donna bons ostages qu'il iroit à Rouen au duc Richart pour faire l'amende à
sa volenté. Ainsi retourna l'enfant Richart au duc son père.
Note 318:
Id.--id., c. 16.
Note 319:
Renaus de Bourgogne.
«Rainaldus trans Saona fluvium
Burgundionum comes.»
Note 320:
Venchier.
Venger. Nous gardons encore le mot revanche.
Note 321:
Milmande.
Wace écrit
Mismande
, et Guillaume de Jumièges
Milinandum
ou
Milbiandum
. On n'a pas bien reconnu ce lieu, jusqu'à
présent.»
Note 322:
Une sele chevaleresse.
Une selle de cheval. «Equestrem
sellam ferens humeris.»
[323]Au duc Richart, où tant avoit de graces et de bien, approchoit le
terme de sa fin. Quant il senti que sa maladie luy croissoit, il manda
Robert, l'archevesque de Rouen, et tous les nobles hommes de Normandie; et
leur dist qu'il ne povoit pas vivre longuement. Lors commencèrent tous à
plourer. Au derrenier appela son fils Richart et le fist duc de Normandie,
par le conseil de ses barons. A son fils Robert donna la conté d'Eu[324],
en telle manière qu'il en fist hommage à son fils Richart, comme à son lige
seigneur: et quant il eut ordené de son testament et d'autres besoingnes
temporels, si trespassa de ce siècle, en l'au de l'Incarnacion mil
vingt-six ans.
Note 323:
Willelm. Gemet. hist., lib. V, cap. 17.
Note 324:
D'Eu
ou mieux d'
Hiesmes
. «Robertum comitatûs
Oximensi
præfecit.»
VI.
ANNEE: 1026.
Coment les Bourguignons ne vouldrent recevoir à seigneur le roy Robert, etcoment par force d'armes il les soubmist. Coment il ferma le chastel deMontfort et d'Espernon; et coment Thibaut File-estoupe ferma le chastel deMontlhery.
[325]En ce temps mouru Henry, le duc de Bourgoingne. Toute sa terre laissa
au roy Robert, mais les Bourguignons ne le vouldrent pas recevoir à
seigneur; ains reçurent le conte de Nevers, qui avoit nom Landry, en la
cité d'Aucère, ainsi comme avoué contre le roy. Et le roy appela en son
aide Richart, le duc de Normandie, qui à luy vint à grant ost. Son ost
assembla d'autre part et assist la cité d'Aucère longuement; et tant i
séist que ceulx dedens luy rendirent par force la cité et la contrée et
Landry à sa volenté. Après mist le siège devant le chastel d'Avalon, et si
longuement y séist qu'il affama le chastel; et convint que ceulx dedens luy
rendissent la forteresse, et qu'il fussent obéissans à sa volenté. Atant
retourna en France et le duc en Normandie.
Note 325:
Chronicon Hugonis Floriacensis, anno 1002.
[326]En ce temps mouru Fromont, le conte de Sens. Après fu quens son fils
Renart, le plus desloiaux de tous les desloiaux. Si grant persécucion fist
aux églyses, que si grant ne fu oïe puis le temps des païens. Pour ce grief
que les églyses souffroient, l'archevesque Leuthaire estoit en si grant
angoisse de cuer qu'il ne savoit qu'il péust devenir. Mais touteffois
estoit-il en oroisons et en vigiles et prioit la divine pitié que elle luy
envoiast secours. Dedens la cité estoit le conte Renart aiant garnison de
sa gent et la tenoit à force contre le roy et contre l'archevesque. Mais
touteffois la prist l'archevesque par le conseil Renaut l'évesque de Paris
et tantost la livra au roy Robert. Le conte Renart eschappa et s'enfui tout
nu. Fromont, son fils[327], et les autres chevaliers de la garnison
s'enfuyrent en la tour et la tindrent tant comme il porent contre le roy,
et le roy la fist assaillir par meisme jour. En la parfin la prist, et
prist tous ceulx qui dedens estoient. Fromont, le fils le conte Renart,
envoïa en prison à Orléans, et là mourut.
