CHAPITRE V

Les moyens d'existence des sauvages30de Caughnawagha sont très-bornés: la pêche, la chasse constituent les principaux. Et de même que les Hurons de Lorette, les curiosités indiennes, telles que mocassins, bourses, toques, paniers, porte-cigares, etc., fabriqués par leurs femmes et vendus soit aux étrangers, soit à des négociants de Montréal, les aident beaucoup à vivre.

Note 30:(retour)Les Indiens de Caughnawagha et de Lorette sont ainsi désignés par les Canadiens-Français.

Les Indiens de Caughnawagha et de Lorette sont ainsi désignés par les Canadiens-Français.

Le gouvernement anglais leur a accordé des terres d'une grande fertilité autour de leur village, mais ils mourraient plutôt de faim que de les ensemencer. Une forêt assez considérable, contiguë à ces terres, leur fournit du bois de chauffage pour l'hiver. Si déplorable est cependant chez les hommes la paresse, ou plutôt le mépris du travail manuel, que la plupart périraient de froid si les squaws ne faisaient, pendant la bonne saison, quelques provisions de combustible.

Néanmoins il existe pour eux une source de gain dont ils profitent généralement volontiers.

Nous avons déjà parlé des rapides de Caughnawagha, appelés aussi rapides du Sault Saint-Louis,—nom chrétien de cette, bourgade,—et parfois, rapides de Lachine.

C'est une chaîne d'écueils, qui barre la navigation du Saint-Laurent au bas de Caughnawagha et à deux lieues environ de Montréal.

Pour remédier à cet obstacle, on a, comme je l'ai dit, creusé un canal, le canal Lachine, qui, partant de la pointe Saint-Charles, dans le quartier Sainte-Anne, s'en va rejoindre le Saint-Laurent au-dessus du village Lachine, après un parcours de neuf à dix milles.

Cependant, si les vaisseaux de toute dimension sont incapables de remonter les rapides et doivent, à l'exception des steamboats, se faire remorquer dans le canal pour gagner le haut Saint-Laurent, il n'est pas sans exemple que des canots dirigés par des Indiens aient descendu, ou, suivant l'expression usitée, sauté les rapides.

Cette circonstance a donné aux compagnies des bateaux à vapeur qui mettent en communication Montréal et les localités supérieures l'idée de faire sauter les rapides à leurs navires, la route étant, à la fois, plus courte et plus agréable pour les voyageurs.

Dans ce but, ils emploient uniquement des pilotes iroquois, auxquels ils offrent une légère rémunération.

Dans l'après-midi du jour où Nar-go-tou-ké fut obligé de fuir pour se soustraire aux agents de la police, on avait signalé, à Caughnawagha, un vapeur qui paraissait près des îles Dorval.

Ce vapeur était leMontréalais, affecté au service du bas et du haut Canada.

Il arrivait de Toronto, et se rendait à Montréal.

Ce steamboat inaugurait la réouverture de la navigation fluviale; aussi était-il pavoisé de banderoles aux couleurs chatoyantes.

Les Indiens tirèrent au sort pour décider qui aurait l'avantage de le piloter à travers les rapides.

Une vingtaine de petits bâtons (tout autant qu'il y avait de compétiteurs) réunis en faisceau dans la main fermée, et dont l'un était moins long que les autres, servirent à cet effet.

C'est exactement notre jeu de la courte-paille.

Le sort fut favorable au fils de Nar-go-tou-ké.

Quand leMontréalaisarriva en face de Caughnawagha, Co-lo-mo-o se jeta dans un canot et alla aborder le navire, qui avait renversé sa vapeur pour attendre le pilote.

Le Petit-Aigle amarra son canot à la poupe du steamboat et grimpa lestement sur le pont.

Après avoir salué le capitaine, il se mit au gouvernail.

Un coup de sonnette retentit, la machine du bâtiment lâcha des sifflements stridents; ses deux hautes cheminées vomirent des torrents de fumée qui ondoyèrent, dans l'espace, comme deux panaches immenses; un bruit sourd, des craquements s'échappèrent de ses entrailles, et le navire reprit sa course.

A cette époque, la navigation à vapeur était loin d'avoir reçu les merveilleux perfectionnements qui l'embellissent aujourd'hui.

LeMontréalaisn'avait ni la grâce, ni la beauté, ni l'éclat de nos steamboats actuels. Il ne ressemblait pas plus aux palais flottants, à plusieurs étages, tout resplendissants de glaces, de dorures, qui sillonnent maintenant les eaux du Saint-Laurent, de l'Hudson ou du Mississipi, qu'un caboteur ne ressemble à un vaisseau de haut bord.

On n'y voyait pas de magnifiques salons, couverts de riches tapis, meublés avec un luxe féerique; pas d'élégantes cabines presque aussi commodes que les chambres de nos maisons; et surtout pas cette somptueuse chambre nuptiale (bride room) où les jeunes mariés américains aiment à couler leur lune de miel, en faisant untrip31vers quelque paysage renommé.

Note 31:(retour)Excursion.

Excursion.

En 1837, les steamboats canadiens n'étaient rien moins que confortables.

Non-seulement vous n'y trouviez point une table aussi délicatement servie que dans les meilleurs hôtels, mais sur la plupart vous ne pouviez même vous procurer à manger, non-seulement les dames n'y avaient pas leur appartement particulier, mais on couchait pèle-mêle dans l'entre-pont, sur des cadres superposés et désagréables au suprême degré.

Heureusement que tout est relatif: le voyage en steamboat valait mieux encore que le voyage en goélette, en patache ou en carriole; les gens d'alors s'y estimaient fort à l'aise et vantaient très-haut les charmes de leurs bateaux à vapeur.

Ainsi marche le monde. Nos anciens rois manquaient de la moitié des choses qui semblent, à présent, de nécessité absolue pour les prolétaires.

Avant un quart de siècle on se demandera peut-être comment on a pu naviguer jamais dans ces steamboats qui nous paraissent si splendides.

De son temps, leMontréalaispassait pour un chef-d'oeuvre d'architecture nautique.

Il avait cent cinquante pieds de longueur, trente de maître-bau, une puissante machine à basse pression, et jouissait d'une réputation de fin coureur justement méritée.

Mais ce qui le faisait préférer à ses rivaux, c'est que, pour la première fois au Canada, on avait élevé sur son pont deux constructions légères en bois blanc, dans lesquelles les passagers pouvaient se réfugier lorsqu'il pleuvait et qu'ils ne voulaient pas s'exposer aux nauséabondes odeurs de l'entrepont.

Ces constructions d'étendaient à bâbord et à tribord, contre les aubes du vapeur; elles étaient séparées par un intervalle affecté à la cage de la machine, la logette du pilote, et deux passages pour circuler de l'avant à l'arrière du vaisseau.

Elles formaient deux salles.

Sur la porte de l'une on lisait:

Ladies and gentlemen cabin(cabine des dames et des messieurs).

Et au-dessous:

No smoking allowed(défense de fumer).

La porte de l'autre portait cette inscription:

Crew's cabin (cabine de l'équipage).

La première salle, bien éclairée et garnie de bancs de bois, était chauffée par un petit poêle en fonte. Le public s'y tenait habituellement plutôt que dans l'entrepont, où l'on mangeait et couchait, mais qui ne recevait de jour que par des lampes fumeuses.

