Note 176:
Annal. Bertinianæ, anno 881.
Note 177:
Stroms.
J'ignore la position de ce lieu, que le manuscrit
646 de St-Germain écrit
Scortius
.
[178]Avant qu'il s'en partist, oï nouvelles que le roy Loys, son cousin,
fils le roy Loys de Germanie[179] qui noient profitablement vivoit au
royaume et à saincte Eglise, estoit mors. A luy vindrent les barons de la
partie du royaume qui ot esté Lothaire, et se vouldrent rendre à luy, en
telle manière que il leur consentist à avoir ce que son père et son aïeul
Charles-le-Chauf en avoit tenu; mais il n'ot pas conseil de les recevoir,
pour le serement qui entre luy et Charle avoit esté fait. Son ost assembla,
le conte Thierry fist chevetain, oultre Loire[180] s'en ala contre les
Normans; et puis jusques à Tours aussi, comme pour recevoir en son ayde les
princes et la gent de Bretaingne contre les Normans. Tandis que il
demouroit là le prist une maladie, en une litière se fist couchier et
porter jusques à l'églyse Saint-Denis; mors fu laiens et ensépulturé avec
les autres roys qui laiens gisent, et si comme l'istoire dist, il fu plains
de toutes ordures et de toutes vanitez[181]: et ces choses avindrent au
moys d'aoust.
Note 178:
Annal. Bertinianæ, anno 882.
Note 179: Ce qui met tant d'obscurité dans l'histoire de ces
temps-là, c'est la ressemblance des noms et leur peu de variété.
Ainsi, maintenant, il faut distinguer deux Charles, deux Carlemaine
et deux Louis, tous fils de deux Louis. Le premier, Louis-le-Bègue
fils de Charles-le-Chauve; le second, Louis, fils de
Louis-le-Débonnaire.
Note 180:
Loire.
Il falloit ici, comme dans le latin,
Seine
.
Note 181: Le manuscrit de Saint-Germain 646 n'a pas supprimé, comme
celui que Duchesne et dom Bouquet ont suivi, cette flétrissure du roi
Louis III. «Vir plenus omnibus immundiciis et vanitatibus, infirmatus
est corpore, etc.» Le ménestrel du comte de Poitiers raconte
autrement sa mort: «Il avint une autre fois à ce chaitif roy Loys que
ainsi come si baron le menoient à force à Tours contre les Normans
qui la terre dégastoient, il et si grant paour que la mort l'emprist,
et l'en convint rapporter en litière, etc.» (Manusc. du roi, n° 9633,
f° 64.)
VI.
ANNEE: 882.
Coment Carlemaine retourna du siège, après la mort son frère, pour alercontre les Normans. Coment il leur rendi treu en pacifiant à eus. Coment ilfurent desconfis devant Paris, par la vertu saint Germain. Coment ilgastèrent Laonnois et coment le roy Carlemaine les desconfist.
Tout maintenant que le roy Loys fu mort et enterré, les barons du royaume
mandèrent à Carlemaine qui devant Vienne tenoit siège, que il s'en venist
hastivement et laissast une partie de sa gent contre Boson; car son frère
estoit mort; et il estoient jà tous appareilliés pour ostoier contre les
Normans qui avoient prins la cité de Trèves et de Couloingne; et les
églyses et les abbayes, qui ès cités et entour estoient, avoient arses et
destruites, et l'églyse Saint-Lambert du Liège[182]: et de là s'en estoient
alés à Aix-la-Chapelle, et avoient gastées les églyses de l'éveschié de
Tongres et d'Amiens et de Cambray et une partie de l'arceveschié de Rains,
et jà estoient venus jusques à Mez. Et s'estoit à eus combatu Wales,
l'évesque de Mez; et estoit issu hors à bataille contre eus, tous armé luy
et sa gent; tout fust-ce contre l'office et la dignité d'évesque. Mais
besoing l'avoit contraint à ce; occis avoit esté et sa gent desconfite et
chaciée. Après ce luy mandèrent les barons qu'il venist liement, et que il
estoient tous appareilliés de le recevoir à seigneur, et de eus mettre en
sa seigneurie. Ainsi le fist comme il le mandèrent. Et peu de temps après
qu'il fust parti du siège de Vienne et qu'il s'apareilloit d'aler contre
les Normans, droitement au moys de septembre, luy vindrent nouvelles par
certains messages que il avoient la cité prinse, et que Richart qui frère
estoit Boson en avoit mené sa femme et sa fille en la contrée d'Ostun.
