fu leue la manière coment l'empereur fu esleu et la confirmation des prélas
du royaume d'Ytalie, et les chapistres qu'il establi et qu'il fist
confermer à tous et qu'il commanda à confermer aux évesques de cà les mons:
et atant départi le concile à cette journée.
En la cinquième nonne de juillet[107], s'assemblèrent de rechief les prélas
sans l'empereur. Là ot contens et plainctes des prestres des diverses
paroisses qui se plaignoient aux messages l'apostoile d'aucuns griefs: et
atant départi le concile sans plus faire à cette journée.
Note 107:
Juillet.
Le latin dit:
Juin
.
En la quatrième nonne du meisme moys, assemblèrent les prélas, si fu lors
l'empereur présent. Là meisme oï les messages Loys son frère, le roy de
Germanie, Gilebert l'archevesque de Couloigne, et deux contes Adalart et
Maingaut. De par leur seigneur requéroient partie du règne l'empereur Loys
le fils Lothaire, qui par droict héritage luy aferoit, ensi comme
luy-meisme l'avoit créanté par son serement. Lors commença Jehan le Toscan
à lire l'épistre l'apostoile Jehan qu'il envoioit aux évesques du royaume
Loys, si en bailla l'exemplaire à Gilebert l'archevesque de Couloigne, et
li commanda que il l'aportast aux évesques à qui elle estoit envoiée: et
atant départi le concile à cette journée.
En la sixième yde de juing[108], assemblèrent les évesques derechief; et
entour l'eure de nonne vint le message l'apostoile Léon, évesque et nepveu
l'apostoile, et ung autre qui Pierre avoit nom. Si apportoient épistres à
l'empereur et à l'empereris et salut aux évesques. Atant se départi le
concile en cette journée.
Note 108:
Juin.
Le latin dit:
Juillet
.
En la cinquième yde de juing assemblèrent les prélas. Là fut lue l'épistre
de la dampnation de Georges, l'évesque de Formose[109], et tous ceulx qui à
luy se consentoient. Là furent présentées à l'empereur de par l'apostoile
et entre les autres ung sceptre et ung baston d'or, et à l'empereris draps
de soie et ung fermail à pierres précieuses. Atant départi le concile à
cette journée.
Note 109:
De Georges, l'évesque de Formose.
Il falloit:
Del'évêque Formose
. Le latin porte: «Lecta est Apostoli epistola de
damnatione Formosi episcopi, Gregorii Nomenclatoris et consentientium
eis.»
IX.
ANNEE: 876.
Coment le concile assembla de rechief, et coment les causes des églysesfurent débatues. Coment aucuns des Normans furent baptisiés qui puisretournèrent à la mescréandise. De la mort le roy Loys de Germanie. Desormans qui se mistrent en Saine atout cent barges.
Le jour devant la première yde de juing rassembla le concile; mais avant
qu'il fust commencié i envoia l'empereur les messages l'apostoile pour
parler aux archevesques et aux évesques, pour eulx reprendre de ce qu'il
n'estoient pas venus le jour, si comme il leur avoit mandé; mais il
respondirent si raisonnablement que l'en s'en dust tenir apaié. De rechief
fut leue l'épistre l'apostoile de l'archevesque Ansegise, par le
commandement l'empereur: et la lut Jehan le Toscan, l'un des messages
l'apostoile. Si fu demandé de rechief aux prélas nouvelle responce, et il
respondirent que volentiers obéiroient, selon la rieule des canons, ainsi
comme leurs ancesseurs avoient obéis aux siens. Lors fu leur responce plus
légièrement receue que elle n'avoit esté devant, en la présence de
l'empereur. Après ce, fu parlé et disputé par devant les messages
l'apostoile de la clameur des prestres des diverses paroisses. Après ce,
refu oïe la cause et la complaincte Frotaire l'archevesque de Bordeaux, de
ce qu'il ne pouvoit demourer en sa cité, pour le grief que les Sarrasins li
faisoient. Pour ce requieroit qu'il peust venir à l'archeveschié de Borges;
