CXIII.

[163]RosnyetVétheuilsont dans les environs de Mantes, aujourd'hui département de Seine-et-Oise.

[163]RosnyetVétheuilsont dans les environs de Mantes, aujourd'hui département de Seine-et-Oise.

Auquel samedi retournèrent en ladite chambre de parlement, et là fu conseillié audit régent que il féist accort audit roy de Navarre, en luy baillant ce que dessus est dit. Si retourna à Mante et à Meulent le seigneur de Vignay qui ces choses traictoit pour ledit régent avec aucuns autres, par devers Friquet de Fricamp, le seigneur de Luce, et monseigneur Regnault de Braquemont qui ces choses traictoient pour le roy de Navarre. Lesquels vindrent à Paris parler audit régent, et leur ala à l'encontre Jehan Culdoe, lors prévost des marchans, acompaignié de Jehan Maillart et de aucuns autres de Paris jusques à Saint-Denis, afin, si comme l'en disoit, que on ne féist villenie à Paris aux dessusdis chevaliers du roy de Navarre. Et les conduist ledit prévost et sa compaignie jusques au Louvre, par devers ledit régent, lequel régent fist moult grant chière auxdis Friquet, seigneur de Luce et de Braquemont, jasoit ce que eussent esté des plus principaux conseilliers dudit roy et encore estoient ; et les fist mangier à sa table, et leur fist livrer chambre au Louvre. Et furent par pluseurs journées avec luy. Et après retourna ledit Braquemont par devers le roy qui estoit à Mante, si comme l'en disoit, et les deux autres demourèrent à Paris.

Item, le samedi dix-septiesme jour du moys d'aoust, ledit régent parti de Paris, et ala à St-Denis au disner, et au giste à Pontoise, là où le roy de Navarre devoit aler pour parler à luy et pour parfaire le traictié.

Des hostages qui furent envoiés à Meulent avant que le roy de Navarre osast venir à Pontoise par devers ledit régent.

Le lundi ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys d'aoust, après disner, ledit régent issi hors de Pontoise pour aler au devant du roy de Navarre, et mena ledit régent avec luy moult de gens d'armes, et chevaucha en alant vers Meulent environ une lieue.

Et lors vit ledit roy qui estoit issu dudit Meulent, et venoit devers ledit régent ; et avoit avec luy environ cent hommes d'armes ; et si en y avoit bien autant des gens ledit régent que il avoit envoiés contre ledit roy. Et si en avoit aucuns que ledit régent avoit envoiés pour convoier certains hostages lesquels monseigneur ledit régent avoit envoiés à Meulent, pour ce que ledit roy n'osoit né vouloit aler à Pontoise, sé il n'avoit hostages. Et furent hostages le duc de Bourbon, monseigneur Loys de Harecourt, le sire de Morency[164], le sire de Saint-Venant, monseigneur Guillaume Martel, le Baudrin de la Heuse et aucuns autres chevaliers, le prévost des marchans et deux bourgois de Paris. Mais ledit roy ramena avec luy ledit prévost et bourgois de Paris, quant il ala par devers ledit régent, et les autres demourèrent à Meulent.

[164]Morency. La maison de Montmorency est souvent ainsi désignée dans les anciens monumens.

[164]Morency. La maison de Montmorency est souvent ainsi désignée dans les anciens monumens.

Et quant ledit roy vit ledit régent sus les champs, il renvoia sa gent à Meulent, et ne retint avec luy que quarante chevaux ou environ. Si s'approchièrent l'un de l'autre, et avoient chascun le chapperon avalé[165], hors de la teste. Et quant il furent près l'un de l'autre, si se entresaluèrent, et retournèrent ensemble à Pontoise à l'anuitier. Et furent les torches alumées à l'entrée de la ville. Et mena ledit régent avec luy descendre ledit roy au chastel auquel le régent estoit hébergié ; et livra-l'en audit roy chambre dessous la chambre dudit régent, et ce soir souppèrent ensemble.

[165]Avalé. Descendu.

[165]Avalé. Descendu.

