan, par tous les vents traqué,Qui, naguère dormait au port, le long du quai,Et que n'ont retenu, loin des vagues jalouses,Ni les pleurs des parents, ni l'effroi des épouses,Ni le sombre reflet des écueils dans les eaux,Ni l'importunité des sinistres oiseaux.Près le Tréport, juin 18...
Tu vois cela d'ici. Des ocres et des craies;
Plaines où les sillons croisent leurs mille raies,
Chaumes à fleur de terre et que masque un buisson;
Quelques meules de foin debout sur le gazon;
De vieux toits enfumant le paysage bistre;
Un fleuve qui n'est pas le Gange ou le Caystre,
Pauvre cours d'eau normand troublé de sels marins;
A droite, vers le nord, de bizarres terrains
Pleins d'angles qu'on dirait façonnés à la pelle;
Voilà les premiers plans; une ancienne chapelle
Y mêle son aiguille, et range à ses côtés
Quelques ormes tortus, aux profils irrités,
Qui semblent, fatigués du zéphyr qui s'en joue,
Faire une remontrance au vent qui les secoue.
Une grosse charrette, au coin de ma maison,
Se rouille; et, devant moi, j'ai le vaste horizon,
Dont la mer bleue emplit toutes les échancrures;
Des poules et des coqs, étalant leurs dorures,
Causent sous ma fenêtre, et les greniers des toits
Me jettent, par instants, des chansons en patois.
Dans mon allée habite un cordier patriarche,
Vieux qui fait bruyamment tourner sa roue, et marche
A reculons, son chanvre autour des reins tordu.
J'aime ces flots où court le grand vent éperdu;
Les champs à promener tout le jour me convient;
Les petits villageois, leur livre en main, m'envient,
Chez le maître d'école où je me suis logé,
Comme un grand écolier abusant d'un congé.
Le ciel rit, l'air est pur; tout le jour, chez mon hôte,
C'est un doux bruit d'enfants épelant à voix haute;
L'eau coule, un verdier passe; et, moi, je dis: Merci!
Merci, Dieu tout-puissant!--Ainsi je vis; ainsi,
Paisible, heure par heure, à petit bruit, j'épanche
Mes jours, tout en songeant à vous, ma beauté blanche!
J'écoute les enfants jaser, et, par moment,
Je vois en pleine mer, passer superbement,
Au-dessus des pignons du tranquille village,
Quelque navire ailé qui fait un long voyage,
Et fuit sur l'Océan, par tous les vents traqué,
Qui, naguère dormait au port, le long du quai,
Et que n'ont retenu, loin des vagues jalouses,
Ni les pleurs des parents, ni l'effroi des épouses,
Ni le sombre reflet des écueils dans les eaux,
Ni l'importunité des sinistres oiseaux.
Près le Tréport, juin 18...
Nous allions au verger cueillir des bigarreaux.Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros,Elle montait dans l'arbre et courbait une branche;Les feuilles frissonnaient au vent; sa gorge blanche,O Virgile, ondoyait dans l'ombre et le soleil;Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil,Semblable au feu qu'on voit dans le buisson qui flambe.Je montais derrière elle; elle montrait sa jambe,Et disait: «Taisez-vous!» à mes regards ardents;Et chantait. Par moments, entre ses belles dents,Pareille, aux chansons près, à Diane farouche,Penchée, elle m'offrait la cerise à sa bouche;Et ma bouche riait, et venait s'y poser.Et laissait la cerise et prenait le baiser.Triel, juillet 18...
Nous allions au verger cueillir des bigarreaux.Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros,Elle montait dans l'arbre et courbait une branche;Les feuilles frissonnaient au vent; sa gorge blanche,O Virgile, ondoyait dans l'ombre et le soleil;Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil,Semblable au feu qu'on voit dans le buisson qui flambe.Je montais derrière elle; elle montrait sa jambe,Et disait: «Taisez-vous!» à mes regards ardents;Et chantait. Par moments, entre ses belles dents,Pareille, aux chansons près, à Diane farouche,Penchée, elle m'offrait la cerise à sa bouche;Et ma bouche riait, et venait s'y poser.Et laissait la cerise et prenait le baiser.Triel, juillet 18...
