PIQUE.
Le théâtre représente une loge de concierge.
Note 2:(retour)Bonnet à rubans rouges, robe verte à queue, châle de toutes couleurs, collier d'énormes boules.
Note 3:(retour)Bonnet à rubans roses et bleus, robe rouge à queue, châle vert, doigts couverts de bagues.
Note 4:(retour)Redingote noire, pantalon gris, gilet blanc, cravate très-empesée, lunettes bleues, grand chapeau gris.
Note 5:(retour)Blouse grise, pantalon blanc, toque ridiculement ornée et beaucoup trop empanachée.
Note 6:(retour)Veste bleue, pantalon blanc, toque d'un autre genre que celle de Mimi, aussi ridiculement ornée.
Note 7:(retour)Simple et gentil costume de fantaisie.
SCÈNE I.
MADAME PETIT-COLIN, MIMI.
MADAME PETIT-COLIN.
Je suis contente que nous soyons habillés, Mimi, car je ne serais pas étonnée de recevoir des visites, aujourd'hui!
MIMI,bâillant.
Ah! bah, maman, et qui donc qui viendrait?
MADAME PETIT-COLIN.
Quand ça ne serait que la vieille Gros-Colin qui aime tant à jouer de la langue; elle ne peut pas se tenir de parler, et faut qu'elle aille de porte en porte cancaner et assommer tous les voisins. (Voyant entrer Mme Colin.) Ah! bonjour, ma chère madame Gros-Colin; que vous êtes donc aimable de venir comme ça voir les amis!
SCÈNE II.
MADAME GROS-COLIN,entrant.
Je ne pouvais pas passer devant votre porte sans entrer, madame Petit-Colin! Titi, dis bonjour à ton cher Mimi.
TITI,grognant.
Bonjour, toi!
MIMI, rechigné.
Bonjour, toi!
MADAME PETIT-COLIN.
Allez jouer, mes petits amours.
(Les enfants vont dans un coin et restent immobiles, causant à peine et se tirant la langue de temps en temps.)
MADAME GROS-COLIN.
Une chose qui m'a toujours étonnée et que je venais vous demander aujourd'hui, ma voisine, c'est pourquoi que vous vous appelez Colin comme moi?
MADAME PETIT-COLIN.
La même chose m'étonnait aussi!
MADAME GROS-COLIN.
Pourquoi ça, s'il vous plaît?
MADAME PETIT-COLIN,avec fierté.
Parce que nous sommes les seuls qui devons porter le nom de Colin.
MADAME GROS-COLIN,vivement.
Je dis la même chose: c'est à nous seuls que revient cet honorable nom....
MADAME PETIT-COLIN,aigrement.
Vous devez vous tromper, Mame, nous sommes les seuls vrais Colin!
MADAME GROS-COLIN,très-vivement.
Vous vous trompez vous même, Mame; il n'y a que nous.
MADAME PETIT-COLIN.
Ceci est fort. Lisez ces papiers.
(Elle lui donne une liasse de cahiers.)
MADAME GROS-COLIN.
Et lisez ceci, il n'y a rien à répondre.
(Elle tire de sa poche un rouleau de papiers. Les deux femmes lisent tout bas, en gesticulant.)
MIMI.
Je te dis moi, que je tire la langue plus vite que toi!
TITI.
Pas vrai, c'est moi!
MIMI,tirant la langue.
Tiens! tiens! tiens! vois-tu comme je fais bien ça?
TITI,de même.
Et tiens! et tiens! et tiens! je le fais mieux....
MIMI.
Comptons combien de fois nous la tirerons chacun dans une minute, veux-tu?
TITI.
Veux bien.
(Ils vont devant la glace et tirent la langue le plus vite qu'ils peuvent en se faisant d'atroces grimaces.)
MADAME GROS-COLIN,jetant les papiers.
C'est un tissu de mensonges! les seuls Colin, c'est nous!
MADAME PETIT-COLIN,de même.
Fausseté! horreur! Il n'y a que nous devérédiques!
MADAME GROS-COLIN,en colère.
Ne répétez pas ça, portière; il n'y a plus qu'une branche de Colin, c'est nous....