Et l'endemain, jour de mardi, fu le conseil des deux assemblé pour traictier de l'assiete des douze mille livrées de terre que ledit régent devoit baillier audit roy. Et réquéroit audit régent et son conseil ledit roy et son conseil que on luy baillast pour ladite terre, les viscontés de Faloise, de Baieux, d'Auge et de Vire. Et de ce ne furent pas à acort les gens du conseil dudit régent. Pour ce alèrent devers ledit régent, et luy distrent les requestes des gens dudit roy, et les offres qui leur avoient esté faites par les gens dudit régent. Et sembla audit régent que on le seurquéroit[166]de la partie dudit roy. Et pour ce envoia le conte d'Estampes par devers ledit roy et luy manda que sé il ne prenoit les offres qui luy avoient esté faites de par luy, lesquelles estoient bonnes et honnorables et raisonnables, que il n'auroit paix né acort avec luy, mais le feroit mettre seurement là où il l'avoit pris, et après féist chascun le mieux que il pourroit. Laquelle chose ledit roy ne voulut accorder ; et cuida-l'en que le traictié fust tout rompu.

[166]Surquéroit. Demandoit trop de choses exorbitantes.Surenchérissoit.

[166]Surquéroit. Demandoit trop de choses exorbitantes.Surenchérissoit.

Du bel langage que le roy de Navarre dist au conseil de monseigneur le régent.

L'endemain, jour de mercredi vint-et-uniesme jour du moys d'aoust, ledit roy manda un pou avant heure de disner le conseil dudit régent pour aler parler à luy en sa chambre, et leur dist que il vouloit estre bon ami du roy et dudit régent et du royaume de France ; car il véoit bien, si comme il disoit, que le royaume de France estoit sur le point d'estre destruit ; et luy, qui estoit si prochain de par père et de par mère, ne le povoit né vouloit souffrir. Et pour ce, ne vouloit avoir terre né argent, fors seulement la terre que il avoit par devant ; ains le vouloit emploier à faire tout le bien que il pourroit pour le royaume. Et il pensoit que l'en luy déserviroit sé il faisoit bien. Et dist, en oultre, que il vouloit ces choses dire devant le peuple.

Et ces choses ainsi dites au conseil dudit régent, ledit conseil s'en retourna devers le régent, et luy dit ces choses dont ledit régent moult s'esjoy, et aussi communément ceux qui l'oïrent, car par avant l'en tenoit que tout le traictié estoit rompu. Et disoient pluseurs que Dieu avoit inspiré ledit roy, sé il disoit en bonne entencion ce que il disoit. Et lors fu ordenné que on feroit venir des gens de ladite ville de Pontoise en la sale du chastel, et le roy diroit les choses dessus dites. Et ainsi fu fait celuy jour. Et leur dit le roy de Navarre ce qui dessus est dit ; et, oultre, que il délivreroit toutes les forteresces qui avoient esté prises depuis que il avoit esté ennemi du roy de France et du régent, par ses gens ou par ses aliés. Et assez tost après s'en partirent les Anglois qui estoient à Poissy, de Chaumont-en-Vouquessin, à Jouy, à la Ville-au-Tertre[167], et à Latainville. Dont pluseurs disoient que le roy de Navarre feroit bien besongne, et que, par ladite paix, moult de bien vendroit au royaume. Et les autres disoient que le roy de Navarre faisoit tout ce que il faisoit par cautèle et par malice, pour décevoir ledit régent et le peuple, et que il ne feroit jà bien de sa vie.

[167]La Ville-au-Tertre. Aujourd'huila Villetertre, près de Chaumont en Vexin. — Latainville, et non pasLa Chanville, comme dit Villaret. C'est un village encore plus rapproché de Chaumont quela Villetertre.

[167]La Ville-au-Tertre. Aujourd'huila Villetertre, près de Chaumont en Vexin. — Latainville, et non pasLa Chanville, comme dit Villaret. C'est un village encore plus rapproché de Chaumont quela Villetertre.

Coment monseigneur le régent parla bien en parlement pour le roy de Navarre, et de la response que fist maistre Jehan des Mares contre pluseurs traitres.

