Note 36:
Qu'il n'eust d'abord receu.
C'est-à-dire: Dont il n'eut
obtenu précédemment la soumission. «Nullum obtinuit quem ante non
habuit.»
Avant qu'il partist receut les messages l'apostoile Adrien. Ces messages
estoient deux évesques, l'un avoit nom Paul et l'autre Léon, et ne venoient
pas au roy tant seulement, mais aux princes et aux prélas du royaume. La
forme du mandement estoit telle que nul mortel ne fust si hardi qu'il
entrast au royaume qui jadis ot été Lothaire, et qui par droict devoit
venir en la main son fils espirituel, né qui osast né troubler né molester
les hommes du royaume, ne fortraire par promesses et par dons: et sé nul le
fesoit autrement, ce qu'il feroit ne seroit pas tant seulement anéanti par
son auctorité, ains seroit celuy qui ce feroit excommunié et dessevré de la
compagnie de saincte Églyse; et sé aucun des évesques se consentoit à luy
en taisant, si ne seroit plus appelé prestre né pasteur, mais bergier loué;
et pour ce, ne luy appartiendroit-il des brebris garder, par conséquent né
de la dignité de pasteur. Avec les messages et pour ceste besoigne meisme
vint ung autre message[37] qui avoit nom Boderas. Quand les messages
l'apostoile s'en furent partis, le roy Charles s'aperceut bien que ceux luy
avoient menti qui luy avoient fait entendant par faus messagiers que le roy
Loys, son frère, estoit ainsi comme à la mort. Lors se partit de
Gondouville, et s'en ala ès parties d'Elisse[38], pour recevoir en amour et
en concorde Hue, le fils Geuffroy, et Bernart, son fils[39]. De là s'en
retourna pour yverner à Ais-la-Chapelle, et tant y demoura que la Nativité
fu passée, en l'an de l'Incarnation huit cent soixante et dix.[40]
Note 37:
Un autre message.
Le latin ajoute: «Missus Hludowici
imperatoris venit.»
Note 38:
D'Elisse.
«In Elisacias partes.» Vers l'Alsace.
Note 39:
Son fils.
«Bernardi filium.» Bernard, fils de Bernard.
Note 40: La plupart des auteurs du IXème siècle commencent l'année à
Noël, comme notre annaliste de Saint-Bertin.
IV.
ANNEE: 870.
Coment Charles-le-Chauf espousa la royne Richeut, et de la pais auxNormans, et du débat entre Charles-le-Chauf et Loys, son frère, pour lapartition du royaume Lothaire, et d'autres choses.
[41]D'Ais-la-Chapelle se parti le roy Charles et s'en retourna en France,
et vint en la cité de Noion. Là tint parlement à un prince des Normans qui
avoit nom Roric. Ci fu la fin telle qu'il le receust en amour et en
alliance. Après espousa Richeut, de qui nous avons devant parlé, qu'il
avoit tenue sans mariage. De là retourna à Ais-la-Chapelle. Là oï telles
nouvelles dont il ne se donnoit de garde; car Loys, son frère, roi de
Germanie, luy manda par ses messages s'il ne s'en issoit tantost de la
ville d'Ais et de tout le royaume qui avoit esté Lothaire, son frère, et
s'il ne le rendoit en paix ès mains des princes du royaume ainsi comme il
le tenoient au jour qu'il trespassa, bien sceut-il qu'il viendroit sur luy
à armes et qu'il auroit à luy bataille. Tant allèrent les messages d'une
part et d'autre, que la besoigne à ce menèrent que sermens furent faicts
des deux parties. De tenir les convenances jura par le roy l'un des
messages, et dit ainsi: «Je jure pour le roy Charles, mon seigneur, qu'il
se consent à ce que son frère le roy Loys ait une telle partie du royaume
Lothaire, leur frère, comme luy-meisme aura; et qu'il soit si loyaument
parti et si justement comme ceux le sauroient partir qui par l'accort des
deux parties y seront mis; et que ce soit sans barat et sans decevance, sé
son frère le roy Loys luy veult garder autelle fermeté et autelle loyaulté
comme il luy promet tant comme il vivra.» Quant ces convenances furent
ainsi affermées par sermens d'une partie et d'autre, le roy Charles se
partit d'Ais et s'en retourna en France, et s'en vint à Compiègne; là
célébra la Résurrection.
Note 41:
Annal. S.-Bertini, anno 870.
