J'ai préféré la leçon du n°6, Suppl. franç.
Note 114: La phrase précédente a été mal rendue. Voici le latin:
«Multi autem qui effugere poterant impediti sunt, quoniam omnes Sagmæ
imperatoris et aliorum qui cum eo erant, sed et mercatores ac scuta
vendentes, imperatorem et hostem sequebantur, et in angusto itinere
fugientibus viam clauserunt.»
Note 115:
Les gens Loys.
Le latin porte:
Hostis Hludowici
. On
voit qu'ici le mot
hostis
à le sens du mot françois
ost
.
Note 116:
A Atigny.
Ce n'est certainement pas Attigny. Les textes
latins portent:
Antennacum
. Valois écrit que c'est encore
Andernach;
l'abbé Lebœuf reconnoît plutôt ici
Antenais
, petit
village situé dans le diocèse de Reims, entre Hautvillers et
Chatillon. Cette dernière opinion paroît plus vraisemblable, si l'on
songe qu'
Andernacum
, nommé plus bas, ne peut être l'endroit où
s'étoit réfugiée l'impératrice.
Note 117 Toute cette phrase est inexactement traduite. «Inde Duciacum
adiit, usque ad Antennacum rediit, et placitum suum in Salmontiaco,
quindecimo die post missam S. Martini condixit.» Il s'agit ici de
Samoucy
, près de Laon.
Note 118:
De son oncle.
Il falloit:
De son frère
. Le latin dit:
«Hludowicus Hludowici quondam regis filius.»
Note 119:
Conflans.
«Ad Confluentes.» Sans doute
Coblentz
.
Note 120
Marcienne.
«De abbatiâ Marcianus.» C'est
Marchiennes
.
Note 121:
Verzeny
«Virzinniacum villam.» C'est évidemment
Verzenay
, dans la montagne de Reims, à une lieue de
Saint-Basle
ou
Verzy
, et à trois lieues d'
Antenay
.
Note 122:
Annal. S.-Bertini, anno 877.
Note 123:
Atigny.
Il faudroit encore:
Antenay
.
XI.
ANNEE: 877.
Coment l'apostole Jehan manda à l'empereur Charles-le-Chauf qu'ilsecourust et défendist l'églyse de Rome, si comme il y estoit tenu. Et puiscoment Charles passa les mons et mena la royne Richeut, et coment ilretourna et oï dire que Charles son nepveu venoit sur luy: et de sa mort.
Tout le caresme demoura l'empereur à Compiègne et y célébra la
Résurrection. Avant qu'il s'en partist vindrent à cour les messages
l'apostoile Jehan. Si estoient deux évesques et avoient ambedeux nom
Pierres. Par eulx lui mandoit l'apostoile et par bouche et par lettres
qu'il visitast l'églyse de Rome, et qu'il la délivrast et deffendist des
païens si comme il l'avoit promis par son serement. Es kalendes de may fist
assembler concile à Compiègne des évesques de la province de Rains et des
autres provinces. Si fist dédier l'églyse (de Saint-Cornille) qu'il avoit
fondée en son propre palais, en présence des prélats et des messages
l'apostoile. Là meisme fist-il parlement des barons et fu ordenné coment
Loys son fils gouverneroit le royaume par le conseil des barons, jusques à
tant qu'il fust retourné de Rome, et coment il recevroit le treu de l'une
des parties du royaume de France, qui estoit accoustumé à rendre, avant la
mort le roy Lothaire, et du royaume de Bourgogne. Ce treu si estoit cueilly
sur toutes manières de gens, sur gens lais et sur prestres, et sur des
églyses. Des uns plus, des autres moins, selon que il estoient. La somme de
ce treu se montoit à cinq mille livres d'argent à poids[124], et ce treu
payoient en Neustrie et évesques et autres gens, par convenant fait aus
Normans qui par Saine estoient entrés.
Note 124: Ce passage précieux des Annales Bertiniennes n'est pas ici
complètement traduit. Le voici: «Quomodo tributum de parte regni
Franciæ quam ante mortem Lotharii habuit, sed et de Burgundiâ
exigeretur, disposuit. Scilicet ut de mansis indominicatis solidus
unus: de uno quoque manso ingenuli quatuor denarii de censu dominico,
et quatuor de facultate mansuarii. Et unusquisque episcopus de
presbyteris suæ parochiæ, secundùm quod unicuique possibile erat, à
quo plurimùm quinque solidos, à quo minimum quatuor denarios,
episcopi de singulis presbyteris acciperent, et missis dominicis
redderent. Sed et de thesauris ecclesiarum, prout quantitas loci
extitit, ad idem tributum exsolvendum acceptum fuit. Summa vero
tributi fuerunt quinque millia libræ argenti, ad pensam.»