MADAME PETIT-COLIN,furieuse.
Une branche, unesouchemorte, vous voulez dire!
MADAME GROS-COLIN,exaspérée.
Madame!...
MADAME PETIT-COLIN,de même.
Madame!...
SCÈNE III.
MONSIEUR CONCILIANT,entrant.
Bonjour, Ma.... Ah! mon Dieu! qu'y a-t-il donc, mes chères dames?
MARINETTE,avec reproche.
Oh! Mimi; oh! Titi, pourquoi vous tirez-vous la langue comme ça?
MADAME GROS-COLIN,embarrassée.
Nous nous disputons un peu, monsieur Conciliant, à cause de nos noms.
MADAME PETIT-COLIN.
Oui, parce que chacune de nous soutenait que son nom n'appartenait qu'à elle seule, et que les autres étaient de faux Colin.
MONSIEUR CONCILIANT.
Et ce n'était que cela qui vous troublait tant?
LES DEUX PORTIÈRES,indignées.
Comment, que cela?
MONSIEUR CONCILIANT.
Certainement, car je puis vous mettre d'accord; connaissant vos deux familles depuis longtemps, je suis au courant de toutes vos affaires.
LES DEUX FEMMES.
Eh bien! qui est la vraie Colin?
MONSIEUR CONCILIANT.
Vous êtes toutes deux de vraies Colin; seulement l'une est de la branche des Colin-Maillard, et l'autre, de la branche des Colin-Tampon!
MADAME PETIT-COLIN,rassurée.
Vous êtes sûr?
MONSIEUR CONCILIANT,gravement.
Très-sûr!
MADAME GROS-COLIN.
Mais alors, nous sommes parentes?
MONSIEUR CONCILIANT.
Certainement!
MADAME PETIT-COLIN.
Et moi qui l'ignorais....
MADAME GROS-COLIN.
Je vous rendais bien la pareille! Embrassons-nous, ma cousine, et vivons en paix.
(Elles se jettent dans les bras l'une de l'autre. Monsieur Conciliant se frotte les mains en riant.)
MARINETTE.
Voyez, mes amis, le bon exemple que vous donnent vos mamans. Soyez gentils et embrassez-vous aussi!
MIMI.
Elle a raison. Veux-tu, Titi?
TITI.
Veux bien! C'est vilain de tirer la langue; ça nous rendrait bien laids!
MARINETTE.
Et surtout, cela offense le bon Dieu et la sainte Vierge!
(Les enfants s'embrassent. La toile tombe.)
HURE.
Le théâtre représente une salle à manger.
Note 8:(retour)Vêtements râpés, sales et n'allant pas ensemble. Robe de satin jaune fanée, bonnet fripé en tulle orné de rubans roses tachés; un soulier et une pantoufle; un mouchoir brodé taché d'encre.
Note 9:(retour)Habit brun couvert de reprises, veste jaune trop courte, pantalon vert avec des morceaux noirs aux genoux; casquette sans visière.
Note 10:(retour)Toilette élégante, mais tachée de graisse.
Note 11:(retour)Toilette semblable à celle de son mari, aussi chargée de taches de graisse.
Note 12:(retour)Comme ses parents, élégante et couverte de taches.
Note 13:(retour)Le petit acteur est accroupi sur un plat: il est recouvert d'une peau de chevreuil. Sur sa figure, une gaze couverte de plumes, ne laissant voir que les yeux et d'énormes défenses (des morceaux de mie de pain taillés en pointe, attachés à la gaze, simulent les défenses); oreilles postiches en queue de lapin: le sanglier doit faire des yeux terribles, pour compléter l'effet.
SCÈNE I.
MADAME HARPAGON, JOCRISSET.
MADAME HARPAGON.
Que c'est ennuyeux de donner à dîner! et à ces assommants Gourmet, encore! Ils vont dévorer, j'en suis sûre.... Jocrisset!
JOCRISSET,s'avançant.
Madame me réclame?
MADAME HARPAGON.
Tu n'as pas oublié ce que je t'ai recommandé?
JOCRISSET.
Quoi donc, madame?
MADAME HARPAGON,impatientée.
