Chapter 18

L’au-revoir de Noura Le Gall à ses amis fut une profession de foi.

— Je ne vais pas créer une école, mais ouvrir un calme et laborieux appartement où les enfants d’une autre race s’appliqueront à des choses diverses, concourant à un même but : l’acceptation de parcelles successives de notre civilisation pour, sans heurt, la substituer à celle qui a diminué jusqu’à être une ruine informe.

« J’indiquerai et j’aplanirai le chemin par où les débris viendront se juxtaposer aux édifices de notre savoir, se confondre avec leurs matériaux.

« Je vais prêcher d’exemple, n’insinuer dans la confiance et l’affection, mettre une empreinte sur les âmes jeunes et graduer, selon leur tempérament, les idées qu’elles devront s’assimiler. Je ne veux pas le régime de l’école, mais un enseignement individuel. Au lieu du maître et des élèves, je veux une aînée près de sœurs cadettes. Je supprime la discipline abrutissante qui sévit sur une masse. Ce n’est point l’œuvre du maçon qu’il me faut, c’est l’œuvre du sculpteur ; car l’idéale argile de la pensée a besoin d’être modelée sous différentes formes, suivant les caractères, et c’est une erreur grossière de vouloir la mouler sur un modèle unique, répandu à plusieurs millions d’exemplaires. Cela tue la personnalité, l’initiative, et détermine l’élégante nullité ou le fatal dégoût.

« J’entrerai sans effraction au cœur du foyer, dont l’impénétrabilité empêche toute fusion en ne laissant filtrer qu’à peine, et en la dénaturant, la lumière étrangère à son clair-obscur.

« Je changerai les idoles du sanctuaire et je vous invite à venir un jour saluer la victoire de ses nouveaux dieux. »


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