Nous n'avons pus besoin de dire que, quand il faisait beau, on se promenait sur le tillac, ou bien on demeurait assis sur les banquettes disposées autour de son plat-bord.

La réouverture de la navigation signale, au Canada, la reprise des affaires: alors chacun est d'autant plus avare de son temps que, durant l'hiver, les communications sont difficiles et la bonne saison très-courte, aussi, comme les navires qui font alors les premières traversées sur le Saint-Laurent, leMontréalaisétait-il encombré de monde.

On y voyait pêle-mêle des Anglais, des Canadiens, des Écossais, des Irlandais, des Indiens, des Yankees; des marchands, des trappeurs, des bateliers, des bûcherons, des pêcheurs; des femmes de toutes les conditions, des toilettes distinguées et des vêtements en haillons, des physionomies avenantes et des figures hideuses; mais par-dessus tout tranchait l'uniforme rouge anglais..

C'était un bataillon de la ligne que le gouverneur du Haut-Canada, sir Francis Head, expédiait de Toronto à Montréal, pour prêter main-forte à la troupe qui y était déjà casernée, car ou appréhendait un soulèvement prochain.

Attroupés sur le pont, les passagers devisaient des événements politiques.

Quoique au premier aspect les races parussent confondues, un observateur n'aurait pas manqué de remarquer que les Anglais et les Écossais se rassemblaient d'un côté, les Canadiens-Français, les Irlandais et les Yankees de l'autre.

Ceux-ci s'étaient rangés à l'avant du vapeur» et ceux-là à l'arrière.

Les femmes avaient suivi l'exemple des hommes; les Anglo-Saxonnes à la proue, le reste à la poupe.

Plus encore que les différences de nationalités, les différences d'opinions créaient cette division.

Parmi les passagers ainsi placés à l'avant; on ne pouvait s'empêcher distinguer trois personnes qui caquetaient et riaient gaiement sans se préoccuper de la sombre gravité de ceux qui les environnaient. L'une était un homme de vingt-quatre à vingt-cinq ans, les autres deux jeunes femmes fort jolies, fort attrayantes, quoique leur genre de beauté fût en parfaite opposition, car l'aînée avait le teint blanc comme un lis, les cheveux noirs, lisses en bandeaux contre les tempes, l'air doucement mélancolique, et la moins âgée montrait un visage rose comme la pulpe d'une pèche, toujours souriant, que couronnait une abondante chevelure blond-cendré, dont les grappes voltigeaient, par boucles soyeuses, autour de son cou.

Toutes deux étaient coiffées d'un casque ou toque de pelleterie, et douillettement emmitouflées dans de chauds manteaux de drap garnis de vison.

Leur compagnon avait aussi la tête couverte d'un casque de fourrure, et sur les épaules un pardessus en peau de castor; car, bien que le soleil brillât de tout son éclat, la brise était fraîche et piquante sur le Saint-Laurent.

—Mon Dieu, que voilà un sauvage qui a bonne mine! fit avec la vivacité d'un enfant la plus jeune des dames en voyant Co-lo-mo-o monter sur le vapeur.

—Voulez-vous bien ne pas parler si haut, petite imprudente!

—Et pourquoi, monsieur, je vous prie?

—Si votre cavalier32vous entendait! répliqua le jeune homme, en la menaçant du doigt.

Note 32:(retour)Chez les Canadiens-Français ce terme s'emploie ordinairement pourfutur, fiancé, amoureux.

Chez les Canadiens-Français ce terme s'emploie ordinairement pourfutur, fiancé, amoureux.

—Sir William? Ok! il est bien trop occupé à déblatérer contre les Canadiens; et puis, au surplus, je me soucie de lui comme d'une vieille papillote, ajouta-t-elle eu riant.

—Oh! Léonie, commença l'autre dame...

Mais elle s'interrompit brusquement.

—Dites donc, ma cousine, est-ce que les Indiens que vous commandiez ressemblaient à celui-là? Alors vous avez eu bien tort d'épouser un vilain garçon comme M. Xavier!

—Est-elle insolente, un peu! dit le jeune homme en la gratifiant d'une petite claque sur la joue.

—Dame, mon cousin, l'insolence est le privilège des jolies femmes, vous me l'avez trop souvent répété pour que je l'oublie jamais.

—Attrapez, mon mari! reprit la seconde.

—Quoi! tu t'en mêles, Léonie?

—Dans tout ça, ma cousine, vous n'avez pas répondu à ma question, dit Léonie.

—Vous êtes une méchante espiègle.

—Ce n'est pas toujours une réponse. Je vous demandais si vos sauvages de la Colombie étaient aussi beaux que notre pilote.

—Mais, petite ignorante, ils ont la tête aplatie comme une poire tapée, intervint Xavier.

—Et ma cousine, qui était leur reine, ne l'avait pas la tête aplatie? reprit Louise avec une ténacité plaisante.

—J'espère, dit le jeune homme.

—Et, s'écria-t-elle vivement, si elle avait eu la tête aplatie comme une poire tapée, est-ce que vous l'auriez épousée, malgré ce grandissime amour qui vous a entraîné dans les pays d'en haut33pour aller la chercher?

Note 33:(retour)Les territoires habités par les Indiens du nord-ouest américain sont ainsi nommés au Canada.

Les territoires habités par les Indiens du nord-ouest américain sont ainsi nommés au Canada.

Ces paroles furent prononcées avec une expression si comique par la folle créature, que Xavier Cherrier34, tel était le nom du jeune homme, s'abandonna à un bruyant accès d'hilarité.

Note 34:(retour)Voir lesNez-Percés.

Voir lesNez-Percés.

—Ça n'empêche, poursuivit Léonie, en jetant un coup d'oeil sur le Petit-Aigle, qu'on voyait attelé à la roue du gouvernail, dans sa guérite, au-dessus de la machine; ça n'empêche, c'est une drôle d'aventure que la vôtre, je voudrais bien en avoir une comme ça, moi: être souveraine d'une tribu sauvage jusqu'à vingt ans, puis, tout à coup, rencontrer un parent, comme mon cousin Cherrier, qui vient de la Louisiane, dans le désert, exprès pour moi, m'enlève à mes sujets et me marie35. Vraiment, Louise, vous avez eu trop de bonheur! J'envie votre sort!

Note 35:(retour)Cette locution, comme une foule d'autres employées en Normandie est très-usitée au Canada, même dans la haute classe de la société.

Cette locution, comme une foule d'autres employées en Normandie est très-usitée au Canada, même dans la haute classe de la société.

Celle à qui s'adressait cette réflexion traîna vers son mari un long regard d'amour.

—Ce serait, juste, si vous aviez dit que le trop heureux, c'est moi, dit-il.

—Égoïste! murmura joyeusement Louise.

—Mais, s'écria Xavier, de quoi vous plaignez-vous, ma belle cousine! vous avez parmi vos galants un gentilhomme accompli...

—Sir William! riposte-t-elle avec une moue dédaigneuse.

—Il est très-riche, titré...

—C'est la moindre de mes préoccupations.

—Il vous adore...

—Et je le déteste.

—Hypocrite, va! dit Xavier en la poussant légèrement du genou.

—Vous croyez!

—J'en suis sûr.

