Chapter 28

Ma pensée se débat dans les tourments de l’amour.Je ne puis oublier la bien-aimée issue de race noble.Mon cœur est meurtri par l’amour,Et mon mal vient de Yamina dont les khelkhale tintent.Où est ton remède, ô Taleb ?Ce remède a-t-il disparu ?Par grâce, fais-moi connaître le remède pour guérir l’amour !Ma science est vaine, tout mon savoir est impuissant.Je pourrai mourir de cette passion.Lève-toi donc, ô Taleb, ami de mon cœur !Un feu ardent dévore mes entrailles ;Ouvre tes livres et trouve ce qui guérit.Où donc est ton remède, ô Taleb ?Ce remède a-t-il disparu ?

Ma pensée se débat dans les tourments de l’amour.Je ne puis oublier la bien-aimée issue de race noble.Mon cœur est meurtri par l’amour,Et mon mal vient de Yamina dont les khelkhale tintent.Où est ton remède, ô Taleb ?Ce remède a-t-il disparu ?Par grâce, fais-moi connaître le remède pour guérir l’amour !Ma science est vaine, tout mon savoir est impuissant.Je pourrai mourir de cette passion.Lève-toi donc, ô Taleb, ami de mon cœur !Un feu ardent dévore mes entrailles ;Ouvre tes livres et trouve ce qui guérit.Où donc est ton remède, ô Taleb ?Ce remède a-t-il disparu ?

Ma pensée se débat dans les tourments de l’amour.

Je ne puis oublier la bien-aimée issue de race noble.

Mon cœur est meurtri par l’amour,

Et mon mal vient de Yamina dont les khelkhale tintent.

Où est ton remède, ô Taleb ?

Ce remède a-t-il disparu ?

Par grâce, fais-moi connaître le remède pour guérir l’amour !

Ma science est vaine, tout mon savoir est impuissant.

Je pourrai mourir de cette passion.

Lève-toi donc, ô Taleb, ami de mon cœur !

Un feu ardent dévore mes entrailles ;

Ouvre tes livres et trouve ce qui guérit.

Où donc est ton remède, ô Taleb ?

Ce remède a-t-il disparu ?

La Bent Fraîchichi, la vieille barde qui a le don d’improvisation et le don de la longue mémoire, chante l’amoureuse complainte. C’est dans la maison de Derdour le généreux.

Noura est assise dans l’auditoire près de la blonde petite épouse du fils aîné, Lalià. Il n’y a pas de très longs mois, Lalià était une jolie Française qu’assiégeaient les danseurs et les prétendants. Une de ses aïeules était Arabe. Une goutte de sang de cette aïeule suscita le dégoût anticipé de la vie d’Occident, eut raison de trois générations de sang gaulois et chrétien et donna la jeune fille à l’amour d’un cousin et à la réclusion joyeusement acceptée. Lalià était heureuse, ne regrettait rien et berçait un enfant musulman contre sa blanche poitrine.

Noura ne pouvait aimer la conversion de la jeune femme. Elle ne l’avait pas révélée à Claude Hervis sachant trop les mots qu’il eût prononcés : — « Nous ne parachèverons jamais une conquête en Islam, car c’est au tour de l’Islam de nous conquérir. »

En revanche, la Mâlema répondait à cet Islam dangereux : — « Pour une que tu m’as prise, je t’en prendrai mille ! » —

Et, dans cette maison même, la conversion de Lalià était rachetée par celle inverse d’Oureïda, sa belle-sœur, qui souhaitait ardemment posséder l’enseignement de Noura.

Oureïda…[25]la rose dont le parfum caché a la vertu d’un philtre rare, Oureïda dont chacun sait le charme et la beauté et que personne n’effleure. Heureux, trois fois heureux l’époux d’Oureïda !

[25]Ce nom de femme est celui d’une rose.

[25]Ce nom de femme est celui d’une rose.

