trenchans.
Note 523:
Peviers.
Pithiviers.
Note 524:
Fouc.
Troupeau.
XI.
ANNEE: 1112.
Coment le conte Thibaut referma le Puisat par l'aide des Normans, etcoment le conte issi hors à bataille contre le roy et coment il fudesconfi; et coment le conte cria merci au roy et fit fin de la guerre.
Endementres que les François et les Normans entendoient à refermer le
chasteau de Puisat, assembla le roy ses osts. Si estoit avec le conte
Thibaut et avec l'ost des Normans, Miles de Montlehéry et Hue de Crecy et
Guy de Rochefort ses frères qui bien estoient treize cens chevaliers à
belles armes. Si mirent presque toute la semaine à refermer le Puisat et
moult menaçoient le roy de mettre le siège devant Thoury. Pour ce le roy ne
se fléchissoit, né pour leurs menaces ne laissoit de leur faire en toutes
manières du pis que il povoit et s'efforçoil de leur nuire et par nuit et
par jour et de les destourber, que il ne quéissent[525] loing vitailles.
Note 525:
Quéissent.
Cherchassent.
Et quant le chasteau fu presque refait où il avoient mis toute la semaine,
et une partie des Normans s'en fu rallée en son pays, si demoura le conte
Thibaut à moult grant ost. Et le roy qui toutes ses gens avoit assemblés
chevaucha à grant force vers le Puisat. Ses ennemis encontra qui lors
furent issus contre luy à bataille; et le roy et ses gens s'assemblèrent à
eulx et en vengeance de la laidure qu'il leur avoient devant faicte les
menèrent battant jusques au chasteau. Par vive force les firent flatir ens
la porte. Et le roy les enclouyt dedens et mist autour bonne garnison de
chevaliers esleus afin qu'il ne peussent issir; et prist une ancienne motte
qui estoit près du chasteau ainsi comme à un ject de pierre, si avoit esté
à ses ancesseurs; et dressa en assez peu de temps un chasteau dessus à
grant paine et à grant travail que il leur convint souffrir pour les
archiers et les arbalestriers et les fondeurs de ceulx dedens qui tiroient
et fondoient seurement. Moult y avoit périlleux estrif et aux uns et aux
aultres, car l'une partie et l'autre mettoit grant cure et grant contens à
avoir l'honneur et la victoire. Et les chevaliers du roy qui moult estoient
en esmay d'eulx vengier des griefs que ceulx dedens leur avoient fais
aucuneffois ne finèrent oneques jusques à tant qu'il eurent bien garnye
leur forteresse de riches armeures et fière chevalerie: seurs et certains
que tantost comme le roy s'en seroit parti il leur convendroit deffendre
hardiment, où il seroient tous occis par les cruelles armes de leurs
ennemis.
Après ce, retourna le roy à Thoury, pour recouvrer illec sa force. Et
d'illec amenoit et conduisoit la vitaille à ceulx qui estoient demourés en
la garnison de la motte; une fois à peu de gens et privéement, et aucunes
fois appertement et à force, parmy tous ses ennemis: si n'estoit mie sans
grant péril, et pour ce que ceux du chasteau les destraignoient, car le
lieu estoit près, et les menaçoient à mettre le siège entour. Et le roy
esmeut ses herberges et les amena plus près. Ce fut à Janville[526] qui est
ainsi comme à une petite lieue du Puisat. Et fist la tour clorre et ceindre
de fors pieus agus. Et si comme l'ost se fu logié par dehors, le conte
Thibaut qui de partout avoit ses gens semons et assemblés vint sur eux à
grant force de gens, que des siens que des Normans, et leur courut sus
soudainement; et les trouva auques[527] désarmés et désappareillés, tout
entallentés d'eux découper ou faire lever du siège. Et le roy leur saillit
sus tout armé, luy et ses gens. Lors commença la bataille aux champs et le
poignéis fier et aigre des lances et des espées d'une part et d'autre. Si
entendoient plus à avoir victoire que à leur vies sauver, comme ceulx qui
de riens ne s'espargnoient et qui mieulx amoient à mourir en chump que
faillir à victoire. Nul ne vous pourroit compter la fierté des uns et des
aultres qui bien fu celluy jour veue en l'estour où l'en povoit véoir grans
prouesses et merveilleuses hardiesses. Si n'estoit pas le jeu à droit
parti, car le conte Thibaut avoit bien trois tans que le roy; dont il avoit
assis les chevaliers du roy dedens la ville. Et le roy qui à moult petite
compaignie estoit issu ne daigna fouir né ressortir pour paour de ses gens.
