«Monsieur le gouverneur,«Depuis quarante ans, Alger ne possède pas une seule école Arabe de filles. Comme frustrer les femmes indigènes d’instruction c’est préjudicier à la civilisation de l’Algérie et retarder la fusion des races arabe et française, je vous prie de bien vouloir rétablir au moins une des deux écoles indigènes de femmes créées à Alger en vertu du décret du 14 juillet 1850, qui stipulait que les filles indigènes auraient des écoles où elles recevraient l’instruction primaire.«J’ai raconté dans lesFemmes Arabescomment le Conseil général d’Alger avait en 1861 supprimé les écoles assidûment fréquentéespar près de trois cents élèves, promptes à assimiler nos idées et nos mœurs.«Les musulmanes Algéroises, qui avaient des écoles avant l’annexion et sous l’empire, ne peuvent pas être condamnées à l’ignorance par la République.«Vous comprendrez, Monsieur le gouverneur général, qu’il y a pour nous Français un intérêt politique à empêcher de dégénérer la race indigène en cultivant le cerveau de ses génératrices, et vous voudrez prouver aux Arabes que vous avez souci de leur évolution, en donnant au plus tôt à leurs jeunes filles, la possibilité de s’instruire dans la capitale de l’Algérie.«Veuillez agréer, Monsieur le gouverneur général, l’assurance de ma haute considération.»«HubertineAuclert.»
«Monsieur le gouverneur,
«Depuis quarante ans, Alger ne possède pas une seule école Arabe de filles. Comme frustrer les femmes indigènes d’instruction c’est préjudicier à la civilisation de l’Algérie et retarder la fusion des races arabe et française, je vous prie de bien vouloir rétablir au moins une des deux écoles indigènes de femmes créées à Alger en vertu du décret du 14 juillet 1850, qui stipulait que les filles indigènes auraient des écoles où elles recevraient l’instruction primaire.
«J’ai raconté dans lesFemmes Arabescomment le Conseil général d’Alger avait en 1861 supprimé les écoles assidûment fréquentéespar près de trois cents élèves, promptes à assimiler nos idées et nos mœurs.
«Les musulmanes Algéroises, qui avaient des écoles avant l’annexion et sous l’empire, ne peuvent pas être condamnées à l’ignorance par la République.
«Vous comprendrez, Monsieur le gouverneur général, qu’il y a pour nous Français un intérêt politique à empêcher de dégénérer la race indigène en cultivant le cerveau de ses génératrices, et vous voudrez prouver aux Arabes que vous avez souci de leur évolution, en donnant au plus tôt à leurs jeunes filles, la possibilité de s’instruire dans la capitale de l’Algérie.
«Veuillez agréer, Monsieur le gouverneur général, l’assurance de ma haute considération.»
«HubertineAuclert.»
Le gouverneur de l’Algérie lui répondit:
«Madame,«J’ai l’honneur de vous accuser réception de la lettre que vous avez bien voulu m’adresser en vue du rétablissement des écoles indigènesde femmes créées à Alger en 1850 et supprimées en 1861.«Soyez assurée que je m’associe de tout cœur aux sentiments généreux et patriotiques qui vous inspirent et que je ne tarderai pas à mettre à l’étude la question que vous voulez bien me signaler.«Veuillez agréer, Madame, mes hommages très respectueux.«Le gouverneur général:Jonnart.»
«Madame,
«J’ai l’honneur de vous accuser réception de la lettre que vous avez bien voulu m’adresser en vue du rétablissement des écoles indigènesde femmes créées à Alger en 1850 et supprimées en 1861.
«Soyez assurée que je m’associe de tout cœur aux sentiments généreux et patriotiques qui vous inspirent et que je ne tarderai pas à mettre à l’étude la question que vous voulez bien me signaler.
«Veuillez agréer, Madame, mes hommages très respectueux.
«Le gouverneur général:Jonnart.»
En 1901, elle fit déposer une pétition à la Chambre et au Sénat dans le même but.
En 1911, elle fit déposer une pétition à la Chambre et au Sénat, pour appeler l’attention de nos Législateurs sur la situation des femmes Arabes si barbarement traitées par leurs lois.
Dans les «Femmes Arabes», elle intéresse aussi la France conquérante à ce peuple Arabe si intelligent et si brave qu’elle a soumis, et qui est sacrifié à un petit nombre de colons. Elle pensait que le temps était venu pour lui d’être fait citoyen Français.
Pendant son séjour en Algérie, sa collaboratricequi avait accepté de continuer la publication de LaCitoyennependant son absence,—absence qu’elle espérait courte, croyant revenir bientôt dans ce Paris qu’elle aimait et qu’elle n’avait quitté que par dévouement à son mari—ne tint pas sa parole. Elle aima mieux fonder un autre journal avec un autre titre.
Ne pouvant continuer LaCitoyenneloin des facilités qu’elle trouvait à Paris, sa disparition causa à la courageuse féministe une peine très vive. Elle sentait combien ce propagateur des idées d’émancipation féminine allait manquer à la cause qu’elle soutenait. Cette cause était sa vie. Si bien qu’elle pouvait répondre à un interviewer qui lui demandait, comme à d’autres personnalités; quelle avait été la plus grande joie de sa vie:
«Ma plus grande joie a été d’entendre applaudir à une revendication du pouvoir politique pour les femmes, et de croire que ma force de volonté hâterait l’affranchissement féminin».
«Ma plus grande joie a été d’entendre applaudir à une revendication du pouvoir politique pour les femmes, et de croire que ma force de volonté hâterait l’affranchissement féminin».
Lorsqu’elle revint à Paris en 1892, après la mort de son mari qui lui laissa un vide cruel, comme on lui demandait pourquoi elle s’étaitlogée dans un quartier si triste, près d’un cimetière, elle répondit: Cette tristesse répond à mon état d’âme: mon mari est enterré au Père Lachaise, je ne veux pas le quitter. Il partageait mes idées, il fut l’ami, le camarade, en même temps, le mari affectueux et tendre.
Elle trouva un peu de consolation dans sa solitude à s’occuper de ceux qui souffrent. Elle groupa autour d’elle quelques âmes charitables qui prirent le nom deTuteurs des Pauvres. Avec leurs cotisations on secourait les pauvres honteux qui sont légions dans notre beau Paris.
On lisait dans le préambule des statuts:
«Il faut que les hommes et les femmes de cœur s’entendent pour sectionner Paris et pour s’imposer la mission de rechercher avec une maternelle sollicitude les désespérés, non seulement dans chaque quartier, dans chaque rue mais dans chaque maison.»
«Il faut que les hommes et les femmes de cœur s’entendent pour sectionner Paris et pour s’imposer la mission de rechercher avec une maternelle sollicitude les désespérés, non seulement dans chaque quartier, dans chaque rue mais dans chaque maison.»
C’était, on le voit, sa conception de décentralisation de l’assistance publique qui permettrait de soulager les misères pressantes et véritables.
A la même époque elle fonda leSecrétariatdes Femmes, société d’assistance morale qui a été instituée pour «soutenir les femmes qui défaillent dans les voies douloureuses qui sillonnent la vie, et les aider à reprendre courage et espoir.»
Travailler pour leFéminismeétait toujours son plus cher dessein.L’Intransigeant illustrélui ouvrit ses colonnes. Elle y donna des articles littéraires où le féminisme était présenté en action dans une forme attrayante.
En 1896 elle commença sa collaboration auRadicalqui devait durer jusqu’en 1909. Presque chaque semaine elle y défendait les Droits des Femmes sous la rubrique: LeFéminismeavec une logique et un bon sens convaincants.La Libre ParoleetLe Matininsèrent aussi de ses articles, ainsi queLe Radical Algérien,La Petite République,La Fronde,la Vie Moderne,Moulins-Souvenir,La Cocarde,Le Moniteur Algérien, etc.
Privée de son JournalLa Citoyennecomme il a été dit, c’est dans leRadicalqu’elle exposera et soutiendra ses idées. Son esprit novateurconcevait d’emblée le juste. Aussi ses revendications pour son sexe seront la réalité de demain si elles ne sont déjà passées naturellement dans nos lois.