Le samedi, vint-quatriesme jour du moys d'aoust, ledit régent s'en retourna de Pontoise à Paris, et ledit roy s'en ala à Meulent. Et deurent estre à Paris ensemble, le dimenche premier jour de septembre ensuivant, pour ordener du fait de la guerre ; pour ce que l'en disoit que le navire du roy anglois estoit tout prest, et que celuy roy devoit passer brievement à grant ost pour venir en France. Et jasoit ce que ledit régent eust jà partout envoié lettres au royaume, contenant le traictié de la paix de luy et du roy de Navarre, par lesquelles il se pénoit, tant comme il povoit, de recommander ledit roy et de le mettre en la grace du peuple, toutesvoies ne le vouloit-il ou n'osa faire venir à Paris, jusques à ce que il eust parlé au peuple sur ce. Et pour ce fist une grande assemblée en la chambre de parlement, et là récita au peuple le traictié dudit roy, et leur dist de sa bouche qu'il ne vouloit point faire venir ledit roy de Navarre à Paris sé ce n'estoit de leur bon gré, et que il ne vouldroit point que l'en féist né déist audit roy né à ses gens aucunes choses qui leur déust déplaire.

Et lors, un advocat de parlement appellé maistre Jehan des Mares, pour et au nom du prévost des marchans et de ladite ville, respondi en substance que le peuple de Paris estoit joieux et lie de la bonne paix dessusdite, et leur plaisoit bien que il féist venir à Paris ledit roy toutesfois que il luy plairoit : mais les bonnes gens de Paris supplioient audit régent que il ne voulsist souffrir que aucuns traistres venissent à Paris que ledit maistre Jehan nomma lors. Et dist au régent que sé il venoient à Paris, que il tenoit fermement que le peuple ne les y pourroit souffrir. Et estoient ceux dont les noms s'ensuivent : maistre Robert le Coq évesque de Laon, maistre Michiel Casse chancelier de l'églyse de Noyon, Jehan de Sainte-Aude, Pierre de la Courtneuve, Vincent du Valrichier, Pierre des Barres, Gieffroi le Flament du porche St-Jaques et aucuns autres.

Lequel régent respondi que ce n'estoit point son entencion né sa volenté que lesdis traistres venissent à Paris ; et jasoit ce que ledit roy luy eust fait requeste pour les dessus nommés, afin que il leur pardonnast tout, toutesvoies ne luy avoit-il voulu accorder né pensoit à faire.

De l'outrageus subside que les gens du roy de Navarre prenoient sur toutes marchandises qui avaloient le pont de Meleun.

Le dimenche, premier jour de septembre l'an mil trois cens cinquante-neuf dessusdit, ledit régent ala à Saint-Denis à l'encontre du roy de Navarre qui y devoit estre et qui y fu ; et, le soir de celuy jour, vindrent à Paris au giste, et le mena ledit régent au Louvre avec luy descendre, et furent ensemble toute celle semaine, et le festoia et honnora ledit régent moult grandement ; et fist ledit régent pluseurs graces et dons à pluseurs des gens dudit roy qui avoient esté traitres du roy de France et du régent, son fils. Et avoient les gens dudit roy de Navarre grant asséis[168]et grant voix par devers ledit régent, dont pluseurs bonnes personnes qui bien et loyaument avoient servi ledit régent en avoient grant desplaisir. Et la semaine ensuivant se parti ledit roy de Paris, et s'en ala à Meleun pour mettre hors, si comme l'en disoit, pluseurs Navarrois qui encore y estoient, dont il ne fist rien. Et levoit-l'en de toutes marchandises qui passoient l'arche du pont de Meleun trop grant subside ; c'est assavoir : de chascun tonnel de vin, six escus d'or ; de chascun muy de grain, deux escus ; de vint-cinq molles de busches, un escu ; d'une couple de foing, huit escus ; d'un millier de costerès, un escu ; et des autres choses à la value ; et disoit-l'en que c'estoit pour paier les Navarrois qui avoient demouré au chastel et en la ville de Meleun, qui s'estoit tenue de la partie du roy de Navarre : dont moult de gens estoient merveilliez, car il convenoit[169]que ceux qui avoient esté ennemis des François et qui les avoient pilliés, robés et tués fussent paiés de leur gages, du temps qu'il avoient esté ennemis du chastel et de la chevance des François. Et quant le roy de Navarre ot esté à Meleun avec ses seurs, la royne Blanche et Jehanne, par quatre fois ou par cinq, il s'en parti et y laissa encore les Navarrois. Et si ne délivra pas Creil qui estoit tenu des Anglois, et toutesvoies avoit-il promis à la délivrer, mais que l'en luy baillast six mille royaux, desquels la ville de Paris fist finance. Mais il ne furent pas bailliés audit roy pour ce que on ne véoit pas que la délivrance de Creil fust bien preste ; car un Anglois en estoit capitain, lequel on appelloit monseigneur Jehan de Foudrigay, lequel ne le vouloit pas rendre sans plus grant finance que de six mille royaux.