(Au moys de may qui après vint s'en ala à Atigny[42]). Là viendrent à luy
les messagiers Loys son frère, qu'il eut envoiés pour partir le royaume;
mais il ne vouldrent pas tenir les convenances qui devant avoient este
jurées, si estoient plus fiers et plus hautains pour la prospérité de leur
seigneur, pour ce qu'il avoit pris, tant par barat comme par armes, le
prince des Wandres qui longuement avoit à luy guerroié et mains dommages
luy avoit fais. En moult de manières fu cette partition devisée et mandée
aux deux parties par divers messages; n'accorder ne se pouvoient. A la
parfin fut ainsi atiré que le roy Charles leur manda que il et Loys son
frère assemblassent paisiblement au royaume qui devoit être parti, et
fussent faictes loyales parties selon les convenances et les sermens qui
avoient esté fais, par le regart des preudes hommes qui à ce faire fussent
mis par les parties. Entre ces choses fu assemblé ung conseil d'évesques de
dix provinces. Là fu accusé de plusieurs cas Haimart l'évesque de Loon et
meismement de deux choses de ce qu'il ne vouloit obéir au roy Charles comme
à son prince, né à l'archevesque de Rains comme à son prélat. Mais
toutesvoies fu-il contraint à ces deux choses: son libelle escripvit et le
rendit en plein conseil. Si contenoit cette sentence: «Je, Haimart, évesque
de Loon, regehis et cognois que je dois être et serai désormais obédient et
féable au roy Charles, selon mon estat, si comme évesque doit être par
droit à son prince terrien et à son roy; et si promets aussi que je ferai
obédience à mon pouvoir à l'archevesque de Rains, telle comme je lui dois
faire selon les droits et les canons et les décrets des anciens pères, à
mon sens et à mon pouvoir.» Et quant il eut ce dict, il mist sa
subscription en son libelle.
Note 42: Cette précieuse parenthèse n'est pas traduite des Annales de
Saint-Bertin, et ne se trouve que dans le continuateur d'Aimoin. Ce
fut effectivement dans le palais d'Attigny qu'Hincmar de Reims obtint
la condamnation d'Hincmar de Laon.
Charlemaine le fils le roy Charles, qui estoit nommé abbé de plusieurs
abbaïes, faisoit moult de griefs et de dommages à son père; et pour ce
perdit-il les abbaïes qu'il tenoit et fu mis en prison à Senlis. (En ce
temps tenoient les princes lays aucunes abbaïes.) Entre ces choses envoia
le roy Charles ses messages[43] à Loys son frère, Eudes l'évesque de
Beauvais, et deux comtes Hardoin et Odon; et luy manda qu'il assemblassent
paisiblement pour partir le royaume Lothaire. Après, s'en ala à une ville
qui a nom Pontigon[44], là retournèrent à luy les messages qu'il eust
envoiés à Loys, son frère, et luy nuncièrent la responce qu'il luy mandoit,
qui telle estoit qu'il venist jusques à Haristalle, et il viendroit d'autre
part jusques à Marne[45]; et au milieu de ces deux lieux assembleroient à
parlement; et amenast chacun tant seulement quatre évesques et dix
conseillers et trente que vassaux que chevaliers[46]. Ainsi fu la chose
créantée. Le roy Loys mut et s'en vint à Flamereshem en la contrée de
Ribuarie[47]; là luy advint telle adventure qu'il chaï d'un solier qui
estoit viel et pourri luy et aucuns de sa gent. Blessé fu en sa jambe, mais
assez tost fu gari si comme il luy sembloit. (Il se hasta ung peu trop, car
la bleceure ne fu pas bien esteinte, si comme nous le dirons ci-après.) A
Ais-la-Chapelle s'en alla. Le roy Charles se rapproucha d'autre part au
lieu déterminé, et tant coururent messages d'une partie et d'une autre que
les deux roys assemblèrent là où il estoit dévisé en la cinquième kalende
d'aoust. Là départirent le royaume paisiblement selon les convenances
devant dictes.
Note 43: Le latin ajoute: «Ad Franconofurt.»
Note 44:
Pontigon
, aujourd'hui
Pontion
.
Note 45:
Marne.
Mersen.
Note 46:
Que vassaus que chevaliers.
Je ne crois pas qu'il y eût de
différence bien sensible avant le XIVˆe siècle entre ces deux mots.
Aussi le latin dit-il
officiers ministériels et chevaliers
. «Inter
ministeriales et vassalos.»
Note: 47:
En la contrée de Ribuarie.
«In pago Ribuario.»
Ci-après sont nommés les cités et les villes de la partie du roy Loys:
Coloigne, Trèves, Utrehect, Strahasbourt, Baille[48], et maintes autres
villes et cités qui pas ne sont à nommer pour eschiver la confusion; et
pour ce que les noms sont en langue tioise on ne les peut pas assigner
proprement en françois[49]. En celle partie furent adjoutées les deux
parties de Frise qui estoient du royaume Lothaire. Et par dessus cette
division luy fu encore donnée la cité de Mez, l'abbaïe Saint-Père et
Saint-Martin et toutes les villes et les appartenances de cette contrée; et
si luy fu donnée pour le bien de paix et de charité une partie des Ardennes
tant comme le fleuve qui a nom Urcha en depart jusque à tant qu'elle cheï
en Meuse.
Note 48:
Baille.
Basle.
