LIVRE PREMIER

Quatre cens et quatre ans avant que Rome fut fondée, régnoit Priant en Troie la grant. Il envoia Paris, l'aisné de ses fils, en Grèce, pour ravir la royne Hélène, la femme au roy Ménalaus, pour soi vengier de une honte que les Grecs lui eurent jà faite. Les Grecs qui moult furent corrouciés de ceste chose s'esmurent et vindrent asségier Troie.

A ce siège qui dis ans dura, furent occis tous les fils au roy Priant, lui et la royne Ecuba sa femme. La cité fu arse et destruite, le peuple et les barons occis. Mais aucuns eschapèrent de cele pestilence et plusieurs des princes de la cité, qui s'espandirent en diverses parties du monde pour querre nouvelles habitacions; comme Hélénus, Énéas et Anthénor, et maint autre. Cil Hélénus fu l'un des fils au roy Priant, et si estoit poëte et bons clerc. Il enmena avec lui mil deus cens des exiliés de Troie: en Grèce s'en ala au règne Pandrase: de lui sortit grant lignée. Enéas qui refut un des grans princes de Troie, se mist en mer avec quatre mil et quatre cens Troiens; en Cartage arriva après grans périls et grans tourmens que il eut en mer souffers. Avec Dido, la royne de la cité, demoura une pièce de temps, puis s'en partit et arriva en Ytalie qui, par sort, lui estoit destinée selon les fables Ovidiennes. La terre conquist et régna, puis, trois ans. Après sa mort, Ascanius son fils espousa Lavine, la fille au roy Latin: un fils eut de celle dame qui fu appelé Silvius. Quant il fu grans et parcréus, il hanta tant ès chambres de sa mère que il engroissa une siene nièce, si engendra en elle Brut. Ce Brutus enmena puis la lignée de Lern9dont nous avons dessus touchié, en l'ile d'Albion qui ore est apelée Angleterre, et Corinée qui estoit descendu de la lignée de Anthénor. Quant ils eurent cette île prise, qui au temps de lors estoit habitée de jaians10, Corinée ot à sa part une contrée de la terre qui encore est apelee Cornouaille, par la raison de son nom. L'autre partie de la terre que Brutus retint à soy, refut de son nom apelée Bretaigne. Lors fonda une cité tout à la semblance de Troie la grant, et l'apella Trinovaque11, c'est-à-dire Troie nouvelle. De celui Brut descendirent tous les roys qui puis furent en la terre, jusques au temps que Anglois, qui vinrent de une des contrées de Saissoingne12qui estoit apellée Angle, pristrent la terre, des quels elle est apelée Angleterre.

Note 9:(retour)Lern. Tous les manuscrits et tous les imprimés portant ce nom ou celui deLevi; c'est donc une faute du traducteur plutôt que du copiste. Il faut lireHelenus. Brut en effet, chassé d'Italie, vint en Grèce, où s'étoit établiHelenus. On lit dans le roman deBrutque va publier M. Leroux de Lincy:Cil (Brutus) passa mer, en Gresce alaDe cels de Troie ilec trovaTote la lignieHeleni.....(Tom. I, vers 1049.)

Cil (Brutus) passa mer, en Gresce alaDe cels de Troie ilec trovaTote la lignieHeleni.....(Tom. I, vers 1049.)

Cil (Brutus) passa mer, en Gresce alaDe cels de Troie ilec trovaTote la lignieHeleni.....(Tom. I, vers 1049.)

Cil (Brutus) passa mer, en Gresce ala

De cels de Troie ilec trova

Tote la lignieHeleni.....

(Tom. I, vers 1049.)

Note 10:(retour)Voy. le roman de Brut, terminé en 1165, et qui le plus souvent traduit Geoffroi de Montmouth. (Tom. Ier, v. 1063.)

Note 11:(retour)Trinovaque, c'est encore un mot mal lu par le traducteur. Il falloit écrireTrinovant(Troja-Nova), qui, suivant les historiens bretons, fut le second nom Londres.Por ses encestres remembrerLa fistTroie-nueveapeler.Puis ala il nons corrompant,Si l'apela-onTrinovant...Et nous orLondresl'apellons.(BRUT t. I, v. 1219.)

Por ses encestres remembrerLa fistTroie-nueveapeler.Puis ala il nons corrompant,Si l'apela-onTrinovant...Et nous orLondresl'apellons.(BRUT t. I, v. 1219.)

Por ses encestres remembrerLa fistTroie-nueveapeler.Puis ala il nons corrompant,Si l'apela-onTrinovant...Et nous orLondresl'apellons.(BRUT t. I, v. 1219.)

Por ses encestres remembrer

La fistTroie-nueveapeler.

Puis ala il nons corrompant,

Si l'apela-onTrinovant...

Et nous orLondresl'apellons.

(BRUT t. I, v. 1219.)

Note 12:(retour)Saissoingne. Saxe. (Saxonia.)

Turcus et Francio qui estoient cousins germains, (car Francio estoit fils de Hector et celui Turcus fils Troylus, qui estoient frères et fils au roy Priant) se départirent de leur contrée et alèrent habiter de lez une terre qui est apelée Trace. Là demourèrent sur un fleuve qui a nom la Dinoe13. Quant ensemble eurent habité un grant temps, Turcus se départit de Francio son cousin, lui et une partie du peuple que il enmena avec soi: en une contrée s'en ala qui est nommée Stice14la petite. En celle terre habita si longuement lui et sa gent, que ils créèrent de eus quatre manières de gens, Austroghotes, Ypoghotes, Wandes et Normans. Francio demeura sur le devant dit fleuve, après que son cousin se fut de lui départi. Là fondèrent une cité que ils apelèrent Sicambre; longuement furent apelés Sicambriens, pour le nom de cele cité. Tributaires estoient aus Romains aussi comme les autres nascions. Mil cinq cens ans et sept demeurèrent en celle cité, puis que ils l'eurent fondée.

Note 13:(retour)la Dinoec'est l'ancien nom françois duDanube.

Note 14:(retour)Stice. Il auroit fallu traduire iciScythie, d'après le texte de Hugues de Saint-Victor.

15Après, il avint, au temps de Valentinien l'empereour des Romains, qui régna puis la passion Jhésucrist trois cens et soixante-seize ans, que une manière de gens qui estoient apellés Alains, habitoient ez palus de Meode16: fortes gens estoient et batailleurs. A celui empereur Valentinien se combatirent plusieurs fois. Aucunes fois les vainqui et les embati par force dedans les dites palus; mais les Romains ne les purent suivre, car les lieux estoient si forts et si périlleus pour les fontaines et pour les mareschières, que quant ils estoient dedans embatus, ils ne les pouvoient de riens gréver.

Note 15:(retour)Aimoini lib. I, cap.1.

Note 16:(retour)Palus de MeodepourPalus-Méotides. C'est Valentinien II dont il est ici question. Valentinien Ier mourut en 375.

Quant l'empereour vit ce, il apela en son aide les Troiens qui habitoient en Sicambre et leur pria qu'ils feissent une voie tant seulement, par quoi sa gent peussent venir à ses ennemis soudainement. Ils lui respondirent que ils ne feroient pas ce sans plus17, ains lui promirent que ils les prendroient et chasceroient fors par force. L'empereour qui moult lié fut de cele response, leur quitta le treu de dix ans, s'ils povoient ce faire.