Nous allions au verger cueillir des bigarreaux.
Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros,
Elle montait dans l'arbre et courbait une branche;
Les feuilles frissonnaient au vent; sa gorge blanche,
O Virgile, ondoyait dans l'ombre et le soleil;
Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil,
Semblable au feu qu'on voit dans le buisson qui flambe.
Je montais derrière elle; elle montrait sa jambe,
Et disait: «Taisez-vous!» à mes regards ardents;
Et chantait. Par moments, entre ses belles dents,
Pareille, aux chansons près, à Diane farouche,
Penchée, elle m'offrait la cerise à sa bouche;
Et ma bouche riait, et venait s'y poser.
Et laissait la cerise et prenait le baiser.
Triel, juillet 18...
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.Comme le soleil fait serein ou pluvieuxL'azur dont il est l'âme et que sa clarté dore,Tu peux m'emplir de brume ou m'inonder d'aurore.Du haut de ta splendeur, si pure qu'en ses plis,Tu sembles une femme enfermée en un lys,Et qu'à d'autres moments, l'oeil qu'éblouit ton âmeCroit voir, en te voyant, un lys dans une femme.Si tu m'as souri, Dieu! tout mon être bondit!Si, Madame, au milieu de tous, vous m'avez dit,A haute voix: «Bonjour, Monsieur», et bas: «Je t'aime!»Si tu m'as caressé de ton regard suprême,Je vis! je suis léger, je suis fier, je suis grand;Ta prunelle m'éclaire en me transfigurant;J'ai le reflet charmant des yeux dont tu m'accueilles;Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,On sent de la gaîté sous chacun de mes mots;Je cours, je vais, je ris; plus d'ennuis, plus de maux;Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse!Mais que ton coeur injuste, un jour, me méconnaisse;Qu'il me faille porter en moi, jusqu'à demain,L'énigme de ta main retirée à ma main;--Qu'ai-je fait? qu'avait-elle? Elle avait quelque chose.Pourquoi, dans la rumeur du salon où l'on cause,Personne n'entendant, me disait-ellevous?--Si je ne sais quel froid dans ton regard si douxA passé comme passe au ciel une nuée,Je sens mon âme en moi toute diminuée;Je m'en vais, courbé, las, sombre comme un aïeul;Il semble que sur moi, secouant son linceul,Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre;Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre;Le chagrin--âge et deuil, hélas! ont le même air,--Assombrit chaque trait de mon visage amer,Et m'y creuse une ride avec sa main pesante.Joyeux, j'ai vingt-cinq ans; triste, j'en ai soixante.Paris, juin 18...
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.Comme le soleil fait serein ou pluvieuxL'azur dont il est l'âme et que sa clarté dore,Tu peux m'emplir de brume ou m'inonder d'aurore.Du haut de ta splendeur, si pure qu'en ses plis,Tu sembles une femme enfermée en un lys,Et qu'à d'autres moments, l'oeil qu'éblouit ton âmeCroit voir, en te voyant, un lys dans une femme.Si tu m'as souri, Dieu! tout mon être bondit!Si, Madame, au milieu de tous, vous m'avez dit,A haute voix: «Bonjour, Monsieur», et bas: «Je t'aime!»Si tu m'as caressé de ton regard suprême,Je vis! je suis léger, je suis fier, je suis grand;Ta prunelle m'éclaire en me transfigurant;J'ai le reflet charmant des yeux dont tu m'accueilles;Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,On sent de la gaîté sous chacun de mes mots;Je cours, je vais, je ris; plus d'ennuis, plus de maux;Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse!Mais que ton coeur injuste, un jour, me méconnaisse;Qu'il me faille porter en moi, jusqu'à demain,L'énigme de ta main retirée à ma main;--Qu'ai-je fait? qu'avait-elle? Elle avait quelque chose.Pourquoi, dans la rumeur du salon où l'on cause,Personne n'entendant, me disait-ellevous?--Si je ne sais quel froid dans ton regard si douxA passé comme passe au ciel une nuée,Je sens mon âme en moi toute diminuée;Je m'en vais, courbé, las, sombre comme un aïeul;Il semble que sur moi, secouant son linceul,Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre;Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre;Le chagrin--âge et deuil, hélas! ont le même air,--Assombrit chaque trait de mon visage amer,Et m'y creuse une ride avec sa main pesante.Joyeux, j'ai vingt-cinq ans; triste, j'en ai soixante.Paris, juin 18...