Note 182:
Du Liège.
Le latin ajoute:
Et Promiæ
.
En ce temps issi Hastingues et les Normans dessus le fleuve de Loire, et
s'en alèrent sur la Marine. Et quant Charles, le roy d'Austrasie[183], fust
venu à tout son ost contre les Normans, et il fu aucques près de leur
forteresse, si luy failly le cuer et fist paix à eus, par le conseil
d'aucuns de sa gent: meisme en tele manière que Godefroi qui sire estoit de
celle gent recevroit baptesme, il et ses Normans, et auroit Frise et toutes
les honneurs que Roric avoit devant tenues. Et par dessus tout ce donna-il
grant somme d'or et d'argent que il avoit prins et tollu el trésor
Saint-Estienne de Mez et aux autres églyses, à Sigefrois et Curmones et à
leur compaingnons: et plus grant lascheté de cuer fist-il encore, à
souffrir que il démourassent là meisme, à la nuisance du royaume son cousin
et du sien meisme. Quar cil Sigifrois assist puis la cité de Paris à tout
quarante mille Normans. Mais cil Gozlin de quoy l'istoire a dessus parlé,
qui évesque estoit de celle cité et abbé de Saint-Germain, et le conte Eude
qui puis fu roy de France, la deffendirent si bien, par les mérites
Nostre-Dame Saincte-Marie, et par les suffrages Saint-Germain qui leur
furent en ayde, que oncques prendre ne la purent, ains s'en partirent
atant. En ce comtemple, prinstrent les moines le corps sainct Germain qui
jusques alors avoit esté en la cité, et l'en enportèrent en l'abbaye[184],
et les Normans dégastèrent tout, et essillèrent et ordoièrent toute
l'églyse; mais par les mérites des glorieux confesseurs en y eut assez de
mors, et les autres s'en alèrent mal et confus à grant paour. Et de ce fu
le conte Eude merveilleusement lié, qui bien vit et apperçut les grans
miracles que le glorieux confesseur fist à ce siège. Dont il fu si devot
vers luy après, que il fist faire un riche vaisel d'or et de pierres
précieuses, où son glorieux corps repose encore jusques au jour d'huy.
Note 183:
Le roy d'Austrasie.
Le latin dit: «Nomine imperator.»
C'est Charles-le-Gros.
Note 184: Il falloit d'après le latin: «Les moines
déposèrent
le
corps de saint Germain dans le monastère du saint Pontife, situé dans
la ville de Paris.»
A Hues le fils le jeune Lothaire abandonna Charle les trésors et les
richesses de l'églyse de Mez, contre le droit des canons qui dient que on
les doit garder à l'évesque qui aprez doit venir.
Engeberge, la femme Loys l'empereur d'Ytalie, que l'empereur avoit envoyé
en Allemaingne, envoia-il à Rome à l'apostole Jehan, qui ce mandé luy avoit
par Liétart, l'évesque de Verziaus. Ainsi se départi des Normans et ala en
la cité de Garmaise pour tenir parlement ès kalendes de novembre. A ce
parlement vint l'abbé Hues, et requist au roy Charle que il rendist à
Carlemaine, si comme il luy avoit promis, celle partie du royaume que Loys
son frère avoit reçue ainsi comme en garde. Au départir n'emporta-il nulle
certaineté de sa requeste; mais moult fu grant dommage au royaume que cil
Hues n'estoit pas présent; quar Carlemaine n'ot pas force de gent par où il
peust contrester aux Normans, pour ce meismement que aucuns des barons se
retrayrent, quant il luy durent aydier. Et pour ce en prisrent-il hardement
d'aler jusques à la cité de Laon; car il n'estoit qui les contredéist. Ce
qu'il trouvèrent entour prisrent et ardirent, et ordenèrent qu'il iroient
par Rains et puis par Soissons, et par Noyon s'en retourneroient à Laon. Et
puis après quant il auroient la cité prinse si prendroient tout le royaume.