—Eh bien, voulez-vous savoir la vérité?

—Nous vous défions de la dire.

—Oui-dà? repartit-elle d'un ton piqué.

—Parlez, ma chère Louise, car moi je suis convaincus que vous serez franche, dit madame Cherrier.

—Alors, répliqua la jeune fille, de sa voix railleuse, je vous déclare que j'aimerais mieux ce beau sauvage que le noble sir William King.

Une nouvelle explosion de rire accueillit cette plaisante déclaration.

—Ma foi, oui, ajouta Léonie, cette fois d'un accent sérieux; sir William me déplaît. Et s'il ne tient qu'à moi, jamais je ne l'épouserai. Quoiqu'il soit venu exprès de Montréal pour me chercher chez ma tante où j'étais, Dieu merci, parfaitement, je vous jure que si vous ne m'eussiez pas accompagnée, je ne serais pas descendue avec lui, malgré les ordres de mon père. D'abord il a toujours à la bouche quelques mauvais propos contre les Canadiens, puis, enfin, il s'est permis une fois des libertés... Ah! mon Dieu, qu'est-ce que c'est que cela?

Cette exclamation avait été arrachée à la jeune fille par un violent mouvement de tangage.

—Rien, poltronne; nous sautons les rapides; faites des voeux pour que votre Adonis Peau-Rouge ait le coup d'oeil juste et la main terme, répondit Cherrier.

LeMontréalaisvenait effectivement de s'engager dans un étroit chenal, lequel, serpentant entre les écueils du Sault Saint-Louis, permet aux vapeurs de franchir la dangereuse passe.

De toutes parts l'onde bouillonnait autour du navire et le fouettait de ses gerbes liquides, qui s'égrenaient en des milliards de gouttelettes scintillant aux rayons du soleil à son déclin, comme de la poussière de rubis, avant de retomber, en fine pluie, sur le pont. Tous les passagers avaient suspendu leurs conversations, et, malgré ces rosées consécutives, se tenaient immobiles pour contempler le spectacle qu'ils avaient sous les yeux.

Devant eux, à perte de vue, le fleuve semblait rouler des mamelons de neige, qui s'agitaient incessamment avec la fluidité du vif-argent. Mais, s'abaissant sur le côté, les regards reconnaissaient bien vite que cette neige mobile n'était que l'écume des eaux, hachées par une multitude infinie de rochers de formes et de couleurs variées, disséminés, comme des gradins, sur toute la largeur du Saint-Laurent.

Si cette scène n'a pas le caractère imposant des grandes cataractes, elle est émouvante; elle produit une certaine sensation d'effroi, la première fois qu'on la parcourt emporté sur un bateau à vapeur.

LeMontréalaisplongeait entre les récifs, ainsi que plonge, entre des vagues géantes, le navire battu par la tempête; sa proue se trouvait toujours à plusieurs pieds au-dessous de la poupe, ce qui obligeait les passagers à s'appuyer à la lisse pour conserver leur équilibre. Et, à tout moment, ou pouvait craindre qu'il ne se déchirât sur la herse de roc qu'un caprice de la nature a fixée à cet endroit.

Un éblouissement du pilote, un engourdissement passager de son bras, une seconde d'inattention de son esprit, et c'en était fait du vaisseau, de ceux qui le montaient.

Nul n'eût pu échapper à sa destruction. Tous auraient été mis en pièces, lacérés de mille manières avant d'être engloutis par l'abîme inexorable. Une agonie lente, affreuse, sans remède, eût été le seul et triste avantage laissé aux plus vigoureux nageurs.

Mais Co-lo-mo-o connaissait son métier.

LeMontréalais, dirigé par une main expérimentée, opéra gaillardement la descente: au bout de deux minutes, il se redressait calme et fier dans la baie de la Prairie.

Déjà chacun des passagers souriait de son émoi, ou renouait les entretiens interrompus, et le sifflet éclatant de la machine proclamait le triomphe du vapeur, quand un cri sinistre porta le trouble dans tous les coeurs.

—Le feu! le feu est au navire!

Ce cri, en mer le plus épouvantable de ceux qui peuvent frapper l'oreille humaine, gagna, de proche en proche, toutes les parties du bâtiment, depuis les cabines supérieures jusqu'à la cale, et bientôt une masse compacte de deux cents individus se foula sur In pont. Je renonce à peindre la stupeur, les exclamations vibrantes, le désordre! Vainement le capitaine essaya-t-il de donner des ordres, sa voix ne fut pas entendue, ses gestes ne furent point écoutés.

Cependant on ignorait encore si la terrible nouvelle était vraie ou fausse, lorsqu'une flèche de feu jaillit soudainement, au-dessous de la cage du pilote, par l'écoutille qui conduisait à la chambre du machiniste.

Co-lo-mo-o ne sourcilla point. Sans déserter son poste, malgré la flamme qui grimpait à ses pieds et malgré les clameurs, le bruit inqualifiable, il tourna le cap vers le rivage de la Prairie qu'on distinguait à travers le crépuscule, à un mille de distance au plus.

Par malheur le vaisseau cessa subitement d'avancer, les chauffeurs ayant abandonné leurs fourneaux.

Les passagers et les matelots se ruèrent avec fureur sur les embarcations pendues aux porte-manteaux. Dans leur frénésie, ils renversaient et foulaient sans pitié les femmes, les enfants. Plusieurs râlaient étouffés par la cohue.

Une chaloupe détachée tomba à l'eau et sombra; une autre fut enfoncée par le poids des personnes qui l'envahirent dès qu'elle eut été mise à flot; la troisième parvint à s'éloigner de quelques mètres du foyer de l'embrasement qui, en moins de rien, avait pris les plus vastes proportions; mais le fleuve était jonché de naufragés, se soutenant, se submergeant, se suicidant les uns les autres:—aux premières lueurs de la conflagration, ils s'étaient précipités dans le Saint-Laurent. Ces malheureux, hommes et femmes, s'accrochèrent désespérément à la troisième chaloupe et la firent chavirer.

Alors, illuminé par les torches fulgurantes de l'incendie, commença un de ces drames palpitants que le pinceau et la plume sont impuissants à reproduire. On vit accomplir des traits de courage héroïque, exécuter des actes d'un égoïsme hideusement sauvage.

Qu'il nous soit permis de tirer le voile sur ce sombre tableau, dont le souvenir ne restera que trop longtemps gravé dans la mémoire des Canadiens; car la catastrophe coûta la vie à plus de cent cinquante personnes qui périrent, le plus grand nombre par l'eau, les autres par le feu, en un temps serein, à quelques centaines de brasses de la rive, et sous les yeux d'une population intrépide, ingénieuse, bienveillante, que le tocsin avait amenée de tous côtes et qui organisa aussitôt des moyens de sauvetage.

Une poussée de la multitude avait violemment séparé. Léonie de ses amis.

Pressée contre le plat-bord, elle crut, un moment, qu'elle allait perdre connaissance. Puis elle se sentit soulevée et lancée, par un bras robuste dans l'espace.

La jeune fille tomba à l'eau, ses vêtements la soutinrent à la surface. Mais ce mince secours ne lui pouvait être d'une grande utilité; car déjà dix mains avides s'allongeaient autour de son corps pour s'y cramponner, pour l'enfoncer dans le gouffre avec elles, en voulant se sauver, lorsqu'un nageur vigoureux la saisit à la taille et l'entraîna loin de ce théâtre d'horreurs.