Enfin, tu te rappelles ce que j'ai dit! Sers vite et peu. Emporte les plats et n'offre que le moins possible.
JOCRISSET.
Oui, madame, j'emporterai vite et peu. J'offrirai les plats que je servirai. C'est-à-dire non... je servirai les plats que j'offrirai....
MADAME HARPAGON.
Mais non! mais non! c'est le contraire!
JOCRISSET.
C'est égal, madame, j'ai compris, et madame peut être sûre que....
SCÈNE II.
LES MÊMES, MADAME, M. ET MADEMOISELLE GOURMET
MADAME GOURMET.
Bonjour, chère madame, nous sommes exacts j'espère!
M. GOURMET.
Et mourant de faim....
MADAME HARPAGON,à part.
Aïe! (Haut.) Soyez les bienvenus! Vous voyez que je vous attendais, quasi à table. Asseyons-nous vite et réparons le temps perdu. (On s'assied: Jocrisset sert.)
JOCRISSET,très-vite.
Madame ne veut pas de côtelettes? (Il passe sans attendre la réponse; il fait la même chose pour chaque convive: personne ne mange. Mme Harpagon est radieuse, les Gourmet, consternés.)
MADAME HARPAGON, enchantée.
Quel triste appétit nous avons! Jocrisset, sers le poulet.
JOCRISSET.
La couveuse morte? Oui, madame, tout de suite.
M. GOURMET,bas.
Horreur! Anastasie, as-tu entendu?
MADAME GOURMET,de même.
Que trop, hélas!
MADEMOISELLE GOURMET,de même.
J'en mangerai tout de même, moi; tant pis, j'ai trop faim!
M. GOURMET.
Ma fille, je te le défends! N'en mange pas, Clélie, si tu aimes ton père.
MADAME HARPAGON,bas.
Jocrisset, ne sers que la carcasse! (Jocrisset se trompe et offre les bons morceaux. La petite Gourmet prend tout. Mme Harpagon s'agita avec douleur.)
JOCRISSET.
Madame, faut-il découvrir le plat du milieu?
MADAME HARPAGON.
Sans doute; tu as eu tort de l'oublier.
MADAME GOURMET,bas.
Oh! bonheur, nous allons manger....
M. GOURMET,bas.
Servons-nous sans dire gare, ou sans cela nous sommes perdus! (Jocrisset découvre la hure qui est sur la table.)
M. GOURMET,haut.
Ah! voilà un plat qui me réjouit. Cela m'amusera de le découper. J'ai un talent tout particulier pour cela. (Il attire le plat vers lui.)
MADAME HARPAGON,très-agitée.
Non, cher monsieur, non! Jocrisset va emporter le plat et vous évitera cette peine.
MADAME GOURMET,aigrement.
Doutez-vous de l'adresse de mon mari, madame?
MADAME HARPAGON,embarrassée.
Non certes; mais il vaudrait mieux... ce serait préférable....
M. GOURMET.
Dieu! que c'est dur! mon couteau ne peut pas... eh bien! eh bien! Oh! grand Dieu! c'est du carton!
MADEMOISELLE GOURMET.
Ah ben! on ne peut donc pas manger, ici? N'y avait que la couveuse!
MADAME HARPAGON,balbutiant.
Mon Dieu, vous savez... ces plats du milieu... sont pour la montre souvent... pour orner....
M. GOURMET,se levant.
En voilà assez! nous vous saluons, madame, et nous allons chercher ailleurs de quoi manger.
MADAME GOURMET,de même.
Et nous avons chez nous un cuissot de chevreuil (pas en carton!) que nous allons manger à nous seuls, sans inviter personne!
MADAME HARPAGON,désolée.
Ciel! si j'avais su! Restez donc; on va rapporter les côtelettes, et il y a encore des pommes de terre, n'est-ce pas, Jocrisset?
JOCRISSET.
Les pommes de terre germées? Certainement, madame.
MADEMOISELLE GOURMET.
Ça doit être bon!
M. GOURMET.
Plus un mot! Partons, ma femme et ma fille.
(Ils sortent.)
MADAME HARPAGON,désolée.
Coquin de sanglier! Il est cause de tout! (Elle montre le poing à la hure qui lui fait des yeux terribles. La toile tombe.)