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L'azur dont il est l'âme et que sa clarté dore,
Tu peux m'emplir de brume ou m'inonder d'aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu'en ses plis,
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu'à d'autres moments, l'oeil qu'éblouit ton âme
Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme.
Si tu m'as souri, Dieu! tout mon être bondit!
Si, Madame, au milieu de tous, vous m'avez dit,
A haute voix: «Bonjour, Monsieur», et bas: «Je t'aime!»
Si tu m'as caressé de ton regard suprême,
Je vis! je suis léger, je suis fier, je suis grand;
Ta prunelle m'éclaire en me transfigurant;
J'ai le reflet charmant des yeux dont tu m'accueilles;
Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,
On sent de la gaîté sous chacun de mes mots;
Je cours, je vais, je ris; plus d'ennuis, plus de maux;
Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse!
Mais que ton coeur injuste, un jour, me méconnaisse;
Qu'il me faille porter en moi, jusqu'à demain,
L'énigme de ta main retirée à ma main;
--Qu'ai-je fait? qu'avait-elle? Elle avait quelque chose.
Pourquoi, dans la rumeur du salon où l'on cause,
Personne n'entendant, me disait-ellevous?--
Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux
A passé comme passe au ciel une nuée,
Je sens mon âme en moi toute diminuée;
Je m'en vais, courbé, las, sombre comme un aïeul;
Il semble que sur moi, secouant son linceul,
Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre;
Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre;
Le chagrin--âge et deuil, hélas! ont le même air,--
Assombrit chaque trait de mon visage amer,
Et m'y creuse une ride avec sa main pesante.
Joyeux, j'ai vingt-cinq ans; triste, j'en ai soixante.
Paris, juin 18...
Oh! quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux,De jaser au milieu des branches et des eaux,Que nous nous expliquions et que je vous querelle?Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle,Oiseaux, je vous entends, je vous connais. SachezQue je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés,De votre mélodie et de votre langage.Celle que j'aime est loin et pense à moi; je gage,O rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux,Donne un frémissement à l'astre dans les cieux,Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme.Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme,Oiseaux; quand nous aimons et quand nous triomphons,Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds,Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles,Vous saisissez au vol ces strophes invisibles,Et vous les répétez tout haut, comme de vous;Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux,A la chanson des coeurs, le battement des ailes;Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles,Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls:«Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls!»Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'effleure,Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure;Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris;Et que l'épervier rêve, oubliant la perdrix;Et que les loups s'en vont songer auprès des louves!«Divin!» dit le hibou; le moineau dit: «Tu trouves?»Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te réfugias,L'oiseau vint y puiser; ce sont ces plagiats,Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches,Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches,Et que les lourds rochers, stupides et ravis,Se penchent, les laissant piller le chènevis,Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges,La langue des oiseaux de la langue des anges.Caudebec, septembre 183...
Oh! quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux,De jaser au milieu des branches et des eaux,Que nous nous expliquions et que je vous querelle?Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle,Oiseaux, je vous entends, je vous connais. SachezQue je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés,De votre mélodie et de votre langage.Celle que j'aime est loin et pense à moi; je gage,O rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux,Donne un frémissement à l'astre dans les cieux,Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme.Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme,Oiseaux; quand nous aimons et quand nous triomphons,Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds,Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles,Vous saisissez au vol ces strophes invisibles,Et vous les répétez tout haut, comme de vous;Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux,A la chanson des coeurs, le battement des ailes;Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles,Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls:«Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls!»Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'effleure,Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure;Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris;Et que l'épervier rêve, oubliant la perdrix;Et que les loups s'en vont songer auprès des louves!«Divin!» dit le hibou; le moineau dit: «Tu trouves?»Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te réfugias,L'oiseau vint y puiser; ce sont ces plagiats,Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches,Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches,Et que les lourds rochers, stupides et ravis,Se penchent, les laissant piller le chènevis,Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges,La langue des oiseaux de la langue des anges.Caudebec, septembre 183...