Mais Oureïda ne désire pas d’époux et c’est chose inouïe pour le monde musulman où cette belle fille demain sera considérée comme vieille. Elle redoute des mensonges dans l’amour. Sa pensée profonde se double d’étranges pressentiments. Elle a voulu connaître le français, s’exprime aussi délicatement que Mouni et voudrait apprendre davantage.

Son père s’oppose à ce désir trouvant la science mauvaise pour les femmes. En secret, Noura répond à des questions avides. Oureïda réfléchit beaucoup, avec une obstination maladive et vengeante dont ceux de sa famille ne s’aperçoivent pas. Elle tousse, et dans son regard il y a comme une certitude que sa jeunesse brève s’achèvera dans la mort avant d’avoir connu les joies et les douleurs des autres femmes.

Les charlatans arabes et les docteurs roumis consultés n’ont qu’un geste impuissant.

— « La phtisie. Rien à faire. Les deux tiers des indigènes sont tuberculeux. » — Et Oureïda murmure avec une souriante résignation :

— Je sais bien qu’un ver mange mes poumons. Quand il aura fini, je mourrai.

Elle aggrave son mal en voulant trop apprendre.

La vieille barde continuait sa chanson d’amour.

Peut-être guériras-tu le mal de mon cœur.Si tu y parviens tous mes biens sont à toi !Je serai ton esclave et tu pourras me vendre,Tu pourras me vendre par les soins du dellal[26].Où est ton remède ô Taleb ?…

Peut-être guériras-tu le mal de mon cœur.Si tu y parviens tous mes biens sont à toi !Je serai ton esclave et tu pourras me vendre,Tu pourras me vendre par les soins du dellal[26].Où est ton remède ô Taleb ?…

Peut-être guériras-tu le mal de mon cœur.

Si tu y parviens tous mes biens sont à toi !

Je serai ton esclave et tu pourras me vendre,

Tu pourras me vendre par les soins du dellal[26].

Où est ton remède ô Taleb ?…

[26]Crieur public.

[26]Crieur public.

C’est la voix d’Oureïda qui répond suivant la chanson.

Le Taleb a consulté ses livres ; il dit :« Je suis ton soutien, ô amoureux.« Patiente, c’est le seul remède.« Tu obtiendras l’amour et la destinée s’accomplira.« Prie Dieu le Magnanime et invoque sa grâce.« Patiente comme le dromadaire qui attend d’être déchargé. »

Le Taleb a consulté ses livres ; il dit :« Je suis ton soutien, ô amoureux.« Patiente, c’est le seul remède.« Tu obtiendras l’amour et la destinée s’accomplira.« Prie Dieu le Magnanime et invoque sa grâce.« Patiente comme le dromadaire qui attend d’être déchargé. »

Le Taleb a consulté ses livres ; il dit :

« Je suis ton soutien, ô amoureux.

« Patiente, c’est le seul remède.

« Tu obtiendras l’amour et la destinée s’accomplira.

« Prie Dieu le Magnanime et invoque sa grâce.

« Patiente comme le dromadaire qui attend d’être déchargé. »

Bent Fraîchichi :

Mon malheur s’est prolongé, je ne patienterai plus.

Mon malheur s’est prolongé, je ne patienterai plus.

Mon malheur s’est prolongé, je ne patienterai plus.

Oureïda :

Calme-toi et ne songe plus à elle.Oublie-la ; elle t’a oublié.

Calme-toi et ne songe plus à elle.Oublie-la ; elle t’a oublié.

Calme-toi et ne songe plus à elle.

Oublie-la ; elle t’a oublié.

Bent Fraîchichi :

O Taleb accepte ma plainte et défends ma cause.Tes paroles n’ont pas de sens pour moi.Ma vie se consume par l’amour de la bien-aimée.Je servirai comme esclave pourvu qu’elle se rapproche de moi.Où est ton remède, ô Taleb ?Ce remède a-t-il disparu ?Si je me plaignais aux sommets des montagnes,Ils tomberaient en poudre par pitié pour mon malheur !Si je le contais aux sauvages, ils pleureraient du sang !Mon nom est Ben Salah… La passion mange mon cœur,Et ma vie s’écoule et la mort est proche.Mon amie a trop tardé pour revenir vers moi…

O Taleb accepte ma plainte et défends ma cause.Tes paroles n’ont pas de sens pour moi.Ma vie se consume par l’amour de la bien-aimée.Je servirai comme esclave pourvu qu’elle se rapproche de moi.Où est ton remède, ô Taleb ?Ce remède a-t-il disparu ?Si je me plaignais aux sommets des montagnes,Ils tomberaient en poudre par pitié pour mon malheur !Si je le contais aux sauvages, ils pleureraient du sang !Mon nom est Ben Salah… La passion mange mon cœur,Et ma vie s’écoule et la mort est proche.Mon amie a trop tardé pour revenir vers moi…

O Taleb accepte ma plainte et défends ma cause.

Tes paroles n’ont pas de sens pour moi.

Ma vie se consume par l’amour de la bien-aimée.

Je servirai comme esclave pourvu qu’elle se rapproche de moi.

Où est ton remède, ô Taleb ?

Ce remède a-t-il disparu ?

Si je me plaignais aux sommets des montagnes,

Ils tomberaient en poudre par pitié pour mon malheur !

Si je le contais aux sauvages, ils pleureraient du sang !

Mon nom est Ben Salah… La passion mange mon cœur,

Et ma vie s’écoule et la mort est proche.

Mon amie a trop tardé pour revenir vers moi…

Noura quitte la maison de Derdour avec la Bent Fraîchichi et Khadoudja, une humble et maigre créature dont la bonne humeur constante fait la joie des logis où elle fréquente. Si quelqu’un s’étonne de son invariable et joyeuse philosophie, elle dit :

— Je suis vieille, laide et pauvre, mais je possède un trésor, ma gaîté, Dieu soit loué.

Quant à la Bent Fraîchichi, ayant été un jour convaincue de mensonge par Noura, pour lui avoir donné un faux nom, elle avait répondu habilement :

— Tu dis qu’on m’appelle Cherifa bent Fraîchichi et tu m’accuses parce que je t’ai juré me nommer Zoubeïda. Au temps de ma jeunesse, on m’appelait «beurre frais» (Zoubeïda), tant j’étais fraîche et douce. Maintenant, mon nom est «la vieille», (Cherifa). Pardonne-moi d’avoir voulu te dire seulement le nom de ma jeunesse. C’était à cause du beau souvenir.

Brusquement, Khadoudja prit le bras de la petite Mâlema.

— O perle de mon collier, est-il vrai que ton cœur est trouble et gonflé d’amour ?

— Je ne comprends pas cela.

— C’est la Bent Fraîchichi qui parle et elle sait lire entre les hommes et les femmes. Celui qui vient chez toi sera ton amant ou ton époux. La Bent Fraîchichi voit le Roumi sur la terrasse. Elle devine son cœur.

— Vous êtes folles ! Le Roumi est mon ami…

— Folles ? C’est vous les Français qui êtes fous puisque chez vous les hommes et les femmes de bien ne se marient pas. Un jour, les enfants du diable mangeront la France !

— Ce jour-là, nous serons morts depuis longtemps, ô Khadoudja.

— Les enfants du diable s’assiéront sur vos tombeaux.

— Nous ne sentirons pas l’injure.

— Puisqu’elle peut être, vous devriez la sentir dès à présent.

Devant sa maison, la jeune fille croisait Claude Hervis qui en sortait.

— Les premiers asphodèles sont fleuris, Noura. Je viens de saluer Lella Fatime et Mouni en vous apportant des fleurs.


Back to IndexNext