[168]Grant asséis. Grande influence, haute position.

[168]Grant asséis. Grande influence, haute position.

[169]Il convenoit. Il étoit décidé, consenti, accordé.

[169]Il convenoit. Il étoit décidé, consenti, accordé.

Coment monseigneur le régent ala à Rouen ; et d'une incidence.

Le huitiesme jour du mois de septembre, parti de Paris ledit régent pour aler à Rouen ; et ala à Saint-Denis où il demoura deux jours ; et après à Pontoise et à Vernon, et entra en la ville de Rouen, le dix-huitiesme jour dudit mois.

Incidence. En cest an, furent les moys de juillet, d'aoust et le commencement de septembre tant pluvieus que la plus grant partie des grains furent tous germés ès champs, pource que on ne les povoit mener à ville. Et disoit l'en que, tant pour celle cause comme pour les pilleries que ceux des garnisons françoises faisoient, il seroit moult grant chierté de blé. Et dès lors enchieri forment ; car le sextier de fourment valoit à Paris, à la Saint-Rémy, quatre livres parisis et plus, et une queue de vin vermeil de Bourgoigne valoit plus de cinquante livres parisis ; mais la monnoie estoit foible, car un escu valoit bien quarante-huit sous parisis, et assez tost après valut cinquante-deux sous parisis.

De la revenue du régent à Paris et des nopces Jehan, conte de Harecourt ; et coment le captau de Buef prist la ville de Clermont.

Le lundi septiesme jour d'octobre ensuivant, retourna ledit régent de Rouen à Paris ; et entra le lundi devant soleil levant à Paris, accompagnié de seize hommes de cheval ou environ ; et avoit chevauchié toute la nuit, car le dimenche précédent il avoit souppé à Vernon bien tart et de là s'en vint toute nuit à Paris.

Item, le lundi quatorziesme jour d'octobre, Jehan, conte de Harrecourt, fils du conte de Harrecourt qui avoit eu la teste coppée à Rouen, si comme dessus est devisé, espousa Catherine, seur du duc de Bourbon et fille du duc qui avoit esté mort en la bataille de Poitiers, là où le roy Jehan avoit esté pris, et seur aussi de la duchesse de Normendie, de la royne d'Espaigne et de la contesse de Savoie. Et furent les nopces au Louvre près de Paris ; et y furent présens ledit régent et le roy de Navarre.

Item, le mardi douziesme jour de novembre ensuivant, fu la tour du pont Sainte-Maxence prise par certains Anglois que le capitain de la tour tenoit prisonniers dedens ladite tour.

Item, le lundi ensuivant dix-huitiesme jour dudit moys de novembre, l'an mil trois cent cinquante-neuf dessus dit, devant le point du jour, fu eschiellé le chastel de Clermont en Beauvoisin et la ville prise par un gascoin de la partie du roy anglois, appelé le cateau de Buef[170], lequel estoit venu de Mante par devers le roy de Navarre, son cousin et ami très espécial, sous sauf-conduit dudit régent, lequel sauf-conduit avoit esté donné audit cateau par ledit régent, à la requeste et prière dudit roy de Navarre. Et le sauf-conduit durant, il prist lesdis chastel et ville de Clermont.