Oh! quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux,
De jaser au milieu des branches et des eaux,
Que nous nous expliquions et que je vous querelle?
Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle,
Oiseaux, je vous entends, je vous connais. Sachez
Que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés,
De votre mélodie et de votre langage.
Celle que j'aime est loin et pense à moi; je gage,
O rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux,
Donne un frémissement à l'astre dans les cieux,
Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme.
Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme,
Oiseaux; quand nous aimons et quand nous triomphons,
Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds,
Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles,
Vous saisissez au vol ces strophes invisibles,
Et vous les répétez tout haut, comme de vous;
Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux,
A la chanson des coeurs, le battement des ailes;
Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles,
Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls:
«Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls!»
Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'effleure,
Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure;
Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris;
Et que l'épervier rêve, oubliant la perdrix;
Et que les loups s'en vont songer auprès des louves!
«Divin!» dit le hibou; le moineau dit: «Tu trouves?»
Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te réfugias,
L'oiseau vint y puiser; ce sont ces plagiats,
Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches,
Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches,
Et que les lourds rochers, stupides et ravis,
Se penchent, les laissant piller le chènevis,
Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges,
La langue des oiseaux de la langue des anges.
Caudebec, septembre 183...
Mon bras pressait ta taille frêleEt souple comme le roseau;Ton sein palpitait comme l'aileD'un jeune oiseau.Longtemps muets, nous contemplâmesLe ciel où s'éteignait le jour.Que se passait-il dans nos âmes?Amour! amour!Comme un ange qui se dévoile,Tu me regardais, dans ma nuit,Avec ton beau regard d'étoile,Qui m'éblouit.Forêt de Fontainebleau, juillet 18...
Mon bras pressait ta taille frêleEt souple comme le roseau;Ton sein palpitait comme l'aileD'un jeune oiseau.Longtemps muets, nous contemplâmesLe ciel où s'éteignait le jour.Que se passait-il dans nos âmes?Amour! amour!Comme un ange qui se dévoile,Tu me regardais, dans ma nuit,Avec ton beau regard d'étoile,Qui m'éblouit.Forêt de Fontainebleau, juillet 18...
Mon bras pressait ta taille frêle
Et souple comme le roseau;
Ton sein palpitait comme l'aile
D'un jeune oiseau.
Longtemps muets, nous contemplâmes
Le ciel où s'éteignait le jour.
Que se passait-il dans nos âmes?
Amour! amour!
Comme un ange qui se dévoile,
Tu me regardais, dans ma nuit,
Avec ton beau regard d'étoile,
Qui m'éblouit.
Forêt de Fontainebleau, juillet 18...
Les femmes sont sur la terrePour tout idéaliser;L'univers est un mystèreQue commente leur baiser.C'est l'amour qui, pour ceinture,A l'onde et le firmament,Et dont toute la nature,N'est, au fond, que l'ornement.Tout ce qui brille, offre à l'âmeSon parfum ou sa couleur;Si Dieu n'avait fait la femme,Il n'aurait pas fait la fleur.A quoi bon vos étincelles,Bleus saphirs, sans les yeux doux?Les diamants, sans les belles,Ne sont plus que des cailloux;Et, dans les charmilles vertes,Les roses dorment debout,Et sont des bouches ouvertesPour ne rien dire du tout.Tout objet qui charme ou rêveTient des femmes sa clarté;La perle blanche, sans Ève,Sans toi, ma fière beauté,Ressemblant, tout enlaidie,A mon amour qui te fuit,N'est plus que la maladieD'une bête dans la nuit.Paris, avril 18...