Ces choses ainsi ordennées, l'empereur se parti de Compiègne et s'en ala à
Soissons, et de Soissons à Rains, puis à Chalons et puis à Lengres. Lors se
mistrent à la voie, il et l'empereris, à grand plenté de sommiers tous
troussés d'or et d'argent et d'autres richesses. Les mons passa. Quant il
fu ès plaines de Lombardie si encontra l'évesque Algaire, qu'il avoit
envoié à l'apostoile Jehan pour estre au concile que il devoit tenir à
Rome. L'exemplaire du concile luy bailla pour grand don, et l'empereur le
receut liement, car sa confirmation y estoit contenue. Si estoit telle la
sentence que la promotion et l'élection qui avoit esté faicte l'an devant à
Rome de l'empereur Charles, roy de France, estoit ferme et estable à tous
les jours de sa vie. Si estoit loié et de tel lien que sé aucun de quelque
estat, de quelque ordre, de quelque profession qu'il feust, vouloit
encontre aller, si estoit-il escomenié et tenu en excommuniement jusques à
satisfaction. Tous ceulx qui ce pourchaceroient et qui seroient du conseil,
sé il estoient clers, qu'il soient déposés de leurs ordres; et sé il
estoient lays, que il fussent excommeniés perpétuellement. Et pour ce que
le concile qui eut esté célébré à Pontigone[125] l'an devant, n'avoit rien
profitié, fu-il establi que cil fust ferme et estable. Après luy nuncia
l'évesque Algaire que l'apostoile luy venoit encontre et devoit estre à luy
à la cité de Pavie. Tantost y envoia l'empereur Odoaire, notaire du secont
escrin, pour procurer et pour appareiller les nécessités l'apostoile; avec
luy furent le conte Goirant, Pepin et Heribert; et puis se hasta d'aller
encontre luy. Si l'encontra à Verziaux[126]. Moult honorablement le receut;
et puis alèrent jusqu'à Pavie. Là vindrent nouvelles certaines que
Charlemaine, son neveu, venoit sur luy à grant plenté de gens. Pour ces
nouvelles laissièrent Pavie et s'en alèrent à Tardonne[127]. Là feut sacrée
à empereris ma dame Richeut, par la main l'apostoile. Et tantost comme ce
feut fait, elle prist les trésors et s'enfui hastivement arrière en
Morienne[128]. Et l'empereur demoura là une pièce avec l'apostoile pour
atendre les barons du royaume, le conte Huon[129] et Boson, et Bernart le
conte d'Auvergne, et Bernart le marchis de Gothie; à tous avoit-il mandé
que il venissent après luy; mais pour noient les attendoit, car il avoient
jà faicte conspiration contre luy et s'estoient tournés et aliés aux autres
barons du royaume, fors aucuns et les évesques tant seulement. Et quant il
sceut ce il pensa que sé il venoient il viendroient plus à son dommage qu'à
son profit. Et quant il sceut d'autre partie que Charlemaine son neveu
venoit sur luy et se approchoit jà durement, il s'en parti de l'apostoile
et s'en ala hastivement après madame Richeut l'empereris, et l'apostoile
Jehan s'en retourna isnelement vers Rome. Si emporta une croix de fin or et
de pierres précieuses de grant pois où le crucefiement nostre Seigneur
estoit pourtraict, que l'empereur envoioit par luy à l'églyse Saint-Père.
Note 125:
Pontigone.
Ponthion, à deux lieues de Vitry-le-François.
Note 126:
Verziaux.
Verceilles.
Note 127:
Tardonne.
«Turdunam.» C'est
Tortone
.
Note 128: Le latin est moins dur pour
Richeut
ou
Richilde
. «Mox
retrorsum fugam arripuit, cum thesauro, versas Moriennam.» Ce fut
sans doute du consentement de son époux qu'elle agit ainsi.
Note 129:
Le comte Huon.
«Hugonem abbatem.»
Et quant Charlemaine oï dire d'autre part, par un message qui lui menti,
que l'empereur et l'apostoile venoient sus luy à grand gent, il s'enfui
arrière isnellement par cette meisme voie qu'il estoit venu, et ainsi
départirent à cette fois les uns et les autres sans bataille, par la
volenté du Seigneur.
En ce retour que l'empereur faisoit luy prit une fièvre. De luy estoit
moult privé et moult acointié un juif qui Sedechias avoitnom. Une poudre
luy envoia pour boire et luy fist accroire que il guariroit par cette
poudre. Cil en but, mais elle fu plus cause de sa mort que de sa santé. Car
tantost comme il eut bu le venin dont elle estoit faicte et confite, il fu
si abattu qu'il convint que ses gens l'emportassent entre bras. En telle
manière passa les mons de Montcenis jusques à un lieu qui est appelé Brios.
A l'empereris Richeut qui estoit à Morienne manda qu'elle venist à luy, et
elle si fist. Toujours engregea sa maladie et fu mort en onze jours qu'il
ot beu le venin, le jour devant la seconde nonne d'octobre; ses gens
fendirent le corps et ostèrent les entrailles, et quant il l'orent bien
lavé si l'enoindrent de basme et d'autres oingnemens aromatiques, et puis
le mistrent en un escrin pour le porter en l'églyse Saint-Denis en France,
où il avoit esleue sa sépulture. Mais pour ce qu'il commença si durement à
flairer qu'il ne le pussent pas longuement porter pour la flaireur qui
toujours croissoit, si l'enterrèrent en la cité de Verziaux, en l'églyse
Saint-Eusèbe le martyr. Là fu le corps sept ans entiers, puis fu-il porté
en l'églyse Saint-Denis de France, où il avoit tousjours désiré à gésir
pour une advision qui advint laiens, dont nous parlerons ci-après[130]. Et
Charlemaine son neveu, qui d'autre part s'en fu fui en son pays, si comme
vous l'avez oy, cheï en une maladie ainsi comment il s'enfuyoit et convint
qu'il feust porté jusqu'en son pays en littière. En langor fu un an entier
et fu en tel point qu'il cuida qu'il dust mourir de cette maladie.