[170]Le cateau de Buef. Captal de Buch. Jean de Grailly, captal deBuschou deBuch, petit pays du Bordelois. Le château deCapou tête deBuschdonnoit à celui qui le possédoit le titre decaptal. On a écrit ce nom deBuschde bien des façons, mais les meilleures leçons desChroniques de Saint-Denisle donnent, ici, comme nous l'avons préféré ; et deux vers de la chanson de geste deBertrand Du Guesclinjustifient cette orthographe :Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier,Que du catal de Buef mengerai un quartier,Né je ne pense à nuit autre char mengier.Du père de Jean de Grailly descendent en ligne directe féminine les rois de France de la maison de Bourbon.

[170]Le cateau de Buef. Captal de Buch. Jean de Grailly, captal deBuschou deBuch, petit pays du Bordelois. Le château deCapou tête deBuschdonnoit à celui qui le possédoit le titre decaptal. On a écrit ce nom deBuschde bien des façons, mais les meilleures leçons desChroniques de Saint-Denisle donnent, ici, comme nous l'avons préféré ; et deux vers de la chanson de geste deBertrand Du Guesclinjustifient cette orthographe :

Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier,Que du catal de Buef mengerai un quartier,Né je ne pense à nuit autre char mengier.

Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier,

Que du catal de Buef mengerai un quartier,

Né je ne pense à nuit autre char mengier.

Du père de Jean de Grailly descendent en ligne directe féminine les rois de France de la maison de Bourbon.

Coment le roy d'Angleterre et ses fils, à tout leur effort, vindrent devant Rains ; et de la mort Martin Pisdoe, bourgois de Paris.

En celuy mois de novembre, le roy d'Angleterre, le prince de Galles son ainsné fils et autres de ses fils, le duc de Lenclastre et toute la puissance d'Angleterre, passèrent la mer et arrivèrent à Calais ; et chevauchièrent par l'Artois et par le Vermandois droit vers Rains, et misrent le siège devant ladite ville de Rains, d'une part et d'autre de la rivière de Veele. Et fu le roy d'Angleterre logié à Saint-Baale, à quatre lieues de Rains[171]ou environ. Le prince de Galles, son ainsné fils, estoit logié à Ville-Dommange, à deux lieues de Rains ; le conte de Richemont et celuy de Norentonne[172]à St-Thierri, à deux lieues de Rains ; le duc de Lenclastre à Brimont, assez près de Rains ; le mareschal d'Angleterre et monseigneur Jehan de Biauchamps estoient à Brétigny[173], à une lieue de Rains. Et chevauchoient les gens dessus nommés chascun jour tout environ Rains, par telle manière que à peine povoit aucun de pié ou de cheval entrer dedens la ville né issir.

[171]A quatre lieues de Rains. L'abbaye de Saint-Basle est à trois lieues de Reims au-dessus du bourg de Verzy. Ses ruines sont encore respectables à l'entrée de la forêt de Reims.

[171]A quatre lieues de Rains. L'abbaye de Saint-Basle est à trois lieues de Reims au-dessus du bourg de Verzy. Ses ruines sont encore respectables à l'entrée de la forêt de Reims.

[172]NorentonnepourNorthampton.

[172]NorentonnepourNorthampton.

[173]Brétigny. Ou plutôtBetheny.

[173]Brétigny. Ou plutôtBetheny.

Item, le samedi darrenier jour de novembre, jour de la saint Andrieu, ledit régent publia, en la chambre de parlement, certaines ordenances que il avoit faites celle sepmaine en son conseil, sur la rescription des officiers royaux, lesquels il jura, en sa personne, la main mise sur le livre ; et aussi les fist jurer à ses officiers qui présens estoient.