Si n'avoit avec luy fors que Raoul le conte de Vermendois son cousin, et
Droon de Mons[528] et ne scay quels autres trois nobles hommes; ains ama
mieux souffrir les durs assaux de ses ennemis qu'il véoit venir à grans
flotes, que rentrer en la ille pour paour et pour couardise. Et si comme le
conte Thibaut fu venu jusques devant les tentes du conte de Vermendois en
espérance de le détrenchier s'il éust pu, si luy saillit au devant le conte
Raoul moult hardiment, et par ramposnes commença à dire que oncques mais
les Briois, jusques à ce jour, n'avoient osé emprendre hardiesse contre les
Vermendois, (et que mieux leur venist à faire leur fromages qui sont de
grant los). Lors luy courut sus de si grant vertu comme il put trouver au
destrier, entalenté de soy vengier du tort et de la honte qu'il luy avoit
faicte. Si commença si haut à crier son enseingne que les chevaliers de la
bataille le roy l'oïrent. Lors reprindrent cuer et se rallièrent ensemble
et leur coururent sus et tant les destraignirent au brant d'acier et aux
roides lances qu'il les firent tous tourner en fuite. Et ainsi les menèrent
fuiant et chassant jusques au Puisat, et moult en occirent et prisrent. Et
les aultres qui eschapper purent que il avoient travaillés et demenés par
les boues enfermèrent en leur chasteau. Et ainsi avint, selon la doubteuse
fortune de bataille, que ceux qui cuidoient estre vainqueurs furent
vaincus, doulans et mats de leur occis et de leur prisons[529] et de leurs
aultres dommaiges.
Note 526:
Janville.
Aujourd'hui petite ville à onze lieues de
Chartres, entre Toury et le Puiset.
Note 527:
Auquel.
Presque.
Note 528:
Mons.
Le latin dit:
Montiacensis; Monchy
.
Note 529:
Prisons.
Prisonniers.
Quant le roy eut du tout eue la victoire de ses ennemis, le conte Thibaut
qui du tout deffailloit et tournoit à declin ainsi comme celuy qui commence
à chéoir de la roe de fortune, pour ce qu'il véoit de jour en jour croistre
la force du roy, et les barons du royaume prendre en grief et en desdaing
ce que il avoit prins guerre contre le roy son seigneur, si eut occasion de
laisser la guerre après les grans pertes que luy et les siens avoient
receues, et mesmement de celle qu'il avoit receue le jour devant.
Adont envoya ses messages au roy et si luy pria moult humblement qu'il
l'asseurast et que il l'en laissast aller seurement jusques à Chartres sa
cité. Et le roy qui trop estoit doux et débonnaire receut ses prières
oultre ce que nul n'eust osé cuider, et si luy desconseilloient le plus de
ses gens et luy disoient qu'il ne laissast pas ainsi aller né eschapper son
ennemy qu'il tenoit jà ainsi comme prins, et mais n'avoit nulle viande; que
il ne luy fist une aultre fois tel domage. Ainsi s'en alla le conte
Thibaut, et laissa le chasteau et Hue en la volenté le roy. Et ce qu'il
avoit commencé par bon commencement fina par mauvais définement. Et le roy
vint du tout au desore,[530] par la volenté de Nostre-Seigneur et ne
déshérita pas tant seullement celluy Hue, mais abatti le chasteau du Puisat
et tous les murs; et tout le lieu rasa comme sé la divine malédiction
l'eust interdit et asorbi[531].
Note 530:
Au desore.
Au-dessus.
Note 531:
Asorbi.
Absorbé.
XII.
ANNEES: 1113/1114.
Coment ceus qui se tenoient au roy d'Angleterre et au conte Thibaut furentdéshérités. Et coment le roy mut sur Thomas de Malle. Et coment il restorales villes aus églyses. Et coment fist pendre les traictres. De Haimon deGermegni qu'il fist venir à merci.
Long-temps après ce que celuy Hue fu revenu en l'amour et en la grace le
roy, par moult d'ostaiges et de sermens qu'il luy eut fais, il se rebella
contre luy de rechief et, pour ce, fu-il du roy de rechief assiégé et de
rechief deshérité. Mais avant eut-il les costés tresperciés d'une roide
lance, par la main Anseau le Gallendois[532] un merveilleux chevalier et
séneschal de France. Né oncques ne voulut désaprendre son acoustumée
traïson; tant que la voye d'oultre-mer où il mourut mist fin en sa vie.
Note 532: C'est un contre-sens. Suger, au contraire, dit que ce fut
Anseau de Garlande qui fut percé de la lance du Hue du Puiset.
Après ces guerres et ces contens qui tant avoient duré, mains barons et
mains hommes de religion misrent grant paine à mettre paix entre le conte
Thibaut et le roy d'Angleterre d'une part, et le roy de France de l'autre.
Si avint que par le jugement de Dieu, ceux qui contre leur seigneur et
contre le royaulme de France s'estoient tournés et aliés au roy
d'Angleterre et au conte Thibaut furent tous destruis par la guerre et
perdirent leurs querelles qu'il cuidoient recouvrer; comme Lancelin, le
conte de Dampmartin, perdit la querelle qu'il clamoit sur la cité de
Beauvais[533], et pour ne scay quelles raisons; Payen de Montjay sur le
chasteau de Livry[534] que le roy d'Angleterre luy avoit fermé à ses
deniers, dont il fu tout esragié de duel; et Milles de Montlehéry le
mariage de luy et de la seur Raoul le conte de Vermendois, dont il fu tout
esragié de duel, par la raison de ne scay quel lignage qui trouvé y fu. Né
oncques n'eut tant d'onneur né de joye de l'assemblement comme il eut de la
honte et de l'ire du dessevrement. Si fu fait celluy jugement par preudes
hommes et discrès; et fu pris ès loix et ès décrès qui dient que les
obligacions et les aliemens qui sont fais contre paix soient du tout
ramenés à néant.
