Chapter 54

Mouni trébuche entre les racines des palmiers roux. Sous la clarté stellaire, son visage altéré émerge du voile blanc, et ses prunelles s’élargissent, immenses, et ses lèvres farouches sont gonflées de haine et de mépris.

Elle se hâte, fébrile, sans idée précise sinon rejoindre le lieu d’où elle partit, la tente sombre où Ferhat va revenir en quittant son hôte.

Ferhat…

… Il sort de la tente, Rhadra affectait d’y sommeiller. Brutalement, il a interrogé l’esclave.

— Je ne sais rien, mon seigneur, je dormais.Elledormait avec moi. Je n’ai rien vu. Je ne sais rien.

— Tu mens !

— Je n’ai rien vu. Je ne sais rien.

— Fille de chienne !

Le talon du maître s’acharnait sur la figure de Rhadra.

— Fille de chienne, «giffa !»

Rhadra retomba, inerte. Elle était une masse sanguinolente gisant dans l’ombre…

Et Ferhat sort, les yeux fauves, les lèvres retroussées et rageuses sur ses dents brillantes, le cœur bondissant d’amour sauvage et d’effrayante colère.

Les grands astres sahariens luisent éperdument, éclairant la dune.

Ferhat vient à la rencontre de Mouni… Elle l’a vu…

Ils se touchent. Ils s’arrêtent, poitrine contre poitrine, mêlant leurs haleines tragiques, heurtant d’irréductibles regards…

Soudain Mouni s’affaisse… Un jet de sang souille son voile. Une de ses mains s’enfonce dans le sable. Elle soulève son buste poignardé et, la voix stridente :

— Tu ne t’es pas trompé, Ferhat. Si j’étais pour toi comme une morte, c’est à cause de celui que j’ai connu tout à l’heure sous les palmiers…


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