Note 17:(retour)Illi non id solum se facturos, verum se Alanos hinc expulsuros spondent.(Aimoini cap. 1.)

Joyeux furent les Troiens de la promesse l'empereour: soudainement se férirent ès palus, comme ceux qui bien savoient esquiver les périls et les maus-pas que ils connoissoient; les Alains de euls ne se prenoient garde; car ils cuidoient que nuls ne se peust jusques à euls venir, pour la forteresce des lieux. Grant partie en occistrent, (l'autre partie eschapa par fuite,) et aucuns en pristrent.

L'empereour s'esmerveilla moult de la force et de la hardiesce des Troiens, pour ce que ils avoient osé entrer en lieux si périlleux, occire, prendre et chascier les plus grans ennemis de l'empire; ce que les Romains vainqueurs de tout le monde n'osoient faire: pour ce les apela-on lors François; par la raison de leur fierté.

18Autre opinion pourquoi ils furent dits François: aucuns des aucteurs racontent qu'ils furent apellés François du nom d'un prince que ils orent, qui estoit apellé Francio, duquel nous avons là-dessus parlé; et dient ainsi que quant ils se départirent de Troie la grant, ils firent un roy qui eut nom Frigan; puis alèrent par maintes régions jusques en Aise19la grant. Là se devisèrent en deus parties, dès quelles l'une habita en Grèce en la terre de Macédoine; par la vertu des quels les Macédoniens furent si redoutés que ils firent moult de batailles et orent plusieurs victoires par leur aide au temps le roy Phelippe et le grant roy Alixandre son fils. L'autre partie de ce devant dit peuple ala en Europe: habitacion prist entre la grant mer20et une région qui est apellée Trace sur la rive de la Dinoe. Quant ainsi orent là habité une pièce de temps, ils se déviserent en deus parties, et furent deus nascions diverses, apelées par divers noms; car les uns furent nommés Torgotins, pour leur roy qui estoit apellé Torgotus21, et les autres, pour leur roy qui avoit nom Francion, furent apelés François, qui chacièrent les Alains des palus de Méode, si comme nous avons la sus dit, à la requeste l'empereour de Rome.

Note 18:(retour)Aimoini lib. I, cap. 2

Note 19:(retour)Aise. Asie.

Note 20:(retour)Inter Oceanum.(Aim., cap. 2.)

Note 21:(retour)Et una quidem natio Torgorum, à Torgoto rege...adepta nomen est.Le vieux traducteur a mal rendu cette phrase, trompé par l'incorrection du manuscrit de la chronique d'Aimoin, qui auroit dû porter:Turchorum a Turchoto rege, au lieu deTorgorum, etc. Il eut fallu traduire: «Les uns furent nommésTurcs, pour leur roy qui estoit appeléTurcotus.»--C'est leTurcusdu chapitre précédent.

22Quant les dis ans fuient trespassés, l'empereour Valentin23, duquel nous avons parlé dessus, envoia ses messages aus Troiens, pour querir le treu que ils avoient, devant les dis ans, accoustumé à paier. Ils respondirent aus messages que ils en estoient quites par le pris de leur sanc, et que pour eus racheter de ce treu à tous-jours-mais, s'estoient-ils mis en péril de mort; et que jamais treu ne leur rendroient. L'empereour plain d'ire et d'indignacion vint sur eus à grant ost; ses batailles ordona pour combattre; et les Troiens bien que ils ne fussent que une seule nascion assez petite contré l'empire de Rome, issirent à bataille. Mais quant ils virent que la force des autres nascions estoit ajoustée avec les Romains, ils surent bien que ils ne pourroient avoir longue durée encontre si grant pueple: pour ce, jugièrent plus profitable chose à cesser que à combattre. Leur cité guerpirent lors, car ils ne vouloient plus estre tributaires: en Germanie descendirent, les rivages prirent du fleuve qui est apellé le Rin: trois ducs firent de leur gent pour eus gouverner: l'un eut nom Marchomires, l'autre Sunnones, et le tiers Genebaus. Leur peuple estoit ja fortement mouteplié et cru: car au temps qu'ils issirent de Aise, ils n'estoient pas plus de douze mille de gent d'armes, et jà estoient si mouteplië, que les Germains et les Alemans, qui en quantité et en force sont puissans, avoient merveilleusement paour de eus. Parmi la terre s'espandirent, et prirent plusieurs chastiaus et plusieurs cités.

Note 22:(retour)Aimoinilib. I, cap. 3.

Note 23:(retour)Tous les manuscrits ont iciValentin, il fautValentinien, cette erreur vient de la traduction faite au XIIIème siecle, et qui portoit partoutValentinpourValentinien. Les copistes postérieurs ne changerent le nom que dans les premières phrases.

En ce temps, régnoit l'empereour Théodosie. Mainte complainte eut des François qui Alemaigne avoient ainsi prise: contr'eus envoia à grant ost Nannie et Quentin qui estoient deus grans maistres de chevaliers24. Aus François se combatirent, vaincus furent en la première bataille. Quant ils virent ce, ils apelèrent en leur aide Eracle et Jovinien25qui estoient deus princes de la chevalerie de Rome. Derechief se combatirent aus François tous ensemble; en cele seconde bataille furent les Romains desconfits: mais Eracle et Jovinien s'enfuirent. Et alors firent les François si grande occision de Romains, que toutes les autres nascions en furent durement espoentées, et onques puis ne fu nul qui les osast contraindre ni conseiller de rendre treu. Arbogastes, qui estoit conte de cele gent, s'enfouit aus Romains, après que les François les eurent vaincus: mais toutes fois rapareilla-il bataille contre eus: une partie en desconfit, et aus autres fist pais, si comme il est escrit plus plainement en la vie saint Ambroise. En ce temps, prirent les François la cité de Trèves par le conseil et par l'aide de Luce, l'un des conseillers de Rome: par ce Luce avoit grant dueil et grant despit de ce que Avites, qui estoit ainsi comme empereour sur la terre de Gaules, avoit géu à sa femme: et ce fu la raison pour quoi il le fist.

Note 24:(retour)Magistri militum(Aimoin.)

Note 25:(retour)Il falloit corriger le texte d'Aimoin, et écrire:Eracle tribun des Joviens;lequel fut tué dans la bataille. Voy. laChronique d'Idace.

Toute celle gent ne demeura pas en ce païs, ains s'en départit une compaignie; vingt-trois mil furent par nombre. Entr'eus firent un duc qui eut nom Ybors. Ils laissièrent Alemaigne et Germanie, pour querir nouvele habitacion. En Gaule arrivèrent: le païs et la terre leur plut moult, et moult leur sembla délitable à demourer. Sur le fleuve de Saine habitèrent et fondèrent une cité qu'ils nommèrent Leuthèce, (qui ore est apelée Paris), huit cent et quatre vins et quinze ans devant l'incarnation nostre Seigneur: là habitèrent, mil deus cent soixante dis ans puis que leur ancesseur se furent partis de Sicambre. En ce temps vivoient simplement, peu savoient de l'usage d'armes. Au temps de lors n'avoit onques en roy en France; chascun faisoit ce que bon lui sembloit: mais toutes-fois estoient ils subgects aus Romains et faisoient, chascun an, nouviaus conseilleurs de leur gent, meismes pour le peuple gouverner, ainsi comme ceus de Rome.