Note 533:
Sur la cité de Beauvais.
Suger dit: Sur la
conduite
de
Beauvais. «Querelam Belvacensis conductûs.» C'étoit ou le droit de
conduire dans l'armée du roi les communes, ou celui de délivrer les
sauf-conduits dont avoient besoin les personnes qui voyageoient dans
le Beauvoisis. On sait que
conduire
quelqu'un signifioit autrefois
lui
servir de sauf-conduit
.
Note 534:
Livry
est un petit village sur la route de Meaux et à
égale distance de Paris et de Ville-Parisis. Près de Livry sont les
ruines d'un vieux château, sans doute celui que réclamoit Payen de
Montjay. Quant à
Montjay
, aujourd'hui surnommé
La Tour
, il est
situé au-dessous de Ville-Parisis.
En ce temps régnoit celluy Thomas de Malle dont l'ystoire à cy dessus
parlé, homme très desloyal et fol et traitre oultre mesure, qui moult greva
et assaillit la contrée de Noonois et d'Aminois et de Rancien[535]. Tandis
comme le roy estoit à ses guerres ententif, si cruellement avoit ses
contrées destruites et mal menées que né au clergié né à l'églyse
n'espargnoit-il pas, pour paour de la vengence de Dieu, comme celluy qui
tout roboit et destruisoit. Si que à l'abbaye Saint-Jéhan de Laon avoit
tollu deux bonnes villes, Crécy et Nogent[536], et les fist fermer de grans
fossés et de grans tours, ainsi comme se elles eussent esté siennes
propres; et en avoit fait fosse à dragons et repaire à larrons. Et avec ce
destruisoit et roboit toutes les contrées d'environ. Pour les cruaultés
qu'il faisoit fist l'églyse de France un concilie à Biauvais, en la
présence Cuene, évesque Prenestin[537] et légat de la court de Rome. Et
pour les plaintes des églyses et des extorsions de femmes veuves et des
orphelins le férit du glaive de saincte églyse, c'est de la sentence
d'excommuniement général, et luy desceint le baudré de chevalerie, combien
qu'il ne fust pas présent; et par le jugement de tous, le desmist de tout
honneur comme excommunié et comme ennemy commun de la crestienté. Par les
prières de ce grant concilie assembla le roy son ost et s'en alla sur luy.
Et moult y eut de clergié et de prélas du royaume à qui le roy estoit moult
dévost et fu tousjours, tant comme il vesqui. Son chemin adressa droit à
Crécy et l'assiégea et le prist, et la fort tour du chasteau conquist aussi
légèrement comme le bordel[538] d'un vilain; ses ennemis destruist tous
sans en avoir mercy, comme ceulx qui sans mercy estoient. Et quant il eut
fait de ce chasteau à sa volenté et tout destruit, si s'en parti. Mais il
n'eust pas sa volenté accomplie s'il n'en eust fait autant de l'autre qui a
nom Nogent. Si s'en y alla tout droit, et si comme il approchoit du
chasteau, si luy fu dit que dedens estoit ces excommuniés dignes d'estre au
pui d'enfer sans fin, qui pour occasion du roy avoient la commune de Laon
despeciée et brisiée[539] et les bourgeois pris et occis, pour ce qu'il
aidoient loyaulment à leur évesque, et la noble églyse de Notre-Dame arse
et maintes autres avec, et l'évesque Gauldri martirié et le corps tout nu
getté aux champs pour habandonner aux oyseaux. Mais avant, luy
détrenchèrent le doy à tout l'aneau, et en déshéritement du roy avoient sa
tour assise et prise.
Note 535:
Noonois, Aminois et Rancien.
Ce sont les contrées de
Noyon, d'Amiens et de
Rains
ou Reims. Mais Suger, au lieu de
Noonois
, met
Laudunensis
, Laonois.
Note 536:
Nogent.
«Novigentium.» C'est
Nouvion-l'Abbesse
, à cinq
lieues de Laon, et près de Marle et Crécy.
Note 537:
Prenestin.
De Preneste.
Note 538:
Bordel.
Grange ou chaumière. Suger dit: «Ac si rusticanum
tugurinum.»
Note 539: Il y a ici faute du traducteur, qui auroit dû mettre:
Quipour occasion de la suppression de la commune par le roi.
«
Occasione jussu vestro amissæ communiæ.
»
Et quant ces choses furent au roy contées, si fu doublement encouragié et
eschauffé d'ire. Lors envahi ce chasteau, les bailes[540] desrompi et prist
le chasteau et tous ceux qui dedens estoient. Tous ceux qui coulpes ou
consentement n'avoient des desloyaux espargna et laissa aller tous quittes;
et les desloyaux homicides et tous ceulx de leur complot pendi à haultes
fourches et habandonna leur corps aux escoufles[541] et aux corbeaux. Et