LV.

Du conte de Flandres et de son fils qui furent menés en Flandres.

ANNÉE 1304Et en cest an ensement, Gui le conte de Flandres et Guillaume son fils des lieux où il estoient en garde furent délivrés et furent envoiés en Flandres pour le peuple apaisier; mais il ne le pot estre fait. Et pour ce que tousjours en la haine des François montoit le fol orgueil des Flamens, s'en revindrent arrière aux lieux de leur garde le devant dit Gui et son fils sans riens faire. Et en cest an ensement, environ la purification de la benoicte vierge Marie, la fille Gui conte de Flandres, qui à Paris estoit tenue noblement en garde, mourut.

En cest an ensement, Regnaut Giffart abbé de Saint-Denis en France, en la veille de la saint Grégoire[206]mourut: après lequel le prieur d'icelui lieu de la nacion de Pontoise fu abbé.

De la fausse beguine qui se faignoit estre de saincte vie.

L'an mil trois cent et quatre rassembla le duc Guillaume de Haynaut tout son povoir et se combati contre les Flamens en la terre de Gerlande et les vainqui, et si en mist à mort grant multitude. Et en ce meisme an habitoit en Flandres une femme fausse prophète, la quielle estoit en habit de beguine, et faignoit estre femme de saincte vie, et demouroit avec les béguines et faignoit aucunes révélacions fictives et plaines de mensonges par les quielles le roy, la royne et meismement les nobles de France elle trompa; et especiaument en ce temps que le roy de France avoit empensé d'aler combatre les Flamens. Et encore fist-elle tant que, à la requeste des Flamens, Charles conte de Valois, le quiel retournoit de Secile, voult faire empoisonner par un jeune homme que elle luy envoia malicieusement. Mais quant Charles oï parler de celle femme, il la fist prendre et mettre en gehenne, et lui fist faire du feu ès plentes des piés, et adonc confessa sa mauvaistié si comme l'en disoit. Et lors la fist ledit messire Charles mener en prison à Crespi en Valois, et là fu une pièce de temps; mais en la fin il la laissa aler.

Et en cest an, Jehan de Pontoise abbé de Citiaux se démist du gouvernement de ladite ordre, pour ce que l'en disoit que il ne s'estoit voulu consentir aux appiaux[207]lesquiex avoient esté fais à Paris contre le pape. Car il luy sambloit véritablement et se doubtoit moult que par le roy ou ses menistres dommage ne fust fait à ses frères en la temporalité, et pour ceste cause il se démist.

Et en ce mesme an, le dimenche devant la Nativité monseigneur sainct Jehan Baptiste, furent mises seurs de l'ordre des frères Prescheurs à Poissi, en la dyocèse de Chartres, en une églyse[208]nouvellement édifice du roy Phelippe en l'onneur du glorieux confesseur monseigneur sainct Loys jadis roy de France.

Et en cest an, mut une très grant dissencion entre l'Université et le prévost de Paris. Car le dit prévost avoit fait prendre par commandement un clerc et le fist mettre en prison, et puis tantost pendre au gibet: adonc cessa la lecture de toutes les facultés à Paris jusques à tant que par commandement du roy, le dist prévost l'amendast à l'Université et que il leur eust fait satisfaction; et fallut que le dit prévost alast à Avignon pour soy faire absoudre; et environ la feste de Toussains recommencièrent les lectures[209].

Et en ce mesme an, en la veille des apostres sainct Pierre et sainct Pol, furent assemblés en l'églyse Nostre-Dame de Paris grant quantité de prélas et de clergié tout de par le roy mandés. Et là furent leues, de par le roy, lettres papales ès quelles, entre les autres choses, estoit contenu: que le pape Bénédic, jà soit ce que sur ce de par le roy n'eust esté requis, absolvoit le roy, la royne, les enfans, les nobles, le royaume, et tous les adhérens, de toute sentence de escomeniement et d'entredit, sé aucune, en eux ou en l'un de eux, avoit esté gettée par le pape Boniface en quelque manière; et avec ce il donnoit au roy les dismes des églyses du royaume jusques à deux ans; et encore luy donna-il les annuelles jusques à trois ans au royaume de France pour ses guerres soustenir: et avec ce luy donna-il l'auctorité que le chancelier de Paris peust licencier les maistres en théologie et en décret; laquelle auctorité le pape avoit réservée par devers soy, si comme l'en disoit. Et en ce meisme an, le pape Bénédic moru à Peruse ès nones de juillet. Si avint que les cardinals n'entendirent pas à l'eslection, mais la targièrent au plus qu'il porent: mais on les fist enclorre, selon la décrétale du pape Grégoire X. Si procurèrent frauduleusement tant que l'en leur administrent vivres occultement et ainsi targa l'élection du pape jusques près d'un an. Et en ce meisme an, Gui de Namur, fils de Gui conte de Flandres, fu pris en bataille de navires par Guillaume fils du conte de Haynau et par la gent le roy de France qui députés estoient à la garde des voies de la mer et des pors d'icelle.

De la bataille de Mons en Peure[210]: coment les Flamens furent desconfis.

En ce meisme an ensuivant, Phelippe-le-Biau, roy de France, tierce fois après le rebellement de ceux de Flandres, à Mons en Peure au moys d'aoust assembla contre eux grant ost. Adonc, comme à un jour du moys dessus dit, de convenance et d'acort fait de l'une partie à l'autre[211]déussent venir à bataille, ceux de Bruges et les autres Flamens, dès maintenant leur armes prises, toutes leur charrètes, leur charios et leur autre appareil batailleureux tout entour eux espessement et ordenéement mistrent, pour ce que nul ne les peust trespercier ne envaïr sans grant péril. Et lors de toute pars les François comme il deussent entrer en bataille, je ne sai par quel parlement, eux ainsi avironnés, sans bataille et sans aucun assaut jusques vers vespres se tindrent. Et adecertes pluseurs cuidoient, pour les messages d'une part et d'autre entrevenans, que paix fust du tout faicte et fermée; et pour ce se départirent et espandirent çà et là en aucune manière, non cuidans en ce jour plus avoir bataille[212]. Lors les Flamens ce apercevans soudainement s'esmurent, et vindrent jusques aux tentes du roy; et fu le roy si près pris que à paines pot-il estre armé à point; et ainsois que il peust estre monté sur son cheval, pot-il véoir occirre devant luy messire Hue de Bouville chevalier[213], et deux Bourgois de Paris, Pierre et Jaques Gencien, les quiels pour le bien qui estoit en eux estoient prochains du roy[214]; mais quant il fu monté, très fier et très hardi semblant monstra à ses anemis.