Le lendemain de cette tragédie, Léonie s'éveilla dans sa jolie chambrette, chez son père, M. de Repentigny, riche propriétaire canadien-français, qui occupait une charge considérable dans le gouvernement colonial.

Nous avons peu de choses à ajouter pour compléter le portrait physique de la jeune fille. Elle rendait exactement le type canadien. Sa figure était pleine, très-fraîche, d'une carnation qui annonçait l'exubérance de la santé. Elle avait les yeux bruns, fort clairs, pétillants de malice. Son nez, petit, d'une coupe aimable, gentiment retroussé, se serait bien gardé de démentir l'expression du regard Une fossette au menton ne lui messeyait pas du tout; et ses lèvres, aussi purpurines que des pommes d'amour, appelaient les baisers.

Taille médiocre, du reste, épaules larges, arrondies, riches en promesses; une prédisposition marquée l'embonpoint; les mains petites, grosses un peu, rougeaudes, nous l'avouons; les doigts courts, encore noués, le pied à l'avenant.

Ce qui n'empêchait pas mademoiselle Léonie de Repentigny d'être citée parmi les belles de Montréal et de Québec, et ce qui ne l'empêchait pas non plus de laisser pressentir, sous sa piquante physionomie de pensionnaire, une future femme extrêmement gracieuse.

Depuis un hiver elle avait quitté le couvent du Sacré-Coeur, où elle avait été élevée.

Parlerai-je de son moral? C'est chose difficile, pour ne pas dire impossible. En général, le coeur des jeunes filles est un livre fermé aux curieux. Il en est qui le nomment grimoire.

Mais ce vocable est si impertinent que je m'en voudrais de l'employer.

Léonie avait reçu l'instruction commune. Elle savait parfaitement son Histoire sainte, rien ou presque rien de l'histoire du reste du monde; on l'avait teintée de géographie; elle se tirait aisément des quatre premières règles de l'arithmétique, dessinait au besoin des paysages dont les lignes n'étaient pas démesurément cagneuses, taquinait un piano sans excès de cruauté et arrachait de son gosier des notes ni plus ni moins fausses que la plupart des petites personnes de son âge et de son rang.

J'oubliais un point essentiel: Léonie de Repentigny dansait à ravir. Pas n'est besoin donc de dire que, de tous les plaisirs, le bal était celui qu'elle préférait.

«Bon coeur, mauvaise tête,» ainsi la qualifiaient dans leurs Bulletins les dames religieuses qui avaient fait son éducation.

Comme on a vu qu'elle était spirituelle, ce mot de ses institutrices nous dispense très à propos de nous appesantir davantage sur le caractère de notre héroïne.

Quoique élégant, son appartement n'offrait pas toutes ces futilités coquettes qu'une Française eût aimé à y trouver. Comme le sont, en général, les chambres à coucher américaines, y compris celles des dames dont la vie mondaine se passe au salon, et dont la chambre à coucher est un sanctuaire inviolable, même pour les domestiques mâles, la pièce occupée par Léonie de Repentigny était simplement meublée: on y remarquait un lit tendu en soie bleu-clair, comme les rideaux des fenêtres, une petite table à ouvrage, un rocking chair (sorte de berceuse), et quelques chaises en damas bleu de la même nuance que le lit et les rideaux.

Le plus grand luxe, c'était le tapis qui recouvrait le parquet. Ce tapis, à ramages blancs et bleus, provenait de nos meilleures manufactures françaises.

Les murs de la chambre, nus, semblaient plaqués d'albâtre, tant leur blancheur mate était immaculée!

Une petite salle de bain et un cabinet de toilette étaient contigus à cette chambre.

En s'éveillant, Léonie se sentit énervée. Il était huit heures du matin; suivant l'habitude des maisons américaines, on sonnait le premier coup du déjeuner.

—Bon, se dit la jeune fille en entr'ouvrant les rideaux, et en étirant ses membres, afin de leur rendre leur élasticité; bon, j'ai encore une demi-heure pour me reposer, plus une autre grande demie pour m'habiller! C'est bien plus qu'il ne m'en faut. Au couvent, nous n'avions que dix minutes, et encore il fallait se lever à des heures,—elle se prit à bâiller nonchalamment et découvrit deux rangées de dents superbes,—à des heures qu'on n'y voyait goutte. Ah! quel bonheur d'en être sortie! ai ce n'était cet ennuyeux sir William qui me fatigue du matin au soir avec ses protestations, je n'échangerais pas mon sort pour celui d'une reine. Mais comme je suis courbaturée! Cet accident d'hier, grand Dieu, je n'ose y songer..... sans le brave pilote, j'étais perdue! Ce n'est pas sir William qui m'aurait sauvée! Il pensait bien plutôt à sa chère personne qu'à moi! Oh! je me souviendrai de sa conduite! Aujourd'hui j'irai à Notre-Dame-de-Bon-Secours et je brûlerai un cierge à la sainte Vierge pour la remercier de sa protection. Je suis bien sure que c'est elle qui a inspiré au sauvage l'idée de m'assister.....

Léonie s'arrêta un instant, fit une courte prière mentale; puis elle continua:

—Comme la destinée est donc singulière! je rêvais justement d'aventures au moment où la catastrophe est arrivée. Je songeais même à l'Indien. Quel air noble il a! quelle fierté dans ses traits!...

Surprise par cette réflexion, elle devint rouge comme une grenade et jeta autour d'elle un petit coup d'oeil inquiet, craignant qu'il n'y eût dans la chambre quelqu'un qui l'observât.

—Enfin, reprit-elle comme pour chasser une pensée dont la convenance lui paraissait douteuse, heureusement que mon cousin et ma cousine Cherrier s'en sont tirés sains et saufs. Je me serais toujours reproché le mal qui aurait pu leur advenir, car c'est pour m'être agréables qu'ils sont descendus de Toronto à Montréal. Louise voulait que Xavier demeurât dans le Haut-Canada, jusqu'à ce qu'ils retournassent à la Nouvelle-Orléans. Elle a peur des troubles qui éclatent chaque jour à Montréal. Elle n'est pourtant pas poltronne, ma cousine; mais elle aime tant son mari! Ah! ça doit être bien doux d'aimer quelqu'un! Est-ce que le mariage donne l'amour? Je m'imagine pourtant que je ne pourrai jamais aimer sir William; il n'est pas méchant, mais si fat, si insupportable... Oh! mais, je n'ai pas encore dit oui..... Nous verrons...

Et Léonie appuya son assertion d'un geste volontaire qui annonçait qu'elle avait «la tête près du bonnet,» comme disaient les domestiques de la maison.

La cloche retentit de nouveau.

—Voici le deuxième coup déjà! Une, deux, nous y sommes, dit-elle tout haut, en glissant en bas de son lit.

Elle s'enveloppa frileusement dans un peignoir, fit ses ablutions, releva en un tour de main ses beaux cheveux derrière son son chignon et acheva sa toilette.

Comme elle s'apprêtait à sortir de la chambre, sa mère entra, en amortissant le bruit de ses pas.

—Comment! debout! s'écria-t-elle.