PIQURE.
Le théâtre représente une plaine. A droite, un arbre figuré parune grosse planche de sapin.
Note 14:(retour)Habits très-usés et déchirés, mais aussi propres que possible. Grande barbe, longs cheveux.
Note 15:(retour)Habits comme ceux de M. de Rosbourg.
Note 16:(retour)Corsages blancs, jupons en coton brodé et en peaux de bêtes, guirlandes de fleurs sur la poitrine et le dos. Carquois, flèches, couronnes de plumes; cheveux à la chinoise.
M. DE ROSBOURG,seul, se promenant.
Que je suis malheureux! Ma vie se passera-t-elle dans cette île, loin de ma chère femme, de ma chère fille, cette enfant bien aimée? Ah! mon Dieu! Donnez-moi le courage qui me manque.... (Il s'assied, accablé, sur une pierre.) Ah!... (Il se lève.) je viens d'être piqué! Ciel! un serpent à sonnettes, et je suis seul, loin du village.... (Il essaye vainement de marcher.) Je suis perdu! ma femme, ma chère fille, adieu.... Seigneur, prenez pitié de moi! (Il retombe assis sur un rocher et prie.)
PAUL,accourant.
Mon père, mon père, qu'avez-vous? Dieu! que vous êtes pâle!
M. DE ROSBOURG,d'une voix faible.
Ne t'afflige pas, Paul... un serpent... m'a piqué.... Je me sens mal.... (Il s'évanouit.)
PAUL,avec désespoir.
O mon pauvre père! Comment le sauver? Personne ici pour le secourir. A moi! à moi! il va mourir; mon Dieu, inspirez-moi!... Ah! quelle idée! (Il cherche la blessure, la découvre, puis suce la plaie.)
M. DE ROSBOURG,ouvrant les yeux.
Quel mieux je ressens! Quel miracle!... Ciel! Paul, que fais-tu? (Il veut l'empêcher de continuer.)
PAUL,se débattant.
Laissez, mon père! Vous n'avez pas le droit de m'empêcher d'agir. Je veux que vous viviez, je veux vous sauver, moi, moi qui vous dois la vie!
M. DE ROSBOURG.
Paul, mon enfant... je ne veux pas.... Ah! mes forces s'épuisent! (Il retombé évanoui. Paul profite de cette faiblesse pour achever de sucer la plaie.)
UNE PREMIÈRE SAUVAGE,accourant.
Quoi arriver ici? On criait!
PAUL,se relevant.
Mon père a été piqué par un serpent à sonnettes il y a plus d'une heure.
DEUXIÈME SAUVAGE.
Trop tard pour sauver lui! Lui, perdu!
PAUL.
Ne craignez rien. J'ai sucé la plaie. Il est hors de danger.
M. DE ROSBOURG,revenant à lui.
Paul, où es-tu? Tu souris, tu m'embrasses.... Tu m'as sauvé! (Il se lève.) Je le sens, tout le venin de ma blessure est parti. Mon Dieu! il a peut-être passé dans tes veines, cher et excellent enfant!
PAUL,d'une voix éteinte.
Non, mon père, ne craignez rien pour moi; mais ces émotions m'ont brisé... je ne puis.... (Il tombe dans les bras de M. de Rosbourg.)
M. DE. ROSBOURG,pleurant.
Mon fils, mon enfant! reviens à toi!
PREMIÈRE SAUVAGE.
Attends, Gligala venir là-bas et apporter bons remèdes.
TROISIÈME SAUVAGE,accourant.
Paul évanoui? Crains rien; voilà pour faire revenir lui. (Elle lui fait respirer un jus d'herbe.)
PAUL,ouvrant les yeux.
Mon père, je suis mieux. Merci, mes amies, merci de vos bons soins.
M. DE ROSBOURG.
Oh! mon Paul, que je suis heureux! Et moi qui me désolais de notre infortune! Je vois qu'aimé par un coeur comme le tien, je ne puis être vraiment malheureux!
QUATRIÈME SAUVAGE,arrivant.
Ami, ami, dans le lointain, voir venir un vaisseau comme le tien. Il vient vite vers terre.