Adonc le roy ainsi noblement soy contenant, François ce aprenans qui jà ainsi comme d'une paour se vouloient dessambler et départir, pour le roy secourre isnelement se hastèrent, et du tout en tout à la bataille s'abandonnèrent, et crièrent ensamble:Le roy se combat! le roy se combat!et ainsi la bataille constraingnant et de toutes pars croissant, Charles conte de Valois, Loys conte d'Evreux frères Phelippe le roy de France, Gui conte de Sainct-Pol, Jehan conte de Dammartin, nobles chevaliers et autres grans maistres, pluseurs contes, ducs et barons et chevaliers, avec les autres nobles compaignies à pié et à cheval, ès Flamens lors isnelement se plungièrent et embatirent, et vers le roy se traistrent. Lors adonc iceux nobles, estant avec leur noble et forte compaignie à pié et à cheval, la bataille entre eux merveilleuse, forte et aspre fu faicte; mais les Flamens du tout en tout furent rués jus et acraventés, et de eux fu faicte grant occision et mortalité, et si grant abatéis qu'il ne porent plus arrester. Mais la fuite commencièrent très laide et très honteuse, délaissans charrètes et charios et tout leur appareil bataillereux. Et adecertes, pour voir, sé la nuit oscure venant n'eust la bataille empeschiée, pou de si grant nombre de Flamens en fust eschapé que mors du tout en tout ne fussent. Et ainsi, la bataille parfaicte et fenie, nostre roy Phelippe, noble batailleur, à torches de cire alumées, de la bataille s'en revint aux tentes avec sa noble chevalerie. Et ainsi comme il fu dit pour voir, sé cil roy de France Phelippe-le-Biau ne se fust contenu si noblement ou si vertueusement, ou sé en aucune manière il eust montré la queue de son cheval aux Flamens pour soy en retourner, tout l'ost des François eust ramené ainsi comme à néant, ou, par aventure, desconfit. Adecertes en celle bataille des Flamens fu occis un noble chevalier et le chief ot copé Guillaume de Juilliers[215], noble chevalier, et luy copa Jehan de Dammartin, et pluseurs autres grans Flamens, et de menu peuple grant multitude y furent occis, à par un pou jusques à trente six mille[216]. Et aussi en celle bataille, le conte d'Aucuerre, noble chevalier françois, par la très grant chaleur qui ilec estoit, fu estaint de soif[217]. Et ainsi Phelippe-le-Biau roy de France en l'an de son règne dix-huit, à Mons en Peure en Flandres, usant de l'aide de Dieu, de ces Flamens, sans grant péril de luy meisme, loable victoire en rapporta; et à Paris environ la Sainct-Denis, à grant joie et inestimable revint.

Et en cest an, au moys de décembre, les os de Robert, jadis conte d'Artois, lequel avoit esté tué en Flandres, furent aportés à Pontoise, et en l'églyse de Maubuisson près Pontoise furent enterrés.

Et en ce meisme an, après Noel, l'en commença à traictier en parlement à Paris de la paix des Flamens, mais il n'i ot rien consommé né parfait.

De la mort la royne Jehanne, femme Phelippe le roy de France.

En cest an ensement, au moys de février, le conte Gui de Flandres, en la prison le roy de France détenu, moru à Compiègne, et par le congié du roy fu son corps porté en Flandres, et en Marquete[218]avec ses ancesseurs fu enterré. Et en ce meisme an, Blanche, duchesse d'Austrie, seur du roy de par son père, laquelle avoit un fils du duc, fu empoisonnée par le dit duc, si comme l'en disoit, et moru au moys de mars. Et en cest an ensement, moru Jehanne royne de France et de Navarre, femme de Phelippe-le-Biau, et en l'églyse des frères Meneurs fu honnorablement enterrée. Et fu vraiement si chière année et si chier marchié de blé que le sextier de froment valoit cent sols parisis, de la foible monnoie decourrant lors à Paris et ailleurs; et dura la chierté près d'un an. Et en cest an ensement, Edouart le viel roy d'Angleterre moru, après lequel fu couronné en roy Edouart son fils le jeune, lequel, après un pou de tems passé, prist à femme Isabel la fille le roy Phelippe de France.

Du couronnement le pape Climent.

ANNÉE 1305L'an de grace après ensuivant mil trois cens et cinq, entre le roy de France et les Flamens fu faicte une composicion de paix, laquelle toutes fois dura petit: et lors Robert de Béthune et Guillaume son frère, fils le conte de Flandres en l'an précédent trespassé, de la prison le roy furent délivrés. Et après pape Bénédic, le cent quatre vingt et dix-neuviesme pape Climent le Quint, présent le roy de France Phelippe-le-Biau et ses deux frères Charles conte de Valois et Loys conte d'Evreux et moult d'autres contes, princes, dux et barons, chevaliers, abbés, évesques, arcevesques et cardinals, à la cité de Lyon sur le Rosne fu sacré et couronné de dyadème papal. Et lors pour la très grant multitude de gent qui sus un viex mur estoient assemblés pour le dit pape véoir chevauchier par la cité, le viel mur chéi, dont le bon duc de Bretaigne la mort l'acraventa, dont ce fu pitié, doleur et dommage. Et en cest an ensement, Loys, l'aisné fils le roy Phelippe-le-Biau, espousa Marguerite l'aisnée fille au duc de Bourgoigne. Et eu cest meisme an, le roy si fist cesser et apaisier une très grant dissencion qui estoit menée entre le duc de Brebant et le conte de Lucembourc, pour cause de la terre de Louvain. Et en cest an ensement, mut une très grant dissencion à Biauvais entre l'évesque Symon et le peuple de la cité, en telle manière que le dit évesque n'osoit seurement entrer en la cité. Pour laquelle cause le dit évesque fist aliances à nobles hommes, car il estoit noble homme, contre ceux de la cité, et fist tant qu'il prist aucuns bourgois par aguet. Quant le roy sot ce, si manda l'une partie et l'autre, et leur fist commandement qu'il se cessassent, et les fist le roy punir, car il avoient moult excédé l'une partie contre l'autre. En ce meisme an fu très grant sécheresce en France.

En ce meisme an, avant que le roy se partist de la court pape Clément, le dit pape luy ottroia le chief de monseigneur sainct Loys son aïeul, pour mettre en sa chapelle, et une de ses costes pour mettre en la principale églyse de Paris: et avec ce, le pape luy ottroia que Jaques et Pierre de la Colompne frères et jadis cardinals, les quiex le pape Boniface avoit dégradés de leur cardinalité, fussent en leur premiers estas restitués; et encore luy ottroia-il, en récompensacion des despens qu'il avoit fait en la guerre de Flandres, le disiesme des églyses et les annuels jusques à trois ans. Et encore ottroia le dit pape au roy et à ses frères que des bénéfices premiers vacans au royaume de France, il en péussent pourveoir leur chapelains et leur clers. Et le roy promist que la monnoie qui estoit foible, il la metroit en bon estat et convenable au miex que bonnement le pourroit faire. Et en cest an, le pape Climent fist dix cardinals nouviaux, outre le nombre qui par avant estoit; des quiex il en envoia les deux à Rome de par luy, pour garder la dignité sénatoire. Il déposa l'évesque d'Arras, et si déposa l'évesque de Poitiers, et si donna à l'évesque d'Imelin la patriarché de Jérusalem: et si fist plaine grace aux povres clers, et les pourvoia de bénéfices, selon ce que le mérite de la personne le requéroit. Et le roy de France s'en retourna de Lyon, après Noel, en France. Et cest an meisme le pape se parti de Lyon, environ la purification Nostre-Dame, et s'en ala vers Bourdiaux; et là furent faictes moult de maux et de roberies aux églyses tant layes comme de religion, par luy et par ses menistres; dont il avint, si comme l'en disoit, que frère Gile l'Augustin arcevesque de Bourges, fu mis à si grant povreté que il par nécessité fu contraint à prendre les distribuions cotidiennes si comme un des simples chanoines, et hantoit les heures de l'églyse. Et en ce meisme an, Robert duc de Bourgoigne moru à Vernon au moys de mars, duquel le corps fu porté en Bourgoigne, si comme il l'a voit ordenné en son vivant, et fu enterré à Cistiaux.

Coment le chief monseigneur sainct Loys fu aporté à la ville de Paris.

ANNÉE 1306En l'an de grace après ensuivant mil trois cent six, le chief de sainct Loys, jadis roy de France, sans les gencives et le menton et une de ses costes, du roy de France Phelippe-le-Biau et de pluseurs évesques et arcevesques, de l'ottroy du souverain évesque pape Climent, en biaux vaissiaux d'or aornés de pierres précieuses, furent de Sainct-Denis transportés à Paris: et la coste en la mère églyse Nostre-Dame de Paris, et le chief en la chapelle du palais du roy, à grant joie et à grant feste de la gent de Paris demenée, le jour d'un mardi devant la feste de la Penthecouste, furent honnorablement et noblement mis. Et en cest an meisme, tous les Juis du commandement du roy Phelippe furent du royaume de France, environ la Magdalaine, chaciés, déboutés, et essiliés; et tout le leur pris et mis en la main le roy. Et en cest an, Phelippe le second fils du roy de France, qui puis après fu conte de Poitiers, Jehanne l'aisnée fille au duc de Bourgoigne espousa.