Celle, pour laretraite de la Corvéableest pleine de raisons irréfutables:
«La législation élaborée sans le concours des femmes s’abstient de tenir compte des intérêts du sexe féminin; la loi sur les retraites ouvrières le prouve encore.«Si, en effet, en son article premier, cette loi reconnaît le droit à une retraite de vieillesse pour les ouvriers, les ouvrières et les employés des deux sexes, elle omet d’en octroyer une aux corvéables, c’est-à-dire à la majorité des travailleuses.«Les ménagères qui sans trêve ni repos peinent gratuitement, les génératrices dont la fécondité assure la perpétuation de l’espèce humaine, n’auraient pas droit à la retraite, parce qu’elles œuvrent sans recevoir d’indemnité et que seuls seront pensionnés ceux dont la besogne est payée.«Sachant désormais que la corvée rebutante faite pour rien, ne donne finalement quedroit à l’ingratitude, alors que le travail rétribué procure des titres à la reconnaissance nationale, les femmes voudront-elles continuer à se sacrifier dans la famille et dans la société?«Les ménagères consentiront-elles à rester les chevilles ouvrières de l’industrie, en libérant des durs travaux de la maison les professionnels, pour n’avoir en leurs vieux jours que la ressource de tendre la main à l’Assistance publique pendant que ceux dont elles auront assuré le gain auront une pension de retraite?«Si les femmes n’étaient point exclues de la politique, elles pourraient en toute occasion sauvegarder leurs intérêts et, lors du vote définitif de la loi, se faire attribuer, en tant que procréatrices et ménagères, le tribut de reconnaissance qui leur est dû.«Quelques députés consciencieux ont déjà réclamé pour la corvéable: M. Mirman a dit que c’était insensé de ne reconnaître que les femmes qui travaillent à l’usine et de laisser sans retraite celles qui ayant beaucoup d’enfants ne peuvent aller à l’atelier et travaillentchez elles auprès de leurs enfants, que si on les excluait de la retraite, on détruirait le foyer, la famille, car les ménagères trouveraient qu’il est pour elles bien plus avantageux d’être ouvrières que corvéables. Eh bien, les collègues de M. Mirman lui ont répondu qu’il était un empêcheur de danser en rond.«M. Allemane n’a pas été plus écouté quand proclamant la valeur du travail ménager l’assimilant au travail industriel, il a demandé pour les deux sexes pouvant justifier de trente ans de travail salarié ou de trente ans de corvée familiale une retraite de 360 francs à soixante ans.«En s’abstenant de tenir compte du travail ménager, les législateurs pousseront à bout les femmes qui le font et ils dessilleront les yeux des électeurs qui en définitive écopent ici, puisqu’ils sont des époux, des fils, des frères qui seraient plus fiers de voir leurs épouses, leurs mères, leurs sœurs retraitées en leur vieillesse qu’inscrites à l’Assistance publique.»«Et comme la loi sur les retraites ouvrièresva nécessiter la création de fonctions nouvelles, elle demande pour les femmes leur part de ces emplois: «Les femmes seraient bien désignées pour ces services de contrôle et de surveillance».
«La législation élaborée sans le concours des femmes s’abstient de tenir compte des intérêts du sexe féminin; la loi sur les retraites ouvrières le prouve encore.
«Si, en effet, en son article premier, cette loi reconnaît le droit à une retraite de vieillesse pour les ouvriers, les ouvrières et les employés des deux sexes, elle omet d’en octroyer une aux corvéables, c’est-à-dire à la majorité des travailleuses.
«Les ménagères qui sans trêve ni repos peinent gratuitement, les génératrices dont la fécondité assure la perpétuation de l’espèce humaine, n’auraient pas droit à la retraite, parce qu’elles œuvrent sans recevoir d’indemnité et que seuls seront pensionnés ceux dont la besogne est payée.
«Sachant désormais que la corvée rebutante faite pour rien, ne donne finalement quedroit à l’ingratitude, alors que le travail rétribué procure des titres à la reconnaissance nationale, les femmes voudront-elles continuer à se sacrifier dans la famille et dans la société?
«Les ménagères consentiront-elles à rester les chevilles ouvrières de l’industrie, en libérant des durs travaux de la maison les professionnels, pour n’avoir en leurs vieux jours que la ressource de tendre la main à l’Assistance publique pendant que ceux dont elles auront assuré le gain auront une pension de retraite?
«Si les femmes n’étaient point exclues de la politique, elles pourraient en toute occasion sauvegarder leurs intérêts et, lors du vote définitif de la loi, se faire attribuer, en tant que procréatrices et ménagères, le tribut de reconnaissance qui leur est dû.
«Quelques députés consciencieux ont déjà réclamé pour la corvéable: M. Mirman a dit que c’était insensé de ne reconnaître que les femmes qui travaillent à l’usine et de laisser sans retraite celles qui ayant beaucoup d’enfants ne peuvent aller à l’atelier et travaillentchez elles auprès de leurs enfants, que si on les excluait de la retraite, on détruirait le foyer, la famille, car les ménagères trouveraient qu’il est pour elles bien plus avantageux d’être ouvrières que corvéables. Eh bien, les collègues de M. Mirman lui ont répondu qu’il était un empêcheur de danser en rond.
«M. Allemane n’a pas été plus écouté quand proclamant la valeur du travail ménager l’assimilant au travail industriel, il a demandé pour les deux sexes pouvant justifier de trente ans de travail salarié ou de trente ans de corvée familiale une retraite de 360 francs à soixante ans.
«En s’abstenant de tenir compte du travail ménager, les législateurs pousseront à bout les femmes qui le font et ils dessilleront les yeux des électeurs qui en définitive écopent ici, puisqu’ils sont des époux, des fils, des frères qui seraient plus fiers de voir leurs épouses, leurs mères, leurs sœurs retraitées en leur vieillesse qu’inscrites à l’Assistance publique.»
«Et comme la loi sur les retraites ouvrièresva nécessiter la création de fonctions nouvelles, elle demande pour les femmes leur part de ces emplois: «Les femmes seraient bien désignées pour ces services de contrôle et de surveillance».
En 1905 elle prend texte de la création d’une caisse de retraite pour les anciens sénateurs après celle des anciens députés, pour demander la retraite pour les Mères:
«Cette sage prévoyance des élus pour eux-mêmes devrait bien aussi s’exercer en faveur des perpétuatrices de l’espèce humaine, qui, en assurant l’existence de la nation, lui rendent avant députés et sénateurs, service.«M. Piot inciterait plus au repeuplement en fondant une caisse de retraite pour les Mères qu’en offrant de détaxer les pères.«Les mères ne recevant pas encore d’indemnités comme les fonctionnaires, elles ne peuvent, ainsi que MM. les Sénateurs et Députés, prendre sur des mensualités qu’elles netouchent pas, de quoi alimenter leur caisse de retraite.«Et, comme les mères ont vu s’augmenter, avec le nombre de leurs enfants, leur détresse, elles n’ont naturellement pas le sou pour payer des cotisations, c’est donc l’Etat leur débiteur qui doit assurer le fonctionnement de leur caisse de retraite.»
«Cette sage prévoyance des élus pour eux-mêmes devrait bien aussi s’exercer en faveur des perpétuatrices de l’espèce humaine, qui, en assurant l’existence de la nation, lui rendent avant députés et sénateurs, service.
«M. Piot inciterait plus au repeuplement en fondant une caisse de retraite pour les Mères qu’en offrant de détaxer les pères.
«Les mères ne recevant pas encore d’indemnités comme les fonctionnaires, elles ne peuvent, ainsi que MM. les Sénateurs et Députés, prendre sur des mensualités qu’elles netouchent pas, de quoi alimenter leur caisse de retraite.
«Et, comme les mères ont vu s’augmenter, avec le nombre de leurs enfants, leur détresse, elles n’ont naturellement pas le sou pour payer des cotisations, c’est donc l’Etat leur débiteur qui doit assurer le fonctionnement de leur caisse de retraite.»
En 1907 pendant la discussion de la loi des Retraites ouvrières, elle adresse au nom de la Société «Le suffrage des Femmes», la lettre suivante à M. Viviani ministre du Travail.
«Monsieur le Ministre,«Nous espérons que vous désirez rendre de nouveaux grands services aux parias françaises, et nous vous prions de vouloir bien—quand vous défendrez devant le Sénat les retraites ouvrières—trouver dans votre cœur et dans votre éloquence le moyen de faire assimiler aux ouvrières de l’usine et de l’atelier les travailleuses ménagères mères de famille, forcées d’exercer leur profession auprès deleurs enfants et qui ne doivent point, parce qu’elles assurent l’existence de la nation, être privées de retraite et réduites en leur vieillesse à mendier leurs dernières bouchées de pain.«Le sexe féminin qui contribuera comme le sexe masculin à l’établissement des retraites ouvrières, doit bénéficier de ces retraites après trente ans de travail familial ou ménager.«Plusieurs députés, notamment MM. Mirman, Allemane, Coûtant, Fournier, ont relativement à la retraite, proposé d’assimiler le travail ménager et familial au travail industriel.«Les retraites pour les ménagères mères de famille, ne seront que l’acquittement d’une dette nationale.«Nous vous supplions, Monsieur le Ministre, de tenter l’impossible pour faire préserver les femmes de la misère en leur vieux jours, et nous vous demandons d’agréer, avec l’expression de notre profonde gratitude, l’assurance de notre haute considération.»