Note 49: En voici la liste exactement copiée du latin: «Coloniam,
Treviris, Utrecht, Strasburg, Basulam, Abbatiam Suestre (
Susteren
,
dans le duché de Jullers), Berch (
Berge
, près Ruremonde), Niu
monasterium (
Nussa
, près Cologne), Castellum (
Kessel
, sur la
Meuse), Indam (
Cornelismunster
, près d'Aix-la-Chapelle),
Sancti-Maximini (près de Trèves), Ephterniacum (
Esternach
), Horream
(
Oeren
, dans Trèves), Sancti-Gangulfi, Faverniacum (
Favernay
, en
Franche-Comté), Polemniacum (
Poligny
, en Comté), Luxoium (
LuxemBaume
, dans les Vosges), Luteram (
Lure
, diocèse de Besançon),
Balmau, Offonis-villam (
Vellefaux
, diocèse de Besançon),
Meyeni-monasterium (
Moyen-Moustier
, dans les Vosges), Eboresheim
(dans l'Alsace), Homowa (dans Strasbourg), Masonis-monasterium
(
Maesmunster
, en Alsace), Hombroch, Sancti-Stephani, Strasburg,
Sancti-Deodati (
Saint-Dyé
), Bodonis monasterium (
Bon-Moustier
,
dans les Vosges), Stivagium (
Estival
), Romerici montem
(
Remiremont
), Morbach (en Alsace), Sancti-Gregorii (
id.
),
Mauri-monasterium (
id.
), Erenstein (
id.
), Sancti-Ursi in Salodoro
(
Soleure
), Grandivellem (
Grantfel
, diocèse de Basle),
Allam-Petram (près
Moyen-Moustier
), Lustenam (?), Vallem Clusæ
(
Vaucluse
, diocèse de Besançon), Castellum-Carnonis
(
Chatel-Challon
), Heribodesheim (?), Abbatiam de Aquis,
Hoenchirche, Aughtchirche, comitatum Testebrant, Batua (
Batavia
),
Harluarias (dans le duché de Gueldres), Masau subterior de ista
parte, et Masau superior, quod de illa parte est; Liugas (
Liège
),
quod de ista parte est, Districtum Aquense (
Aix
), Districtum
Trectis (
Maestricht
). In Ripuarias, comitatus V, Megenensium,
Bedagowa, Nitachowa, Sarachowa subterior, Blesitchowa, Selm,
Albechowa, Suentisium, Calmontis, Sarachowa superior, Odornense quod
Bernardus habuit, Solocense, Basiniacum, Elischowe, Warasch,
Scudingum, Emaus, Busalchowa. In Elisatia, Comitatus duo; de Frisia
duos partes de regno quod Lotharius habuit.... Civitatem cum Abbatia
S.-Petri et S.-Martini, et comitati Moslensi, cum omnibus villis in
eo consistentibus tam dominicatis quam et vassalorum. De Arduenna,
sicut flumen Urta surgit inter Bislam et Tumbus, decurrit in Mosam et
sicut recta via pergit in Bedensi. Exupto quod de Condrusio est, ad
partem Orientis, trans Urtiun, et Abbatias Prumiem et Stabelan, et
omnibus villis dominicalis et vassalorum.»
Ci-après sont nommées les cités et les bonnes villes de la partie le roy
Charles: Lyon sur le Rhosne, Besançon, Vienne, Tongres, Tol, Verdun,
Cambray, et moult d'autres villes et cités qui pas ne sont à nommer[50]. Le
lendemain que ces parties ainsi furent devisées, les frères revindrent
arrière ensemble, congié prindrent l'un à l'autre, et se départirent en
paix et en amour. Le roy Loys retourna à Ais-la-Chapelle, le roy Charles en
France, et commanda que la reyne Richeut, sa femme, fust admenée encontre
luy. A Saint-Quentin en Vermandois vint, et puis ensemble à Senlis, et puis
à Compiègne. Là se déporta tout le mois de septembre en gibier et en
chasse. De la partie du royaume Lothaire qu'il eut receu fit sa volenté et
en donna et départi à sa volenté.
Note 50: Voici les autres noms: «Vivarias, Vatiam, Montem-Falconis,
Sancti-Michaelis, Gildini-monasterium, S.-Mariæ in Bisantione,
S.-Martini in eodem loco, S.-Augentil, S.-Marcelli; S.-Laurentii
Leudensi, Sennonem, Abbatiam Niellam, Molburium, Laubias,
S.-Gaugerici, S.-Salvii, Crispinno, Fossas, Marilias, Honulficurt,
S.-Servatii, Maalinas, Ledi, Sunniacum, Autonium, Condatum,
Mesrebecchi, Tidivinni, Lutosa, Calmontis, S.-Mariac in Desmant,
Echa, Andana, Wasloi, Altummontem, Comitatus Texandrum. In Bracbanto,
Comitatus quatuor Cameracensim, Hainoum, Lomensem. In Hasbanio,
Comitatus quatuor, Masau superiur, Masau subterrior, Liugas quod
pertinet ad Veosutum; Scarponense, Viridunense, Dulmense, Arlon,
Waurense, Comitatus duo, Mosminse, Castricium, Condrust. De Arduennâ
sicut flumen Urta surget inter Bislanc et Tumbas, ac decurrit ex hac
parte in Mosam, et sicut recta via ex hac parte Occidentis pergit in
Bedensi. Tollense, aliud Odornense quod Tremarus habuit; Barrense,
Portense, Salmoringum, Lugdunense, Viennense, Vivarias, Ucericium. De
Frisiâ tertiam partem.»
V.