Coment le commun de Paris s'esmut.

Et adecertes en cest an meisme à Paris, pour les louages des maisons des bourgois de Paris qui vouloient prendre du peuple bonne monnoie et forte qui alors estoit appellée[219]grant dissencion et descort mut et esleva. Et lors s'esmurent pluseurs du menu peuple, (si comme espoir[220]foulons et tisserans, taverniers et pluseurs autres ouvriers d'autres mestiers); et firent aliance ensemble, et alèrent et coururent sus un bourgois de Paris appellé Estienne Barbète[221]duquel conseil, si comme il estoit dit, les louages des dites maisons estoient pris à la bonne et forte monnoie, pour laquelle chose le peuple estoit esmeu et grevé. Et lors le premier jeudi devant la Tiphaine envaïrent et assaillirent un manoir du devant dit bourgois Estienne qui estoit nommé la Courtille Barbète[222], et, par feu mis, le dégastèrent et destruirent; et les arbres du jardin du tout en tout corrompirent, froissièrent et debrisièrent. Et après eux départans, à tout grant multitude d'alans à fusts et à basions, revindrent en la rue Sainct-Martin et rompirent l'ostel d u devant dit bourgois[223], et entrèrent ens efforciement, et tantost les tonniaux de vin qui au celier estoient froissièrent, et le vin espandirent par places: et aucuns d'eux d'icelui vin tant burent qu'il furent enyvrés. Et après ce, les biens meubles de la dite maison, c'est asavoir coutes, coissins, coffres, huches, et autres biens froissièrent et débrisans par la rue en la boue les espandirent, et aux coutiaux ouvrirent les coutes, et les orilliers traiant contre le vent despitement getèrent, et la maison en aucuns lieux descouvrirent, et moult d'autres dommages y firent. Et ice fait, d'ilec se partirent et retournèrent traiant vers le Temple au manoir des Templiers où le roy de France estoit lors avec aucuns de ses barons, et ilec le roy assistrent si que nul n'osoit seulement entrer né issir hors du Temple; et les viandes que l'en aportoit pour le roy getèrent en la boue, laquelle chose leur tourna au derrenier à honte et à dommage et à destruiment de corps. Après ce, par le prévost de Paris, si comme l'en dist, et par aucuns barons, par soueves paroles et blandissemens apaisiés, à leur maisons paisiblement retournèrent; des quiex par le commandement le roy pluseurs, le jour e nsuivant, furent pris et mis en diverses prisons. Et en la vigile de la Tiphaine, par le commandement du roy, espéciaument pour sa viande que il luy avoient espandue et gettée en la boe, et pour le fait du dit Estienne, vingt-huit hommes, aux quatre entrées de Paris[224], c'est assavoir: à l'Orme par devers Sainct-Denis faisant entrée, furent sept pendus; et sept devers la porte Sainct-Antoine faisant entrée, et six à l'entrée devers le Roule vers les quinze vint Aveugles faisant entrée, et huit en la partie de Nostre-Dame-des-Champs faisant entrée, furent pendus. Les quiex, un pou après ce, des ormes[225]remués et ostés, en gibés nouviaux fais, eu chascune partie et entrée, de rechief furent tous pendus et mors; laquelle chose envers le menu peuple de Paris chei en grant doleur.

Et en ce meisme an, Edouart fils Edouart roy d'Angleterre, si ala contre les Escos qui avoicnt institué sur eux Robert de Brus à estre leur roy; si fu vaincu, et y ot moult grant quantité de ses gens pris et mors. Et en ce meisme an, le roy Phelippe voult muer sa monnoie en fort, qui longuement avoit esté foible par l'espace de onze ans: et valoit le petit flourin trente six sols de la foible monnoie. Si fist crier par tout son royaume, environ la Nativité sainct Jehan-Baptiste, que toutes réceptes de revenues et tous paiemens de contras, depuis la Nativité Nostre-Dame ensuivant, se féissent à forte monnoie selon ce que elle couroit au tems de monseigneur sainct Loys; pour laquelle chose pluseurs du peuple furent moult forment troublés.

Et en ce meisme an, au tems d'iver, il ot si grant habondance d'iaues ès fleuves, et avant qu'il peussent descroistre il furent si forment gelés, que quant ce vint au desgeler tant maisons, pons, comme moulins trébuschièrent et despecièrent: et adonques au port de Grève[226]à Paris moult de nefs chargiées de diverses marchéandises périrent et tout ce que dedens estoit. Et en ce meisme an, le pape Climent au moys de mars ou environ s'en ala à Poitiers et les cardinals avec luy; et là fu la court par l'espace de seize moys ou environ. Et en ce tems fu un faux prophète qui avoit non Dulcinus, lequel faignoit mener saincte vie en habit de béguin, mais il estoit très faux prophète: car il maintenoit que si comme le père au tems de la loy de nature ou de Moyse régnoit par puissance qui à luy est approprié; et le fils, au tems de l'advènement Jhésuchrist par sapience jusques à l'advènement du Sainct-Esperit; ainsi de l'advènement du Sainct-Esperit jusques en la fin, celuy meisme Sainct-Esperit qui est amour par débonnaireté règne et régnera pardurablement: et en telle manière que la première loy fu de justice et de rigor; la seconde loy de sapience; la tierce maintenant est d'amour et de débonnaireté et de charité. Et quelconque chose est demandée au nom de charité, meismement de demander à une femme au non de charité qu'on habite à elle charnelment, elle ne me le puet refuser sans péchié, mais le me doit ottroier, et si ne fera point de péchié. Laquelle chose samble très mauvaise à tout catholique: et autrefois fu ceste hérésie semée par Amauri de Leve, emprès Monfort, au temps de Phelippe le Conquérant, l'an mil deux cent douze, duquel parle une décrétale qui se commence:Nous condamnons et, etc.

Cestui Dulcinus se mist en une montaigne vers Verseilles, et là cuida avoir trouvé moult seur refuge: mais il fu pris de l'évesque de la cité et des crestiens, et fu mis en prison, et puis fu baillié au pape pour le punir; et lors y ot trouvé de ses complices environ deux cens, les quiex furent tous mis à mort. Et en cest an, Edouart roy d'Angleterre lequel estoit jà moult d'aage, prince caut et sage, et en ses batailles moult fortuné, le trente-cinquiesme an de son règne moru; auquel succéda au royaume d'Angleterre et en la seigneurie de Ybernie son fils de la contesse de Pontieu[227], qui avoit à non Edouart: et toutes voies avoit-il trois enfans de Marguerite sa femme seur du roy de France, laquelle le seurvesqui; desquiex le premier avoit non Thomas de Cornubie[228], et il en ot la contée.

Du couronnement le roy de Navarre.

ANNÉE 1307L'an de grace ensuivant mil trois cent et sept, Loys l'ainsné fils du roy Phelippe-le-Bel, en roy de Navarre fu couronné à Pampelune.

Des Templiers qui furent pris par tout le royaume de France.

En cest an ensement, tous les Templiers du royaume de France, du commandement de celui meisme roy de France Phelippe-le-Bel, et de l'ottroi et assentement du souverain évesque pape Climent, le jour d'un vendredi après la feste saint Denis, ainsi comme sus le mouvement d'une heure[229], souppeçonnés de détestables et horribles et diffamables crimes, furent pris par tout le royaume de France, et en diverses prisons mis et emprisonnés.