«Monsieur le Ministre,
«Nous espérons que vous désirez rendre de nouveaux grands services aux parias françaises, et nous vous prions de vouloir bien—quand vous défendrez devant le Sénat les retraites ouvrières—trouver dans votre cœur et dans votre éloquence le moyen de faire assimiler aux ouvrières de l’usine et de l’atelier les travailleuses ménagères mères de famille, forcées d’exercer leur profession auprès deleurs enfants et qui ne doivent point, parce qu’elles assurent l’existence de la nation, être privées de retraite et réduites en leur vieillesse à mendier leurs dernières bouchées de pain.
«Le sexe féminin qui contribuera comme le sexe masculin à l’établissement des retraites ouvrières, doit bénéficier de ces retraites après trente ans de travail familial ou ménager.
«Plusieurs députés, notamment MM. Mirman, Allemane, Coûtant, Fournier, ont relativement à la retraite, proposé d’assimiler le travail ménager et familial au travail industriel.
«Les retraites pour les ménagères mères de famille, ne seront que l’acquittement d’une dette nationale.
«Nous vous supplions, Monsieur le Ministre, de tenter l’impossible pour faire préserver les femmes de la misère en leur vieux jours, et nous vous demandons d’agréer, avec l’expression de notre profonde gratitude, l’assurance de notre haute considération.»
La diminution des naissances qui rend, pour la France, la repopulation une question vitale,avait suggéré à M. Piou député, l’idée de favoriser les parents qui mettraient au monde un certain nombre d’enfants. La Chambre nomma une commission oùles femmes ne furent pas appelées, et ces Messieurs ne trouvèrent naturellement que de pauvres dédommagements pour engager l’augmentation de la famille: «Il nous semblait que les deux sexes étaient seuls compétents, écrit Hubertine Auclert, pour décider d’une affaire où le couple est indispensable. Eh bien, cette commission a été nommée et pas un nom de femme n’y figure. Les hommes qui entendent seuls gouverner et administrer la France sont suffisants pour repeupler la France. Ils n’ont, paraît-il, pas besoin du concours des femmes pour augmenter la natalité.»
Elle pensait que l’indemnisation maternelle, serait seule capable de résoudre la question.
Le Congrès qui s’occupe périodiquement de la traite des blanches, et un Congrès tenu à Lyon en 1901 dans le but de réclamer la suppressionde la réglementation de la prostitution lui inspiraient ces réflexions:
«Les ordonnances qui régissent la prostitution légale ravalent la femme au-dessous de l’animal. Si encore, ces investigations immorales servaient à autre chose qu’à dégrader les femmes, mais de l’avis des nombreuses sommités médicales elles n’atténuent en rien la contamination. En regard de la rigueur dont on use envers les femmes prostituées, il faut considérer la latitude, la liberté pleine et entière laissée aux hommes prostitués.«Cette particularité démontre une fois de plus que tous les français ne sont pas égaux devant la loi, tant que les femmes ne contribuent pas à faire cette loi. Le mobile qui dirige la prostituée est cependant plus excusable que celui qui dirige le prostitué. La femme qui s’offre sur le trottoir est une façon de mendiante qui donne une compensation à qui lui fait l’aumône de quelques francs.«Est-ce sa faute si elle est prostituée? victime de l’incohérence sociale qui l’a préparée pour vivre au foyer entre un mari et des enfants, elle a vu hélas! qu’il n’y avait pour elle,comme pour la moitié des femmes, pas plus de mari que de foyer.«Si au lieu de patenter la prostitution, la République interdisait à tous la débauche, l’homme trouverait au célibat moins de charme et l’armée du vice serait réduite. Une seule et même morale. Les hommes ramenés à la moralité féminine et non les femmes admises au laisser-aller masculin, car, pour quelques filles qui bénéficient de la dissolution des mœurs, la généralité des femmes en souffre.»
«Les ordonnances qui régissent la prostitution légale ravalent la femme au-dessous de l’animal. Si encore, ces investigations immorales servaient à autre chose qu’à dégrader les femmes, mais de l’avis des nombreuses sommités médicales elles n’atténuent en rien la contamination. En regard de la rigueur dont on use envers les femmes prostituées, il faut considérer la latitude, la liberté pleine et entière laissée aux hommes prostitués.
«Cette particularité démontre une fois de plus que tous les français ne sont pas égaux devant la loi, tant que les femmes ne contribuent pas à faire cette loi. Le mobile qui dirige la prostituée est cependant plus excusable que celui qui dirige le prostitué. La femme qui s’offre sur le trottoir est une façon de mendiante qui donne une compensation à qui lui fait l’aumône de quelques francs.
«Est-ce sa faute si elle est prostituée? victime de l’incohérence sociale qui l’a préparée pour vivre au foyer entre un mari et des enfants, elle a vu hélas! qu’il n’y avait pour elle,comme pour la moitié des femmes, pas plus de mari que de foyer.
«Si au lieu de patenter la prostitution, la République interdisait à tous la débauche, l’homme trouverait au célibat moins de charme et l’armée du vice serait réduite. Une seule et même morale. Les hommes ramenés à la moralité féminine et non les femmes admises au laisser-aller masculin, car, pour quelques filles qui bénéficient de la dissolution des mœurs, la généralité des femmes en souffre.»
Déjà en 1882, elle s’était occupée de la prostitution.
«Le nombre des prostituées hommes et femmes allant toujours croissant et le gouvernement s’occupant de trouver un moyen d’enrayer la prostitution, nous avons dans la lettre suivante adressée à M. le Ministre de l’intérieur, indiqué une vraie solution pour débarrasser Paris de ce fléau:«Monsieur le Ministre,«Puisque vous vous préoccupez de concert avec M. le Préfet de police, d’élaborer un projet de loi contre la prostitution, permettez-moi,à moi, dont la pensée unique est l’affranchissement de la femme, d’apporter mon humble avis dans votre discussion.«Pour frapper de mort la prostitution publique, il faut cesser de la patenter et être pour les malheureuses, humain et inexorable: Humain en leur fournissant le moyen de ne pas mourir de faim sur le pavé de Paris. Il suffirait pour cela de créer un vaste établissement où les femmes inoccupées trouveraient à titre de prêt, le vivre et le couvert avec les facilités de se procurer du travail. Cet établissement pourrait fonctionner avec quelques millions qu’on trouverait au moyen d’une loterie que vous autoriseriez. Dès lors les prostituées n’ayant pas la faim pour excuse de leur débauche et de leur fainéantise, devraient être impitoyablement traquées et après récidive, être embarquées sur un navire de l’Etat en partance pour une Colonie, qu’elles transformeraient en compagnie des hommes prostitués sous l’œil bienveillant d’un agronome, en exploitation agricole qui en les faisant vivre rapporterait encore de beaux deniers à l’Etat.«Vous voudrez bien remarquer, Monsieur le Ministre, que ma proposition ne coûterait rien au gouvernement et qu’elle assainirait, à la grande satisfaction des honnêtes femmes, la voie publique d’une manière définitive.«Veuillez agréer Monsieur le Ministre, l’hommage de mon respect.«HubertineAuclert.»
«Le nombre des prostituées hommes et femmes allant toujours croissant et le gouvernement s’occupant de trouver un moyen d’enrayer la prostitution, nous avons dans la lettre suivante adressée à M. le Ministre de l’intérieur, indiqué une vraie solution pour débarrasser Paris de ce fléau:
«Monsieur le Ministre,
«Puisque vous vous préoccupez de concert avec M. le Préfet de police, d’élaborer un projet de loi contre la prostitution, permettez-moi,à moi, dont la pensée unique est l’affranchissement de la femme, d’apporter mon humble avis dans votre discussion.
«Pour frapper de mort la prostitution publique, il faut cesser de la patenter et être pour les malheureuses, humain et inexorable: Humain en leur fournissant le moyen de ne pas mourir de faim sur le pavé de Paris. Il suffirait pour cela de créer un vaste établissement où les femmes inoccupées trouveraient à titre de prêt, le vivre et le couvert avec les facilités de se procurer du travail. Cet établissement pourrait fonctionner avec quelques millions qu’on trouverait au moyen d’une loterie que vous autoriseriez. Dès lors les prostituées n’ayant pas la faim pour excuse de leur débauche et de leur fainéantise, devraient être impitoyablement traquées et après récidive, être embarquées sur un navire de l’Etat en partance pour une Colonie, qu’elles transformeraient en compagnie des hommes prostitués sous l’œil bienveillant d’un agronome, en exploitation agricole qui en les faisant vivre rapporterait encore de beaux deniers à l’Etat.
«Vous voudrez bien remarquer, Monsieur le Ministre, que ma proposition ne coûterait rien au gouvernement et qu’elle assainirait, à la grande satisfaction des honnêtes femmes, la voie publique d’une manière définitive.
