, anno
884. (Voy.
Historiens de France
, tome VIII, page 65.)
Note 189: Tout ce qui précède se rapporte à l'année 882, et a déjà
été raconté. C'est toujours Louis III, frère de Carloman, dont la vie
et la mort sont confondues avec celles de Carloman.
Note 190:
Aimoini Continuatio, lib. V, cap. 41.
Note 191: Charles-le-Simple étoit le troisième fils de
Louis-le-Bègue.
Note 192:
Qu'il.
C'est-à-dire:
Lui Eudes
.
Incidence.
En ce temps fu mouvement et croulléis de terre près de la cité
de Sens au terroir de Sainte-Coulombe, en la quinte ide de janvier.
CI COMMENCENT LES GESTES LE
ROI CHARLE-LE-SIMPLE.
§
ANNEE: 898.
Ci commence l'istoire de Rollo qui puis fu appelé Robert, et des ducs deNormandie qui de luy descendirent.
([193]Grant temps avant, estoient en France venus les Normans par maintes
fois, si comme l'istoire a devisé en plusieurs lieux: si avoient fait moult
de maulx au royaume et en l'empire, et dura cette dolour par fois plus de
XL ans. Mais au temps de ce roy Charles-le-Simple fu la grant persécution
au royaume et en l'empire; car les Normans retournèrent à si grant force et
à telle multitude qu'il ne povoient estre nombrés.) Par mer vindrent et
arrivèrent en Neustrie par grant navire. [194]Francques, l'archevesque de
Rouen, qui bien sceut que telle gent venoit, regarda l'estat de la cité et
les murs qui estoient decheus et abatus, si pensa que c'estoit plus seur
d'acquerre leur paix et leur amour en aucune manière que leur mautalent: à
eulx s'en ala et fist tant qu'il ot leur bonne volenté. Tantost vindrent et
amenèrent leur navie par Seine jusques aux murs de la cité. Sagement
regardèrent le siège de la cité et la contrée d'environ, et virent que le
lieu leur estoit moult profitable par mer et par terre. Pour ce
establirent, tout d'un accort, que ce fust le siège et le chief de toute la
contrée. Si esleurent un d'eulx, qui avoit nom Rollo, et le firent prince
et seigneur sor eulx tous. [195]Quant Rollo se vit souverain de toute sa
gent, si se prist à pourpenser comment il pourroit destruire la cite de
Paris et confondre et estaindre crestienté. [196]En trois parties divisa sa
navie par trois grant rivières qui chéent en la mer, si comme par Seine,
par Loire et par Gironde. Ainsi s'espandirent par toute France, si n'estoit
nul qui appertement leur osast contrester. Le jour de la saint Jehan
prinstrent et ardirent la cité de Nantes et martirièrent l'évesque Guimard
dessus l'autel qui sa messe chantoit. Lors vindrent plus avant et
s'espandirent par tout le pays; la cité d'Angiers embrasèrent et puis
assistrent la cité de Tours, mais à celle fois fu garantie par les prières
monsieur saint Martin. Son corps avoient porté, un peu avant que ce
avenist, en la cité, et les païens ardirent l'abbaye qui estoit delez la
ville: et s'enfuyrent les moines et les clercs. Et puis fu le corps
monsieur saint Martin porté en la cité d'Aucuerre. Aussi fu destruit et
abattu en Acquitaine le palais Charlemaine qui estoit en un lieu appelé
Cassinoge[197].
Note 193: Les chapitres qui suivent immédiatement ne sont numérotés
dans aucuns manuscrits. Je me suis surtout réglé dans l'ordre que
j'ai suivi sur la belle leçon exécutée pour Charles V, et cotée
aujourd'hui n° 8,395.