Les femmes sont sur la terrePour tout idéaliser;L'univers est un mystèreQue commente leur baiser.C'est l'amour qui, pour ceinture,A l'onde et le firmament,Et dont toute la nature,N'est, au fond, que l'ornement.Tout ce qui brille, offre à l'âmeSon parfum ou sa couleur;Si Dieu n'avait fait la femme,Il n'aurait pas fait la fleur.A quoi bon vos étincelles,Bleus saphirs, sans les yeux doux?Les diamants, sans les belles,Ne sont plus que des cailloux;Et, dans les charmilles vertes,Les roses dorment debout,Et sont des bouches ouvertesPour ne rien dire du tout.Tout objet qui charme ou rêveTient des femmes sa clarté;La perle blanche, sans Ève,Sans toi, ma fière beauté,Ressemblant, tout enlaidie,A mon amour qui te fuit,N'est plus que la maladieD'une bête dans la nuit.Paris, avril 18...
Les femmes sont sur la terre
Pour tout idéaliser;
L'univers est un mystère
Que commente leur baiser.
C'est l'amour qui, pour ceinture,
A l'onde et le firmament,
Et dont toute la nature,
N'est, au fond, que l'ornement.
Tout ce qui brille, offre à l'âme
Son parfum ou sa couleur;
Si Dieu n'avait fait la femme,
Il n'aurait pas fait la fleur.
A quoi bon vos étincelles,
Bleus saphirs, sans les yeux doux?
Les diamants, sans les belles,
Ne sont plus que des cailloux;
Et, dans les charmilles vertes,
Les roses dorment debout,
Et sont des bouches ouvertes
Pour ne rien dire du tout.
Tout objet qui charme ou rêve
Tient des femmes sa clarté;
La perle blanche, sans Ève,
Sans toi, ma fière beauté,
Ressemblant, tout enlaidie,
A mon amour qui te fuit,
N'est plus que la maladie
D'une bête dans la nuit.
Paris, avril 18...
Nous errions, elle et moi, dans les monts de Sicile.Elle est fière pour tous et pour moi seul docile.Les cieux et nos pensers rayonnaient à la fois.Oh! comme aux lieux déserts les coeurs sont peu farouches!Que de fleurs aux buissons, que de baisers aux bouches,Quand on est dans l'ombre des bois!Pareils à deux oiseaux qui vont de cime en cime,Nous parvînmes enfin tout au bord d'un abîme.Elle osa s'approcher de ce sombre entonnoir;Et, quoique mainte épine offensât ses mains blanches,Nous tâchâmes, penchés et nous tenant aux branches,D'en voir le fond lugubre et noir.En ce même moment, un titan centenaire,Qui venait d'y rouler sous vingt coups de tonnerre,Se tordait dans ce gouffre où le jour n'ose entrer;Et d'horribles vautours au bec impitoyable,Attirés par le bruit de sa chute effroyable,Commençaient à le dévorer.Alors, elle me dit: «J'ai peur qu'on ne nous voie!Cherchons un antre afin d'y cacher notre joie!Vois ce pauvre géant! nous aurions notre tour!Car les dieux envieux qui l'ont fait disparaître,Et qui furent jaloux de sa grandeur, peut-êtreSeraient jaloux de notre amour!»Septembre 18...
Nous errions, elle et moi, dans les monts de Sicile.Elle est fière pour tous et pour moi seul docile.Les cieux et nos pensers rayonnaient à la fois.Oh! comme aux lieux déserts les coeurs sont peu farouches!Que de fleurs aux buissons, que de baisers aux bouches,Quand on est dans l'ombre des bois!Pareils à deux oiseaux qui vont de cime en cime,Nous parvînmes enfin tout au bord d'un abîme.Elle osa s'approcher de ce sombre entonnoir;Et, quoique mainte épine offensât ses mains blanches,Nous tâchâmes, penchés et nous tenant aux branches,D'en voir le fond lugubre et noir.En ce même moment, un titan centenaire,Qui venait d'y rouler sous vingt coups de tonnerre,Se tordait dans ce gouffre où le jour n'ose entrer;Et d'horribles vautours au bec impitoyable,Attirés par le bruit de sa chute effroyable,Commençaient à le dévorer.Alors, elle me dit: «J'ai peur qu'on ne nous voie!Cherchons un antre afin d'y cacher notre joie!Vois ce pauvre géant! nous aurions notre tour!Car les dieux envieux qui l'ont fait disparaître,Et qui furent jaloux de sa grandeur, peut-êtreSeraient jaloux de notre amour!»Septembre 18...