Et en cest an, Charles le mainsné fils Phelippe le roy de France, qui puis fu conte de la Marche, Blanche l'autre fille du conte de Bourgoigne espousa.

L'an de grace mil trois cent et sept dessus dit ensuivant, le roy de France Phelippe se parti environ la Penthecouste pour aler à Poitiers parler au pape et aux cardinals: et là furent moult de choses ordenées par le pape et par le roy, et especiaument de la prise des Templiers. Et manda le pape aux maistres de l'Ospital et du Temple qui souverains estoient en la terre d'Oultre-mer, expressement, qu'il se comparussent personnellement à certain temps à Poitiers devant luy. Lequiel mandement le maistre du Temple accompli: mais le maistre de l'Ospital fu empeschié en l'isle de Rodes des Sarrasins, si ne pot venir au terme qui luy estoit mandé; mais il envoia certains messages pour luy excuser. Si avint assez tost après que la dite isle de Rodes fu recouvrée, et adonc le maistre de l'Ospital vint à Poitiers parler au pape.

Et en ce meisme an, maistre Bernart de Saint-Denis, docteur en théologie, lequel fu moult en son temps en France rénommé et estoit évesque d'Orliens, trespassa.

Et en ce meisme an, Loys dit Hutin, ainsné fils du roy de France et roy de Navarre, quant il vint à sa cognoissance que un chevalier que on appeloit Fortin, le quiel il avoit institué et ordené garde de son royaume, luy voulsist oster et usurper frauduleusement son dit royaume de Navarre; si assembla une belle compagnie de nobles hommes et puissans entre lesquels furent le conte de Bouloigne et messire Gauchier de Chastillon, connestable de France, et s'en ala en Navarre et y arriva au moys de juillet, et là fit tant avec sa compagnie que le dit Fortin et tous ses aliés il mit en subjection; et visita son royaume et appaisa. Depuis s'en vint à Pampelune et là se fist couronner en roy de Navarre. Et en cest an Katherine, seconde femme Charles conte de Valois et héritière de l'empire de Constantinople, trespassa le jeudi après la feste monseigneur Saint-Denis, et fu enterrée aux frères Prescheurs à Paris; auquel enterrement le roy de France et les nobles furent présens, et le maistre du Temple d'Oultre-mer, le quiel aidoit à porter le corps en terre avec les autres nobles.

Et en ce meisme an, au moys de janvier, Edouart le roy d'Angleterre prist à femme la fille au roy Phelippe, laquielle avoit non Ysabel, et estoit en l'aage de douze ans ou environ; et n'avoit plus le dit roy de France de filles. Et la convoia le roy et ses fils avec les barons jusques à Bouloigne sur la mer; et d'ilec jusques en Angleterre des nobles de France fu convoiée, et avant que il partissent, elle fu en royne d'Angleterre couronnée.

Et cest an, Marguerite royne de Secile, de très noble et très honnorable renommée, et jadis femme du premier Charles roy de Secile, frère du roy saint Loys, trespassa.

Et en ce meisme an, Jehan de Namur, fils Gui jadis conte de Flandres, prist à femme la fille Robert, conte de Clermont.

Coment Henri de Lucembour fu roy des Romains.

ANNÉE 1308En l'an de grace ensuivant mil trois cent et huit, Henri conte de Lucembour fu esleu roy des Romains: et lors il envoia ses messages à court de Rome pour requerre de la main au souverain évesque pape Climent la consécracion et le couronnement de l'empire.

En ce meisme an, le roy de France s'ordena pour aler à Poitiers et principaument pour le fait des Templiers; car là tenoit le pape sa court. Et fist le roy une semonse par tout son royaume à pluseurs nobles et non nobles qu'il fussent à Pasques à Tours; et avec luy enmena-il une grant multitude[230]. Et quant le roy fu par devant le pape, si ot moult de parlement entre eux deux, et en après, au mandement du pape, fu le maistre général de toute l'ordre du Temple amené, et avec luy aucuns autres, les quiels sembloient estre les plus notables en la dite ordre du Temple. En la fin fu délibéré et assez ordené que le roy détendroit tous les profés de la dite ordre, et chascun par soy emprisonnés, dès maintenant et en après, au non de l'églyse et en la main du siège de Rome; et qu'il ne procéderoit à leur relaxacion né à leur délivrance né à leur punicion, en aucune manière, sans le mandement ou l'ordenance du siège de l'apostole: mais de leur biens, des quiels la dispensacion en bonne loyauté estoit au roy laissiée, leur administreroit leur nécessités, pour vivre competament jusques au concile général.

Et en cest an que le pape Climent estoit à Poitiers, par le conseil des cardinals, pour le subside de la Terre Saincte et pour la réformacion de toute saincte églyse, et meismement pour le fait des Templiers qui moult estoit énorme[231], le concile qui devoit estre général ès kalendes d'octobre à Poitiers[232]fu rappellé, et des dites kalendes d'octobre jusques à deux ans passés, précisément ordené et par tout le royaume de France, par ses lettres patentes à archevesques et évesques et aux inquisiteurs des hérites fit mandement que diligemment il missent leur entente, et, en tant comme il povoit toucher leur personnes, que il se hastassent selon le conseil des sages, et que ces choses il missent à fin par le dit conseil. Mais toutesvoies le général maistre de l'ordre et aucuns autres grans il réserva à temps à la correction et examinacion du siège de Rome, et de certaine science. Et adecertes, en ce meisme an, Charles de Valois prist la tierce femme, c'est assavoir la fille Gui, conte de Saint-Pol.

Et en icest an, Gui jadis premier né du conte de Blois espousa la seconde fille de Charles conte de Valois et de Katherine sa femme, et estoit la dite fille de moult petit aage, si comme l'en dit.

Et en ce meisme an, le samedi après l'Ascension Nostre-Seigneur, une tempeste moult dommageuse et moult impétueuse, tant de gresle comme de vent, avint, et meismement environ Chevreuse[233]et à heure de vespres, car les blés qui encore estoient ès champs et les vins qui estoient ès vignes furent péris et perdus, et pluseurs grans arbres tombés à terre, et le clochier de la dite églyse de Chevreuse ce meisme jour fu trébuchié du vent. Et en cest an, le pape et les cardinals se départirent de la cité de Poitiers là où il avoient longuement esté, mais l'esté fu avant passé; et s'en ala le pape là où il avoit esté né, c'est assavoir à Bourdiaux, et retint avec luy bien pou de cardinals, et donna congié aux autres de eux en aler jusques à temps; si demoura là une pièce de temps.

Et en ce meisme an, Guichart l'évesque de Troie fu moult souspeçonné qu'il n'eust procuré par aucuns maléfices ou par venin la mort de Jeanne, jadis royne de France et de Navarre: pour la quielle chose aucuns tesmoins furent oïs, jasoit ce qu'il fussent faux. Si fu raporté au pape leur déposicion, nonobstant que elle fust fausse; et manda le pape que le dit évesque fust mis en prison[234].

Et en ce meisme an, une grande dissencion mut entre deux nobles hommes de Bourgoigne, c'est assavoir Erart de Saint-Verain et Oudart de Montagu: adonc en la conté de Nevers, le jour de la feste monseigneur saint Denis, furent assemblés avec le dit Erart, le conte de Cherebourc[235], messire Dreue de Mello, messire Miles de Noyers et pluseurs autres nobles avec eux; et de la partie du dit Oudart fu le dalphin d'Auvergne, messire Beraut de Marcueil, fils du conte de Bouloigne[236], avec pluseurs autres, et les trois frères qui communément de Vienne sont appellés. Entre les quielles parties ot moult aigre bataille, mais elle fu tantost finée: et ot le dit Erart la victoire, et se rendi le dit Beraut au conte de Chierebourc pris avec aucuns autres. Et après, le roy de France fist prendre le dit Erart, et pluseurs autres avec luy, et mettre en diverses prisons.