Note 194:
Willelmi Gemeticensis monachi historia Normanorum
,
lib. 2, cap. 9. Ou cette intervention de l'archevêque Francon doit
être reportée à trente années au-delà, ou bien ce fut un autre
archevêque de Rouen, sans doute Jean, qui conclut avec Rollon
l'arrangement dont parle ici Guillaume de Jumiéges. Wace raconte la
même chose. (Vers 1158 et suivans.)
Note 195:
Will. Gemet. hist., lib. 2, cap. 10.
Note 196:
Ex fragmento historiæ Franciæ
. Ce fragment est inséré
dans le tome VIII des
historiens de France
, page 300.
Note 197:
Cassinoge.
Ou Chasseneuil, palais de nos rois dont nous
avons déjà parlé.
Quant Rollo et les Danois orent ainsi tout le pays destruit, si entrèrent
en leurs nefs et s'en alèrent par la rivière de Saine et passèrent par
Auvergne et en la parfonde Bourgoingne, et détruisent tout lu pays jusques
à Clermont en Auvergne. Après, retournèrent par la province de Sens et
vindrent jusques en l'abbaye Saint-Benoît-de-Flory; mais deulx jours avant
qu'il venist là, soient bien les moines que il devoient venir; lors
prisrent le corps monsieur saint Beneoist et l'emportèrent en la cité
d'Orléans et le reposèrent en l'églyse de Saint-Agnan jusques à tant que
ceste pestilence fust passée. En l'abbaye vint Rollo et sa gent: les moines
qu'il trouvèrent laiens et aucuns sergens de l'églyse occirent, le moustier
robèrent et puis ardirent tout.
§
ANNEE: 898.
Coment S. Beneoit se apparut au conte Sigillophes et luy dist que ilallast hardiement sus les Normans. Et coment S. Beneoit le conduisoit parmila presse des batailles. Et coment il ot victoire.
En celle nuit meisme apparut saint Beneoist à un conte qui avoit nom
Sigillophes qui estoit advoué de l'églyse et luy dist ainsi: «Haa! conte,
coment es-tu plain de si grant couardise et de mauvaistié que tu n'as pas
deffendue l'abbaye de Flory dont tu dois être deffendeur et advoué, et dont
les sergens Nostre-Seigneur que les païens ont occis gisent à terre sans
sépulture?» Et le conte luy demanda: «Sire, qui es-tu?--Je suis,» dit-il,
«Beneoît qui des parties de Bonivent voult estre ça translaté, et ay laissé
mon propre lieu de Montcassin pour cest lieu de Flory, pour ce que la
lumière et la discipline de religion resplandist en toute France pour la
présence de mon corps. Liève dont sus tantost, et soies fors et hardis, et
enchasse les paiens qui mon moustier ont ars et mes moines occis, et sont
ainsi eschappés dont ce est grant honte.» Et le conte respondi: «Sire,
comment pui-je ce faire que tu me commandes, et rescourre les proies de tes
ennemis quant je n'ay pas temps d'assembler gens?» Et le saint père luy
dist: «Ne te chaut sé tu as peu de chevaliers, mais prens tant seulement
ceulx que tu as avec toy et ton escu, si enchauce les paiens et n'aies
nulle paour, car je seray avecque toy et te deffendray; et saches que tu
retourneras vainqueur et auras très-bonne et grant victoire.» Lors
s'esveilla le conte et commença à penser en soy meisme de celle avision.
Tantost se leva et s'arma et suivit les paiens à tant de gens comme il pot
assembler; en eulx se feri hardiement et leur rescoust la proie et les
prisonniers qu'il enmenoient; et retourna à grant joie luy et sa gent sans
nul mal. Après s'en ala en l'abbaye et fist enterrer par grant dévotion le
corps des moines qui occis estoient.