mais sa requeste fut contredite de tous les évesques. Lors commandèrent les
messages l'apostoile qu'il assemblassent tous de rechief en la dix-septième
kalende d'aoust, bon matin; et quant il furent assemblés à cette journée si
vint l'empereur au concile, entour l'eure de nonne, couronné et appareillé
à la guise de Griex; et si l'amenoient les messages l'apostoile qui
estoient vestus à la guise de Rome, et le conduisirent jusques au milieu
des évesques qui estoient aussi revestus en aornemens de saincte Églyse. Si
avoient leurs mitres en leurs chiefs et leurs croces en leurs mains. Lors
fu chantée cette anthienne
Exaudi nos Domine
, à tout vers, et le
Gloria
. Après le
Kyriel
dist l'oraison l'évesque Léon, et quant tous
furent assis, Jehan l'évesque d'Arete, message l'apostoile, lut devant tous
un libelle dont la sentence estoit sans raison et sans auctorité. Après, se
leva Hues l'évesque de Beauvais, et lut une cédule que les messagiers
l'apostoile, et Ansegise, archevesque de Sens, et il meisme avoient faicte
et dictée sans l'assentement du concile; dans laquelle aucuns chapistres
estoient contenus qui entre eulx-meismes estoient contraires et
discordables. Et pour ce ne feurent pas là mis qu'il n'avoient né raison né
auctorité. De rechief fu mené question de la primacie en l'églyse
l'archevesque de Sens, et quant l'empereur et les messages l'apostoile en
eurent assez parlé et discuté entre les prélas, si n'en fut-il plus que il
en ot esté à la première journée du concile. Adonc se levèrent Pierre
l'archevesque de Forosimpre[110], et Jehan le Toscan; en la chambre le
roy s'en alèrent et amenèrent l'empereris toute couronnée, en estant se
tint de lès l'empereur. Lors se levèrent tous les prélas en estant en leur
ordre, Léon l'archevesque et le Touscan Jehan commencèrent leurs loenges et
graces à Dieu que l'évesque Léon accomplit par une oraison. Si se départit
le concile atant. Aux messages l'apostole l'empereur donna dons et présens,
congié pristrent atant et retournèrent à Rome. Avec eulx envoia l'empereur
en message Ansegise l'archevesque de Sens, et Algaires l'archevesque
d'Ostun.
Note 110:
Forosimpre.
Le latin porte:
Forum Sempronii
. C'est
aujourd'hui
Fossombrone
, dans le duché d'Urbin.
Incidence.
--Entre ces choses fit l'abbé Hues baptiser aucuns Normans qui
puis furent amenés à l'empereur qui leur fist donner dons. Atant
retournèrent à leur gent et puis repristrent leur mescréandise et
vesquirent païens comme devant. En la quinte kalende d'aoust se parti
l'empereur de Pontigon et retourna en France par Chalons. Là demoura
jusques aux ydes d'aoust pour une maladie qui le prist. En la dix-septième
kalende de septembre, vint à Rains et de Rains droict à Senlis; deux
messages l'apostoile qui estoient demourés, Jehan l'évesque d'Arete et
Jehan le Touscan, et l'évesque Hues de Beauvais envoia en message à Loys
son frère le roy de Germanie. Ces trois n'envoia par tant seulement, ains y
envoia ses fils et autres princes du royaume. Mais après qu'il furent mus,
vindrent nouvelles à l'empereur que son frère Loys, à qui il envoioit ses
messages, estoit trespassé en son palais de Franquefort, en la cinquième
kalende de septembre, et estoit ensépulturé en l'églyse Saint-Nazaire.
Tantost se parti l'empereur de Carisy et s'en ala à Satenai[111]. Ses
messages envoia aux barons du royaume, et s'appensa qu'il iroit tandis en
la cité de Mez pour eulx attendre là et récevoir. De propos changea et s'en
ala à Ais-la-Chapelle et mena avec soi les deux messages l'apostoile. De
Ais s'en ala à Couloigne. Assez fit-on de mal en cette voie; car ceulx qui
avec li estoient tolloient quoi qu'ils trouvoient, sans nul regart de
pitié.
Note 111:
Satanacum.
Stenay.
Incidence.