«Veuillez agréer Monsieur le Ministre, l’hommage de mon respect.
«HubertineAuclert.»
En 1904, elle publia sa brochureL’argent de la Femme, où, dans le chapitre: Les femmes sans fortune et le contrat de la séparation de biens. On voit que ce contrat mettrait un terme à une poignante situation.
Qui n’a connu ou entendu parler de ces maris ivrognes ou dépensiers, qui vendent ce que possède le ménage autant de fois que la femme a pu racheter le mobilier et le linge, au nom du droit marital de disposer seul, s’il le veut, des biens de la Communauté.
Pour éviter ces faits révoltants, la séparation de biens légale—sauvegarde des intérêts de la femme riche comme de la femme qui ne possède rien—devrait remplacer le contratde la communauté de biens, lorsqu’il n’a pas été fait de contrat.
Elle fit signer la pétition suivante en 1904 pour demander cette substitution:
«Messieurs les Législateurs,«La femme qui apporte dans le ménage sa valeur travail ou son argent, souvent les deux ensemble, ne peut continuer à y être une mendiante tendant la main à son mari.«Nous vous prions de considérer qu’en l’association conjugale comme en toutes les autres associations, de bons rapports résultent de la considération réciproque et c’est au détriment du bonheur familial, que l’épouse est dépossédée par le mari de son avoir, de son revenu et de son gain.«Pour préserver la femme et les enfants de la ruine, pour les protéger contre un mari et père parfois dissipateur, nous vous demandons de substituer à la communauté, comme régime légal du mariage, la séparation de biens élargie qui laissera à la femme, avec la propriété de ses meubles (argent, valeurs) celle de ses immeubles et accordera aux deux conjointsqui ont mis en commun leurs ressources et leur activité, le même droit d’administrer les économies réalisées dont chacun aura part égale.«HubertineAuclert.publiciste».
«Messieurs les Législateurs,
«La femme qui apporte dans le ménage sa valeur travail ou son argent, souvent les deux ensemble, ne peut continuer à y être une mendiante tendant la main à son mari.
«Nous vous prions de considérer qu’en l’association conjugale comme en toutes les autres associations, de bons rapports résultent de la considération réciproque et c’est au détriment du bonheur familial, que l’épouse est dépossédée par le mari de son avoir, de son revenu et de son gain.
«Pour préserver la femme et les enfants de la ruine, pour les protéger contre un mari et père parfois dissipateur, nous vous demandons de substituer à la communauté, comme régime légal du mariage, la séparation de biens élargie qui laissera à la femme, avec la propriété de ses meubles (argent, valeurs) celle de ses immeubles et accordera aux deux conjointsqui ont mis en commun leurs ressources et leur activité, le même droit d’administrer les économies réalisées dont chacun aura part égale.
«HubertineAuclert.publiciste».
«HubertineAuclert.publiciste».
Son autre brochureLe nom de la Femmepubliée en 1905, expose les avantages que la femme aurait à garder son nom:
«Lorsque les veuves, les divorcées prennent successivement le nom de plusieurs époux, on ne sait plus comment les nommer. Le nom du premier en titre est souvent celui qui vient d’abord sur les lèvres.«Quel embarras l’on cause! quelle confusion l’on éprouve soi-même quand, par mégarde on salue, devant un remplaçant, une dame du nom d’un remplacé.«La coutume pour l’épouse de porter le nom du mari, que les réformateurs du Code veulent rendre légale et que nous nous efforçons de faire disparaître, est relativementrécente; les anciens ne la connaissaient pas.«Les Gaulois, les Celtes, comme tous peuples primitifs de race Arienne n’avaient que des noms individuels.«Ce ne fut que vers leXesiècle que s’établit l’hérédité du nom qui fit dès lors partie du patrimoine familial.
«Lorsque les veuves, les divorcées prennent successivement le nom de plusieurs époux, on ne sait plus comment les nommer. Le nom du premier en titre est souvent celui qui vient d’abord sur les lèvres.
«Quel embarras l’on cause! quelle confusion l’on éprouve soi-même quand, par mégarde on salue, devant un remplaçant, une dame du nom d’un remplacé.
«La coutume pour l’épouse de porter le nom du mari, que les réformateurs du Code veulent rendre légale et que nous nous efforçons de faire disparaître, est relativementrécente; les anciens ne la connaissaient pas.
«Les Gaulois, les Celtes, comme tous peuples primitifs de race Arienne n’avaient que des noms individuels.
«Ce ne fut que vers leXesiècle que s’établit l’hérédité du nom qui fit dès lors partie du patrimoine familial.
En 1908, elle publia «Le Vote des Femmes». Elle donne l’historique du rôle politique des femmes à travers l’histoire et celui des femmes qui se sont dévouées, dans les temps plus près de nous, à l’obtention des droits civils et politiques pour leur sexe. Elle donne toutes les raisons qui doivent faire accorder le vote aux femmes: «Elles, qui seront l’élément moralisateur et économe de nos assemblées.»
Hubertine Auclert fut une fervente de la Vierge guerrière, Jeanne d’Arc, qui a illustré notre sexe, et en laquelle elle voyait la première féministe. Elle aurait voulu que les femmes lui montrassent leur admiration etleur reconnaissance. Dans ce but elle fit à la mairie du XIe, lieu de réunion du «Suffrage des Femmes», ce court résumé de la vie active de l’héroïne:
«Née à Domrémy en 1412, brûlée à Rouen en 1431, Jeanne d’Arc, vécut à une époque où l’intervention du surnaturel servait à tout expliquer.«Il ne faut donc pas s’étonner que, quand émue par la mise à feu et à sang de la France par les Anglais, Jeanne eut l’idée sublime de chasser de son pays les envahisseurs. Elle attribuait à un appel d’en haut, qu’elle prit pour des voix, les incitations de son âme héroïque.«Sa volonté obstinée transforma la petite paysanne de 17 ans, qui ne savait ni lire ni écrire, en une guerrière de fière allure, en un chef de guerre expérimenté, poussant des attaques, disposant les pièces d’artillerie comme un grand capitaine, faisant preuve d’un génie militaire. Il eût été loué comme celui de Napoléon, si Jeanne, au lieu d’être femme, avait été un homme.«La délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc,sa campagne de la Loire, sa marche sur Reims parurent si prodigieuses aux Anglais, qu’ils nommèrent notre surhumaine compatriote, un instrument de Dieu ou du Diable.«A notre époque un peu de merveilleux s’explique, on sait qu’il y a dans la nature des êtres et des plantes qui sont des phénomènes. En visitant les expositions, on voit parfois un légume, un fruit, une fleur extraordinaires, excitant l’admiration générale autant que la surprise. Jeanne fut un être phénoménal bien supérieur aux êtres de son espèce.«Jeanne d’Arc fut la personnification du patriotisme; elle créa un courant d’enthousiasme, fit prendre aux Français confiance en eux-mêmes en les assurant qu’ils seraient vainqueurs.«Jeanne d’Arc fut la personnification du féminisme, en dépit des sarcasmes et des injures; elle marcha sur les vieux usages et sur l’autorité des puissants, afin d’user malgré les hommes, du droit qu’avaient les hommes pour sauver leur pays.«On reprocha à Jeanne d’avoir fait œuvre d’homme au lieu de s’être adonnée aux œuvres de femme. On lui reprocha d’avoir répudié les habits de son sexe et pris des habits d’homme.«On lui reprocha d’avoir eu l’arrogance impie de prendre empire sur des hommes, de se faire chef de guerre. Tous ces reproches démontrent que Jeanne fut notre ancêtre.Les Anglais appelaient Jeanne uneporte-quenouille, mais ils redoutaient tant cetteporte-quenouille, qu’ils la payèrent 61.000 livres aux Bourguignons.
«Née à Domrémy en 1412, brûlée à Rouen en 1431, Jeanne d’Arc, vécut à une époque où l’intervention du surnaturel servait à tout expliquer.
«Il ne faut donc pas s’étonner que, quand émue par la mise à feu et à sang de la France par les Anglais, Jeanne eut l’idée sublime de chasser de son pays les envahisseurs. Elle attribuait à un appel d’en haut, qu’elle prit pour des voix, les incitations de son âme héroïque.
«Sa volonté obstinée transforma la petite paysanne de 17 ans, qui ne savait ni lire ni écrire, en une guerrière de fière allure, en un chef de guerre expérimenté, poussant des attaques, disposant les pièces d’artillerie comme un grand capitaine, faisant preuve d’un génie militaire. Il eût été loué comme celui de Napoléon, si Jeanne, au lieu d’être femme, avait été un homme.
«La délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc,sa campagne de la Loire, sa marche sur Reims parurent si prodigieuses aux Anglais, qu’ils nommèrent notre surhumaine compatriote, un instrument de Dieu ou du Diable.