Et en cest an, Aubert roy des Romains mourut et fu tué de un sien neveu, si comme l'en dist: et après luy fu roy Henri conte de Lucembourt.

Et en ce meisme an mourut la femme[237]Jehan de Namur, environ la purificacion Nostre-Dame, la quielle il avoit espousée l'an précédent; et l'an ensuivant il espousa la fille madame Blanche de Bretaigne.

Et en cest an, la grant indulgence que le pape avoit donnée l'an passé au temps qu'il estoit à Poitiers à tous ceux qui donroient de leur avoir à ceux qui aloient Oultre-mer pour la subside de la Terre saincte, fu publiée par le royaume de France; de laquielle recepte avoit esté establi receveur le maistre de l'Ospital d'Outre-mer. Si fu ainsi ordené: que à bien près par toutes les églyses, il y auroit un tronc, ou un certain lieu auquiel chascune personne metroit du sien, selon sa dévocion; et dura ceste chose par cinq ans ou environ autant que le pardon dura.

L'an de grace ensuivant mil trois cent et neuf, environ la Pentocouste, le fils du roy d'Arragon se combati encontre le roy de Garnate[238], le quiel estoit Sarrasin; et ot le dit fils d'Arragon glorieuse victoire, et mist à mort une très grant quantité de Sarrasins.

En ce meisme an, environ la fin de juillet fu l'eslection de Henri de Lucembourc du pape et des cardinals approuvée: et luy fu ottroié sa consécration et la couronne de l'empire, la quielle il dut prendre, à certain temps que le pape luy mist, en l'églyse Saint-Pierre en la cité, où il luy plairoit[239]. Quant le dit messire Henri ot ainsi esté esleu, et qu'il ot eu congié et auctorité du pape, si comme dit est, si vindrent à luy le conte de Flandres Robert, et le conte Jehan de Namur qui estoient ses cousins germains, et le conte Guillaume de Haynaut, son cousin germain qui nouvellement avoit pris à femme la fille messire Charles de France, et la greigneur partie des haus barons d'Alemaigne. Et avoit jà commencié ledit messire Henri sa quarantaine à Ais: et quant il ot parfait sa quarantaine, si le menèrent les barons en la chapelle d'Ais et ilec le couronnèrent à roy d'Alemaigne. Quant le vaillant roy de Lucembourc ot porté couronne à Ais en la Chapelle, le conte de Flandres et le conte de Haynaut pristrent congié à luy, en luy offrant leur services, et depuis fist le roy son appareil moult grant pour aler à Rome. Si avint, une pièce de temps après qu'il ot son arroy assemblé, que il fist assembler grant foison de chevaliers lesquiels il mena avec luy, et passèrent Alemaigne; et puis entra le dit roy en la duchié de Quarentaine[240], et là luy fu offerte toute obéissance, et puis passa les mons et entra en Lombardie. Tantost ceux de Pade se rendirent à luy, et ilec séjourna et attendi ses gens. Mais tantost que ceux de Milan le sorent, il y envoièrent leur ambassadeurs en luy présentant la ville de Milan du tout à son commandement; les quiels il reçut moult benignement à sa grace. Puis se départirent de luy, et leur donna grans dons, et leur commanda que il déissent à ceux de Milan que briefment les iroit veoir pour estre couronné. Après un peu de tems assembla son ost, et fist messire Gui de Namur son mareschal, et envoia ses messages devant pour faire son arroy à Milan. Quant ceux de Milan sorent sa venue, si issirent tous à pié et à cheval contre luy, et à grant joie le menèrent à la souveraine églyse, et le couronnèrent à roy de Lombardie, et l'appellèrent Auguste. Puis après se départi de Milan à tout son ost et ala asségier la cité de Cremoigne, et tant y fist que elle luy fu rendue. Après ala asségier la cité de Bresse qui moult estoit fort, et ilec fust une grant pièce de temps, et y fist-on maint grant assaut. Et à ce siège vindrent à luy ceux de Pise, à tout leur povoir en son aide; et en la parfin ceux de Bresse firent traitié à luy. Et à ce traitié mourut le conte Gui de Namur qui estoit son mareschal, pourquoy l'empereur fu si destorbé qu'il ne les voult onques recevoir à merci. Quant ceux de la ville virent que autrement ne povoit estre, si se rendirent tout à sa volenté, et luy apportèrent les clefs de la ville. Mais oncques l'empereur ne voult entrer par porte en la cité, né teurdre[241]son chemin pour aler à son palais; ains fist emplir le fossé qui devant son tref estoit et despecier le mur à l'encontre; et puis fist abatre toutes les maisons qui en sa voie estoient jusques à son palais, et ainsi entra en la ville de Bresse. Quant il ot ilec séjourné une pièce de temps, si prist hostages de eux et les envoia à Pise; et prist conseil avec les Guibelins d'aler conquerre la cité de Rome: et avoit tant fait au pape Climent qu'il luy avoit envoié un légat à Bouloigne-la-crasse; et d'ilec se trait vers Rome, et mena le légat avec luy; et en sa voie conquist moult de cités et de villes et de chastiaux.

Et en ce meisme an le pape Climent fist publiquement affichier en son palais à Avignon une intimacion en la quielle il estoit contenu que généralement il intimoit à tous ceux qui vouldroient procéder en fait d'appellacion contre le pape Boniface, tant pour luy comme contre luy par quelque manière, qu'il fussent pourveus dedens le dimenche que l'en chanteoculi mei, et devant le pape se présentassent, ou autrement sur ce d'ore en avant il n'i seroient receus; mais dès ore en avant il leur dénioit toute audience et leur imposoit silence quant en ceste partie. Entre les quiels Guillaume de Nogaret chevalier devant dit, et Guillaume du Plessier chevalier avec lui, s'apparut à l'ajourner par le pape assigné, accompagnié de moult puissant compaignie; lequel renouvela tant l'appellation contre le pape comme les cas de crime, les quiels par avant avoient été proposés contre le dit pape Boniface, et se offri à les prouver; et requist à grant instance que les os du dit pape fussent desterrés tant comme hérite et qu'il fussent ars. Mais la partie adverse, tant d'aucuns cardinals comme d'autres deffendans la partie du pape, s'opposa appertement tant environ la sustance du fait comme contre la personne du dit Guillaume proposant moult de enormités. Adonc fu mise ceste besoigne en suspens jusques à tant que l'en eust plus plaine délibéracion. Et en ce meisme an, en la tierce kalende de novembre, il vint un vent soudain, le quiel dura par une heure et plus, et trébucha moult d'arbres et de édifices, et meismement le clochier de Saint-Maclou de Pontoise, et les grans arches de pierre qui sont environ le chevez de l'églyse monseigneur Saint-Denis, jasoit ce que il ne chéirent pas, si les vit-l'en en telle manière chanceler que l'en cuidoit qu'il déussent chéoir à terre.

Et en cest an, le derrenier jour de janvier, après midi, fu veue l'éclipse de soleil par une heure et vingt-quatre minutes, et est assavoir que le centre de la lune fu emprès le centre du soleil; et dura la dite éclipse par deux heures naturelles et plus; et estoit la couleur de l'air ainsi comme la couleur de saffran: et la cause estoit, selon les astronomiens, car[242]Jupiter, au point de l'éclipse, avoit la seigneurie entre les cinq planètes.