En ce temps, entra Marchomires en France. Ce Marchomires avoit esté fils au roy Priant d'Osteriche, qui estoit descendu de la ligniée le grant roy Priant de Troie. Ceus de Gaule le reçurent moult honnourablement et toute sa gent; et pour ce que il leur enseigna l'usage des armes, et que il fist clore les cités et les chastiaus de murailles contre les assaus des larrons, l'establirent-ils gouverneur et deffendeur du païs; et aussi, pour ce que il estoit descendu de la ligniée de Troie comme ils estoient, ils furent tout un peuple et une gent.

Ce Marchomires avoit un fils qui eut nom Pharamons, noble chevalier estoit et preus aus armes. Les François qui voulurent avoir roy, aussi comme les autres nascions, prirent ce Pharamons par le conseil Marchomire son père: seigneur et roy le firent sur eus, et lui leissièrent le païs à gouverner. Pharamons fut le premier roy de France: car à ce temps n'avoit onques eu roy: ains estoit le païs sous l'empire de Rome. Pour ce que Marchomires vouloit aquerir leur grâce et leur amour, mua le nom de la cité qui devant estoit apelée Leuthèce, qui vaut autant à dire comme ville plaine de boue, et lui mist nom Paris, pour Paris, l'aisné fils au grant roy Priant de Troie, de la quelle ligniée il estoit descendu: car tous ceuls qui de celle généracion estoient, en quelque terre que ils fussent, désiroient moult que leur nom et leur renommée fust espandue et moutepliée par tout le monde. Ce roy Pharamons gouverna noblement le royaume tant comme il vesqui: mort fu quant il eut régné vint ans.

26Jusques ici, nous avons récitées les opinions d'aucuns aucteurs; mais pour ce que nous ne volons pas que l'on puisse trouver contrariété en ceste lettre, nous prendrons la matière comme elle gist ès Croniques qui ainsi disent que les François quand se partirent de Sicambre et quand ils eurent Alemaigne et Germanie conquise, coronnèrent un roy qui eut nom Pharamont. Ce Pharamont engendra Clodio, qui après lui fu roy. Apelé fu Clodio le chevelu: car en ce temps estoient les roys chevelus.

Note 26:(retour)Aimoini lib. I, cap. 4.

Peu de temps après que le roy Clodio fu couronné, lui et les François se prirent à envaïr les terres voisines et à courir sus à ceus qui à eus marchissoient. Ils dégastèrent la contrée de une gent qui près d'eus habitoient, et que on apeloit Toringiens: cele terre siet en une partie d'Alemaigne. Un chastel prirent qui estoit nommé Dispargue27et en ce chastel le roy establit le siége de son règne.

Note 27:(retour)On croit reconoître Dispargue dans la ville de Dœsbourg, entre Bruxelles et Louvain.

28Dès lors commençoit jà l'empire de Rome à abaissier et à décheoir, et la force des Romains qui souloit estre comparée à force de fer, estoit jà chéue en la fragilité qui est comparée à pos de terre: car les Bourgoignons avoient jà pourprise et saisie la province de Lyon, et les Gottiens celle d'Aquitaine; et les Romains ne tenoient plus de toute Gaule fors cele partie qui est enclose entre Loire et le Rin.

Note 28:(retour)Aimoini lib. I, cap. 5.

Le roy Clodio qui moult désiroit à eslargir les bornes de son royaume, envoya ses espies oultre le Rin pour savoir quelle deffense le païs avoit; puis passa oultre avec tout son ost; la cité de Cambrai assist et prist; oultre passa parmi la forest de la Charbonière. A la cité de Tournai vint, le siége mist entour la ville, assez tost après la prist; tous les Romains qui contre lui vinrent, pour le païs deffendre, occist et mist à mort.

29Mais pour ce que nous avons ci fait mencion de deus provinces de Gaule, qui ore est appelée France, avenante chose est que soit mise ici la distinction de toute Gaule en la manière que la descrit Jules César, qui en dis ans la conquist. A lui s'accorde Plinius et mains autres philosophes. En trois provinces principaus est toute Gaule devisée. La première si est Celle qui vaut autant à dire comme celle de Lyon; la seconde celle de Belge; et la tierce celle d'Aquitaine. La province de Lyon, qui commence au Rosne et fenist à Gironde, contient maintes nobles cités, desquelles nous ayons ci mis les noms; car par les noms des cités sera plus légièrement la description entendue.

Note 29:(retour)Aimoini præfatio, cap. 4.

30La première si est Lyon; Chalons, Ostun, Sens, Troies, Aucerre, Miaus, Paris, Orliens, Chartres, Rouen, Evreus, Lysieux, Avrences, le Mans, Nantes, Renes, Vanes, Angiers, Nevers, Tours et Bourges; mais Sens et Ostun furent jadis de plus grand noblece et de plus grant auctorité que nule des autres: car la cité d'Ostun fu comme principale et maistresse de toute Gaule, au temps que Jules César et les Romains tenoient le païs; pour ce qu'elle obéit tous jours volentiers aus empereours de Rome, et garda et nourrit tous jours la grâce et l'amour qu'elle avoit aus Romains. La cité de Sens fu de si grant affaire et de si grant fierté que les Frans Sénonois assirent Rome et la prirent par force, et enfermèrent les Romains dedans le Capitole; et les Romains les firent retourner, par grant avoir qu'ils leur donnèrent avant qu'ils s'en vousissent partir.

Note 30:(retour)Aimoini præfatio, cap. 5.

Mais Oroses qui fait une autre distinction de toute Gaule et la devise en quatre provinces, ne s'accorde pas que Tours et Bourges soient en la province de Lyons: ains veut dire que elles sont en celle d'Aquitaine, pour ce que elle commence au fleuve de Loire et dure jusques aus mons de Montjeu31. Mains fleuves courent par ceste province, des quels le Rosne est le plus grant.

Note 31:(retour)Montjeu, les Pyrénées. «Aquitaniam à flumine Ligeris usque ad Pyrenæos montes determinat.» (Aimoini Præfatio, IV.)

Après la description de la province de Lyons met Jules César celle de Belge32qui commence aus dernières parties de Gaule par devers le Rin, et dure jusques à la cité de Senlis33; et s'estent tout contremont vers orient34. Les plus nobles cités sont ci nomées: Coloigne, Tongres, Trèves, Mez, Toul, Verdun, Rains, Chaalons, Laon, Soissons, Amiens, Noyon, Biauvais, Vermans, Arras, Tournay, Cambray, et maintes autres. Mains fleuves courent par celle province, dont le Rin, Matrone et Muese sont les plus grans35; maintes riches forests, des quelles Ardenne est la plus grant: si grant est que elle dure plus de cinq cens milles de lonc.

Note 32:(retour)Belge. «Belgica provincia.» (Aimoin.)