En ce point que Halmar, l'arcevesque de Rains, oy ces nouvelles, moult ot
grant paour: car tous ses hommes deffensables estoient lors avec le roy
Carlemaine. Par nuit se leva comme cil qui moult estoit malade, si prist le
corps saint Remy et les aournemens de l'églyse de Rains, et se fit porter
en une chaière porteresse, si comme sa maladie le désiroit, oultre le
fleuve de Marne en une ville qui a nom Esparnay. Les chanoines et les
moines s'enfuyrent çà et là où il purent. Et les Normans firent ce qu'il
avoient devisé, et vindrent jusques aux portes de Rains: ce qu'il
trouvèrent dehors les portes robèrent, et aucunes petites villes d'entour
mistrent en feu et en flambe. Mais oncques dedans la cité n'entrèrent, tout
ne fust-elle oncques défendue; car la vertu de Dieu et la mérite des corps
sains qui dedans estoient la deffendirent. Carlemaine le roy des Frans qui
oy dire que les Normans venoient et qu'il fesoient tant de maux, lors
s'appareilla et ala contre eus à tant de gens comme il pot assembler;
forment se combati et en occist grant partie de ceulx qui les proies
enmenoient à leurs compaingnons vers la cité de Rains, et les autres fist
flatir et noier en la rivière d'Aisne; les proies qu'il enmenoient
rescoust, la plus grant partie et la plus fort se mist en une ville qui a
nom Avaulx[185]. Ceulx ne pouvoient sa gent assaillir sans grant péril pour
le lieu qui fors estoit, et pour ce se retraystrent. Quant ce vint vers le
vespre, il se hebergèrent aux villes voisines, et quand les Normans virent
que il fu anuitié et que la lune fu levée, il issirent de cette ville et
s'en retournèrent arrière, par celle voix meisme qu'il estoient venus.[186]
Note 185:
Avaux.
Aujourd'hui sur l'emplacement d'
Ecry
ou
Erchery
.
Note 186: Ici s'arrête le manuscrit d'abord trouvé dans l'abbaye de
St-Bertin, et qui a fait surnommer
Annales de Saint-Bertin
la
chronique qui y étoit renfermée. Il est certain que le nom et la
patrie des auteurs de ces annales sont également incertains. Depuis,
on a retrouvé le même texte dans d'autres manuscrits et au milieu
d'autres monumens historiques. Il avoit même été déjà publié avec
quelques additions importantes, à la suite de la compilation dite
d'Aimoin, sous le titre de continuation de ce dernier. Ce qui suit
est emprunté à la chronique désignée sous le nom de
continuateurd'Aimoin
. On pourroit aussi bien l'appeler le continuateur des
Annales de Saint-Bertin
.
En celle tempeste meisme que Hastingues et ses Normans se foursenoient
ainsi, maint corps sains furent ostés de leurs propres lieux et raportés en
France. Saint Amand fu porté à divers lieux, et au darrain il fu mis à
Saint-Germain-des-Prés dessoubz Paris, où il repose encore jusques au jour
d'uy. Et fu aporté lors avec le corps saint Agofroy son frère, et le corps
saint Thurion, arciprestre de l'églyse de Dol en Bretaigne.
VII.
ANNEE: 884.
De la mort le roy Carlemaine et de son fils Loys-Fai-noient. Comentappelèrent en aide l'empereur Charle les barons, contre les Normans, etcoment il revindrent en France. De la mort Loys-le-Fai-noient. Coment lesbarons couronnèrent le roy Eudes pour l'enfant garder qui fu appelé le royCharles-le-Simple.
(Mort fu le roy Carlemaine; mais comment né quant il mourut ne parole pas
l'istoire, et pour ce nous en convient taire.) [187]Après luy régna son
fils qui par surnom fu appelé Fai-noient. Sy fu ainsi surnommé ou pour ce
qu'il ne fit nule chose que l'on doive mettre en mémoire ou pour ce que il
traist une nonnain de l'abbaye de Chiêle et l'espousa par mariage, si comme
aucuns disoient; que c'est l'un des grans pechiés que nul homme puisse
faire.