Nous errions, elle et moi, dans les monts de Sicile.
Elle est fière pour tous et pour moi seul docile.
Les cieux et nos pensers rayonnaient à la fois.
Oh! comme aux lieux déserts les coeurs sont peu farouches!
Que de fleurs aux buissons, que de baisers aux bouches,
Quand on est dans l'ombre des bois!
Pareils à deux oiseaux qui vont de cime en cime,
Nous parvînmes enfin tout au bord d'un abîme.
Elle osa s'approcher de ce sombre entonnoir;
Et, quoique mainte épine offensât ses mains blanches,
Nous tâchâmes, penchés et nous tenant aux branches,
D'en voir le fond lugubre et noir.
En ce même moment, un titan centenaire,
Qui venait d'y rouler sous vingt coups de tonnerre,
Se tordait dans ce gouffre où le jour n'ose entrer;
Et d'horribles vautours au bec impitoyable,
Attirés par le bruit de sa chute effroyable,
Commençaient à le dévorer.
Alors, elle me dit: «J'ai peur qu'on ne nous voie!
Cherchons un antre afin d'y cacher notre joie!
Vois ce pauvre géant! nous aurions notre tour!
Car les dieux envieux qui l'ont fait disparaître,
Et qui furent jaloux de sa grandeur, peut-être
Seraient jaloux de notre amour!»
Septembre 18...
Viens!--une flûte invisibleSoupire dans les vergers.--La chanson la plus paisibleEst la chanson des bergers.Le vent ride, sous l'yeuse,Le sombre miroir des eaux.--La chanson la plus joyeuseEst la chanson des oiseaux.Que nul soin ne te tourmente.Aimons-nous! aimons toujours!--La chanson la plus charmanteEst la chanson des amours.Les Metz, août 18...
Viens!--une flûte invisibleSoupire dans les vergers.--La chanson la plus paisibleEst la chanson des bergers.Le vent ride, sous l'yeuse,Le sombre miroir des eaux.--La chanson la plus joyeuseEst la chanson des oiseaux.Que nul soin ne te tourmente.Aimons-nous! aimons toujours!--La chanson la plus charmanteEst la chanson des amours.Les Metz, août 18...
Viens!--une flûte invisible
Soupire dans les vergers.--
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.
Le vent ride, sous l'yeuse,
Le sombre miroir des eaux.--
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.
Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous! aimons toujours!--
La chanson la plus charmante
Est la chanson des amours.
Les Metz, août 18...
Si les liens des coeurs ne sont pas des mensonges,Oh! dites, vous devez avoir eu de doux songes,Je n'ai fait que rêver de vous toute la nuit.Et nous nous aimions tant! vous me disiez: «Tout fuit,Tout s'éteint, tout s'en va; ta seule image reste.»Nous devions être morts dans ce rêve céleste;Il semblait que c'était déjà le paradis.Oh! oui, nous étions morts, bien sûr; je vous le dis.Nous avions tous les deux la forme de nos âmes.Tout ce que, l'un de l'autre, ici-bas nous aimâmesComposait notre corps de flamme et de rayons,Et, naturellement, nous nous reconnaissions.Il nous apparaissait des visages d'auroreQui nous disaient: «C'est moi!» la lumière sonoreChantait; et nous étions des frissons et des voix.Vous me disiez: «Écoute!» et je répondais: «Vois!»Je disais: «Viens-nous-en dans les profondeurs sombres;Vivons; c'est autrefois que nous étions des ombres.»Et, mêlant nos appels et nos cris: «Viens! oh! viens!Et moi, je me rappelle, et toi, tu te souviens.»Éblouis, nous chantions:--C'est nous-mêmes qui sommesTout ce qui nous semblait, sur la terre des hommes,Bon, juste, grand, sublime, ineffable et charmant;Nous sommes le regard et le rayonnement;Le sourire de l'aube et l'odeur de la rose,C'est nous; l'astre est le nid où notre aile se pose;Nous avons l'infini pour sphère et pour milieu,L'éternité pour l'âge; et, notre amour, c'est Dieu.Paris, juin 18...