Note 33:(retour)Et dure jusques à la cité de Senlis.Ce membre de phrase n'est pas dans Aimoin, et semble une interpolation. Plusieurs manuscrits portentParis, au lieu deSenlis

Note 34:(retour)Tout contremont vers orient.Le texte d'Aimoin n'est pas traduit complètement: «Belgæ spectant in septentrionem et orientem solem.»

Note 35:(retour)«Ejus provinciæ fluvii Scaldus, Matrona alque Mosa.» Matronac'est la Marne.

La tierce province si est celle d'Aquitaine selon la description Plinius et Jules César. Elle commence au fleuve de Gironde, et d'une part jusque aus mons de Montjeu, et d'autre costé jusques à l'entrée d'Espaigne36. Maintes nobles cités contient. La première est Clermont, Narbonne, Caours, Thoulouse, Gaiete37, Rodais, Limoges, Pierregort38, Poitiers, Bordiaus, Saintes et Angoulesme. Maintes riches forests contient et maints grands fleuves: deux des plus renommés sont Gironde, et Dordonne. Ce fleuve qui est nommé Dordonne, retient le nom de deus fontaines dont il sourd, dont l'une est apelée Dor, et l'autre Donne. Si est nommée ceste province Aquitaine, pour ce qu'elle est plus habondant de fontaines et de fleuves que nulle des autres. Quant les François eurent conquis toutes ces provinces, ils les devisèrent en deus parties tant seulement. La partie devers Septentrion, qui est enclose entre Meuse et le Rin, apelèrent Austrie; celle qui est entre Meuse et Loire, apelèrent Neustrie, et par ce nom fu jadis Normendie apelée, avant que Normans la prissent. La partie devers Lyons que les Bourgoignons pristrent, retint le nom de eus; pour ce fu-elle apelée Bourgoigne. Ci avons descrit le siège de toute Gaule au mieus que nous povons, selon les livres des anciens aucteurs.

Note 36:(retour)Et d'une part,traduction encore inexacte. «Aquitania à Garumnâ flumine usque ad Pyrenæos montes et eam partem quæ ad Hispaniam pertinet spectat.» (Aimoin.).

Note 37:(retour)Gaiete. Variante:Gareste.Gavalisdans Aimoin. On s'accorde à reconnaître iciJavoulsouJavols, aujourd'hui bourg du Languedoc à cinq lieues de Marvejols.

Note 38:(retour)38:Pierregort. Perrigueux.

39Quant le roy Clodio eut régné vint ans, il paia le tribut de nature. Après lui régna Mérovée. Ce Mérovée ne fu pas son fils, mais il fu de son lignage. De lui sortit la première génération des rois de France qui dura, sans faillir, jusques à la génération de Pépin le secont, le père au grant Charlemaine. Et ce roy fu moult profitable au royaume. En ce temps passèrent le Rin une gent qui estoit apelée les Huns. La cité de Trèves ravagèrent, tout le païs d'entour Tongres brulèrent et gastèrent; en tele manière que toute Gaule estoit en batailles et en persécutions; par tout résonnoient cris, pleurs, douleurs et pestilences, occisions et rapines. Si dura ceste male aventure jusques à la cité d'Orliens. La ville assirent et mirent gardes aus portes, que nul n'en peust sortir. En ce temps estoit saint Agnien, évesque d'Orliens: le saint homme fist sa prière vers nostre Seigneur, pourque il confortast le païs et la cité; Nostre Sire oy sa prière, car, par ses oroisons et par sa mérite, fu l'orgueil de ce peuple si troublé, qu'il s'enfuirent et se perdirent en telle manière que l'on ne put onques puis savoir ce qu'il devindrent, ni où il habitèrent. Mort fu le roy Mérovée après ce qu'il eut régné dix-huit ans.

Note 39:(retour)Aimoini lib. I, cap. 6.

40Un fils eut le roy Mérovée, qui eut nom Childéric; coronné fu après la mort de sont père, mais il ne commença pas à régner moult gracieusement: haï estoit de ses barons pour les vilennies et les hontes qu'il leur faisoit; car il prenoit à force leur filles ou leur femmes, quant elles lui plaisoient, pour accomplir les délis de sa char. Pour ceste raison le chascièrent hors du royaume, plus ne pouvant souffrir les griefs de sa desfrenée luxure. Quant ainsi fu exilié, il s'enfui à Bissin, le roy de Toringe, qui moult débonnairement le reçut, et le tint avec lui moult honnorablement tout le temps de soir exil. Mais nul n'est si haï qu'il n'ait par fois aucun ami. Ce roy Childéric eut à ami un des barons qui moult avoit tous jours esté son familier: Guinement avoit nom: par son conseil faisoit le roy moult de choses tandis comme il gouvernoit le royaume. Le roy qui bien savoit que les barons ne l'avoient pas à cuer et qu'il le menaçoient, apela un jour Guinement, avant que il fust essilié du royaume: conseil lui demanda de ceste chose. Celui-ci lui conseilla que il donnast lieu à l'ire des barons41: car s'il demouroit, il acroitroit plus leur male volonté que il ne l'apetisseroit; et la nature humaine est tele que ils portent envie et haine à celui que ils voient présent; et quant ils ne le voient mie, aucune fois advient que ils en ont compassion. Il lui promist que il essaieroit42les cuers des barons, et s'il povoit il les apaiseroit à lui: mais pour ce que il n'en pust de riens estre déceu, il prit un besant d'or et le coupa parmi, l'une moitié lui bailla et l'autre retint, puis lui dist ainsi: «Si je te puis réconcilier aux François, je te envoierai ceste partie que j'ai retenue; et si tu vois que elles accordent ensemble aussi comme elles font orendroit, ce sera certain signe de ta réconciliation: lors, t'en reviendras pour recevoir ton règne, dont tu es maintenant exilié.» Après ces paroles s'en ala le roy en exil, comme nous avons dit, et celui-ci demoura pour sa besoigne procurer.

Note 40:(retour)Aimoini lib. I, cap.7.

Note 41:(retour)Qu'il donnât lieu à l'ire,c'est à direqu'il laissat passer la colere des barons. «ire eorum cededum suadet.» (Aimoin).

Note 42:(retour)Il essayeroit. Il mettroit à l'essai.

43Apres que le roy Childéric se fust destourné du royaume, les barons qui pas ne vouloient estre sans seigneur, eslirent un roy, Gile avoit nom; Romain estoit de nascion; de par les Romains avoit la cure reçue de garder ce que ils tenoient de la terre de Gaule. Pas n'estoient remembrans des injures et des griefs que ils avoient fait à ceus de Rome et à ce Gilon meisme. Moult est l'umaine pensée déceue et avuglée qui pense que celui-là les doive aidier et conseillier à qui l'on aura fait tant de persécutions et tant de dommages: par quel raison conseillera-il son ennemi qui lui aura ses biens gastés, ses maisons arses, son peuple occis et ses cités acravantées? Guinement, qui tant estoit ami au roy Childéric, estoit sage et plain de grant malice: tant fit en brief temps que il fu accointé du roy Gilon, lequel ne faisoit rien sans son conseil, pour ce que il pensoit que il fust le plus loial ami qu'il eust. Bien savoit Guinement qu'il avoit les François soupeçonneux; et pour ce lui conseilla tant comme il put que il passast le temps par faintises et par simulacions, et que il les grevast de tributs et de exactions. Mais pour ce que il pensoit bien que les François ne se fléchiroient mie tellement, pour semblables griefs, que ils ne demourassent en hayne vers le roy Childéric, comme ils avoient commencié, et que ils ne se tenissent à Gilon qu'ils avoient esleu, il lui dist en tele manière: «Tu ne pourras brisier la félonie ni l'orgueil des François, si tu ne détruis aucuns des plus nobles et des plus puissans; par ce pourras tu légièrement les autres fléchir à ta volenté.» Gilon qui pas n'estoit averti de la malice que celui-ci pensoit, s'acorda à ce conseil et le soin de ceste besoigne lui confia. Guinement qui eut atendu temps et lieu de ce faire, commença à ceus qui avoient esté plus contraires au roy Childéric: de crime les accusa et les prist, puis les envoya au roy Gilon pour faire justice. Il commanda aussi tot que ils fussent punis du crime de conspiration et de magesté lesée.