Note 187: L'histoire de ce roi
Louis Fai-noient
est entièrement
fausse; on doit supposer que par l'effet d'une transposition on aura
mis sur le compte d'un fils de Carloman qui mourut sans enfans, ce
qui se rapportoit soit à son frère, soit à son père.
Au temps de ce Loys retournèrent les Danois en France, qui au royaume
avoient fait moult de maulx au temps son père Carlemaine, [188]qui à eus
avoit fait accort en telle manière que il leur deust rendre, chascun an,
douze mille besans d'argent, par telle condicion que il tenissent paix au
royaume douze ans. Mais il ne tindrent pas celle condicion, car tantost
comme il sorent que Carlemaine fust mors, il retournèrent à grant ost, et
disoient qu'il n'avoient faitte nulle paix aux François, mais au roy tant
seulement. Grans dolours et grans persécutions firent lors au royaume; et
pour paour d'eulx s'enfuyrent les gens de religion à tous les corps sains
là où il cuidoient estre plus asseur. Lors appelèrent en leur ayde ceulx de
France et d'Austrasie l'empereur Charle qui fils ot esté le roy Loys de
Germanie. Les Normans assist en un fort lieu; à la parfin fist paix à eulx
en telle manière que Godefrois, le roy de celle gent, seroit baptisié et
aroit à femme Gille la fille le roy Lothaire, et qu'il tendroit la duchée
de Frise. Baptisié fu, et le tint sur fons l'empereur meismes. Un autre roy
des Normans qui Sigefrois avoit nom fist issir de son royaume par dons
qu'il luy donna[189]; et puis revint au royaume de France par la
mauvaistié qu'il sentoit au roy Loys Fai-noient. [190]Et plus grant dolour
y eust que devant, sé ne fust Hues qui par France estoit appelé abbé, qui
les chastoia et défoula durement; car il se combati à eulx à pou de gent,
et estoient multitude sans nombre, et en fist si grant occision que à
paines en demoura-il un seul pour porter aux autres la nouvelle de leur
confusion. Par celle desconfiture furent les Danois si chastoiés et si
humiliés que il se tindrent en paix une pièce. Un pou après mourut cil
Hues, et pou de temps après fu mors ce roy Loys que l'istoire appelle
Fai-noient
. Un petit fils laissa qui estoit alaitant en bersueil qui
estoit appellé Charles-le-Simple[191]. (Cil Charles-le-Simple fu mort ou
chastel de Péronne en prison si comme nous dirons cy après.) Et quant les
barons virent qu'il n'avoit pas aage à terre tenir, si se conseillièrent
que il feroient; car il avoient oy dire que les Normans devoient revenir en
France. De Robert, le conte d'Anjou, estoient demourés deux fils; cil
Robers estoit descendu du lignage de la gent de Saissoingne, et l'avoient
les Normans occis. De ces deulx frères avoit nom l'ainsné Eudes et l'autre
Robert, ainsi comme le père. L'ainsné des deus eslurent les barons de
France et de Bourgoingne et d'Aquitaine, et jà soit ce qu'il[192] en alast
moult encontre, pour l'enfant garder et pour le royaume gouverner. A roy le
sacra et enoint Gautier, l'arcevesque de Sens. Tant comme il régna fu moult
débonnaire, viguereusement governa le roiaume; bien nourri l'enfant et
toujours fu loial vers luy. Mors fu, dont ce fust dommage. Si reçut le
roiaume Charles, qui puis fu appelé le Simple. En son temps vindrent
Normans de rechief et entrèrent par devers Bourgoingne jusques à
St-Florentin. Et Richart, le duc de Bourgoingne, assembla son ost et leur
ala à l'encontre en la contrée de Tonnoire; grant multitude en occist et le
remenant s'enfuy.
Note 188: Ce qui suit est traduit des
Annales
dites
de Metz