Note 326:
Id.--id., anno 1005.
Note 327:
Son fils.
Le latin dit:
Son frère
.
[328]En ce temps fu faite banie de la seigneurie de Saint-Denis.[329]Cil
roy Robert ferma le chastel de Montfort et d'Esparnon. Une dame de Nogent
eut espousée; de celle eut deulx fils, Simon et Amaury, et cil Simon fu père
Amaury de Montfort et Berte la contesse d'Anjou; et cil Amaury fu père
Simon le conte de Montfort et la contesse de Meullent. Et madame la
contesse d'Anjou eut un fils qui eut nom Fouques, conte fu d'Anjou et puis
roy de Jhérusalem. Cil Fouques fu père Baudouin et Amaury, qui ambedeulx
furent roys de Jhérusalem l'un après l'autre. Et de cestui Fouques issi
aussi Geffroy, le conte d'Anjou, et la femme Thierry, le conte de Flandres.
Et cil Geffroy fu père le roy Henry d'Angleterre. Et sa suer, la contesse
de Flandres, eut deux fils: Philippe, le conte de Flandres, et Mathieu, le
conte de Bouloingne, et une dame qui fu femme Hues d'Oisy.
Note 328 Par
banie
, je crois qu'il faut entendre suppression,
extinction de la souveraineté qu'affectoient encore, en certains cas,
les rois de France et les seigneurs voisins de l'abbaye de
Saint-Denis. Le continuateur d'Aimoin, qui semble avoir ici copié le
texte original de notre traduction, pourroit faire soupçonner d'une
légère infidélité cette dernière. Il porte: «In tempore regis Roberti
Bema
fuit de dominio Sancti-Germani.» Mais qu'est-ce que
Bema
?
Note 329: Le tome X des Historiens de France n'a pas donné le texte
latin des passages suivans ni ces passages eux-mêmes. La raison qu'en
donnent les éditeurs est que les faits n'appartenoient plus au règne
de Robert. (Voy. pour le latin la continuation d'Aimoin, lib. V,
c. 46.) Au reste, le texte latin du continuateur d'Aimoin et du
chroniqueur anonyme a sans doute été tronqué dans cet endroit. Ce
doit être un seigneur nommé Amaury, qui,
au temps du roi Robert
,
auroit fortifié
Montfort
, auroit épousé une dame de Nogent, etc.
Au temps le roy Robert, ferma le chastel de Montlhery un sien forestier qui
avoit nom Thibaut File-estoupe. Cil eut un fils qui avoit nom Guy. Cil Guy
espousa la dame de La Ferté et de Gomez. De cette dame eut deux fils: Mille
de Bray et Guy le Rouge, et cinc dames, la contesse de Reiteste et
Bonnevoisine de Pons: Elysabel, femme de Jocelin de Courtenay, et la dame
de Puisat et la dame de Saint-Valery.
Cil Mille de Bray engendra Guy Troussel (qui puis s'en a fui d'Antioche et
laissa en la cité le bonne chevalerie assiégée des Sarrasins), et si
engendra Thibaut La Bouffe et Millon, que Thibaut de Creci estrangla en
trayson, et Renaut, l'évesque de Troies, et la mère Simon de Broies, et la
mère Simon de Dampierre, et la mère Hues de Plancy, et la mère Mille Crecy,
et la mère Salon, le visconte de Sens; et Guy engendra Hugues de Crecy, et
Biotte, la mère le visconte de Gastinois, et la mère Ymbert de Beaujeu, et
la femme Anseau de Gallande et Biétris, contesse de Pierrefons.