En ce meisme an fu vue très griève et aspre dissencion entre le roy d'Angleterre et ses barons, pour l'occasion d'un chevalier qui estoit appellé Pierre de Gavastonne, le quiel Pierre avoit pieça esté bani du royaume d'Angleterre, si comme l'en disoit: mais le roy l'avoit pris en si grant amour qu'il luy avoit donné la conté de Lincolne à droit héritage. Et à la suggestion du dit Pierre s'efforçoit le roy de faire moult de nouvelletés contre la volenté de tous et contre la coustume du pays et au préjudice du royaume. Si avint tant que pour l'occasion des choses devant dites, comme pour sa simplesce et fatuité, qu'il le pristrent en telle haine non pas seulement pour le guerroier, mais le priver de l'administracion du royaume, se ce n'eust esté pour l'amour du roy de France duquiel il avoit espousé la fille; et aussi pour l'amour de la royne la quielle estoit moult amée des barons et des nobles du pays.

Et en cest an, les Hospitaliers avec grant compaignie de crestiens passèrent en l'isle de Rodes de la quielle les crestiens avoient esté enchaciés par les Sarrasins: en la quielle isle il se portèrent à leur très grant loenge, et y firent moult de bons fais contre les Sarrasins.

De la condampnacion des Templiers.

ANNÉE 1310En l'an de Nostre-Seigneur mil trois cent et dix, pluseurs Templiers[243]à Paris vers le moulin Saint-Antoine[244]comme à Senlis, après les conciles provinciaux sur ces choses ilec célébrées et faites, furent ars, et les chars et les os en poudre ramenés: des quiels Templiers dessus dis cinquante-quatre, le mardi après la feste de la saint Nicolas en may, vers le dit moulin à vent, si comme il est dessus dit, furent ars. Mais iceux, tant eussent à souffrir de douleur, oncques en leur destruction ne vouldrent aucune chose recognoistre. Pour la quielle chose leur ames, si comme on disoit, en porent avoir perpétuel dampnement, car il mistrent le menu peuple en très grant erreur. Et pour voir après ce ensuivant, la veille de l'Ascencion Nostre-Seigneur Jhésucrist, les autres Templiers en ce lieu meisme furent ars, et les chars et les os ramenés en poudre; des quiels l'un estoit l'aumosnier du roy de France qui tant de honneur avoit en ce monde; mais oncques de ses forfais n'ot aucune recognoissance. Et le lundi ensuivant, fu arse, au lieu devant dit[245], une béguine clergesse qui estoit appellée Marguerite la Porete, qui avoit trespassée et transcendée l'escripture devine, et ès articles de la foy avoit erré; et du sacrement de l'autel avoit dit paroles contraires et préjudiciables; et, pour ce, des maistres expers de théologie avoit esté condampnée.

[246]Les cas et forfais pour quoy les Templiers furent pris et condampnés à morir et encontre eux aprouvés, si comme l'en dit, et d'aucuns en prison recogneus ensuivent ci-après:

Le premier article du forfait est tel: Car en Dieu ne créoient pas fermement, et quant il faisoient un nouvel Templier, si n'estoit-il de nulluy sceu coment il le sacroient, mais bien estoit veu que il luy donnoient les draps[247].

Le secont article: Car quant icelui nouvel Templier avoit vestu les draps de l'ordre, tantost estoit mené en une chambre oscure; adecertes le nouvel Templier renioit Dieu par sa male aventure, et aloit et passoit par-dessus la croix, et en sa douce figure crachoit.

Le tiers article est tel: Après ce, il aloient tantost aourer une fausse ydole. Adecertes icelle ydole estoit un viel pel d'omme embasmée et de toile polie[248], et certes ilec le Templier nouveau mettoit sa très vile foy et créance, et en luy très fermement croioit: en en icelle avoit ès fosses des ieux escharboucles reluisans ainsi comme la clarté du ciel; et pour voir, toute leur foy estoit en icelle, et estoit leur dieu souverain, et chascun en icelle s'affioit et meismement de bon cuer. Et eu celle pel avoit moitié barbe au visage et l'autre moitié au cul, dont c'estoit contraire chose; et pour certain ilec convenoit le nouvel Templier faire hommage ainsi comme à Dieu, et tout ce estoit pour despit de Nostre-Seigneur Jhésucrist, nostre sauveur.

Le quart: Car il cognurent ensement la traïson que saint Loys ot ès parties d'Oultre-mer, quant il fu pris et mis en prison: Acre une cité d'Oultre-mer traïsrent-il aussi par leur grant mesprison[249].

Le quint article est tel: Que sé le peuple crestien en ce temps fust prochainement alé ès parties d'Oultre-mer, il avoient fait telles convenances et telle ordenance au soudan de Babiloine qu'il leur avoient par leur mauvaistié appertement les crestiens vendus.

Le sixième article est tel: Qu'il cognurent eux du trésor le roy à aucun avoir donné qui au roy avoit fait contraire, laquelle chose estoit domageuse au royaume de France.

Le septième est tel: Que, si comme l'en dit, il congnurent le péchié de hérésie; et, par leur ipocrisie, habitoient l'un à l'autre charnellement; pour quoy c'estoit merveilles que Dieu souffroit tels crimes et félonnies détestables estre fais! mais Dieu, par sa pitié, souffre moult de félonnies estre faites!

Le huitième est tel: Sé nul Templier, en leur ydolatrie bien affermé, mouroit en son malice, aucune fois il le faisoient ardoir, et de la poudre de luy en donnoient à mengier aux nouviaux Templiers; et ainsi plus fermement leur créance et leur ydolatrie tenoient: et du tout en tout despisoient le vray corps Nostre-Seigneur Jhésucrist.

Le neuviesme est tel: Sé nul Templier eust entour luy çainte ou liée une corroie, laquelle estoit en leur mahommerie, après ce jamais leur loy par luy pour morir ne fust recognue; tant avoit ilec sa foy affermée et affichiée.

Le disiesme est tel: Car encore faisoient-il pis, car un enfant nouvel engendré d'un Templier en une pucelle, estoit cuit et rosti au feu, et toute la gresse ostée; et de celle estoit sacrée et ointe leur ydole.

Le onziesme est tel: Que leur ordre ne doit aucun enfant baptisier né lever des saincts-fons, tant comme il s'en puisse abstenir; né sur femme gisant d'enfant[250]seurvenir ne doivent, sé du tout en tout ne se veullent issir à reculons, laquelle chose est détestable à raconter. Et ainsi pour iceux forfais, crimes et félonnies détestables furent du souverain évesque pape Climent et de pluseurs évesques, et arcevesques et cardinaux condampnés.

Coment le roy de France envoia contre l'arcevesque de Lyon.

[251]En cest an ensement, Phelippe-le-Biau, roy de France, contre l'arcevesque de Lyon sur le Rosne, qui de luy paroles contumélieuses avoit semées, et injures aucunes dites à sa gent, Loys son ainsné fils, roy de Navarre, à Lyon à grant ost envoia. Lequel Loys, roy de Navarre, comme ilec avec son noble ost parvenist, tantost avec ses François assist la cité. Mais comme ilec par huit jours ou environ avec sa noble compaiguie fust ainsi pour la cité isnelment assaillir, et en brief l'eust détruite sé il peust, lors l'arcevesque de Lyon, son fol orgueil appercevant et la force du roy doubtant, souple et bien veullant au roy Loys se transporta. Lequel Loys icelui arcevesque à son père le roy de France à Paris amena. Lequel arcevesque, après ce, fu détenu en garde jusques au tems après ce convenable auquel par le conseil de ses barons de la besoigne pourtraiteroit. Lequel arcevesque, non petit de tems après ce passé, l'amende de ses forfais par son bon plaisir envers le roy pourtraitiée et faite, à son propre lieu s'en revint. En cest an, Loys, fils du conte de Clermont Robert, prist à femme la seur du conte de Hainaut; et Jehan son frère prist à femme la contesse de Soissons.