«A notre époque un peu de merveilleux s’explique, on sait qu’il y a dans la nature des êtres et des plantes qui sont des phénomènes. En visitant les expositions, on voit parfois un légume, un fruit, une fleur extraordinaires, excitant l’admiration générale autant que la surprise. Jeanne fut un être phénoménal bien supérieur aux êtres de son espèce.
«Jeanne d’Arc fut la personnification du patriotisme; elle créa un courant d’enthousiasme, fit prendre aux Français confiance en eux-mêmes en les assurant qu’ils seraient vainqueurs.
«Jeanne d’Arc fut la personnification du féminisme, en dépit des sarcasmes et des injures; elle marcha sur les vieux usages et sur l’autorité des puissants, afin d’user malgré les hommes, du droit qu’avaient les hommes pour sauver leur pays.
«On reprocha à Jeanne d’avoir fait œuvre d’homme au lieu de s’être adonnée aux œuvres de femme. On lui reprocha d’avoir répudié les habits de son sexe et pris des habits d’homme.
«On lui reprocha d’avoir eu l’arrogance impie de prendre empire sur des hommes, de se faire chef de guerre. Tous ces reproches démontrent que Jeanne fut notre ancêtre.
Les Anglais appelaient Jeanne uneporte-quenouille, mais ils redoutaient tant cetteporte-quenouille, qu’ils la payèrent 61.000 livres aux Bourguignons.
Bien avant que lui aient été élevés des autels, Jeanne reçut l’hommage desféministes. Le 29 mai 1885, la société «Le Suffrage des Femmes», alla déposer sur son monument, place des Pyramides, une couronne de lauriers portant cette inscription: A Jeanne d’Arc, «Le Suffrage des Femmes».
En 1908, la Société est retournée porter une couronne de fleurs à la statue de Jeanne d’Arc, mais Hubertine Auclert aurait vouluque les sociétaires y vinssent chaque année.
Après avoir entendu son discours devant la statue, les membres du Suffrage distribuèrent aux passants ce petit tract qui reproduit quelques phrases du petit résumé de leur secrétaire-générale.
«Jeanne d’Arc fut la personnification du féminisme. Elle ne tint compte ni des usages, ni de l’autorité des puissants, et elle usa, malgré les hommes, des droits des hommes, pour sauver son pays.«Avec l’énergie de Jeanne d’Arc, les Françaises doivent réclamer le droit de voter, afin de pouvoir affermir la République, en en faisant le gouvernement de tous et de toutes».
«Jeanne d’Arc fut la personnification du féminisme. Elle ne tint compte ni des usages, ni de l’autorité des puissants, et elle usa, malgré les hommes, des droits des hommes, pour sauver son pays.
«Avec l’énergie de Jeanne d’Arc, les Françaises doivent réclamer le droit de voter, afin de pouvoir affermir la République, en en faisant le gouvernement de tous et de toutes».
Elle croyait nécessaire le Jury mixte:
«Parce qu’un jury exclusivement masculin n’est pas seulement incompétent pour juger des femmes, il est surtout partial étant juge et partie dans sa propre cause.«Puisque les femmes sont reconnues responsables et comparaissent comme hommes en cours d’assises elles doivent siéger comme eux dans les jurys.«Les hommes juges ne peuvent avoir le même état d’âme que les femmes enfermées par la législation en une condition qui produit des pensées et des mouvements différents des leurs.«Un jury exclusivement composé d’hommes peut-il, par exemple, pénétrer tous les replis de l’action d’une fille-mère qui tue son enfant? non, attendu qu’il n’est pas donné à l’homme de subir les épreuves physiologiques de la maternité; il n’est pas enfermé dans un réseau de préjugés qui rejette la mère hors mariage, hors de la société; n’est pas apte à apprécier l’acte des vengeresses sur les parjures, car l’amour, passe-temps pour l’homme, est pour la femme l’affaire la plus importante.«Pour décider de la culpabilité ou de l’innocence des humains la lumière humaine intégrale est nécessaire, toutes les intelligences, tous les cœurs doivent intervenir dans le prétoire quand la collectivité s’improvise juge de l’individu. L’admission des femmes en judicature ne sera pas une innovation en France, il y a eu des femmes juges.«Aux anciens temps de notre histoire, des femmes étaient investies du droit dedire justice; elles rendaient en personne la justice sur leurs terres:«Puisque les deux sexes sont justiciables les deux sexes doivent être juges. Les verdicts rendus contre les femmes par des tribunaux exclusivement composés d’hommes n’ont pas de sanctions morales».
«Parce qu’un jury exclusivement masculin n’est pas seulement incompétent pour juger des femmes, il est surtout partial étant juge et partie dans sa propre cause.
«Puisque les femmes sont reconnues responsables et comparaissent comme hommes en cours d’assises elles doivent siéger comme eux dans les jurys.
«Les hommes juges ne peuvent avoir le même état d’âme que les femmes enfermées par la législation en une condition qui produit des pensées et des mouvements différents des leurs.
«Un jury exclusivement composé d’hommes peut-il, par exemple, pénétrer tous les replis de l’action d’une fille-mère qui tue son enfant? non, attendu qu’il n’est pas donné à l’homme de subir les épreuves physiologiques de la maternité; il n’est pas enfermé dans un réseau de préjugés qui rejette la mère hors mariage, hors de la société; n’est pas apte à apprécier l’acte des vengeresses sur les parjures, car l’amour, passe-temps pour l’homme, est pour la femme l’affaire la plus importante.
«Pour décider de la culpabilité ou de l’innocence des humains la lumière humaine intégrale est nécessaire, toutes les intelligences, tous les cœurs doivent intervenir dans le prétoire quand la collectivité s’improvise juge de l’individu. L’admission des femmes en judicature ne sera pas une innovation en France, il y a eu des femmes juges.
«Aux anciens temps de notre histoire, des femmes étaient investies du droit dedire justice; elles rendaient en personne la justice sur leurs terres:
«Puisque les deux sexes sont justiciables les deux sexes doivent être juges. Les verdicts rendus contre les femmes par des tribunaux exclusivement composés d’hommes n’ont pas de sanctions morales».
En 1908 M. Briand alors ministre de la justice, ayant adressé aux procureurs généraux une circulaire pour les inviter à faire figurer dans les jurys des citoyens exerçant des professions manuelles: «Le Jury se recrute ainsi, écrivait M. Briand, non sur l’ensemble des citoyens, mais parmi certaines catégories. Il ne réalise donc pas complètement la justice populaire qu’a voulu instituer la révolution».
La vaillante féministe pensa que le garde des sceaux qui réparait une injustice envers les ouvriers voudrait, sans doute, compléter sa réforme en proposant la composition mixte d’un jury composé d’hommes et de femmes. Elle écrivit à M. Briand:
«Monsieur le garde des Sceaux,«Vous venez d’élargir les bases du Jury: Vous avez remarqué que «le Jury se recrute non sur l’ensemble des citoyens, mais parmi certaines catégories et qu’il ne réalise pas complètement la justice populaire qu’a voulu instituer la révolution».«Pour ces raisons, vous avez introduit dans le jury l’élément ouvrier qui n’y était pas. Vous en concluez que «les verdicts rendus n’en auront que plus de force et plus d’autorité».«Ces paroles sont empreintes d’une grande sagesse et l’on ne saurait qu’applaudir à l’esprit d’équité qui vous les dicta.«Le Jury d’hier était un jury de classe, puisqu’une classe en était bannie; l’ouvrier n’était pas jugé par l’ouvrier. Votre circulaire réalise un progrès politique et moral. Mais c’est un progrès incomplet.«Le Jury ne sera plus un jury de classe; il restera un jury de sexe.«Vous qui trouvez nécessaire que l’ouvrier relève aussi de la justice de l’ouvrier: comment ne trouvez-vous pas injuste que lafemme ne relève jamais que de la justice de l’homme?«Nous ne faisons pas plus le procès à l’homme que vous n’avez fait le procès des bourgeois. Nous constatons que la femme se présente devant un jury où la femme n’est point représentée, que l’homme, juge et partie dans sa propre cause, est incapable d’apprécier le mobile qui a dicté certains délits spéciaux aux femmes.«La loi fait à sa conscience, cette injure de la tenir pour incapable de remplir cette fonction. Il vous appartient de compléter votre œuvre en faisant modifier la loi.«Le Jury ne sera vraiment l’expression intégrale du sentiment populaire que lorsque la femme y sera assise à côté de l’homme, comme vous venez de faire asseoir l’ouvrier à côté du patron.«Vous demanderez avec nous au nom de la stricte équité, l’entrée des femmes dans le jury.«Alors seulement, vous pourrez vous vanter, et nous pourrons vous louer d’avoir fait, non une œuvre politique, mais une œuvre véritablement large, humaine et juste.«Daignez agréer, Monsieur le Garde des Sceaux, l’assurance de mes sentiments de très haute considération.«HubertineAuclert.«Secrétaire générale de la Société«Le suffrage des Femmes».»