Si les liens des coeurs ne sont pas des mensonges,Oh! dites, vous devez avoir eu de doux songes,Je n'ai fait que rêver de vous toute la nuit.Et nous nous aimions tant! vous me disiez: «Tout fuit,Tout s'éteint, tout s'en va; ta seule image reste.»Nous devions être morts dans ce rêve céleste;Il semblait que c'était déjà le paradis.Oh! oui, nous étions morts, bien sûr; je vous le dis.Nous avions tous les deux la forme de nos âmes.Tout ce que, l'un de l'autre, ici-bas nous aimâmesComposait notre corps de flamme et de rayons,Et, naturellement, nous nous reconnaissions.Il nous apparaissait des visages d'auroreQui nous disaient: «C'est moi!» la lumière sonoreChantait; et nous étions des frissons et des voix.Vous me disiez: «Écoute!» et je répondais: «Vois!»Je disais: «Viens-nous-en dans les profondeurs sombres;Vivons; c'est autrefois que nous étions des ombres.»Et, mêlant nos appels et nos cris: «Viens! oh! viens!Et moi, je me rappelle, et toi, tu te souviens.»Éblouis, nous chantions:--C'est nous-mêmes qui sommesTout ce qui nous semblait, sur la terre des hommes,Bon, juste, grand, sublime, ineffable et charmant;Nous sommes le regard et le rayonnement;Le sourire de l'aube et l'odeur de la rose,C'est nous; l'astre est le nid où notre aile se pose;Nous avons l'infini pour sphère et pour milieu,L'éternité pour l'âge; et, notre amour, c'est Dieu.Paris, juin 18...
Si les liens des coeurs ne sont pas des mensonges,
Oh! dites, vous devez avoir eu de doux songes,
Je n'ai fait que rêver de vous toute la nuit.
Et nous nous aimions tant! vous me disiez: «Tout fuit,
Tout s'éteint, tout s'en va; ta seule image reste.»
Nous devions être morts dans ce rêve céleste;
Il semblait que c'était déjà le paradis.
Oh! oui, nous étions morts, bien sûr; je vous le dis.
Nous avions tous les deux la forme de nos âmes.
Tout ce que, l'un de l'autre, ici-bas nous aimâmes
Composait notre corps de flamme et de rayons,
Et, naturellement, nous nous reconnaissions.
Il nous apparaissait des visages d'aurore
Qui nous disaient: «C'est moi!» la lumière sonore
Chantait; et nous étions des frissons et des voix.
Vous me disiez: «Écoute!» et je répondais: «Vois!»
Je disais: «Viens-nous-en dans les profondeurs sombres;
Vivons; c'est autrefois que nous étions des ombres.»
Et, mêlant nos appels et nos cris: «Viens! oh! viens!
Et moi, je me rappelle, et toi, tu te souviens.»
Éblouis, nous chantions:--C'est nous-mêmes qui sommes
Tout ce qui nous semblait, sur la terre des hommes,
Bon, juste, grand, sublime, ineffable et charmant;
Nous sommes le regard et le rayonnement;
Le sourire de l'aube et l'odeur de la rose,
C'est nous; l'astre est le nid où notre aile se pose;
Nous avons l'infini pour sphère et pour milieu,
L'éternité pour l'âge; et, notre amour, c'est Dieu.
Paris, juin 18...