--En ce temps vindrent Normans en France par mer et entrèrent
en Saine à tout cent barges. Ces nouvelles furent contées à l'empereur en
la cité de Couloigne; mais oncques pour ce ne laissa à faire ce qu'il avoit
en propos.
X.
ANNEE: 876.
De Loys le neveu Charles-le-Chauf et des juises[112] qu'il fist de trentehommes pour savoir sé son oncle avoit droict. Et coment Charles le cuidaseurprendre. Et coment il et sa gent feurent desconfits. Et coment la reyneRicheut s'enfuit et enfanta en la voie, et coment les Normans entrèrent derechief en Saine à navires.
Note 112:
Juises.
Jugemens. Et mieux ici: Epreuves judiciaires. Le
latin dit: «Hludowicus, Hludowici regis filius, decem homines aqua
calida, et decem ferro calido, et decem aqua frigida ad judicium
misit coram eis qui cum illo erant.»
Loys, le neyeu Charles l'empereur, qui fils ot été le roy Loys de Germanie
son frère, estoit de là le Rhin à grant ost de Saisnes et de Thoringiens. A
Charles l'empereur son oncle envoia messages; s'amour et sa volenté bonne
requeroit, mais il ne la pouvoit avoir. Lors se doubta moult et cil qui
avec luy estoient: jeusnes et oroisons firent et chantèrent lethanies dont
la gent l'empereur ne se faisoient sé gaber non. Un juise de trente hommes
fit faire pour savoir quel droict son oncle avoit au royaume son père. Le
juise de dix fut par eaue boulante, et le juise des autres dix par fers
chaus, et le tiers juise des autres dix par eaue froide. Lors prièrent tous
à Dieu que il voulust faire démonstrance sé son oncle devoit rien plus
avoir au royaume, par droict, que son père luy avoit laissié, pour raison
de la partie qui de Lothaire leur frère leur estoit eschue. Après cette
prière furent trouvés les trente hommes tous sains et haitiés. Par ce fu
certain qu'il avoit droict et son oncle tort. Lors passa entre le Rin luy
et sa gent à un chastel qui a nom Andrenac: Et quant l'empereur sceut ce,
si manda à l'abbé Hildouin et à l'évesque Francone qu'il emmenassent
Richeut l'empereris à Haristalle. Son ost assembla et chevaucha sur le
rivage du Rin contre Loys son nepveu; mais toutes voies se pourpensa-il et
li manda qu'il envoiast de ceulx de son conseil et il enverroit aussi de
ceulx des siens pour traitier de paix. De ce fu Loys moult lié et moult
asseuré quand il sceut que son oncle ne viendroit pas sur luy à armes. (Ce
qu'ils firent de la besoigne à cette assemblée ne parle pas l'istoire.)
Mais quant ce vint après, ès nonnes d'octobre, l'empereur devisa ses
batailles et vint par nuit à bannières levées, par une haulte voie et
estroite qui moult estoit et fors et griève à trespasser; sur son nepveu et
sur sa gent se cuida embattre soudainement; car il les cuida trouver
despourvus. Ainsi chevaucha toute nuit jusques à tant qu'il vint à une
ville qui a nom Andrenac. Moult furent las et travaillés les hommes et les
chevaux pour la grieté de la voie et pour la pluie qui toute la nuit estoit
cheue sur eulx. Mais autrement ala la besoigne qu'il ne cuida. Car son
nepveu en fu tout pourveu[113] et luy fu dit que il venoit sus luy à grand
ost et bien appareillié: et cil tantost ordenna et mist en conroi tant de
gens comme il pot avoir et se traict d'autre part là où il les cuida plus
attendre seurement. Sus li courut l'empereur et sa gent, et ceulx se
deffendirent si bien et si fortement que les premières batailles des gens
l'empereur fuirent et resortirent arrières jusques soubs luy et soubs sa
bataille. Lors tournèrent tous communément en fuite si que l'empereur
eschappa et s'en fuit à peu de gens. Si feurent là plusieurs empeschiés qui
bien fussent eschappés sé il fussent vuis; mais il portoient les choses à
l'empereur et les harnois de l'ost et cuidèrent suivre les autres; mais