M. DE ROSBOURG.
Paul, ton dévouement est béni de Dieu! Un vaisseau.... C'est la France! c'est la famille....
PAUL.
Cher père, vous allez être heureux?
M. DE ROSBOURG,avec tendresse.
Oui, mais jamais sans toi! (La toile tombe.)
CHAT.
La scène représente une rue.
Note 17:(retour)Chapeau à fleurs fanées, mis de travers; cheveux gris ébouriffés; robe et manteau de couleur sombre; un énorme parapluie à la main.
Note 18:(retour)Blouse, pantalon en toile; large casquette sur l'oreille.
Note 19:(retour)Blouse, pantalon en toile; bonnet de police en papier.
Note 20:(retour)Costume de Mme Petit-Colin, plus un tablier et un balai.
Note 21:(retour)Costume de M. Conciliant, plus un tablier et un balai.
Note 22:(retour)L'acteur est enveloppé d'une fourrure; oreilles postiches, queue démesurément longue.
SCÈNE I.
(On entend miauler lamentablement dans la coulisse.)
MADAME DUR-A-CUIR,entrant.
J'entends miauler par ici! Il doit y avoir quelque misérable qui tourmente une pauvre bête sans défense... (Elle agite son parapluie.) Que vois-je! (Elle regarde dans la coulisse.) Un charretier fouette un angora.... L'infâme! et la victime, grimpée à moitié sur une voiture, ne peut ni descendre ni monter! Horrible spectacle!... Je vole au secours du malheur! (Elle s'élance dans la coulisse, son parapluie levé. On entend de grands cris.)
SCÈNE II.
MADAME DUR-A-CUIR, SACRIPANT, DIABLOTIN, le CHAT,entrent en désordre.
SACRIPANT.
Ah çà! allez-vous me laisser tranquille, à la fin, ma bonne femme! On ne peut donc pas s'amuser un brin sans être maltraité?
MADAME DUR-A-CUIR.
Gredin! tu appelless'amuser, tourmenter, torturer un malheureux animal! (Elle lui montre le poing.) Touches-y, maintenant que je l'ai pris sous ma protection....
LE CHAT.
Miaou, miaou.
DIABLOTIN,déclamant.
Qu'ils sont touchants, les cris de l'innocence!
SACRIPANT.
Ne me défiez pas, la mère, car je vous lui en ferais voir de toutes les couleurs, à vot' protégé!
MADAME DUR-A-CUIR,le parapluie levé.
Approche, si tu l'oses!
SCÈNE III.
MADAME CANCANIER,entrant.
Bravo! ma bonne femme, tu as mon estime. Je vole à ton secours! (Elle se place près de Mme Dur-à-Cuir, la balai en l'air.)
M. CANCANIER,accourant.
De quoi te mêles-tu, toi? Toujours fourrée dans les bagarres! Attends un peu que je me mette dans le parti ennemi pour te donner une leçon. (Il se range à côté de Sacripant qui a son fouet en l'air.)
DIABLOTIN,riant.
Allez, la musique! En avant, Minet, déploie ton organe et anime la partie! (Le chat s'élance en miaulant et griffe énergiquement les figures de Sacripant et de Cancanier.)
LE CHAT,jurant.
Phout.... Phout.... (vite et griffant) phout, phout-phout....
SACRIPANT.
Aïe! Je suis éborgné.... Horreur de bête! va! Hé! le pharmacien, viens me panser, j'ai le nez en compote! (Il jette son fouet et se sauve en courant.)
CANCANIER.
Oh! là! là! j'ai la joue en marmelade; vilain animal.... Dieu! que ça me cuit! Vite, un médecin pour mes blessures! Brrrou! que j'ai mal! (Il s'en va en se tenant la tête.)
DIABLOTIN,chantant.
La victoire est à nous!
MADAME CANCANIER.
Et v'là le champ de bataille qui nous reste....
MADAME DUR-A-CUIR.
Avec armes et bagages!
LE CHAT.
Miaou....
MADAME CANCANIER.
Qu'allons-nous faire de ce pauvre animal?
MADAME DUR-A-CUIR.
Je l'emmène. Il me servira de compagnon et je raconterai son trait de bravoure à qui voudra l'entendre.