—Oui, ma bonne maman, répondit Léonie en se précipitant dans les bras de madame de Repentigny, qui la pressa avec force sur son sein.

—Ma chère, chère enfant! disait la tendre mère, les yeux tout humides de larmes. Oh! comme nous devons bénir Dieu de ce qu'il nous a conservé tes jours!

—J'ai promis un cierge à Notre-Dame-de-Bon-Secours, murmura la jeune fille en répondant passionnément aux caresses qui lui étaient prodiguées.

—Et tu as sagement fait, ma Léonie bien-aimée! Mais es-tu remise, ne sens-tu aucun mal, aucune douleur?

—Non, petite maman, non; un peu de fatigue, voilà tout.

—Dès hier soir j'ai envoyé un exprès à ton père pour lui dire que tu avais échappé au sinistre avec sir William et nos cousins...

—Il est donc parti pour Québec, mon père?

—Oui, les affaires du gouvernement l'ont appelé et il s'est embarqué hier à quatre heures, presque au moment.... Oh! que je t'embrasse!... Encore! encore!

Et madame de Repentigny couvrait sa fille de baisers.

—Mais tu vas me manger, petite maman, disait celle-ci, en souriant à travers les douces larmes qui coulaient sur ses joues.

—Ah! j'ai eu une si grande frayeur! puis tellement craint de te perdre, ma pauvre enfant. Mais, écoute, mets ton chapeau, nous irons tout de suite à Notre-Dame-de-Bon-Secours offrir nos voeux à la sainte Vierge.

—Oh! je le veux bien, maman.

—Je vais faire atteler. Dépêche-toi.

—Dans une minute, je serai prête.

Bientôt la mère et la fille sortirent dans un élégant carrosse à deux chevaux de la maison qu'elles habitaient, rue Sherbrooke, au pied même du mont Royal.

Madame Éléonore de Repentigny, née de Beaujeu, appartenait, et par ses ancêtres et par son alliance aux de Repentigny, à la plus haute noblesse franco-canadienne.

C'était une femme de trente-huit ans, simple, douce et bonne jusqu'à la faiblesse. Son mariage n'était pas heureux: M de Repentigny unissait à une ambition démesurée qui l'avait vendu à l'administration anglaise, une sécheresse naturelle qui en faisait un despote pour les siens. Il eût voulu un héritier mâle de son nom, dont il était très-vain, et ne pardonnait pas à sa femme de ne lui avoir donné qu'une fille. Ce trait prouve qu'à la dureté du coeur il joignait une étroitesse remarquable de l'esprit. Ces deux vices de conformation morale s'accompagnent assez communément: une personne affectée de l'un est presque toujours atteinte de l'autre.

Au yeux de son père Léonie partageait la faute de sa mère. Il les traitait toutes deux avec une rigueur odieuse. Cependant, la jeune fille avait, jusqu'à un certain point, hérité de son opiniâtreté. Elle lui résistait à l'occasion et prenait courageusement parti pour madame de Repentigny. Aussi était-il pressé de la marier. A peine sortie du couvent, il avait provoqué les assiduités d'un jeune Anglais près d'elle. Cet Anglais, sir William King, officier dans l'armée britannique, mais cadet de famille, ne demandait pas mieux que d'épouser mademoiselle de Repentigny, à laquelle on assurait une dot de vingt-cinq mille livres sterling et qui pourrait prétendre à une somme double au moins, après la mort de ses parents.

Jusqu'alors Léonie ne se montrait pas trop opposée à cette union, quoiqu'elle reçût parfois fort mal son futur époux. Elle considérait, le mariage comme une sorte de délivrance, qui lui permettait même de protéger sa mère contre les emportements de M. de Repentigny, car elle se promettait bien de ne la quitter jamais.

Sous un extérieur enjoué, Léonie cachait un grand fonds de fermeté. Mais, ainsi que son père, elle avait des passions très-fougueuses, qu'elle ignorait, encore elle-même. Seulement, au lieu d'être des passions d'esprit comme les siennes, c'était des passions, de coeur. Jusqu'alors sa tendresse pour sa et une vive affection pour quelques personnes de leurs entours avaient suffi aux aspirations de son âme. S'assurer l'empire sur le mari qu'on lui destinait, afin de n'avoir pas à souffrir comme madame de Repentigny, était l'unique souci de Léonie.

La mère et la fille n'avaient de contentement que quand elles étaient ensemble. On peut donc juger des angoisses de la première en apprenant la veille, vers huit heures du soir, que le vapeur qui lui ramenait sa fille de Toronto brûlait, à deux lieues de Montréal; on peut juger des expansions de sa félicité en la retrouvant sauve et bien portante auprès d'elle.

Sans être aussi démonstrative, la joie de Léonie égalait celle de madame de Repentigny.

Pelotonnées dans leur voiture, chacune un bras passé autour de la taille de l'autre, se couvant du regard, se baisant à chaque propos, elles ressemblaient plutôt à deux soeurs étroitement liées, qu'à une mère à son automne et une fille à son printemps, car madame de Repentigny était belle encore, surtout quand le bonheur souriait sur son visage, et ne paraissait pas âgée de plus de vingt-six à vingt-huit ans.

Après avoir longé la rue Sherbrooke, leur voiture tourna dans la rue Saint-Denis, qu'elle descendit rapidement, côtoya le Champ-de-Mars, situé derrière le Palais de Justice, et vint s'arrêter au coin des rues Saint-Paul, de Bon-Secours, où s'élève l'église de ce nom, tout près du marché et de l'hôtel de ville, monument qui ne manquerait pas d'une grandeur imposante si, par une inconcevable incurie, trop commune au Canada, il n'était resté inachevé.

L'église de Notre-Dame-de-Bon-Secours est en grande vénération parmi les Canadiens. Petite, étroite, mais richement décorée, elle ouvre sur la rue Saint-Paul et son chevet regarde le Saint-Laurent, vis à vis de l'île Sainte-Hélène36.

Note 36:(retour)Le clergé catholique a joué un rôle prépondérant dans la colonisation canadienne; aussi n'est-il pas étonnant qu'on trouve une si abondante quantité de noms de saints et de saintes pour designer les localités.

Le clergé catholique a joué un rôle prépondérant dans la colonisation canadienne; aussi n'est-il pas étonnant qu'on trouve une si abondante quantité de noms de saints et de saintes pour designer les localités.

Les bateliers catholiques n'oublient jamais de se signer en passant devant cette chapelle, et les marins y vont prier avant de partir pour un voyage.

Leurs dévotions terminées, les deux dames retournèrent chez elles.

En rentrant, elles trouvèrent sir William qui était venu prendre des nouvelles de Léonie.

C'était un grand jeune homme, d'un blond fadasse, dont toute la distinction se résumait en une prodigieuse satisfaction de lui-même et une arrogance incroyable.

Quoiqu'il courtisât la fortune de mademoiselle de Repentigny, il affichait un profond mépris pour les Canadiens. Ce n'était cependant pas un contre-sens dans un certain monde de Montréal et Québec, où bon nombre de vieilles familles nobles françaises, ralliées à la couronne britannique, s'efforcent à oublier leur origine et se flattent d'ignorer jusqu'à notre langue pour complaire à leurs maîtres.