Note 43:(retour)Aimoini lib. I, cap. 7.

Quant les autres barons virent la cruauté de Gilon, ils furent fortement esmu contre lui: lors ils vinrent à Guinement, par lequel conseil Gilon faisoit ce; mais ils ne le savoient mie. A lui se descouvrirent en complaignant de Gilon qui telle cruauté leur faisoit. Il leur respondi que moult s'esmerveilloit de la légièreté et de la muableté de leur cuers, quant ils se plaignoient déjà de celui que ils ayoient tant loué un peu devant et jugié digne du règne: puis leur dist: «Quelle forsenerie vous démenoit, quant vous getastes hors de son règne votre droit seigneur, né de vostre gent, et vous vous soumites à un ourgueilleux de estrange nascion? Mais, par aventure, vous me respondrez que ce fu pour sa luxure; et je vous demande pour quoi vous vous plaignez de celui que vous eslutes par dessus vostre seigneur lige. Vous avez outragé et chacié votre roy né et créé de vous meismes, qui estoit débonnaire par nature, et pust encore estre plus débonnaire et plus pourfitable au royaume, s'il eust laissé la joliveté44de son cors que il n'eust pas maintenu tous jours: et vous avez pris un tiran que vous deussiez esquiver et redouter, pour ce que il est né de estrange nascion. Mais si vous voulez croire mon avis, je vous conseille que vous le rapelez, et que vous rapaisiez son cuer que il a troublé vers vous pour la honte que vous lui avez faite. Certes c'est moult dure chose que vous ne poviez souffrir la luxure d'un seul homme, et vous souffrez la perdition de tant de nobles hommes et princes.»

Note 44:(retour)Joliveté, la légèreté. C'est peut-être la traduction du motJuvenilitas.

45Les barons qui furent encouragiés de ces paroles (car bien leur sembloit que il dist voir) et esmeus contre Gilon le Romain, respondirent; «Nous nous repentons moult des vilennies et de la honte que nous avons faites à nostre propre roy, et si nous savions là où l'on le peust trouver, nous envoirions à lui messages, et li pririons humblement que il retournast en son règne.» Moult fu lié Guinement quand il oy ces paroles. Par un certain message envoya au roy Childéric la moitié du besant d'or qu'il lui avoit donné quant il se fu de lui parti, et lui manda en tele manière: «Retourne à ton règne, et use bieneureusement de ta seignourie, comme sire désiré.» Quant le roy Childéric oy le message, et il eut la vérité sceue par tesmoing du besant, il retourna liément en France. Quant il fu enmi voie, il manda Guinement son loial ami qu'il lui venist à l'encontre promptement. Celui-ci vint à grant compaignie des barons, droit à un chastel qui est apellé Bar46; puis commanda aus bourgeois et au peuple de la ville que ils receussent le roy leur seigneur honorablement. Eux qui volontiers le firent, le reçurent à moult grant joie et lui firent tant de honneur comme ils purent. Moult leur en sut le roy bon gré; et pour l'honneur qu'ils li eurent faite, selon sa libéralité, les franchi du tribut que la ville lui donnoit tous les ans. Grant joie lui firent les barons, et moult se humilièrent vers lui: leurs forces joignirent ensemble pour aller sur Gilon, qui déjà par aventure s'estoit aperceu de la conspiration qu'ils avoient faite contre lui. A lui se combatirent et le desconfirent à la première bataille: il s'enfui et s'en ala en la cité de Soissons que il tenoit: la demoura tout le restant de sa vie. Quant mort fu, Siagres, un sien fils, tint la cité après lui.

Note 45:(retour)Aimoini lib. 1, cap. 7.

Note 46:(retour)Bar. «Barrum.» (Aimoin.) DepuisBar-le-Duc.

Le roy Childéric, qui estoit bon chevalier de sa main et sage de conseil, esmut ses batailles contre Odoacre, le roy de Saissoigne47: ensemble se combatirent euls et leur gens. Desconfit fu Odoacre et ses batailles; par fuite garanti sa vie. Le roy Childéric qui moult estoit ardent de le tenir, le chaça jusques à Orliens, mais il s'en fui parce que il n'osa attendre sa venue. Le roy assist la ville et la prist par force; un comte romain qui là estoit, occist, Pons avoit non48. Ainsi accrut le roy son règne jusques à Orliens, et puis jusques à la cité d'Angiers.

Note 47:(retour)Saissoigne. Saxe. «Saxonum rege.» (Aimoin).

Note 48:(retour)Pons. Aimoin ditPaulum.

49Quant la royne Basine femme de Bissin le roy de Toringe, à qui le roy s'enfui, sut que Childéric se fu accordé à ses barons et qu'il fu receu en son règne, elle quitta son seigneur et s'en vint après Childéric en France; car l'on disoit que il l'avoit cognue tandis que il demouroit avec son seigneur. Il lui demanda pourquoi elle l'avoit suivi, et son seigneur quitté; elle lui respondi: «Je sui à toi venue, pour ce que j'ai cognue et esprouvée ton atrempance50et ta vertu, et si je pensois meilleur de toi trouver en nule des parties du monde, nuls griefs de voie, nuls travaux de corps ne me tiendroient que je ne l'alasse requerir.» Quant le roy oy ceste response, il la prist par mariage comme paien que il estoit; et ne lui souvint pas des bontés et des bénéfices que Bissin le roy de Toringe son premier mari lui eut faites quant il eut esté chacié de France.

Note 49:(retour)Aimoini lib. I, cap. 8.

Note 50:(retour)Atrempance, tempérance.Modestia cognita. (Aimoin).