MADAME CANCANIER.
Je vous ferai écho, les oreilles de M. Cancanier seront rebattues de notre gloire! (Le chat se précipite dans les bras de Mme Dur-à-Cuir.)
DIABLOTIN.
Tableau touchant! Je suis ému! Je suis ému!...
(La toile tombe.)
RIZ.
La scène représente une salle à manger.
Note 23:(retour)Costumes de fantaisie.
SCÈNE I.
MONSIEUR, MADAME, MADEMOISELLE TREMBLOTANT, MADAME GÉMISSONS,à table.
M. TREMBLOTANT.
Qu'avons-nous encore à manger, ma femme?
MADAME TREMBLOTANT.
Toujours la même chose, mon ami. Au temps de choléra où nous sommes, on ne saurait trop manger de cet aliment précieux. (Elle montre une terrine.)
MADAME GÉMISSONS.
Vous avez bien raison, ma cousine; un malheur est si vite arrivé! (Elle mange.)
M. TREMBLOTANT.
Ça bourre joliment de ne manger que de ce... légume-là! (Il se frotte l'estomac.)
MADAME GÉMISSONS.
Le fait est que ça ne veut plus passer. (Elle se renverse sur sa chaise.)
MADEMOISELLE TREMBLOTANT.
Ah! mon Dieu, maman, v'là ma cousine qu'a le choléra, elle devient toute verte!
MADAME TREMBLOTANT,bondissant.
Ciel de Dieu! c'est vrai! Vite, Azelma, un médecin.... Cours chercher un médecin. Tâche d'amener le docteur Tukanmaime. (Azelma sort en courant.)
M. TREMBLOTANT,terrifié.
Ah! Seigneur! je suis pris aussi, pour sûr. Je me sens tout drôle.... (Il tombe évanoui sur sa chaise.)
MADAME GÉMISSONS,pleurant.
Nous allons mourir! A la fleur de l'âge, hélas! (Elle se tord les mains.)
MADAME TREMBLOTANT.
Ne craignez rien, ma cousine, je prierai pour le repos de votre âme!
SCÈNE II.
Les mêmes, LE DOCTEUR, AZELMA.
LE DOCTEUR.
Qu'y a-t-il donc? Oh! oh! deux malades, bonne aubaine! (Il leur tâte le pouls.)
Fièvre violente.--Bien. Face rouge et gonflée. Très-bien.--Agitation convulsive! Parfait. (Les deux malades poussent des cris plaintifs.)
MADAME TREMBLOTANT,épouvantée.
Grand Dieu! docteur, que vous êtes sinistre dans vos paroles!
LE DOCTEUR,gaiement.
Et qu'ont-ils mangé, ces chers malades, ma bonne dame?
MADAME TREMBLOTANT.
Mais simplement de ceci, docteur; c'est ce qu'il y a de plus sain en temps de choléra. (Elle montre une énorme terrine presque vide.)
LE DOCTEUR.
Quelle quantité chaque malade en a-t-il mangé?
M. TREMBLOTANT,d'une voix faible.
Je n'en ai mangé que quatre à cinq livres pour ma part.
MADAME GÉMISSONS,de même.
Et moi, pas davantage.
LE DOCTEUR,tranquillement.
Ceci me rassure. Ce n'est pas précisément le choléra, alors, mais une violentissime indigestion cholérique dont nous allons débarrasser les patients.
Monsieur Tremblotant, vous allez.... (Il lui parle bas à l'oreille) dans votre chambre.
M. TREMBLOTANT,joignant les mains.
Cinq, docteur! Cinq de suite? cela va bien m'éprouver!
LE DOCTEUR,avec force.
Il le faut! un par livre, c'est la règle! Vous, Madame, vous.... (Il lui parle bas) dans la chambre de votre cousine.
MADAME GÉMISSONS.
Ah! docteur! cinq tout entiers? Ça me bouleversera!
LE DOCTEUR,avec autorité.
Madame, ne discutez pas la médecine! (Les malades sortent en gémissant chacun de son côté.)
SCÈNE III.
Les mêmeshors les malades, M. HUILEUX,arrivant.