—Ah! mesdames! vous me voyez bienheureux, très-heureux de vous trouver en aussi merveilleuse santé; je craignais que notre chère Léonie ne fut indisposée des suites de notre petite aventure. C'a été excentrique, très-excentrique! dit-il en abordant madame et mademoiselle de Repentigny.

—Dites affreux, épouvantable, sir William, fit la première en frissonnant.

—Oh! sir William ne s'émeut pas aussi facilement! dit Léonie d'un ton épigrammatique.

—C'est vrai, très-vrai, my dear, dit-il avec le grasseyement particulier aux dandies londonnais.

—Vous avez couru de grands dangers, sans doute! dit la jeune fille de sa voix moqueuse.

—Une bagatelle! une très-petite bagatelle!

—Pourtant vous ne pensiez guère à moi!

—Au contraire, my dear, au contraire! J'y pensais sérieusement, très-sérieusement.

—Vous l'avez prouvé! dit ironiquement Léonie.

—Oh! oui; et je courais à vous, vite, très-vite, my dear, quand.....

—Ne parlons plus de cela, je vous en prie, sir William, interrompit madame de Repentigny; ce sujet m'est trop pénible—Vous déjeunerez avec nous?

Le jeune homme s'inclina en signe d'assentiment. On entra dans la salle à manger où le déjeuner était dressé.

Séparée du parloir par deux portes à coulisse, cette pièce avait pour meuble principal une table oblongue en mahogany, sorte d'acajou foncé, et un dressoir de même bois, chargé d'argenterie massive. Une toile cirée, à carreaux noirs et gris, s'étendait sur le plancher.

Le repas fut servi suivant la façon anglaise: il se composait d'oeufs à la coque, jambon fumé, côtelettes d'agneau, poisson frit, beurre frais, petits pains chauds sans levain, appelés cakes, thé et café.

Tout en mangeant, Léonie s'amusait à cingler l'humeur apparemment très-paisible de son prétendu.

Comme le déjeuner tirait à sa fin, madame de Repentigny dit tout à coup, en levant les yeux vers la fenêtre, à travers laquelle s'ébattaient les tièdes rayons d'un soleil printanier:

—Mes enfants, nous avons un devoir à remplir; il faudra s'en acquitter aujourd'hui. Nous irons faire une visite à ce brave sauvage qui a sauvé la vie à ma fille.

—Oh! bien volontiers, maman! s'écria Léonie; le temps est magnifique, ce sera une promenade charmante, n'est-ce pas, sir William?

—Charmante, très-charmante, my dear, répéta celui-ci d'un air distrait.

—Comme il nous dit cela! fit Léonie qui avait remarqué que le visage du jeune homme s'était rembruni aux premiers mots de la proposition.

—J'espère que vous nous accompagnerez, monsieur! dit madame de Repentigny.

—Ce serait avec plaisir, un très-grand plaisir, je vous assure.....

—Mais vous êtes de service, je gage! riposta Léonie; eh bien, que vous soyez de service ou non, vous serez notre cavalier, je le veux!

—Elle est originale, très-originale! dit sir William en ébauchant un sourire contraint.

—Pourtant, sois raisonnable, ma fille, essaya madame de Repentigny; si les occupation» de sir William...

—Ses occupations, repartit-elle vivement en haussant les épaules, je voudrais bien voir qu'il eût autre occupation que celle de me plaire!

—Spirituel, très-spirituel, dit l'officier saluant agréablement de la tête.

—Alors, reprit la mère de Léonie, nous allons nous habiller et partir.

—Mais, objecta sir William......

La jeune fille lui coupa aussitôt la parole.

—Je vous interdis toute observation, ou sinon!

Elle tendit son doigt vers lui d'un air menaçant, tout en quittant la salle à manger pour remonter à sa chambre.

Quand la noblesse du maintien de Co-lo-mo-o attira l'attention de Léonie de Repentigny sur leMontréalais, celui-ci la connaissait déjà, sans qu'elle le sût. Il l'avait remarquée à Lachine, où elle était venue se promener avec son parent Xavier Cherrier, et à Montréal, un jour de grande fête religieuse.

Mais quels que fussent les sentiments de l'Iroquois à l'égard de la jeune fille, il les tenait cachés au fond de son coeur avec la discrète fierté particulière aux Indiens.

Les regards furtifs que lui adressa plus d'une fois Léonie à bord du vapeur, n'échappèrent point à sa pénétration. Loin de lui être agréables, cependant, ils l'irritèrent. Co-lo-mo-o crut y démêler du dédain, et son orgueil fut d'autant plus profondément froissé qu'il attribua à des plaisanteries dont il était l'objet la souriante gaieté de Léonie et de ses compagnons.

Si, au moment de l'incendie, la machine du navire n'eût cessé de fonctionner, il n'aurait, certes, pas quitté sa logette pour aller lui porter secours. Mais ses services devenant inutiles, il abandonna le gouvernail et songea à son salut personnel.

En fendant la presse, afin de sauter à l'eau et de gagner la rive à la nage, le hasard, plutôt qu'une intention de son esprit, le poussa vers Léonie, à qui la douleur arrachait des plaintes déchirantes.

Le Petit-Aigle fut ému par l'accent de ces plaintes. Il oublia son ressentiment: il saisit la jeune fille par la taille, il la lança dans le fleuve, s'y précipita derrière elle et la traîna jusqu'à la grève où les soins qu'exigeait son état lui furent prodigués.

Co-lo-mo-o, alors, jeta un coup d'oeil étrange sur le navire qui achevait de se consumer, au milieu des gémissements, des clameurs des naufragés.

Il fit un mouvement comme pour se remettre à l'eau et revenir leur prêter son aide. Mais ce mouvement fut à l'instant réprimé.

—Non, murmura-t-il, Co-lo-mo-o ne serait pas le digne fils des Iroquois s'il assistait les ennemis de sa race!

Puis, il s'élança, en courant, sur un sentier qui côtoie le Saint-Laurent dans la direction de Caughnawagha.

A mi-chemin de ce village, près d'un hameau canadien bâti au pied même des rapides, le Petit-Aigle rencontra Jean-Baptiste.

Par des signes, le nain lui annonça que la police montréalaise était arrivée à Caughnawagha pour y arrêter son père, que celui-ci s'était réfugié dans l'île au Diable, que Co-lo-mo-o s'exposerait certainement à être appréhendé s'il se montrait avant le départ du grand connétable.

Aucune trace d'émotion ne se peignit sur le visage du jeune Indien.

Il témoigna à Jean-Baptiste qu'il voulait être seul, et le bancal, sans manifester la moindre contrariété, poursuivit son chemin vers la Prairie.

La nuit était tombée, nuit fort triste à cet endroit, quoique claire, sereine, toute radieuse des constellations célestes qui scintillaient dans l'espace. Mais les arbres étaient encore dépouillés, l'herbe était encore enfouie sous les amas de neige et de glace dont le rivage du fleuve était jonché, et les chantres des gazons et des bois n'avaient pas encore fait leur réapparition.

Après une minute de réflexion, Co-lo-mo-o traversa le hameau, grimpa, sur un chêne en face de l'île au Diable, et, à trois reprise différentes, il imita le cri du pivert, cri si âpre qu'il domina les rugissements de la cataracte.

Rien ne répondit à cet appel.