Au temps le roy Robert, fonda le chastel de Courtenay, Haston, le fils d'un
gastelier du chastel Renart, chevalier fu par son sens et par son
avoir[330]. Une grant dame espousa dont il engendra Jocelin de Courtenay,
et cil Jocelin espousa la fille le conte Gieffroy-Foirole. De celle dame
eut deulx fils[331] Guy et Renart, le conte de Joingny. Icil Jocelin, après
la mort de celle première dame, espousa Ysabelle, la fille Millon de
Montlhery. En celle engendra Millon de Courtenay, et Jocelin, le conte
d'Edesse, et Gieffroy Capalu. Cil Mille de Courtenay engendra trois fils de
la sereur le conte de Nevers: Guillaume, Jocelin et Renaut. Cil Renaut
engendra la femme Pierre, le frère le roy et la femme Avalon de Selgny.
Note 330:
Gastelier.
Pâtissier. Le latin se contente d'ajouter:
Militari honore se fecit sublimari.
Note 331: Ici notre traducteur passe un degré: «Filiam comitis
Gaufridi Fœrolem ex quâ genuit unam filiam quæ duos filios habuit.»
VII.
ANNEE: 1026.
Coment le roy Robert donna plusieurs dons et privilèges et franchises àl'abbaïe de Saint-Denis. Après coment il trespassa.
[332]De ce roy Robert peut l'en moult de bien dire. Grant amour, grant
affeccion avoit à sainte églyse et à tous les sains de paradis,
[333]meismement aux glorieux martirs Saint-Denys et à ses compaingnons que
il tenoit à patrons et à deffendeurs du roïaume, si comme il pert aux
chartres de ses dons et des franchises qu'il donna à l'églyse, si comme
nous dirons ci-après. A un corps saint qui léans gist, et a nom saint
Ypolite, avoit merveilleusement grant dévocion et grant amour. Jà n'éust si
grant besoing pour quoy il fust au pays qu'il ne venist à sa feste, qui est
au mois d'aoust, deulx jours devant l'assompcion Nostre-Daine. Pour ce que
la feste fust encore plus solempnel, pour la présence de si grant homme,
estoit en my le couvent, et tenoit cuer avec le chantre tout revestu d'une
riche chappe de pourpre que il avoit fait faire pour soy proprement; et
tenoit en sa main le royal ceptre, et alloit par my le cuer de renc en
renc, chantant et exortant son couvent à chanter comme cil qui ardemment
amoit Dieu et sainte églyse. Si s'esjoïssoit avec les esjoïssans et
chantoit avec les chantans et par grant melodie de voyes faisoit prières
aux oreilles du souverain juge, de cuer et de bouche, et ainsi estoit
adés[334], jusques à tant que la messe estoit chantée.
Note 332 Cette phrase se retrouve dans toutes les chroniques
anciennes.
Note 333: A compter de là, notre traducteur suit, non pas les
paroles, mais le sens du
Liber de reliquiis ecclesiæSancti-Dionysii
, publié par Duchesne, tome IV, p. 146. Le passage
auquel se rapporte notre traduction est transcrit dans le tome X des
Historiens de France, p. 380.
Note 334:
Adés.
Toujours.