Item, le lundi, pénultième jour du moys de décembre ensuivant, un bourgois de Paris appelé Martin Pisdoe fu décapité ès halles de Paris, sur un eschaffaut. Et après ot coppés les deux bras et les deux cuisses ; et fu la teste mise sur le pillori des halles ; et chascun desdis membres fu pendu hors des quatre portes principales de Paris, chascun membre à une potence de fust, qui pour celle cause fu faite. Et fu ledit bourgois ensi exécuté pource que il avoit traictié avec aucuns familiers et officiers du roy de Navarre, de traïr le roy de France, la ville de Paris et ledit régent. Et devoient entrer à Paris gens d'armes par diverses portes, et eux herbergier en divers lieux. Et aucuns d'eux devoient aler au Louvre, où devoit estre ledit régent, plus fors que ledit régent. Et là devoient tuer tous ceux que il voulsissent, et après courir toute la ville et prendre les places par la ville, afin que les gens de ladite ville ne se peussent assembler. Et fu ceste chose sceue et révélée par un autre bourgois appelé Denisot le Paumier, à qui ledit Martin avoit la chose descouverte, afin que il fust de l'aliance dessus dite.

Coment le roy d'Angleterre se parti de devant Rains sans rien faire, et de la prise de pluseurs chevaliers françois estant en une bastide devant Tournelles.

ANNÉE 1360

Le dimanche onziesme jour de janvier, environ mienuit, le roy d'Angleterre et tout son ost après ce qu'il ot demouré devant Rains par quarante jours, se desloga et s'en parti sans ce que il eust donné assaut né donnast à ladite ville ; et s'en ala droit vers Chaalons. Et passa par devant sans arrester et sans y donner assaut. Et passèrent la rivière de Marne au-dessus de ladite ville, et chevauchièrent par la Champaigne et passèrent la rivière d'Aube et celle de Seine, à Mery et à Pons[174]. Et passa l'ost du duc de Lenclastre par devant Sens sans y donner assaut. Et le roy d'Angleterre et ses enfans s'en alèrent par devers Cerisiers et par devers Brinon l'Archevesque ; et alèrent par devant Aucerre vers Rougemont. Et demoura le roy une pièce en une ville que on appelle Guillon. Et là alèrent à luy ceux du duchié de Bourgoigne et firent pactis avec luy et luy donnèrent deux cent mille flourins afin que il ne féist dommage audit duchié. Et si luy accordèrent que il eust des vivres dudit duchié pour son argent[175]. Et ce fait, ledit roy se parti et s'en ala vers Nevers[176]et passa la rivière de Yonne à Collanges-sur-Yonne. Et envoyèrent ceux de la contée de Nevers par devers luy, et raençonnèrent toute la contée et la baronnie de Donzi-au-Pré. Et lors se mist à chemin à s'en venir par le Gastinois droit vers Paris, et vint le prince de Galles par devers Moret en Gastinois, droit à une forteresce qui lors estoit angloise, appelée les Tournelles[177], devant laquelle forteresce pluseurs de ceux de France avoient fait une bastide et se y estoient mis à siège. Et jasoit ce que il sceussent bien la venue dudit prince, il ne s'en partirent pas. Si se mist ledit prince devant ladite bastide et la fist assaillir ; et finablement dedens trois ou quatre jours après, lesdis François qui estoient dedens ladite bastide, pource que il n'avoient que boire né que mangier, se rendirent audit prince. Et là furent pris messire Haguenier seigneur de Bouville, le seigneur d'Aigreville, messire Jehan des Bares, messire Guillaume du Plessie et messire Jehan Braque, tous chevaliers, et pluseurs autres, jusques au nombre de quarante combattans ou environ.

[174]MeryetPonssont bâties toutes deux sur la Seine, mais Pons est tout près du confluent de l'Aube. —Cerisiersest à quatre lieues au-dessus de Sens, à la droite de l'Yonne, etBrinonest entreCerisiersetAuxerre. — L'Abbaye de Rougemontest près de Montbar. Le village deGuillonest plus rapproché d'Avallon.

[174]MeryetPonssont bâties toutes deux sur la Seine, mais Pons est tout près du confluent de l'Aube. —Cerisiersest à quatre lieues au-dessus de Sens, à la droite de l'Yonne, etBrinonest entreCerisiersetAuxerre. — L'Abbaye de Rougemontest près de Montbar. Le village deGuillonest plus rapproché d'Avallon.