Et en ce meisme an, un juif qui, n'avoit gaires de tems, s'estoit converti à la foy, un pou de tems après renia la foy, et fu pire qu'il n'avoit esté devant. Car en despit de Nostre-Dame, il crachoit sus ses ymages, partout où il les trouvoit; lequel fu jugié à estre ars: et fu ars le jour que Marguerite la Porète devant dite fu arse. Et en ce meisme an, ceux de Lyon se rebellèrent contre le roy de France, et s'en alèrent à un chastel qui est appelle Sainct-Just, et le destruirent. Quant le roy le sot il y envoia son fils Loys Hutin et ses deux frères avec luy, et moult grant ost, et fu environ la feste monseigneur sainct Jehan-Baptiste. Quant il vindrent la où les anemis estoient, si commencièrent à grever le plus qu'il porent. Et là se porta le dit fils du roy premier né, Loys Hutin, moult noblement, et par telle manière qu'il estoit amé de tous ceux de l'ost. Quant les anemis virent que les nos se portoient si noblement et si hardiement, si se rendirent et la cité à la seigneurie du roy de France: adonc fu pris l'arcevesque de la cité lequel estoit leur principal capitaine qui avoit à non Pierre de Savoie, et fu près du conte de Savoie lequel l'amena au roy de France; mais à la requeste de pluseurs il ot en la fin sa paix et retourna en son arceveschié.

Et en ce tems les os d'un Templier qui ja pieça estoit mort, lequel avoit non Jehan de Tur, furent desterrés; car il fu trouvé par les inquisiteurs que le dit Jehan en son tems avoit esté hérite, et pour ceste cause furent ses os ars et mis en poudre: le dit Jehan estoit commandeur[252]du Temple, et en son tems fist édifier la tour du Temple.

En ce meisme an, Henri roy des Romains et le duc d'Osteriche, et l'arcevesque de Lyon et moult d'autres princes, avec très grant ost, par le conté de Savoie entrèrent en Ytalie. Et premièrement fu receu en la cité d'Astence[253]; et en après en la cité de Milan fu coronné moult honnorablement et sa femme avec luy, de l'arcevesque de ladite cité, en la présence des prélas. Quant ce fu fait, le dit roy ot un assaut de son adverse partie en ladite cité. Mais tantost et hastivement il les mist en subjeccion, et par telle manière qu'il donna exemple à ses autres adversaires de eux non rebeller.

En ce meisme an fu faicte une permutacion entre l'arcevesque de Roen et l'arcevesque de Narbonne; car l'arcevesque de Roen lequel avoit non Bernart et estoit neveu du pape Climent, ne pooit avoir bonnement paix avec les nobles de Normendie, pour la cause que il estoit trop jeune et trop joli[254]en aucuns de ses fais: si fu permué l'arcevesque de Narbonne, lequel avoit à non Gile et estoit pour le tems principal conseiller du roy, en arcevesque de Roen.

Et en ce meisme an, depuis que le pape Climent ot absous le roy de France avec les habitans de son royaume de la sentence que le pape Boniface avoit gettée sur luy et sur ses adhérens, et du consentement de ceux qui estoient de la partie le pape Boniface, le dit pape réserva certaines personnes; entre lesquelles fu Guillaume de Nogaret, chevalier, Regnaut de Suppin chevalier, et environ dix autres; et si réserva ceux de la cité d'Agnane de l'absolucion au roy donnée, comme dessus est dit, et furent tous les devant dis prenomés exceptés.

Des fais le pape Boniface non coupables.

ANNÉES 1311/1312En l'an de grace ensuivant mil trois cent et onze, le roy de France Phelippe et les adhérons à luy, sus le fait de Boniface, touchant pape Climent, avoir esté et estre du tout en tout non coupables furent desclairiés[255]; et sé en aucune partie fussent coupables, du tout fussent absous à cautelle.

En cest an, Henri le roy des Romains passa par une cité d'Ytalie laquelle est appellée Crémonne: car de celle cité s'estoient partis les Guelphes et en avoient amené leur femmes et leur enfans et tous leur biens en une autre cité que l'on appelle Brixe laquelle estoit moult fort. Quant le dit roy sot que les Guelphes s'estoient ainsi pour luy départis de leur cité, si fist destruire toutes les maisons des Guelphes, et si fist abatre les murs de la cité et les forteresces, et par espécial les portes de la cité qui estoient moult nobles, et si fist emplir tous les fossés en telle manière que les murs et les fossés estoient tout à égal. Et après, se transporta le dit roy Henri en la cité de Brixe, et ilec tint son siège depuis l'ascension Nostre-Seigneur jusques à la Nativité Nostre-Dame. Si avint que ceux de la cité se combatirent contre le dit roy des Romains Henri: si fu pris en celle bataille Tybaut de Brisach tout vif, lequel estoit capitaine de la dite cité de Brixe, lequel fu admené à l'empereur Henri. Quant il vit que il ne pooit eschaper de mort, si confessa publiquement que il et des greigneurs de la cité de Milan avoient fait moult de mauvaises conspiracions contre luy et contre les siens pour luy metre à mort.

Quant l'empereur ot ce oï, si le fist traisner parmi l'ost, et puis le fist pendre par deux heures, et puis le fist oster du gibet et le fist décoler, et fist mettre sa teste sus une grant lance, et la fist porter au plus solempnel lieu de son ost, afin que chascun le peust veoir, et le corps fist despecier en quatre parties, et en quatre parties de son ost en fist porter en chascune partie un quartier: et lors ot le dit empereur victoire de la cité; et fist destruire tous les murs de la cité. Mais endementiers que l'empereur tenoit siège à la cité de Brixe, Waleran son frère s'en aloit par devant la dite cité, lequel fu feru soudainement d'une sajete et moru.

Au tems meisme du siège durant, vindrent à l'empereur de toutes les cités d'Ytalie, et luy offrirent foy et loyauté ainsi comme à leur seigneur. Et en ce tems, trois cardinals furent envoiés du pape, c'est assavoir: le cardinal d'Ostie et deux autres, pour le coronement de l'empereur; lesquiels vindrent par Ytalie jusques à Rome. Si avint depuis que la cité de Brixe ot esté sousmise à l'empereur Henri, il se départi par Cerdonne[256]et s'en ala à Gennes, et là fu reçu très honnorablement: et endementiers qu'il se reposoit en la cité de Gennes, sa femme trespassa en la dite cité.

En ce meisme tems, en Flandres, une commocion de rebellion de guerre se renouvela, laquelle n'a voit guères par avant esté accoisie[257], pour laquelle chose le conte de Flandres Robert fu grandement souppeçonné. Lequel fu de par le roy appellé à Paris pour soy espurger; lequel y vint, mais Loys fils du dit conte, lequel estoit conte de Nevers, fu trouvé coupable; lequel fu mené premièrement à Moret en prison, et depuis fu ramené à Paris, et là fu mis en prison; de laquelle prison il s'eschappa, car il se doubtoit pour laquelle chose du conseil des nobles du royaume, et fu dit par arrest en plain parlement qu'il estoit de sa conté privé[258].

Et en ce tems, le roy Phelippe fist faire nouvelle monnoie, c'est assavoir doubles de deux deniers; laquelle monnoie fu moult agréable au peuple, et aux nobles, et aux églyses[259].

Et en ce meisme an, le pape ottroia et envoia privilèges aux clers estudians à Orliens pour establir université, supposé que le roy de France s'i voulsist acorder; si ne s'i voult le roy acorder pour le tems. Adonques s'assemblèrent tous les clers estudians à Orliens, et firent foy les uns aux autres que il se partiroient, et ainsi le firent; mais avant que l'an fust finé, il furent en aucune manière apaisiés par le roy, et retournèrent à Orliens.