Sans se décourager, Co-lo-mo-o recommença, en imprimant à ses notes une modulation insaisissable pour toute autre que pour une oreille exercée.

Cette fois, le cri du pivert s'éleva aussi de l'île au Diable, mais faible au point qu'à peine on le pouvait entendre.

—Mon père est en sûreté, se dit le Petit-Aigle; maintenant il faut que je voie ce qu'on fait à l'ienhus37.

Note 37:(retour)Les Indiens appellent ainsi leurs villages...

Les Indiens appellent ainsi leurs villages...

Il redescendit de l'arbre et continua de monter vers Caughnawagha.

Arrivé devant le village, il prit un canot sur la grève, le mit à flot, s'éloigna à quelques mètres du bord du fleuve et exhala un aboiement prolongé.

On eût dit un chien renfermé qui se lamentait.

Peu après, dans l'ombre, Co-lo-mo-o aperçut deux masses noires, glissant rapidement de son côté. Il se rapprocha sans bruit du rivage. Les sombres figures entrèrent sans hésiter dans l'eau.

C'étaient les chiens de Nar-go-tou-ké.

—Ici, Kagaosk! souffla le Petit-Aigle à voix basse.

L'Éclair et la Nuée-Sombre nagèrent vers le canot. Il semblait qu'ils comprissent les désirs de Co-lo-mo-o, car ils ne faisaient aucun bruit, en avançant.

—Les Habits-Rouges ne sont pas encore partis, pensa l'Iroquois, en se baissant pour prendre deux objets que les chiens portaient dans leur gueule.

L'un de ces objets était un fusil double, enveloppé dans un fourreau de cuir imperméable; l'autre une boîte de fer-blanc hermétiquement close, qui contenait des munitions de chasse.

D'un geste de la main, le Petit-Aigle renvoya Kagaosk et Kewanoquot.

Puis il chargea son fusil, arrêta l'embarcation au moyen de ses pagaies, fichues comme des pieux, contre chaque flanc, dans le sable des battures sur lesquelles il se trouvait, et resta en observation, étendu au fond de l'esquif.

Deux heures s'écoulèrent sans que Co-lo-mo-o eût changé de position. Tout à coup, un son léger, puis un clapotis le tirèrent de son immobilité. Il projeta sa tête par-dessus le bord du canot. Ses yeux fouillèrent les ténèbres et il distingua l'Éclair qui venait à lui.

—Nos ennemis ne sont plus là; la squaw m'envoie le chien pour me prévenir; allons savoir ce qui s'est passé, se dit le Petit-Aigle.

Laissant son embarcation sur la place, il descendit dans l'eau, tenant, comme les Canadiens, son fusil sur l'épaule, par le canon, et marchant vers le wigwam, où Ni-a-pa-ah l'attendait dans une anxiété fiévreuse.

—Que ma mère cesse de craindre, dit-il, avec une certaine hauteur, en s'arrachant aux embrassements de l'Indienne, le chef est dans une retraite que les Visages-Pâles ne pourront atteindre.

—Mais Co-lo-mo-o a couru des dangers? demanda Ni-a-pa-ah d'un ton timide.

Co-lo-mo-o est le fils d'un noble sagamo; le danger lui plaît, dit laconiquement le Petit-Aigle.

—La bête-a-feu38flottante a éclaté? interrogea encore l'Onde-Pure en examinant avec inquiétude son fils à la lueur d'une torche.

Note 38:(retour)C'est le nom donné par les Indiens aux bateaux à vapeur: ils appellent bête-à-feu, sans qualificatif, les locomotives de chemin de fer, et, par extension, les convois.

C'est le nom donné par les Indiens aux bateaux à vapeur: ils appellent bête-à-feu, sans qualificatif, les locomotives de chemin de fer, et, par extension, les convois.

Celui-ci ne jugea pas à propos de répondre.

—Le chef a-t-il des provisions? s'enquit-il.

—Il a emporté de la poudre et des balles. Mais Co-lo-mo-o ne me racontera-t-il pas comment il a échappé à l'incendie qui, disait-on ce soir dans le village, a détruit le grand canot des blancs?

—Il ne s'agit pas de moi maintenant, mais du chef, ma mère, vous devriez le savoir, répliqua le jeune homme avec la sévérité d'un sagamo du désert s'adressant à l'une de ses squaws.

Ce n'était point que Co-lo-mo-o n'aimât Ni-a-pa-ah; mais un orgueil insoutenable le possédait. Pour lui, la femme était un être inférieur tenue envers l'homme à une obéissance passive, comme son chien, son cheval. Une instruction à demi chrétienne n'avait pas réussi à triompher de ce sentiment qu'avait développé en lui sa grand'mère, la Vipère-Grise, et le jeune Indien, plein de soumission, de vénération pour son père, n'admettait pas qu'un fils dût déférer aux ordres d'une mère.

—Nar-go-tou-ké a pris tout ce dont il avait besoin, repartit Ni-a-pa-ah avec un soupir.

—Quand les hommes de la police sont-ils venus? dit le Petit-Aigle.

—Comme le soleil se couchait.

—Combien étaient-ils?

Ni-a-pa-ah compta sur ses doigts.

—Dix, répliqua-t-elle.

—Et ils ont quitté le village?

—Oui, mon fils, un de nos alliés est venu me l'apprendre.

Il y eut un moment de silence.

Son fusil posé à terre devant lui, les mains croisées sur la gueule des canons, le corps un peu incline, Co-lo-mo-o méditait profondément, quand les deux chiens, qui s'étaient couchés à ses pieds, se relevèrent en même temps et allongèrent leur museau sous la porte du wigwam, en aspirant l'air.

—On a trompé ma mère, les Habits-Rouges sont encore ici, s'écria Co-lo-mo-o en épaulant son arme et s'apprêtant à se défendre.

Mais, soit que les chiens eussent eu une fausse alerte, soit que ceux qui l'avaient excitée ne jugeassent pas opportun de se montrer, on n'entendit rien, on ne vit rien paraître.

Le Petit-Aigle rabaissa son fusil.

—Les blancs rôdent autour de cette loge, dit-il. Donnez-moi quelques aliments, ma mère.

—Irais-tu rejoindre Nar-go-tou-ké?

—Co-lo-mo-o ira où le chef l'enverra, répondit-il en prenant un bissac où il plaça un quartier de venaison boucanée, que lui tendit Ni-a-pa-ah.

Sans mot dire, l'Onde-Pure s'accroupit, en pleurant, près du poêle.

Le Petit-Aigle jeta le bissac sur son dos et sortit de l'habitation, le doigt appuyé à la gâchette de son fusil.

La lune se levait à ce moment et inondait de ses pâles clartés la place du village.

L'Indien promena aux environs des regards scrutateurs; mais on ne discernait créature vivante; toutes les lumières étaient éteintes dans les huttes iroquoises; le murmure des flots du Saint-Laurent sur la grève et le bourdonnement éloigné des rapides étaient les seuls sons perceptibles..

Co-lo-mo-o regagna son embarcation et prit le large.

D'abord, il tourna le cap sur l'île au Diable. Mais, ayant alors porté ses yeux vers Caughnawagha, il lui sembla voir des ombres qui s'agitaient derrière la chapelle.

Cette découverte le fit changer de resolution, et il pointa droit à l'îlot supérieur.