«Monsieur le garde des Sceaux,
«Vous venez d’élargir les bases du Jury: Vous avez remarqué que «le Jury se recrute non sur l’ensemble des citoyens, mais parmi certaines catégories et qu’il ne réalise pas complètement la justice populaire qu’a voulu instituer la révolution».
«Pour ces raisons, vous avez introduit dans le jury l’élément ouvrier qui n’y était pas. Vous en concluez que «les verdicts rendus n’en auront que plus de force et plus d’autorité».
«Ces paroles sont empreintes d’une grande sagesse et l’on ne saurait qu’applaudir à l’esprit d’équité qui vous les dicta.
«Le Jury d’hier était un jury de classe, puisqu’une classe en était bannie; l’ouvrier n’était pas jugé par l’ouvrier. Votre circulaire réalise un progrès politique et moral. Mais c’est un progrès incomplet.
«Le Jury ne sera plus un jury de classe; il restera un jury de sexe.
«Vous qui trouvez nécessaire que l’ouvrier relève aussi de la justice de l’ouvrier: comment ne trouvez-vous pas injuste que lafemme ne relève jamais que de la justice de l’homme?
«Nous ne faisons pas plus le procès à l’homme que vous n’avez fait le procès des bourgeois. Nous constatons que la femme se présente devant un jury où la femme n’est point représentée, que l’homme, juge et partie dans sa propre cause, est incapable d’apprécier le mobile qui a dicté certains délits spéciaux aux femmes.
«La loi fait à sa conscience, cette injure de la tenir pour incapable de remplir cette fonction. Il vous appartient de compléter votre œuvre en faisant modifier la loi.
«Le Jury ne sera vraiment l’expression intégrale du sentiment populaire que lorsque la femme y sera assise à côté de l’homme, comme vous venez de faire asseoir l’ouvrier à côté du patron.
«Vous demanderez avec nous au nom de la stricte équité, l’entrée des femmes dans le jury.
«Alors seulement, vous pourrez vous vanter, et nous pourrons vous louer d’avoir fait, non une œuvre politique, mais une œuvre véritablement large, humaine et juste.
«Daignez agréer, Monsieur le Garde des Sceaux, l’assurance de mes sentiments de très haute considération.
«HubertineAuclert.«Secrétaire générale de la Société«Le suffrage des Femmes».»
«HubertineAuclert.«Secrétaire générale de la Société«Le suffrage des Femmes».»
M. Briand pensa, assurément, que tout était bien ainsi pour les femmes, qui n’avaient pas besoin de représentantes femmes pour être bien jugées. La question est toujours posée. Ce seront les femmes avec leur bulletin de vote qui la résoudront.
Elle croyait à la supériorité dugouvernement direct:
«Le gouvernement direct rallierait à lui les électeurs de plus en plus nombreux qui désertent les salles de vote. Il activerait le développement politique de la nation, en étant une école de sens pratique qui forcerait les français à s’initier à tout ce qui a trait aux affaires publiques.»«Il serait favorable à nos finances. Les intéressés ne votant les dépenses qu’après examen.«Enfin le gouvernement direct assurerait la paix sociale. Lorsque tout serait fait avec leur assentiment, les contribuables et justiciables, n’auraient rien à réclamer. Aucune catégorie d’individus ne pourrait se révolter, si les décisions publiques exprimaient le vouloir du corps social sans distinction de classe ni de sexe.«Chaque fois qu’en France la population d’une commune ou d’une ville a été appelée aux urnes, à un jour donné, pour décider du transfert de marchés ou d’édifices publics, du déplacement de voies ferrées, d’installations de régiments, d’augmentations de garnisons, de subventions aux théâtres, de cérémonies publiques, ou de la durée du travail, de la quotité du salaire, des grèves, les femmes ont comme les hommes pris part à ce référendum et leurs voix comptées ont valu celles des hommes.«Or, le référendum, qui fait les femmes égales des hommes devant l’urne, est l’embryon du gouvernement direct.»
«Le gouvernement direct rallierait à lui les électeurs de plus en plus nombreux qui désertent les salles de vote. Il activerait le développement politique de la nation, en étant une école de sens pratique qui forcerait les français à s’initier à tout ce qui a trait aux affaires publiques.»
«Il serait favorable à nos finances. Les intéressés ne votant les dépenses qu’après examen.
«Enfin le gouvernement direct assurerait la paix sociale. Lorsque tout serait fait avec leur assentiment, les contribuables et justiciables, n’auraient rien à réclamer. Aucune catégorie d’individus ne pourrait se révolter, si les décisions publiques exprimaient le vouloir du corps social sans distinction de classe ni de sexe.
«Chaque fois qu’en France la population d’une commune ou d’une ville a été appelée aux urnes, à un jour donné, pour décider du transfert de marchés ou d’édifices publics, du déplacement de voies ferrées, d’installations de régiments, d’augmentations de garnisons, de subventions aux théâtres, de cérémonies publiques, ou de la durée du travail, de la quotité du salaire, des grèves, les femmes ont comme les hommes pris part à ce référendum et leurs voix comptées ont valu celles des hommes.
«Or, le référendum, qui fait les femmes égales des hommes devant l’urne, est l’embryon du gouvernement direct.»
Si son esprit précurseur suggérait les idées, il devançait aussi les méthodes. Afin que l’image s’impose à la mémoire par la vision, elle avait fait illustrer les affiches apposées dans tous les quartiers de Paris pendant la période électorale de 1906, où elle résumait les bienfaits que procureraient à la nation et à la commune l’accession des femmes à la vie politique. Le couple humain était représenté se rencontrant devant l’urne pour y déposer chacun son bulletin.
Pendant lagrande guerre, la Défense nationale et les œuvres de guerre, se sont servis des mêmes procédés pour leurs demandes au public faites sur des affiches dessinées par des Maîtres.
En 1904, elle suggéra le dessin d’une carte postale esthétique qui représente l’homme et la femme allant de compagnie, déposer dans l’urne le bulletin de vote. Un timbre du même dessin se colle à gauche de la semeuse qui de son geste, paraît semer l’idée duFéminisme.
Cette carte et ce timbre reproduits par les journaux mondiaux furent l’objet d’appréciationsflatteuses, ce qui lui faisait dire:
«A mesure que les féministes montent le calvaire, les injures de la rue et de la presse se modifient; maintenant, on leur fait plutôt escorte de sympathie.»
«A mesure que les féministes montent le calvaire, les injures de la rue et de la presse se modifient; maintenant, on leur fait plutôt escorte de sympathie.»
Aux élections du 24 avril 1910, pour mettre en action la revendication du suffrage féminin, des femmes courageuses résolurent de poser leur candidature[8]. Hubertine Auclert fut candidate pour la deuxième circonscription du XIearrondissement, avec MmeRenée Mortier pour la 3eet MmeGabrielle Chapuis, pour la première. LeurProgrammecommun s’exprimait ainsi.
«Les Hommes et les Femmes pareillement justiciables et contribuables, sont égaux devant la Loi et jouissent de leurs droits civils et politiques.«Le suffrage restreint aux hommes devient réellement universel en s’universalisant aux Femmes.«La nation formée d’hommes et de femmes est intégralement représentée dans les Assemblées administratives et législatives. Les Françaises comme les Français—en attendant qu’ils gèrent directement la commune et l’Etat—chargent des Mandataires de défendre leurs intérêts au Parlement et à l’Hôtel-de-Ville.«Les seuls électeurs sont comptés pour établir les circonscriptions électorales. Si les Femmes, qui ne sont pas représentées, ne contribuaient point à former des sièges législatifs, il y aurait 310 députés de moins, près de 5 millions d’épargnés.«Les Hommes et les Femmes reçoivent le même développement physique, moral, intellectuel, professionnel.«Toutes les carrières, les emplois, les fonctions publiques sont accessibles aux femmes comme aux hommes.«A production égale, salaire égal, pour les deux sexes.«L’Etat oppresseur qui nous prend notre argent et qui restreint notre liberté, est remplacé par l’Etat libérateur qui diminue lescharges, assure le travail aux français valides, l’assistance aux malades et infirmes.«Les ménagères qui font gratuitement à la maison le travail d’hommes de peine, de cuisinier, de blanchisseur, ont comme les salariés, droit à la retraite ouvrière.«Chacun touche la totalité du prix de son labeur. Les syndicats responsables, remplaçant les entrepreneurs, sont seuls aptes à recevoir des patrons le travail et à le répartir aux travailleurs.«L’Homme et la Femme sont dans le mariage, des associés égaux qui restent maîtres de leur personne et de leur avoir.«La maternité est la première des fonctions sociales. Les mères dépourvues de moyens d’existence, pendant qu’elles perpétuent la Nation, sont comme les soldats pendant qu’ils défendent le territoire, nourries, logées, vêtues par la société.«Toutes les denrées alimentaires de première nécessité sont exemptées d’impôts.«La justice est gratuite. Les tribunaux et les jurys sont composés d’hommes et de femmes.«Les électeurs délèguent leurs pouvoirs pour un an, jusqu’à ce qu’ils gardent en permanence leur souveraineté et exercent directement le gouvernement.«Les Candidates:HubertineAuclert, GabrielleChapuis,RenéeMortier.«Electeurs, votez pour ces candidates.«Imposez l’entrée des femmes dans le droit commun, elles vous aideront à pénétrer le mécanisme de la politique et bientôt, vous serez à même de rester vos maîtres.»