Ceste novelle vint au roy Charles, coment le conte Sigillophes avoit
rescous la proie aux Normans à peu de gent, et estoit retourné à grant joie
sain et haitié. Mander le fist le roy, et quant il fu devant luy, si luy
compta tout ainsi comme il avoit fait; si en appela Dieu à tesmoing que à
celle heure qu'il se combatoit, messire saint Beneoist monta sur son cheval
et le gouverna et tint parmi le frain, tant comme la bataille dura, et
tournoioit l'escu contre ses ennemis et le ramena sain et haitié, luy et
tous les siens. Le roy fu moult liés de ces nouvelles et glorifia moult
nostre Seigneur, puis ala à l'abbaïe Saint-Beneoist-de-Flory: grant deuil
fit quant il vit la destruction de celuy lieu; si largement y donna de ses
biens que le moustier fust presque tout restoré dedans un an. Une petite
chapelle estoit fondée au chastel en l'onneur saint Père qui oncques du feu
ne fu bruslée né mal mise.
En cel an meisme, oient conseil les moines qui revenus estoient, que il
rapporteraient le corps monsieur saint Beneoist en une nef parmy Loire, de
la cité d'Orléans où il avoit esté porté, et le remestroient arrière au
moustier, en son propre lieu qui pas n'avoit esté ars par la volonté nostre
Seigneur. Au commencement des Avans establirent lieu et temps de ce faire.
Lors furent assemblés évesques et abbés et s'en alèrent à Orléans pour
apporter le saint trésor. En une nef le mistrent qui tantost s'esmut sans
ayde et sans gouvernement de nul homme, et s'en ala fendant contremont
Loire, dès Orléans jusques prez de l'églyse Saint-Beneoist; si fu le jour
que ce avint devant les nonnes de décembre. Et quant la nef vint au port
desous l'abbaïe, grand nombre d'évesques, d'abbés, de moines et de peuple
coururent au devant, qui tous chantoient: «Bien soit venu qui vient au nom
de nostre Seigneur!»
Si avint en celle journée merveilleux miracle; que tous les arbres qui
estoient restraint par la grant gelée et par la grant froidure que il
faisoit comme en celle saison, florirent, et porriers, pommiers, haies et
buissons qui fleurs doivent porter. Le corps saint reçurent devotement et
le mirent en l'églyse Saint-Pierre; et quant il orent le service célébré,
si se départirent à grant joie.
§.
ANNEE: 898.
Coment Rollo assist la cité de Chartres. Et coment Richart duc deBourgogne et l'ost des François et le conte de Poitiers vinrent sur luy etdestruirent moult de ses gens, tant qu'il s'en fui.
[198]En ce point envoya le roy Charles Franques, l'archevesque de Rouen, à
Rollo, le tyran, pour demander trèves de trois mois. Données furent, mais à
la fin des trèves recommença le tyran à destruire tout le pays ainsi comme
devant. [199]Par Estampes s'en ala jusques à Chartres; forment commença à
estreindre la cité et assaillir. Et tandis comme il estoit en ce point,
vint sur luy Richart le duc de Bourgoigne et l'ost des François et Ebalus
le conte de Poitiers. Rollo et les siens les reçurent hardiement, et
fièrement se combatirent d'ambedeulx pars, quant Asselins, évesque de la
cité, issi hors soudainement à tant de gent comme il pot avoir, si portoit
en sa main la chemise Notre-Dame. Si les assaillirent par derrière, et
moult en firent grant occision. Et quant Rollo vit que luy et sa gent
estoient à si grant méchief, si aima mieux à fuyr et à donner lieu à ses
ennemis, que soy combatre en tel péril; si s'en fuy tant plus par sens que
par paour. Une partie de son ost s'en fu sur une montaigne devant les
François qui les enchasçoient; et Ebalus le conte de Poitiers, qui tard
estoit venu, les acceint[200] quant il furent sur la montaigne, si que il
ne s'en peussent fuir né eschapper. Quant ce vint vers la mienuit, les
Normans descendirent et s'enfuyrent parmi l'ost. Lors cuida le conte Ebalus
que Rollo fust couru sur eulx; si eut moult grant paour et se bouta en la
maison d'un foulon et reposa là toute nuit. Au matin s'apperçurent les
François que les Normans estoient eschappés, des esperons brochèrent après.