Quant ils furent le soir couchiés ensemble, et ils furent au secret du lit, la royne l'avertit qu'il se tenist cele nuit d'habiter à elle; puis lui dist qu'il se levast, et alast devant la porte du palais et lui sut dire ce que il auroit vu. Le roy se leva et fist son commandement. Quant il fu devant la sale, il lui sembla qu'il véist grans formes de bestes, ainsi comme d'unicornes, de liépars et de lyons, qui aloient et venoient par devant le palais. Il retourna tout espoenté, et raconta à la royne ce que il avoit vu. Elle lui dist que il n'éut pas paour, et que il retournast arrières. Quant retourné fu, il vi grans images de ours et de loups ainsi comme s'ils vousissent courre sus l'un à l'autre: il retourna au lit de la royne et lui raconta la seconde avision. Elle lui redist que il retournast encore une fois. Quant retourné fu, il vit figures de chiens et de petites bestes qui se entredespéçoient toutes. Quant il fu retourné à la royne et il lui eut tout raconté qu'il eut vu, il lui requist que elle lui fist entendre que ces trois visions signéfioient; car il savoit bien que elle ne lui avoit pas envoie pour néant. Elle lui dist que il se tenist chastement celle nuit et elle lui feroit au matin entendre la signification des trois avisions. Ainsi furent jusques au matin que la royne apela le roy que elle vit moult pensif; puis lui dit: «Sire, ostes tes pensées de ton cuer et entens ce que je dirai. Saches certainement que ces avisions ne sont pas tant significations des choses présentes comme de celes qui à avenir sont: et ne prens pas garde aus formes des bestes que tu as vues, mais aus fais et aus meurs de la ligniée qui de nous doit sortir. Le premier hoir qui de nous sortira sera homme de noble proesce et de haute puissance: et cela est signefié en la forme de l'unicorne et du lyon, qui sont les plus nobles et les plus hardies qui soient. La signeficacion de la seconde vision est tele que en la forme du loup et de l'ours sont signefiés ceus qui de nostre fils sortiront, qui seront rapineux, comme les bestes sont. La signefication de la tierce avision en la forme du chien qui est beste gloutonne et de nule vertu, ni ne peut riens sans l'aide de homme, est la mauvestié et la paresce de ceus qui vers la fin du siècle51tiendront le sceptre et la couronne de ce royaume. En la tourbe des petites bestes qui s'entrebatoient est signefié le menu peuple qui s'entreocciront, pour ce que ils seront sans paour de prince. Sire, dist la royne, vez-ci l'exposition des trois avisions, qui est certaine démonstreresse des choses qui sont à avenir.» Ainsi fu le roi hors de la pensée en quoi il estoit chéu pour les avisions, et fu joyeus de la noble ligniée et du grant nombre des preus hommes qui de lui devoient sortir.

Note 51:(retour)La fin du siècle. Aimoin dit:Ultimis in sæculis, c'est-à-dire dans les derniers temps de la monarchie. Sur ce rêve de Childéric, il y a bien à rêver aujourd'hui.

52En ce temps, vint en Ytalie Odoacre qui estoit sire d'un peuple qui habite sur les rivages de la Dinoe53: fortement estoit devenu orgueilleux pour une victoire qu'il avoit eue contre Pheletée le roy de Rugie. Avant que il entrast en la terre, il ala parler à saint Severin qui en ces parties habitoit. Le saint lui dist ainsi comme par prophétie: «O tu Odoacre qui es maintenant vestu de vieus piaus de bestes, assez tost seras sire de toute Ytalie.» Car en ce point que il ala visiter le saint homme, il avoit une piau affublée. Quant il eut cele parole oye, il entra en Lombardie: assez i fist rapines et occisions et gasta le païs, non pas si comme il dut, mais si comme il voulut. Enthemie l'empereour de Rome fu mort en ce point, si fu occis par la traïson Recimère son gendre. Odoacre prit fortement à menacier la cité de Rome; et les Romains de la menace furent moult espoventés, meismement pource que ils n'avoient adoncques point d'empereour ni chief qui les gouvernast. Pour ce, envoièrent leur message à Lyon, empereour de Constantinoble et lui prièrent que il leur envoiast un des princes de son palais par quoi ils fussent deffendus de leurs ennemis.

Note 52:(retour)Aimoini lib. I cap 9.

Note 53:(retour):La Dinoé, le Danube.

54En ce temps estoit Thierri un des plus grans princes du palais de l'empereour, fils avoit esté Théodore55: Celi Théodore fu né en une des parties de Grèce qui est apelée Macédoine et sa femme aussi qui estoit apelée Lilie: serjant avoit esté à un des nobles hommes du palais, qui avoit nom Ydaces. Thierri s'estoit si bien prouvé tous jours, que il estoit l'un des plus vaillans hommes de la cour l'empereour, par son sens et par sa prouèce: car aussi comme il seurmontoit les autres en grandeur de cors, tout aussi les seurmontoit-il en force et en hardiesce. Moult l'avoit l'empereour chier au temps de lors, et maint des sénateurs pour son sens et pour sa valeur l'honoraient. Quant les messages aus Romains furent devant l'empereour venus et il eut la cause de leur voie entendue, il leur livra Thierri et le fist patrice et deffendeur de toute Ytalie. Quant il fu là venu, et les Romains l'eurent recéu, il appareilla ses batailles et se combati contre Odoacre par plusieurs fois. Un jour que il se combati à lui, il fu desconfit lui et sa gent: tellement que il convint que il fuist. En ce qu'il s'enfuioit droit vers la cité de Ravenne, Lilie sa mère lui courut au devant et lui pria que il retournast à la bataille: mais quant elle vit que il refusoit et doutoit à retorner, elle lui dist: «Biau fils, croi moi, tu n'as forteresce, ni refuge où tu puisse fuir ni cacher toi, si je ne lève ma robe, et si tu ne rentres en la maison dont tu sortis quant tu fus né.» Quant le jouvencel oy ce, il fu tout enflammé et tout honteus des paroles de sa mère, y reprist cuer et hardement, et rassembla autant de sa gent comme il en put avoir; au champ de la bataille retorna sur ses ennemis, qui gisoient çà et là parmi le champ, comme ceus qui estoient asseurés pour la victoire qu'ils avoient eue. Une partie en occist, l'autre partie s'enfui, Odoacre prist et assez tost après, l'occist. Ainsi délivra les Romains et toute Ytalie de lui et de sa gent.

Note 54:(retour)Aimoini lib. I, cap. 10.

Note 55:(retour)Aimoin auroit dû, au lieu deTheodori, écrireTheodemiri, lequel fut en effet le père du grandThéodoric.

56Incidence. Lors advint en la cité de Thoulouse que un grant ruis57de sanc courut tout un jour en milieu de la cité. De ceste merveille furent ceus du païs esbahis, et dirent les plus sages que ce signifioit la perdition de la cité et l'accroissement de la seigneurie des François.

Note 56:(retour)Aimoini lib. 1, cap. 9.

Note 57:(retour)Ruis. Nous n'avons conservé que le diminutif de ce mot,ruisseau.