quand ce vint à l'entrée des voies qui estoient hautes et estroites, si fut
la presse si grant que le passage fut du tout estoupé[114]. (Là se
retornèrent et se contrestèrent tant comme il peurent.) Si furent occis en
cette foute le conte Renier et le conte Geromme, et mains autres. Si furent
pris en cette place, et dans un bois près d'ilec, l'evesque Othulphe et
l'abbé Gaulin, le conte Aledrans, le conte Bernart et le conte Ebroin et
mains autres grans hommes. Là ravirent et prindrent les gens Loys[115]
viandes, harnais et quanque les marchans de l'ost portoient. Si fu là
accomplie la prophétie qui dit: «honte et male avanture sera à ceulx qui
proie feront, car il meismes seront proié.» Et ainsi en advint-il. Car tout
quanque les proieurs de l'ost l'empereur avoient proié, et il-meismes
feurent proie de leurs ennemis. Les autres qui pas ne furent pris furent
robés par les vilains du pays, si que il demeurèrent tres-tous nus, et qu'il
convenoit qu'il fussent torchés de fain pour couvrir leur natures; mais
toutevoies ne les tuèrent-il pas. Quand ma dame Richeut l'empereris oï
nouvelles de cette desconfiture et de la fuite l'empereur, sé elle eut
grant paour ce ne fu pas de merveille. Par nuit, endroit les coqs chantans,
se mit à la fuite si grosse comme elle estoit, et tant se travailla qu'elle
enfanta un enfant en cette voie. Et quant il fu né elle le fit porter
devant elle en fuyant jusques à tant qu'elle vint à Atigny[116]. Après
cette desconfiture vint l'empereur à Saint-Lembert de Liège. A luy vindrent
abbé Hildouin et l'évesque Francone, qui l'empereris avoient conduite à
Haristalle, et furent avecques luy jusques à tant qu'il vint à Atigny après
l'empereris. De là s'en ala à Duzy puis retorna à Atigny, et là tint le
parlement entour la feste Saint-Martin[117]. Et Loys qui eut eue victoire
de son oncle[118] se partit d'Andrenac et s'en ala à Ais-la-Chapelle. Là
démoura trois jours, et puis s'en ala à Conflans[119] encontre Charles son
frère qui revenoit parler à luy. Et quand il eurent ensemble parlé, Charles
s'en retourna en Allemagne par la cité de Mez. Et Loys passa oultre le Rin.
Mais Charlemaine leur frère ne vint pas à eulx né à l'empereur leur oncle
qui mandé l'avoit; si fut pour ce qu'il estoit encore empeschié pour la
guerre qu'il menoit contre les Wandres. L'empereur envoia en ce contemple
le conte Conrart et autres princes aux Normans, qui par navires estoient
entrés en Saine, et leur dict que il fissent à eulx telle paix ou trèves
comme il pourroient, et puis retournassent à luy au parlement pour nuncier
ce qu'il auroient faict. Lors s'en ala à Saumouci pour tenir son parlement.
Là vindrent à luy ses hommes de la partie du royaume Lothaire son frère,
qui estoient eschappés de la desconfiture d'Andrenac. Volentiers les receut
et leur donna dons et bénéfices. Aux uns donna petites abbaïes, si comme
elles estoient tout entières, et aus autres petits bénéfices de l'abbaïe
Marcienne[120] qu'il avoit devisée et démembrée. Et après ordonna et
commenda que le fleuve de Saine feust bien gardé à plenté de bonnes gens de
çà et de là, pour les Normans qui y devoient entrer à galies. Après ces
choses s'en vint à Verzeny[121]. La fu si durement malade qu'il cuida
mourir, et tant y demeura que la Nativité fust passée en l'an de
l'Incarnation huit cent soixante dix-sept[122]. Et quant il fu trespassé de
sa maladie et guari, si s'en ala à Compiègne. Avant qu'il s'en partist, le
fils que l'empereris eut enfanté en la fuite avant qu'elle peust venir à
Atigny[123], fu mort. Charles estoit nommé; si l'avoit levé de fons Boson
son oncle, qui frère estoit l'empereris sa mère. A Saint-Denys fu le corps
porté et enterré en l'églyse.
Note 113:
Tout pourveu.
Plusieurs manuscrits portent
accointié
.