[175]Ce traité, si peu honorable pour les conseillers du jeune duc de Bourgogne, est transcrit dans le nouveau Rymer, tomeIII, p. 473, sous la date du 10 mars 1360.

[175]Ce traité, si peu honorable pour les conseillers du jeune duc de Bourgogne, est transcrit dans le nouveau Rymer, tomeIII, p. 473, sous la date du 10 mars 1360.

[176]Vers Nevers. C'est-à-dire qu'il fit mine de vouloir passer dans le Nevernois. —Coullange-sur-Yonneest au-dessous de Clamecy ;Donzyest au-dessus.

[176]Vers Nevers. C'est-à-dire qu'il fit mine de vouloir passer dans le Nevernois. —Coullange-sur-Yonneest au-dessous de Clamecy ;Donzyest au-dessus.

[177]Les Tournelles. Ce doit êtreDormelles, près de Moret.

[177]Les Tournelles. Ce doit êtreDormelles, près de Moret.

Item, le lundi devant Pasques flouries, l'an mil trois cent cinquante-neuf, vingt-troisiesme jour de mars, fu la monnoie publiée à Paris, à deux deniers pour le denier blanc, qui par avant valoit deux sous parisis ; et le royal d'or, que l'en mettoit par avant pour quatorze sous parisis, à trente-deux sous parisis. Et valoit lors le sextier de bon fourment quarante-huit livres parisis ou environ de ladite foible monnoie.

Item, le mardi avant Pasques les grans, darrenier jour de mars, le roy d'Angleterre se loga en l'ostel de Chantelou[178], entre Mont-Lehery et Chatres, et tous ses enfans et tout son ost ès villes d'environ, jusques près de Corbueil et jusques à Longjumel. Et fu prise journée de traictier de paix, par le moyen frère Symon de Langres, maistre de l'ordre des Jacobins, légat de par le pape en France pour celle cause, qui jà par pluseurs fois avoit esté par devers ledit roy d'Angleterre et aussi par devers ledit régent. Et assemblèrent lesdis traicteurs le vendredi bénoît, troisiesme jour du moys d'avril ensuivant, en la Maladerie de Longjumel ; et là furent pour ledit régent le seigneur de Fiennes, lors connestable de France ; messire Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, lors mareschal de France ; le seigneur de Garancières ; le seigneur de Vignay, du pays de Vienne[179]; messire Symon de Bucy et messire Guichart d'Angle, chevaliers, et aucuns clercs conseillers et secrétaires. Et pour ledit roy d'Angleterre furent le duc de Lanclastre, le conte de Norentonne, le conte de Warvhic ; messire Jehan de Chandos, tous anglois, messire Gautier de Mauny Hanuyer. Et tantost se départirent sans faire aucun traictié.

[178]Chantelou. On retrouve ce petit castel sur la carte de Cassini.

[178]Chantelou. On retrouve ce petit castel sur la carte de Cassini.

[179]Du pays de Vienne. Il est nomméAymar de la Tourdans le traité de Bréquigny.

[179]Du pays de Vienne. Il est nomméAymar de la Tourdans le traité de Bréquigny.

Coment le roy d'Angleterre vint près de Paris, luy et son ost, et fu-l'en assemblé pour traictier, mais l'en ne pout lors accorder.

L'an de grace mil trois cent soixante, le mardi après Pasques les grans, qui fu le septiesme jour d'avril, ledit roy d'Angleterre et tout son ost deslogièrent et s'approchièrent de Paris et se logièrent icelluy jour, c'est assavoir ledit roy à Chastellon près Mont-Rouge, et les autres à Jcy, à Vanves, à Vaugirart, à Gentilly, à Quaichant et ès autres villes environ. Et celuy jour s'en monstrèrent pluseurs en bataille devant Paris, mais pour ce ne issi aucun de ladite ville.

Item, le vendredi ensuivant, dixiesme jour dudit mois d'avril, retournèrent aucuns des dessus nommés pour ledit régent, pour traictier par l'amonestement de l'abbé de Clugny qui tantost estoit venu de par le pape, pour traictier entre les parties. Et assemblèrent les traicteurs en une maladerie appelée la Banlieue[180], qui est outre la tombe Ysore. Et y furent pour ledit Anglois les autres dessus nommés. Et tantost se partirent aussi sans aucun traictié faire, si comme il avoient fait par avant.