Note 130: Cette dernière phrase me paraît une interpolation faite
pour ôter les doutes que pouvoit exciter le récit de la vision de
Charles-le-Chauve. Aimoin et le manuscrit du roi portent bien:
«Sepelierunt eum in Basilicâ B. Eusebii martyris in civitate
Vercellis, ubi requievit annis septem. Post hæc autem, per visionem
delatum est corpus ejus in Franciam, et honorificè sepultum in
basilicâ beati Dionysii martyris Parisius.» Mais les manuscrits de
l'abbaye de Saint-Bertin et de Saint-Germain-des-Prés, n° 646, sont
bien plus croyables: «Cœperunt ferre versus monasterium sancti
Dyonisii, ubi sepeiiri se postulaverat. Quem pro fœtore non valentes
portare, miserunt eum in tonnâ interius exteriusque picatâ, quam
coriis involverunt, quod nihil ad tollendum fœtorem profecit. Unde ad
cellam monachorum Lugdunensis episcopii, quæ Nantoadis (Nantua)
dicitur, vix pervenientes, illud corpus cum ipsâ tonnâ terræ
mandaverunt.»
XII.
ANNEE: 877.
[131]
De l'avision qui advint en l'églyse Saint-Denys par nuit à un moinequi gardeit le cuer, et à un clerc de Saint-Quentin en Vermandois, tout enune nuit.
Note 131: Dom Bouquet a placé ce chapitre après le suivant, en dépit
de tous les manuscrits, par la seule raison que tel étoit l'ordre que
lui donnent les mêmes manuscrits, dans les titres de chapitres.--J'ai
revu cette légende sur le latin du manuscrit de Saint-Germain,
n° 646. Elle s'y trouve à la suite de
la vision deCharles-le-Chauve
, f° 1, v°, 1re colonne.
(En cet endroit voulons retraire la vision que nous ayons promise.) Sept
ans après que le corps eut géut à Verziaux, en l'églyse Saint-Eusèbe, il
s'apparut par la volenté nostre Seigneur, à un moine de Saint-Denys en
France qui par nuit gardoit l'églyse, ainsi comme l'on fait laiens et par
coustume en toutes saisons. Ce moine qui preud'homme estoit avoit nom
Archangis. Lors luy dit qu'il estoit l'empereur Charles-le-Chauf. Si
l'avoit notre sire là envoié, et que sa volenté estoit telle que cette
chose fust manifestée à Loys son fils et aux prélas et aux barons. Et dist
après que moult desplaisoit à Dieu et aux glorieux martyrs saint Denys et à
ses compaignons, et à tous les autres martyrs confesseurs qui laiens
reposent, de ce que son corps n'estoit laiens ensépulturé et mis
honorablement en l'églyse des glorieux martirs que il avoit tant amée et
honorée en sa vie, et donné villes et possessions et ornemens d'or et de
pierres précieuses et ornemens de soie, si comme nous dirons après. «Va
donc,» dist-il, «si leur di que il aportent mon corps dans cette églyse et
le mettent devant l'autel de la Trinité.» Tout et en telle manière comme
cette advision advint à Saint-Denys à ce moine dont nous avons parlé, en
cette nuit et en cette heure meisme advint à Saint-Quentin en Vermandois
à ung clerc qui par nuit gardoit l'églyse; si avoit nom Alfons. Et quand le
moine oï que il avoit compaignon en cette révélation, si en fust moult liés
et plus hardiment mist la chose avant. Lors s'en alèrent ensemble au roy et
aux barons et tesmoignèrent la vision selon le commandement que il avoient.
Et quant le roy Loys son fils et les barons oïrent cette chose, si
mandèrent les évesques et les abbés et meismement l'abbé Gautier de
Saint-Denis; là s'en alèrent où le corps gisoit, les os et la poudre
pristrent, car il avoit jà là géu sept ans, et l'en aportèrent en l'églyse
Saint-Denys et le mistrent honorablement en sépulture au cuer des moines
devant l'autel de la Trinité.
XIII.
ANNEEE: 877.
[132]
De l'avision qu'il vit; et coment il fu ravy en esprit ès tourmensd'enfer, si comme il meisme raconte; et coment l'esprit retourna puis aucorps; si lui advint tout ce, avant qu'il trespassast.
Note 132:
Visio K. Calvi.
(Manuscrit de Saint-Germain, n° 646,
f° 1, r°, 1re colonne.)
En cet endroit nous convient retraire les grans dons et les grans bénéfices
qu'il fist à l'églyse en son vivant pour l'onneur et l'amour des glorieux