«Les Hommes et les Femmes pareillement justiciables et contribuables, sont égaux devant la Loi et jouissent de leurs droits civils et politiques.
«Le suffrage restreint aux hommes devient réellement universel en s’universalisant aux Femmes.
«La nation formée d’hommes et de femmes est intégralement représentée dans les Assemblées administratives et législatives. Les Françaises comme les Français—en attendant qu’ils gèrent directement la commune et l’Etat—chargent des Mandataires de défendre leurs intérêts au Parlement et à l’Hôtel-de-Ville.
«Les seuls électeurs sont comptés pour établir les circonscriptions électorales. Si les Femmes, qui ne sont pas représentées, ne contribuaient point à former des sièges législatifs, il y aurait 310 députés de moins, près de 5 millions d’épargnés.
«Les Hommes et les Femmes reçoivent le même développement physique, moral, intellectuel, professionnel.
«Toutes les carrières, les emplois, les fonctions publiques sont accessibles aux femmes comme aux hommes.
«A production égale, salaire égal, pour les deux sexes.
«L’Etat oppresseur qui nous prend notre argent et qui restreint notre liberté, est remplacé par l’Etat libérateur qui diminue lescharges, assure le travail aux français valides, l’assistance aux malades et infirmes.
«Les ménagères qui font gratuitement à la maison le travail d’hommes de peine, de cuisinier, de blanchisseur, ont comme les salariés, droit à la retraite ouvrière.
«Chacun touche la totalité du prix de son labeur. Les syndicats responsables, remplaçant les entrepreneurs, sont seuls aptes à recevoir des patrons le travail et à le répartir aux travailleurs.
«L’Homme et la Femme sont dans le mariage, des associés égaux qui restent maîtres de leur personne et de leur avoir.
«La maternité est la première des fonctions sociales. Les mères dépourvues de moyens d’existence, pendant qu’elles perpétuent la Nation, sont comme les soldats pendant qu’ils défendent le territoire, nourries, logées, vêtues par la société.
«Toutes les denrées alimentaires de première nécessité sont exemptées d’impôts.
«La justice est gratuite. Les tribunaux et les jurys sont composés d’hommes et de femmes.
«Les électeurs délèguent leurs pouvoirs pour un an, jusqu’à ce qu’ils gardent en permanence leur souveraineté et exercent directement le gouvernement.
«Les Candidates:HubertineAuclert, GabrielleChapuis,RenéeMortier.
«Les Candidates:HubertineAuclert, GabrielleChapuis,RenéeMortier.
«Electeurs, votez pour ces candidates.
«Imposez l’entrée des femmes dans le droit commun, elles vous aideront à pénétrer le mécanisme de la politique et bientôt, vous serez à même de rester vos maîtres.»
Une de leurs affiches s’adressait aux électeurs:
«Citoyens, qui voulez assurer la représentation de la minorité des Electeurs, vous ne pouvez pas laisser sansReprésentantsau parlement,la majorité de la nationformée des Femmes.«Les Françaises et les Français qui subissent les mêmes lois, qui supportent les mêmes charges, sont à titre égal, des ayants-droit àsauvegarder leurs intérêts, en votant et en légiférant.«C’est au détriment de toute la nation, que les femmes prévoyantes et économes sont exclues du gouvernement du pays; car en supprimant le gaspillage,elles feraient instaurer dans l’Etat, le bien-être qu’elles savent entretenir dans la maison.«Electeurs, si vous voulez précipiter la marche du progrès, agissez en souverains équitables, donnez vos voix à desFéministesqui luttent pour compléter l’affranchissement humain.«Pour vous représenter dans la 2e, la 1re, la 3ecirconscription du XIearrondissement, envoyez à la Chambre les candidates:«HubertineAuclert, GabrielleChapuis, RenéeMortier.«Vous êtes souverains,votre volonté a force de loi. Assurez l’élection de ces trois candidates en leur donnant vos votes et vous ferez commencer en France l’ère deJusticeque tout le monde attend.»
«Citoyens, qui voulez assurer la représentation de la minorité des Electeurs, vous ne pouvez pas laisser sansReprésentantsau parlement,la majorité de la nationformée des Femmes.
«Les Françaises et les Français qui subissent les mêmes lois, qui supportent les mêmes charges, sont à titre égal, des ayants-droit àsauvegarder leurs intérêts, en votant et en légiférant.
«C’est au détriment de toute la nation, que les femmes prévoyantes et économes sont exclues du gouvernement du pays; car en supprimant le gaspillage,elles feraient instaurer dans l’Etat, le bien-être qu’elles savent entretenir dans la maison.
«Electeurs, si vous voulez précipiter la marche du progrès, agissez en souverains équitables, donnez vos voix à desFéministesqui luttent pour compléter l’affranchissement humain.
«Pour vous représenter dans la 2e, la 1re, la 3ecirconscription du XIearrondissement, envoyez à la Chambre les candidates:
«HubertineAuclert, GabrielleChapuis, RenéeMortier.
«Vous êtes souverains,votre volonté a force de loi. Assurez l’élection de ces trois candidates en leur donnant vos votes et vous ferez commencer en France l’ère deJusticeque tout le monde attend.»
Des électeurs répondirent à l’appel desFemmes. Hubertine Auclert obtint 590 voix, Renée Mortier 200, MmeGabrielle Chapuis étant tombée malade n’avait pu soutenir sa candidature.
Les élections municipales de 1908 lui permirent de faire une manifestation, qui fut un vrai sacrifice à sa cause, car elle était aussi timide de caractère qu’audacieuse de pensée. «Désespérée, a-t-elle dit, de ne point voir aboutir mes efforts légaux, je pensais que les hommes avaient fait des barricades pour pouvoir voter, et bien que très ennemie de la violence, je culbutai l’urne électorale à la section de la mairie du 4earrondissement», ce qui lui valut d’être condamnée à 16 francs d’amende avec sursis.
Aux élections municipales de 1912 les femmes ne se présentèrent pas. Elles firent apposer des affiches dans tous les quartiers:
Celles de la Société du «Suffrage des femmes» préconisaient la gestion de la commune par les hommes et les femmes quiapporteraient au bien commun leurs qualités particulières.
«Nous réclamons l’électoratet l’éligibilitépour les femmes, parce que ce ne sera que quand les femmes voteront et seront élues, que le Conseil Municipal sera l’image exacte de Paris où il y a actuellement 173.000 femmes de plus que d’hommes.«Nous réclamons l’électoratet l’éligibilitépour les femmes parce que la France ne sera bien administrée que quand les hommes et les femmes apporteront dans la gestion de leur bien commun, chacun leurs qualités particulières.«Le renchérissement rend urgent de faire s’appliquer tout l’effort humain à l’administration publique, les hommes ne pouvant pas plus dans la commune que dans la maison, organiser, sans le concours des femmes, le bien être.«Les Parisiens et les Parisiennes qui subissent les mêmes lois, qui supportent les mêmes charges sont à titre égal des ayants-droit à sauvegarder leurs intérêts à l’Hôtel-de-Ville. C’est au détriment de tous les habitantsque les femmes prévoyantes et économes ne voteront ni ne seront élues le 5 mai.«Les Conseillers Municipaux qui ont des attributions masculines et féminines, ne peuvent à la fois être hommes et femmes. L’absence de sollicitude maternelle laisse en la capitale du monde des enfants nombreux sans logement.«Si les femmes participaient à l’administration de la Ville de Paris, les constructeurs seraient obligés de tenir compte des besoins de la population peu fortunée; ils devraient édifier cinq maisons à petits loyers, pour une maison à gros loyer.«L’administration des hommes et des femmes ferait s’établir la vie à bas prix. En supprimant les octrois, elle épargnerait de l’argent, car l’impôt perçu sur l’estomac des parisiens est plus que dépensé en journées d’hôpital, (l’alimentation insuffisante prédisposant aux maladies).«Les femmes qui savent augmenter la valeur d’emploi de l’argent amélioreraient immédiatement l’existence matérielle des habitants et elles donneraient à chacun la sécurité du lendemain.«Electeurs, faites adjoindre les femmes aux hommes pour administrer Paris.»