58Quant Thierri fu parti de l'empereour, envie qui tous jours dure esmut les cuers d'aucuns des sénateurs; ils commencièrent à diffamer à lui et ses fais qui estoient dignes de loenge. A l'empereour alèrent, et tant firent et tant lui dirent que ils parvertirent la bonne volonté que il avoit vers lui, et sa grâce muerent en hayne: entendre lui firent que il tendoit à avoir le règne espérial (c'est-à-dire le règne d'Ytalie, et puet estre dit règne espérial, si comme aucuns veullent dire, pour une estoille prochaine à ce royaume, qui ainsi est apelée: les autres dient que ce fu pour un roy qui en celle terre régna, qui eut non Hespérus.)59L'empereour qui trop légièrement les crut, fu si durement esmu contre lui, que il le rapela et manda que il retournat arrières en Constantinoble: de si desmesurée hayne le haoit que il avoit proposé que il le feroit occire, tout seul dessevré de sa gent. Mais Tholomée, l'un des sénateurs, qui moult estoit sage homme, et moult avoit tous jours amé Thierri, ne pot onques estre parverti pour nule malice de ses ennemis, que il ne fust tousjours entier en son amour. Quant il aperçut la traison que ceus machinoient contre son ami, il s'en ala à l'empereour, quant il vit point et heure, puis lui dit en tel manière: «La loenge et la gloire des Romains et des empereours qui jadis ont esté, n'est pas tant seulement essauciée et renommée par batailles et par victoires, mais par les mérites de pitié et de foi enterine envers les subjets: car les plus grans de nos princes qui jadis ont esté, désiroient plus à vaincre leurs ennemis par miséricorde et par pitié, que ils ne faisoient par droit d'armes et par loy de bataille: ce peut-on prouver par mains examples. Scipion, l'un des sénateurs de Rome, aquist grant nom et grant loenge de ceus de Cartage; mais plus fu loué et prisié de ce que il ne fu pas tant seulement aus obsèques d'un sien mortel ennemi, ains porta la bierre d'une part à ses propres espaules. Pompée redut avoir grant gloire quant il eut vaincu Mitridate lui et sa gent, qui si estoient fors hommes et puissants; mais plus dut avoir grant loenge en ce que il ne leva pas tant seulement de terre le roy Tigrane qui s'estoit agenoillié devant ses piés, et tenoit sa couronne sur ses genoulz en priant merci: ains lui mit la couronne sur son chef, puis le leva de terre et l'assist delez lui, Régulus, un des conseilleurs de Rome, refu plain de si grant loiauté que il ama miex à morir entre ses ennemis et périr par divers tourmens, que brisier la foi de son serement. Si celui et mains autres de qui nous ne parlerons mie gardèrent jadis loyauté et justice, ils n'eurent pas loenge ni renommée sans raison. Bon empereour, ne reçois doncques pas les fausses paroles de ceus qui veullent salir la gloire de l'empire et de ton nom par leur faus amonestemens. Que dira-on par tout le monde, si tu ocis ainsi sans raison un si vaillant home et si puissant, et qui tant peut profiter à l'empire? Mais si tu voulois croire mon conseil, Thierri seroit mandé, pris et lié seroit si tost comme il enterroit au palais; puis seroient envoiés aus Romains aucuns des sénateurs pour ceste chose noncer et pour raporter leur response.» Pour ce monstra Tholomée ceste voie à l'empereour: car il avoit jà envoié un sien message aus plus grans hommes d'Ytalie, et leur avoit mandé que ils meissent en prison les sénateurs que l'empereour leur devoit envoier, puis lui remandassent telles paroles: «Nous ne te rendrons tes sénateurs, si tu ne nous rens avant nostre avoué et nostre deffendeur.» Tout ainsi comme cil le manda ainsi le firent, quand l'empereour leur eut envoié les sénateurs. Quant l'empereour vit ce, il se douta que ils ne feissent pis, pour ce leur rendi Thierri et reçut ses sénateurs. Ainsi fu Thierri délivré du péril de mort à cette fois par le conseil de son ami. Quant il fu à Rome retourné, il fist diverses batailles contre ses ennemis et vainqui glorieusement partout, comme cil qui moult estoit sage et puissant en armes.

Note 58:(retour)Aimoini lib. I, cap. 9.

Note 59:(retour)Cette parenthèse est du translateur, qui s'est cru obligé d'expliquer les motsHesperiæ regnumdu texte d'Aimoin.--Quant à toutes ces aventures de Théodoric, elles semblent empruntées par Aimoin à l'une des épopées anciennes dont ce grand prince était le heros.

Par plusieurs fois se combati à une manière de gent que on apele les Avares: maintes fois les vainqui, et aucunes fois fu revaincu. Un jour se combati à eus, si les desconfi et chaça des champs, moult en ocist en fuiant; il les enchassa jusques à un fleuve qui est apelé Hester. Quant il eut fait tendre ses tentes sous les rivages de cele eaue, il prist aucuns de ses chevaliers et s'en ala selon la rive du fleuve pour espier ses ennemis, qui de l'autre part estoient. Lors vit venir Xersès un de ses ennemis d'autre part, pour son ost espier: trois de ses compaignons envoia pour lui prendre. Quant Xersès les vit venir, il fist semblant de fuir; en ce que ils l'enchaçoient, il les ocist tous trois l'un après l'autre. Après ces trois, il en y envoia trois autres qui tout en telle manière furent occis. Quant Thierri vit que ses compaignons refusoient, il frappa son cheval des esperons, et s'ala combattre à lui. Fortement et longuement se combatirent, mais à la parfin fu Xersès navré au bras; pris fu et amené aus herberges. Quant ainsi fu emprisonné, Thierri qui moult s'esmerveilloit de sa force et de sa chevalerie et moult le prisoit en son cuer, le pria premièrement par blandices et par belles paroles, puis l'espoenta par menaces; car il le cuidoit contraindre à ce que il demourast avec lui, ainsi lui fist faire assez de hontes et de tourmens. Toutes fois quant il vit qu'il ne le pourroit fléchir en nule manière, il l'en leissa aler tout quite à sa gent: cil se féri maintenant en l'eaue. Quant il fu au milieu du fleuve, il se retourna par devers l'ost Thierri, et lui commença à hucier: «Puis que je suis,» dit-il, «hors de ton pooir et de ta seignourie, et que je suis rendu à ma volonté et à ma franchise, je te promet que je retournerai à toi comme à mon seigneur, et te servirai mais tant come je vivrai comme loial serjant.» Quant il eut ce dit, il retourna arrières, et se soumist à la seignourie Thierri.

Tandis comme le victorieux prince Thierri se combatoit en Ytalie ainsi glorieusement contre ses ennemis, estoit-il accusé vers l'empereour de Constantinoble, et despeciés et detrais par les langues ennemies de faus traitres. Car l'empereour estoit de rechief si esméu contre lui, pour ce que ils lui faisoient entendre que il estoit ennemi de l'empire; pour ce, lui manda que il revenist en Constantinoble. Tous les sénateurs assambla pour traiter de sa mort; jurer les fist que nul ne révéleroit les secrès de son conseil. Quant il eut oy le commandement l'empereour, il se douta moult: mais toutes fois envoia, avant qu'il se méust, un message à Tholomée son loial ami, et lui manda que il lui seust à remander si ce seroit son profit ou non d'obéir au commandement l'empereour. Quant Tholomée eut le message oy, il se douta, pour le serrement que il avoit fait à l'empereour de garder les secrès de son conseil; pour ce estoit à mésaise qu'il ne savoit lequel faire: mais toutes-fois l'ancienne amistié du prince et l'enchaus60du message le vainquit et contraint à ce que il dist au message: «L'empereour fera hui la feste de sa nativité, je et tous les autres sénateurs devons mengier avecques lui: tandis que le mengier sera plenier, tu te mettras avec les serjans; si gardes que tu soies si près de moi que tu puisses apertement entendre ce que je dirai à l'empereour et aus sénateurs, et si rapporte à ton seigneur ce que je dirai en tele manière que tu le m'orras raconter.» Quant l'empereour et touz les sénateurs furent assis au mengier, et ils furent jà eschauffés de viandes et de vins, Tholomée commença à parler en tele manière: «Pour ce, dit-il, que ce jour est solempnel et habundans de viandes et de vins, est-il bien avenante chose que nous racontions fables et narracions pour esbater et solacier. Or faisons donques à la volenté de ceus qui volentiers se délitent en tex choses escouter.» Quant il eut ce dit et il vit qu'ils estoient tous ententifs pour escouter ce que il voudroit dire, il commença à parler en tel manière.