Maintes belles chartres donna à l'églyse; la première, si fu que il
l'affranchi de maintes mauvaises coustumes, que ses sergens alevoient en la
ville et dehors[335]. Et si donna sa court et son palais que les autres
roys avoient tousjours eus léans, et y venoient tenir leur court aux festes
solempnels, comme à Noël et à l'Epiphanie et à Pasques et à la Pentecouste;
et de ce les franchi si que nuls roys ne puet né ne doit jamais i tenir
court, pour ce que le couvent soit en paix et qu'il puisse mieux entendre à
Dieu, faire prier pour le roy et pour l'estat du royaume; [336]et voult que
l'églyse fust absoulte du grief de tous ses voisins et meismement de
Bouchart à la Barbe qui lors tenoit un chastel en fié de l'églyse en une
île de Saine, de par sa femme, et sa femme d'un sien mary qu'elle eut eu
devant, qui avoit nom Hues Basset. Moult genoit cil Bouchart l'églyse et
ses hommes. Au roy s'en complaint l'abbé Vivien, qui l'églyse gouvernoit
pour le temps de lors. Amonesté fu que il se cessast de ces griefs; et pour
ce que cesser ne se volt, le roy, par le conseil de ses palatins[337],
commanda que le chastel feust abatu; et pour ce que le roy savoit bien que
cil Bouchart estoit esmeu contre l'églyse, il ordonna pour bien de paix,
par la volenté de l'abbé et du couvent, et permist qu'il fermast une
forteresse à trois miles de Saint-Denis[338] qu'il appelent Montmorency de
lez la fontaine Saint-Walery; par tel condicion que cil Bouchart et tous
ceux qui, après luy, seroient seigneur de celle forteresse, feroient
hommage à l'églyse du fié qu'il tenoit de par sa femme en la devant dite
isle, et au chastel de l'églyse et aux autres lieux. Et, avec tout ce, fu
adjousté que les fiévés[339] qui demourroient à Montmorency se metroient en
ostage en la court l'abbé deux fois en l'an: à Pasques et à la feste
St-Denys; né en nulle manière ne requerroient congié d'issir hors de laens
jusques à tant qu'il eussent respondu et rendu raison des choses de
l'églyse qui avoient esté soustraites, aménuisiées ou prises par Bouchart
ou par ses hommes, et qu'il auroient faite plenière satisfacion, selon
droit, au martir saint Denys de toutes ces choses, à la volenté de l'abbé
et du couvent. Et quiconque seroit trouvé en meffait vers l'églyse, et
s'enfuyroit après pour garantie à Montmorency, dedens les quarante jours
que Bouchart ou ceus qui après luy seront, seroit amonesté de par l'abbé
pour la justice de ce fait, il en ainenra le maufaiteur par devant l'abbé,
en sa court, pour justicier, par devant luy. Et se le maufaiteur ne se
veult ottroier aux condicions nommées, Bouchart ou ses successeurs le
boutera hors de toute sa seigneurie et le doivent avoir comme ennemy de
l'églyse jusques à tant qu'il s'abandonnera à justice de l'abbé. Toutes ces
condicions jura Bouchart pour luy et pour tous ceulx qui après luy
vendroient, en la présence du roy et des barons.
Note 335: Voyez la charte dont il s'agit, Hist. de France, tome X,
p. 581.
Note 336:
Ex chronicâ anonymâ.
Voyez Histor. de France, tome X
p. 303. Voyez aussi pour les détails l'autre charte de Robert,
reproduite dans le même volume, p. 593.
Note 337: Plusieurs manuscrits ont au lieu de ces derniers mots:
Deson plaisir
.
Note 338:
De Saint-Denis.
La charte dit: «Tribus leugis a castello
Sancti-Dionysii.» Ce château étoit Montjoie, et ce que l'on ignore
communément, c'est que ce château de Montjoie a été l'occasion du cri
de guerre de nos vieux rois de France:
Montjoie Saint-Denis!
Note 339:
Les fiévés.
Ceux qui relevoient du fief.
Après, conferma la chartre du roy Dagobert, fondeur de l'églyse, qui
commence au dessoubs de Mont-martre, au lieu proprement où le martir fu
décolé, et dure jusques à la voie commune qui mène à Louvres, que quanques
est contenu dedens celle enceinte est au pouvoir et au droit de l'églyse en
toutes justices et en tous cas, soit en voies communes et privées. Maintes
autres belles chartres donna à l'églyse qui ne sont pas cy nommées.
De ce siècle trespassa ce glorieux roy, en l'an de l'Incarnacion mil et
trente et un; et fu ensépulturé au cimetière des roys, c'est l'églyse
Saint-Denys qu'il avoit tant amée et honorée.
[340]