Et en ce meisme an, ot concile en la cité de Vienne, et là furent assamblés cent et quatorze prélas mitrés, sans les autres qui n'estoient pas mitrés, et sans ceux qui furent excusés par procuracions: et là furent deux patriarches, c'est assavoir: celuy d'Antioche et d'Alixandre; aux quiels deux patriarches l'en fist deux sièges propres au milieu de tous. Et avant que le premier siège séist, le pape enjoint à chascun prélat et aux autres de dire leur messes privées, et de trois jours jeune. Si comença le premier le samedi ès octaves de monseigneur sainct Denis, et comença le pape, si comme il est dit de coustume:Veni Creator spiritus, et prist son theume:In consilio justorum et congregatione, etc., c'est-à-dire: «au conseil et à rassemblée des justes les euvres de Nostre-Seigneur sont grans.» Et puis leur exposa le pape trois causes pour lesquelles il avoit fait assembler concile général: la première fu pour cause du fait énorme des Templiers, la seconde pour le secours de la Saincte Terre, la tierce pour la réformacion de toute universele églyse, et puis donna sa bénéiçon sus le peuple, et chascun s'en retourna en son lieu.

L'an mil trois cent douze, le lundi après Quasimodo, fu le secont siège du concile, en la grant églyse de Vienne, célébré. Et là vint le roy Phelippe avec ses frères et ses fils environ la Mi-Caresme, et avoit moult grant compaignie de barons et de nobles hommes; et se sist le roy à la destre du pape plus haut que les autres, mais il estoit plus bas que le pape; et prist le pape son theume:Non resurgunt impii in judicio, c'est-à-dire: «les mauvais ne se relèvent point en jugement.» Adonc le pape Climent, au concile général, l'ordre du Temple, non par voie de diffinitive sentence, comme il ne fu pas vaincu[260], mais par voie de provision ou de pourvoiance du siège de l'apostoile, quassa du tout en tout et anulla. Ensement en faveur et en l'aide de la Saincte Terre fut ottroiée du dit pape Climent au roy de France le diziesme des églyses jusques à six ans.

En cestui an Henri, roy des Romains, en la cité de Rome et en l'églyse Sainct-Jean de Latran, de monseigneur Nichole Dupin cardinal d'Ostie, et de deux autres cardinals du pape Climent à ce envoiés, de diadème impérial fu coronné. Et en ce tems, avant que le conseil se partist, le siège de Rome pourveust, le roy et les prélas à ce consentans, que les biens des Templiers feussent dévolus aux frères de l'Ospital afin qu'il feussent plus fors à la Saincte Terre recouvrer.

En ce meisme an, Pierre de Gavestonne, duquel l'en a parlé par devant, fu pris du conte de Lencastre en un chastel et ses complices avec luy, et luy fist-l'en coper la teste honteusement; dont le roy d'Angleterre fu moult courroucié, mais la paix en fu faicte par deux cardinals qui avoient esté envoiés du pape en Angleterre.

Et en ce tems, environ Noel, nasqui un fils au roy d'Angleterre de Ysabel sa femme fille du roy de France, lequel fu appellé Edouart.

Et en cest an, Simon qui premièrement avoit esté évesque de Noyon et de Biauvais, moru, auquel succéda Jehan de Marigni, frère Enguerran de Marigni, et chantre de Paris.

Coment les enfans le roy furent fais chevaliers.

ANNÉE 1313En l'an de grace ensuivant mil trois cent treize, Phelippe-le-Biau roy de France Loys, son ainsné fils, roy de Navarre avec ses deux autres fils, c'est assavoir Phelippe conte de Poitiers et Charles conte de la Marche[261], et pluseurs grans maistres et nobles, le jour de la Penthecouste, en la mère églyse de Nostre-Dame de Paris, fist chevaliers.

Et ice roy, ensement le jour du mercredi ensuivant, avec ses devant dis fils, enseurquetout son gendre le roy d'Angleterre Edouart qui lors estoit présent, avec les nobles chevaliers de l'un royaume et de l'autre, à passer la mer de la Saincte Terre, de la main au cardinal à ce député et establi, en l'isle Notre-Dame qui est au fleuve de Saine au preschement du dit cardinal ilec assemblés, pristrent la croix qui est le seing de la sainte enseigne Nostre-Seigneur Jhésucrist[262]. Et lors à celle feste de la Penthecouste, pour l'onneur de la dite cheval rie, fu Paris encourtiné solempnelment et noblement, et fu faicte la plus sollempnel feste et belle qui grant tems devant fu veue: car adecertes le jeudi ensuivant d'icelle sepmaine de la Penthecouste, tous les bourgois et mestiers de la ville de Paris[263]firent très belle feste, et vindrent, les uns en paremens riches et de noble euvre fais, les autres en robes neuves, à pié et à cheval, chascun mestier par soy ordené, au dessusdit isle Nostre-Dame, à trompes, tabours, buisines, timbres et nacaires, à grant joie et grant noise demenant et de très biaux jeux jouant. Et lors du dit isle, par dessus un pont fut fait sur nefs et bateaux nouvellement ordenés deux et deux[264]l'un mestier après l'autre, et les bourgois en telle guise ordenés vindrent en la court le roy par devant son palais qu'il avoit fait faire nouvellement de très belle et noble euvre par Enguerran de Marigni son coadjuteur et gouverneur du royaume de France principal. Auquel palais les troys roys, c'est assavoir: Phelippe-le-Biau roy de France, Edouart son gendre roy d'Angleterre et Loys son ainsné fils roy de Navarre, avec contes, dux, barons et princes des dessus dis royaumes, estoient assemblés pour veoir la dite feste des bourgois et mestiers qui aussi ordenéement et gentement venoient, et tout pour le roy et ses enfans honnorer. Et ensement après disner, en la manière dessus dite ordenés, revindrent à Sainct-Germain-des-Prés, au Prés-aux-Clers, là où estoit Ysabel royne d'Angleterre, fille le roy de France, montée en une tournelle avec son seigneur le roy d'Angleterre Edouart, et pluseurs dames et damoiselles, pour veoir la dite feste des dits bourgois dessus dis et des mestiers, et les vist et regarda, et moult luy plurent: laquelle feste tourna, envers le roy de France et aux siens, à très grans honneurs et louables, et aussi aux gens de Paris.

Et en cest an meisme, le prince de Tarente, environ la feste de la Magdalaine, espousa la fille de Charles conte de Valois er de Katherine sa femme, héritière de Constantinoble.

Et en ce meisme an, le mercredi après la feste de la Magdelaine, furent appellés du mandement le roy à Courtrai les barons et les prélas; et là fu paix faite entre le roy et les Flamens, par telle manière que les Flamens satisferoient au roy de la somme d'argent qui pieça avoit esté ordenée, et leur forteresces dès maintenant jusques à certain tems qui leur fu dit, et selon ce que les députés du roy ordeneroient, feroient abatre à leur propres cous et despens, et commenceroient à Bruges et puis à Gant: item il rendroient à messire Robert, fils au conte de Flandres, toute la chastellerie de Courtrai avec les appartenances; et de ces choses tenir il rendroient hostages, à greigneur seurté.

En cest an, Henry roy des Romains priva publiquement le roy Robert de Secile de sa couronne et de son royaume, pour la cause de ce qu'il avoit failli de comparoir par devant luy à certain temps. Laquielle privacion le pape Climent réputa estre pour nulle, et sé aucune estoit, du tout il l'annichiloit pour moult de causes, lesquielles sont en ses constitucions alléguées, et seroient moult longues à mettre en escript.

Et en cest an, au mois de juillet, un ost fu ordené par l'empereur contre le roy de Secile, et là ot l'empereur moult de belles victoires.


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