«Nous réclamons l’électoratet l’éligibilitépour les femmes, parce que ce ne sera que quand les femmes voteront et seront élues, que le Conseil Municipal sera l’image exacte de Paris où il y a actuellement 173.000 femmes de plus que d’hommes.
«Nous réclamons l’électoratet l’éligibilitépour les femmes parce que la France ne sera bien administrée que quand les hommes et les femmes apporteront dans la gestion de leur bien commun, chacun leurs qualités particulières.
«Le renchérissement rend urgent de faire s’appliquer tout l’effort humain à l’administration publique, les hommes ne pouvant pas plus dans la commune que dans la maison, organiser, sans le concours des femmes, le bien être.
«Les Parisiens et les Parisiennes qui subissent les mêmes lois, qui supportent les mêmes charges sont à titre égal des ayants-droit à sauvegarder leurs intérêts à l’Hôtel-de-Ville. C’est au détriment de tous les habitantsque les femmes prévoyantes et économes ne voteront ni ne seront élues le 5 mai.
«Les Conseillers Municipaux qui ont des attributions masculines et féminines, ne peuvent à la fois être hommes et femmes. L’absence de sollicitude maternelle laisse en la capitale du monde des enfants nombreux sans logement.
«Si les femmes participaient à l’administration de la Ville de Paris, les constructeurs seraient obligés de tenir compte des besoins de la population peu fortunée; ils devraient édifier cinq maisons à petits loyers, pour une maison à gros loyer.
«L’administration des hommes et des femmes ferait s’établir la vie à bas prix. En supprimant les octrois, elle épargnerait de l’argent, car l’impôt perçu sur l’estomac des parisiens est plus que dépensé en journées d’hôpital, (l’alimentation insuffisante prédisposant aux maladies).
«Les femmes qui savent augmenter la valeur d’emploi de l’argent amélioreraient immédiatement l’existence matérielle des habitants et elles donneraient à chacun la sécurité du lendemain.
«Electeurs, faites adjoindre les femmes aux hommes pour administrer Paris.»
Dans les réunions mensuelles que tenait à la Mairie du XIearrondissement, la Société «Le suffrage des Femmes», Hubertine Auclert mettait dans ses Causeries les femmes au courant de la politique du jour, examinait ce qui dans les lois en discussion leur était avantageux ou défavorable.
Elle parlait souvent de la puissance du vote pour les femmes:
«Les femmes se soucient peut-être peu du vote, mais toutes désirent certainement ce que le vote peut procurer: le bonheur, la liberté, le bien-être.«Comme l’homme vous voulez pouvoir utiliser vos facultés, vous voulez que tous les emplois vous soient accessibles, vous voulez quand vous faites le même travail que l’homme recevoir les mêmes appointements que lui.«Jeunes filles, vous voulez être libres d’aller et de venir à volonté sans être le jouet des larrons d’honneur; épouses, vous voulezcesser d’être la servante et la dupe pour devenir la compagne, l’amie de votre mari; mère, vous voulez avoir, au moins, autant que le père le droit de diriger vos enfants. Femmes trompées et trahies, si vous demandez justice, c’est, n’est-il pas vrai, pour éviter d’être obligées de vous faire justice à vous même. Eh bien, vous aurez justice. Eh bien, vous pourrez réaliser vos souhaits d’une meilleure condition sociale quand vous posséderez le vote. Le vote est ce qu’il y a de plus immédiatement désirable puisqu’il vous investira d’un pouvoir féerique au moyen duquel vous pourrez, pour ainsi dire, réaliser vos désirs par la seule puissance de votre volonté. Pour que tout soit dans la société, dans la famille, dans l’état à votre avantage et à l’avantage de tous il faut que vous femmes, qui êtes des ayants droits, il faut que vous femmes, qui subissez les lois, il faut que vous femmes vous participiez au gouvernement du pays. Pour conquérir leurs droits électoraux il suffit que les femmes aient pour elles-mêmes une heure de ce suprême dévouement dont elles sont pour tous prodigues.«L’antagonisme des sexes a sa source dans la fausse situation faite à la femme dans la société. Légalement inférieure, la femme est déconsidérée par l’homme qui se croit, comme la loi l’établit, supérieur à elle, et en conséquence la traite en sujette et abuse d’elle.«Toutes preuves scientifiques ont été données que la nature n’a pu faire inégaux deux êtres de la même espèce. Quand cette égalité des sexes proclamée par la loi sera passée dans les mœurs l’entente sera alors possible entre les humains. L’homme mettra de la courtoisie dans ses rapports avec la femme, car on impose, en l’élevant, la considération et le respect pour un individu.«Les hommes se sont attribués le droit de tout régler dans la société, absolument comme s’il n’y avait pas dans cette société deux facteurs avec leurs qualités propres. Les femmes sont, cependant, considérées comme personnes raisonnables puisqu’on leur attribue la responsabilité de leurs actes. Elles font, à n’en pas douter, partie intégrante de l’association.«Le suffrage universel doit être l’expressionréelle de la volonté de la nation. Or, tant que les femmes ne voteront pas l’opinion exprimée par le suffrage restreint de la moitié de la nation ne sera qu’un mensonge; on ne connaîtra réellement la volonté de la France que quand les hommes comme les femmes voteront. Tous subissent les lois. Tous hommes et femmes doivent concourir à les faire. Tous ayant des intérêts en jeu, tous hommes et femmes doivent intervenir pour les défendre».
«Les femmes se soucient peut-être peu du vote, mais toutes désirent certainement ce que le vote peut procurer: le bonheur, la liberté, le bien-être.
«Comme l’homme vous voulez pouvoir utiliser vos facultés, vous voulez que tous les emplois vous soient accessibles, vous voulez quand vous faites le même travail que l’homme recevoir les mêmes appointements que lui.
«Jeunes filles, vous voulez être libres d’aller et de venir à volonté sans être le jouet des larrons d’honneur; épouses, vous voulezcesser d’être la servante et la dupe pour devenir la compagne, l’amie de votre mari; mère, vous voulez avoir, au moins, autant que le père le droit de diriger vos enfants. Femmes trompées et trahies, si vous demandez justice, c’est, n’est-il pas vrai, pour éviter d’être obligées de vous faire justice à vous même. Eh bien, vous aurez justice. Eh bien, vous pourrez réaliser vos souhaits d’une meilleure condition sociale quand vous posséderez le vote. Le vote est ce qu’il y a de plus immédiatement désirable puisqu’il vous investira d’un pouvoir féerique au moyen duquel vous pourrez, pour ainsi dire, réaliser vos désirs par la seule puissance de votre volonté. Pour que tout soit dans la société, dans la famille, dans l’état à votre avantage et à l’avantage de tous il faut que vous femmes, qui êtes des ayants droits, il faut que vous femmes, qui subissez les lois, il faut que vous femmes vous participiez au gouvernement du pays. Pour conquérir leurs droits électoraux il suffit que les femmes aient pour elles-mêmes une heure de ce suprême dévouement dont elles sont pour tous prodigues.
«L’antagonisme des sexes a sa source dans la fausse situation faite à la femme dans la société. Légalement inférieure, la femme est déconsidérée par l’homme qui se croit, comme la loi l’établit, supérieur à elle, et en conséquence la traite en sujette et abuse d’elle.
«Toutes preuves scientifiques ont été données que la nature n’a pu faire inégaux deux êtres de la même espèce. Quand cette égalité des sexes proclamée par la loi sera passée dans les mœurs l’entente sera alors possible entre les humains. L’homme mettra de la courtoisie dans ses rapports avec la femme, car on impose, en l’élevant, la considération et le respect pour un individu.
«Les hommes se sont attribués le droit de tout régler dans la société, absolument comme s’il n’y avait pas dans cette société deux facteurs avec leurs qualités propres. Les femmes sont, cependant, considérées comme personnes raisonnables puisqu’on leur attribue la responsabilité de leurs actes. Elles font, à n’en pas douter, partie intégrante de l’association.
«Le suffrage universel doit être l’expressionréelle de la volonté de la nation. Or, tant que les femmes ne voteront pas l’opinion exprimée par le suffrage restreint de la moitié de la nation ne sera qu’un mensonge; on ne connaîtra réellement la volonté de la France que quand les hommes comme les femmes voteront. Tous subissent les lois. Tous hommes et femmes doivent concourir à les faire. Tous ayant des intérêts en jeu, tous hommes et femmes doivent intervenir pour les défendre».
Dans une autre causerie elle s’occupait de la dénomination des femmes: