Chapter 33

Est-ce le souvenir de la beauté de Noura au village des cactus ? Est-ce un incoercible désir de la revoir ? L’absence de la jeune fille se prolonge pour un secours ou un conseil à donner à quelque femme solliciteuse qui s’attarde au seuil ; le crépuscule est devenu la nuit et le sculpteur ne se décide pas à partir. Il attend. Il est penché sur la terrasse pleine de lune émouvante de charme et de pureté. Ses mains et sa tête sont plus brûlantes qu’au grand soleil de l’après-midi…

Son regard plonge dans des cours intérieures de maisons arabes, se complaît à des étoffes luisantes, à des draperies voilant de féminines formes et ses doigts s’incrustent violemment dans ses paumes, parce que dans une des cours, à la lueur légère d’un cierge, un jeune homme caresse une jeune femme en robe dorée…

Un parfum mêlé d’essence de rose et de genévrier dilate les narines de Claude Hervis…

Il se détourne à peine…

Mouni est près de lui, tout contre, les mains croisées sur sa gorge battante, le visage haut, extasié sous le clair de lune, paupières closes, lèvres entrouvertes…

Brusquement, Claude saisit la tête passionnée et sous ses lèvres écrase la bouche de Mouni…

Quelqu’un surgit sur la terrasse, quelqu’un dontils sententl’immédiate présence qui les dégrise…

Et tandis que Mouni disparaît avec un regard de volupté et de défi, Noura très droite dit seulement :

— Allez-vous-en, Claude Hervis.


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