Note 60:(retour)L'enchaus, la poursuite ou la sollicitation. Le texte d'Aimoin porteinstantiâ devictus pueri qui misus fuerat.

«En ce temps,» dist-il, «que les bestes parloient, toutes les bestes sauvages s'assemblèrent pour faire roy; car l'umaine seignourie leur dépleisoit. Quant elles se furent toutes à ce accordées, elles alèrent au lyon; moult lui prièrent que il ne contredéist pas leur volenté, car elles le voloient avoir à roy, pour ce que il estoit sage et hardi. A leur volonté s'accorda le lyon, la seignorie reçut, coronné fu comme roy, et assis en son trosne. Toutes les bestes le vinrent saluer et adorer comme leur seigneur et leur roy. Entre les autres vint le cerf qui moult estoit biau et grant, et avoit les cornes hautes et ramues. Si comme il s'enclinoit pour le roy adorer, il le ravi parmi les cornes pour le dévourer. Le cerf qui senti la tricherie, escout la teste de tout son pooir, et pour ce que il estoit fort et légier, il s'estordit du lyon, mais il lui laissa ses cornes: tout ainsi s'enfui au bois. Le roy fu moult courroucié du despit que le cerf lui eut fait, fortement le comnença à menacier. Les bestes se commencièrent à plaindre de la honte que le cerf avoit faite à leur roy, mais toutes-fois n'en fu nule qui osast aler après lui pour la honte vengier. Entre les autres fu le goupil61qui tant set de barat: eles lui prièrent que il alast après le cerf, et que il féis tant que il amenast le cerf au roy. Le renart fist leur prière. Quant il vint à lui, il lui dist que moult avoit grant compassion de sa douleur, et que bien lui sembloit que le roy eust fait cele vilenie sans raison. Le cerf commença à maudire le lyon pour ce que il l'avoit ainsi afolé de ses beles cornes quant il le voloit adorer. Le renart lui dist:Garde s'il ne feist pour cause d'amour ce que tu dis que il le fist par vilenie: par aventure quant il te prist par les cornes, il te vouloit redrecier en pais et en amour; si semble bien que ce soit vérité, car moult lui poise dont tu es de lui départis: il ne parle si de toi non; toute sa pensée et s'intention est en toi. Retourne à lui, et te met en sa jurisdiction.» Tant lui dist le renart que la cerf retourna. Quant il se fu devant le roy agenouillié ainsi comme devant, le lyon geta les piés et le saisit; les autres bestes saillirent et le despecièrent tout; le renart qui fu près, lui arracha le cuer et le mengea larrecineusement. Le roy quist le cuer longuement, trouver ne le put: lois fu moult courroucié. Quant les bestes virent que le roy estoit si courroucié, elles orent grant paour, l'un demanda à l'autre que le cuer du cerf estoit devenu; au derrenier, fu la soupeçon du larrecin mis sus le renart, pour ce que ont l'avoit veu près du cerf tandis comme l'on le dévouroit. Arraisonné en fu, il respondi que il n'en savoit riens. Pource que on ne l'en crut pas, l'on le coimmença à tourmenter, il commenca à crier:Hélas pourquoi sueffre-je tels tourmens sans raison, pour quoi me demande-l'on ce que on seit bien que je n'eus onques? car certes, s'il eust cuer, il ne fust pas ça retourné: il s'enfui les cornes arrachiés premièrement, tout désarmé des armes que nature lui eut données; ainsi se mist en péril de mort, puis que il eut aperceu la cruauté du lyon. Il ne put onques avoir cuer, quant il ne se seust conseillier.» Quant Tholomée eut son conte finé, il se tut. Le message Thierri, qui bien et sagement eut entendu l'exemple Tholomée, retourna à son seigneur, tout lui raconta par ordre ce qu'il eut oy conter. Quant Thierri eut ceste exemple entendu, il demoura et n'obéi pas au commandement l'empereour. En poy de temps après, les princes d'Ytalie le firent roy et seigneur du païs: en tele manière fu sauvé par son loial ami.

Note 61:(retour)Goupil. Le renard.

62En ce temps trespassa l'apostoile Anastaise; grant dissention fu en peuple après sa mort, car une partie s'acordoit en une personne qui avoit nom Lorens, et l'autre partie plus seure et meilleure, si comme il parut après, se consentoit en un autre qui estoit nommé Simmaques; dont il avint que ils furent ordonés63tout en un jour, et comme l'une partie ni l'autre ne voulut cesser ni donner lieu à l'autre, les deux parties s'accordèrent que le débat fust terminé par le jugement le roy Thierri, duquel nous avons ci-dessus parlé. Le roy donna sa sentence et dist que celui qui avant avoit esté esleu de la plus grant partie du clergié et du peuple, demourast au siège. En telle manière demoura Simmaque apostoile, et l'autre fu évesque d'une cité. Ainsi comme saint Grégoire raconte, saint Pascases, diacre de l'église de Rome, s'accorda en celle dissension à celui Lorent: Si estoit-il saint homme et de haute vie; car il chastioit son corps par abstinences, les povres amoit et leur donnoit largement pour l'amour de nostre Seigneur; dont il avint, quant il fu trespassé, que l'on portoit son corps à la sépulture; un homme plain de dyables atoucha à sa dalmatique, et fu tantost délivré du dyable qui au corps lui estoit entré; et jà soit que il se fust assentis en l'élection du devant dit Lorent, si le cuidoit-il faire selon Dieu, mais il ne le faisoit pas selon science: dont il avint que un évesque de la cité de Capue, qui avoit à nom Germain, s'ala laver ès bains d'Angoulème parle conseil des phisiciens, pour une maladie que il avoit. Ainsi comme il fu ès bains descendu, il trouva saint Pascases en grans chaleurs là dedens, tout apareillié de lui servir. Quant celui évesque le vit, il fu espoenté, et lui demanda comment si grant homme et de si grant opinion dont il avoit esté, démouroit là. Il respondi que il ne souffroit ces chaleurs pour autre raison fors pour ce que il s'estoit consenti à l'eslection de Lorens; «Et si tu vouloies,» dit-il, «prier pour moi à nostre Seigneur et tu ne me trouvoies ci au retourner, tu pourroies savoir certainement que Dieu auroit ta prière receue.» Quant ce preudomme s'en fu retourné, il pria pour lui en messes et en oroisons, et puis retorna arrières; mais il ne le trouva mie.

Note 62:(retour)Aimoini lib. I, cap. 11.

Note 63:(retour)Ordonés. Sacrés.


Back to IndexNext