Quant il les eurent trouvés, il ne s'osèrent embatre à eulx, car il avoient
fait entour eulx un parc et une forteresse d'arbres et de charrettes et
d'autres choses, si qu'il ne povoient pas venir à eulx sans grant péril.
Lors s'en retournèrent atant, et les Normans, qui eschappés furent,
s'enfuyrent à leur seigneur. [201]Moult fu Rollo courroucié et forcené pour
la mort de sa gent: son ost assembla et les exorta moult à prendre
vengeance de leurs compaignons et à dégaster tout le pays. Que vous
compteroit-on plus? Ainsi comme des lous affamés se férirent les païens au
peuple crestien, les églyses ardoirent, le peuple menèrent en chetivoison
et les femmes aussi; partout estoit pleurs et cris et lamentations.
Note 198:
Willelmi Gemeticensis chronicon, lib. II, c. 15.
Le
traducteur de Saint-Denis abrège le récit original.
Note 199:
Id. id., c. 16.
Note 200:
Acceint
, entoura.
Note 201:
Willelm. Gemet., liv. II, c. 17.
§.
ANNEES: 911/912.
Coment Rollo receut baptesme, et fu son parrin Robert le ducd'Aquitaine, et luy mist son nom et eut à femme Gille la filledu roy de France.
Quant François virent que France estoit tournée à tel dolour, si s'en
allèrent au roy et se complainstrent tous d'une voix de luy-meisme, que le
peuple crestien et toute France estoit en telle persécucion par son deffaut
et par sa paresse; moult fu le roy esmeu pour ces paroles. Tantost envoia
Francques, l'archevesque de Rouen, à Rollo, et luy manda que sé il et sa
gent vouloient recevoir le baptesme loyaument, il luy donneroit Gillette sa
fille par mariage et toute la terre de la rivière d'Epte, jusques en
Bretaingne. Au tirant s'en ala l'archevesque Francques et luy compta ce que
le roy luy mandoit et moult luy amollia et luy chastoya son cuer, car il
estoit paravant son acointe moult grandement. Et, si comme Dieu l'avoit
ordonné, Rollo reçut liement ce mandement, par le conseil de sa gent, et
prist jour de parlement, au roy à Saint-Cler-sur-Epte[202]; si donna trèves
de trois mois, et convenança que dedens ce terme il feroit au roy ferme
paix. Au jour et au lieu nommé vindrent d'une part et d'autre, si fust le
roy deça la rivière d'Epte et le conte Robert qu'il eut avec luy amené; et
Rollo et sa gent refurent par delà de la rivière. Tant allèrent messaiges
entre deulx que paix fu faicte selon les convenances qui orent esté mises.
Note 202:
Saint-Cler-sur-Epte
, aujourd'hui bourg du département de
Seine-et-Oise, ancien Vexin, à sept lieues de Mantes.
Toute la terre de Neustrie luy donna le roy et Gillette sa fille par
mariage et, par-dessus, toute Bretaingne; et commanda le roy aux deulx
princes de cette contrée, Berengier et Alain, qu'il entrassent en son
hommage. Tout le pays jusques à la mer estoit tourné en gastine[203]; si
que nul n'estoit qui osast terre labourer, et estoient les haies et les
buissons par tout creus, par la longue persécution et pour les continues
assaux des païens. Après ces choses ainsi faictes retourna le roy en France
et envoia à Rollo Robert, le conte de Poitiers. Quant Rollo fu venu à
Rouen, l'arcevesque Franque appareilla les fons pour le baptisier. Robert,
le duc d'Aquitaine, le leva de fons: son nom luy mist et fu appelé Robert.
Note 203:
Gastine
, désert.
Puis que Rollo fu baptisié, il honora moult sainte églyse et crut moult
dévotement en la foi crestienne. Tous les sept premiers jours qu'il demoura