Au bout d'une demi-heure de navigation il y abordait.

Comme l'île au Diable, cet îlot est fortifié par des rochers à fleur d'eau et un épais fourré du ronces; mais l'accès en est beaucoup moins périlleux.

Co-lo-mo-o tira son canot sur le sable, le cacha avec soin, colla un moment son oreille contre le sol, écouta, et, certain qu'on ne le poursuivait pas, qu'il n'y avait pas un bateau en mouvement sur le fleuve, depuis Caughnawagha jusqu'aux rapides, il s'enfonça dans l'île, où il mangea un peu pour réparer ses forces.

Aux première lueurs du jour, le cri du pivert résonna au bas de l'îlot, en face la tête de l'île au Diable.

Ce cri avait été articulé par Co-lo-mo-o.

Au bout de l'île au Diable, se dessinèrent les silhouettes de deux hommes.

L'un, Nar-go-tou-ké, se mit aussitôt à établir des signaux avec son fils, tandis que l'autre, muni d'une longue-vue, observait, tour à tour, la rive méridionale et la rive septentrionale du Saint-Laurent.

Après avoir été informé, par quelques gestes de Co-lo-mo-o, que la police, avait opéré une descente chez lui, Nar-go-tou-ké rentra sous le bois, demeura cinq ou six minutes absent, et revint avec un oiseau dans la main.

Il lâcha l'oiseau qui s'éleva lentement dans l'air en obliquant vers l'îlot.

Cependant il hésitait à poursuivre son vol de ce côté ou à filer sur Caughnawagha.

Un roucoulement de Co-lo-mo-o fit cesser son indécision, et le volatile vint se percher sur le poignet du jeune Indien.

Il appartenait à l'espèce appelée tourte par les Canadiens-Français, espèce si nombreuse dans l'Amérique septentrionale.

Le Petit-Aigle caressa la tourte, la posa à terre, tira de sa poche un calepin dont il déchira une feuille, et écrivit ces mots:

«Les policemen sont venus. Ils doivent être embusqués dans le village. Se tenir sur ses gardes. Si je puis les dépister, je tacherai de passer la nuit prochaine.»

Ayant fini, il roula le papier et l'attacha avec une menue racine flexible au cou du pigeon qui retourna à l'île au Diable où il disparut.

Nar-go-tou-ké et son compagnon se renfoncèrent dans les halliers. Co-lo-mo-o les imita sur son îlot; il replongea vers le centre, se coucha au pied d'un pin et s'endormit, après toutefois avoir renouvelé l'amorce de son fusil, qu'il appuya au tronc de l'arbre pour que l'humidité ne pénétrât point la poudre.

Ce sommeil devait être funeste à l'Iroquois, car ses actions étaient épiées depuis longtemps déjà.

Après avoir fait chez Nar-go-tou-ké une perquisition sans résultat, le grand connétable, suivant le conseil de Mu-us-lu-lu, avait feint de repartir pour Montréal, mais il s'était arrêta à Lachine, et trois de ses hommes, les plus déterminés, avaient, traversé le fleuve. Sous les ordres du Serpent-Noir, ils se postèrent en vue du wigwam de Nar-go-tou-ké et firent sentinelle.

Quoiqu'ils ne fussent pas commissionnés pour arrêter Co-lo-mo-o, leur mandat portait qu'au besoin il faudrait l'amener devant le surintendant de la police, afin d'en obtenir le secret de la retraite de son père.

Quand ils le surent dans le wigwam, les agents voulurent s'emparer de lui. Mu-us-lu-lu leur fit observer qu'il valait mieux attendre, parce qu'il ressortirait infailliblement avant le jour et irait trouver Nar-go-tou-ké.

L'avis était bon, il fut goûté.

La police souffrit, que le Petit-Aigle remontât paisiblement dans son canot et se rendît sans être inquiété à l'îlot.

—Il nous échappe, damnation! blasphéma un des sbires, lorsque l'embarcation s'évanouit à ses regards dans la distance.

—Tu commets une erreur, mon frère, lui dit froidement Mu-us-lu-lu, dont les yeux suivaient toujours le canot.

—Pardieu! il a fui à l'autre rive!

—Non, et nous tenons le loup et le louveteau, dit l'Indien, croyant que la Pondre s'était réfugié dans l'îlot supérieur, où son fils était en ce moment.

Les gens de la police et lui délibérèrent s'ils se rendraient immédiatement à l'îlot, ou s'ils attendraient le lever du soleil. Mu-us-lu-lu voulait se mettre tout de suite à l'oeuvre. Mais les autres étaient fatigués par la veille. Peut-être aussi une expédition en pleine nuit sur le Saint-Laurent leur souriait-elle médiocrement. Ils résolurent de rester en embuscade jusqu'à ce qu'il fit jour.

Au lever de l'aurore, conduits par le Serpent-Noir, ils atterrissaient à quelques pas de Co-lo-mo-o, qui dormait encore d'un sommeil de plomb.

Avant qu'il eût eu le loisir de se disposer à la résistance, il fut attaqué, désarmé et garrotté.

—Lâche! dit-il, en crachant avec mépris au visage de Mu-us-lu-lu; tu as vendu ta fille à un Kingsor, et maintenant tu leur vends les chefs glorieux des Iroquois. Va! tu ne mens pas à ton sang, c'est bien celui d'un blanc débauché et d'une Indienne éhontée!

Un sifflement grinça, avec un rire infernal, entre les dents du Serpent-Noir.

Mais il ne repondit rien, et, laissant Co-lo-mo-o sous la surveillance des agents de police, il visita l'île en tous sens.

Son désappointement fut vif, en ne trouvant pas ce qu'il cherchait.

Il revint très-contrarié près du captif.

—Rien, dit-il à ses gardiens; le loup nous a éventés.

—Il est peut-être bien dans cet endroit-là, observa l'un en indiquant du doigt l'île au Diable.

—Mon frère s'imagine-t-il que le wolverenne peut se changer en poisson? répliqua Mu-us-lu-lu avec un sourire ironique.

—C'est vrai, ajouta l'autre policeman; il n'y a qu'un poisson ou un oiseau qui puisse aller là-dedans. Mais, bah! nous tenons le petit, nous saurons bientôt ce qu'est devenu le père.

—Si on voulait me le donner, oui, dit le Serpent-Noir.

—Comment cela!

—Mes frères ne savent pas faire parler la langue d'un sauvage. Ils interrogeront celui-ci, et il ne répondra pas. Moi, je commencerais par lui approcher les pieds d'un brasier ardent et je le laisserais là jusqu'à ce qu'il eût conté son histoire. Mais mes frères blancs ne sont pas habiles comme les Peaux-Rouges!

—Non, non, dit un agent avec un geste de dégoût; et j'espère que jamais les blancs n'auront l'habileté de leurs frères peaux-rouges. Allons, virons de bord et menons notre prisonnier au grand connétable. Après tout, la capture n'est pas si mauvaise.

Co-lo-mo-o, poings et pieds liés, fut transporté dans le canot qui reprit aussitôt la route de Caughnawagha.

Une foule d'Indiens était assemblée sur la plage pour assister au retour de la police; et parmi ces Indiens, on remarquait Ni-a-pa-ah, l'Onde-Pure.


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