[180]La Banlieue. Peut-êtreBagneux.La Tombe Ysore, située dans l'endroit même où l'on a pratiqué de notre temps l'entrée des catacombes, étoit autrefois untumulusoù les traditions poétiques vouloient qu'eût été enseveli le géantIsoré, tué devant Paris par le fameuxGuillaume d'Orange. C'est dans ce combat singulier que le héros de tant deChansons de gesteavoit perdu la plus grande partie de son nez. Et voyez le sort des traditions poétiques! Plus tard, vers le quinzième siècle, on crut que le surnom de Guillaumeau Court-nezétoit dû au cor ou cornet dont il se servoit en guise decri de guerre. Les barons qui se prétendoient sortis de son illustre sang prirent donc pour blason uncor de chasse, que leurs descendans de la maison d'Orangegardent encore en mémoire de Guillaume d'Orangeau Cornet.

[180]La Banlieue. Peut-êtreBagneux.La Tombe Ysore, située dans l'endroit même où l'on a pratiqué de notre temps l'entrée des catacombes, étoit autrefois untumulusoù les traditions poétiques vouloient qu'eût été enseveli le géantIsoré, tué devant Paris par le fameuxGuillaume d'Orange. C'est dans ce combat singulier que le héros de tant deChansons de gesteavoit perdu la plus grande partie de son nez. Et voyez le sort des traditions poétiques! Plus tard, vers le quinzième siècle, on crut que le surnom de Guillaumeau Court-nezétoit dû au cor ou cornet dont il se servoit en guise decri de guerre. Les barons qui se prétendoient sortis de son illustre sang prirent donc pour blason uncor de chasse, que leurs descendans de la maison d'Orangegardent encore en mémoire de Guillaume d'Orangeau Cornet.

Coment l'en rassembla à Brétigny pour traictier. Et sont après les noms de ceux qui furent commis tant d'une part comme d'autre.

Le dimenche jour de Quasimodo, douziesme jour dudit mois d'avril l'an dessus dit, le roy d'Angleterre et tout son ost se deslogièrent des villages d'entour Paris au matin et en vindrent pluseurs batailles assez près de Saint-Marcel, en faisant semblant que il attendissent que l'en issist de Paris pour les combattre : mais rien n'en fu fait, jasoit ce que en Paris eust grant foison de gens d'armes nobles et autres avec ceux de ladite ville. Mais les portes et les murs furent bien garnis de gens d'armes et de ceux de ladite ville de la partie d'oultre Petit pont ; et n'estoit pas la ville effréée. Et quant lesdis Anglois orent demouré sur les champs jusques environ heure de tierce, il s'en partirent et s'en alèrent après leur charios et leur autres batailles qui s'en aloient devant le chemin vers Chartres. Et boutèrent les feux, dès le samedi précédent, en grant foison des villes entour Paris de ce costé. Et alèrent jusques vers Bonneval et vers Chasteaudun[181]. Et firent assez sentir tant par l'abbé de Cligny, légat du pape en France pour traitier de paix, comme par autres, que il entendroient volentiers audit traictié de paix, sé ledit régent vouloit envoyer par devers eux. Et pour ce, par délibération du conseil, ledit régent envoya à Chartres pluseurs de son conseil, entre lesquels estoient messire Jehan de Dormans evesque de Beauvais et chancelier de Normendie[182], messire Jehan de Meleun conte de Tancarville, lequel estoit encore prisonnier de la bataille de Poitiers aux Anglois, là où le roy de France avoit esté pris ; messire Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, le seigneur de Montmorency, le seigneur de Vinay, messire Jehan de Groslée, messire Symon de Bucy premier président de parlement, maistre Estienne de Paris chanoine, maistre Pierre de la Charité chantre de l'églyse Nostre-Dame de Paris, messire Jehan d'Augerau doien de Chartres, maistre Guillaume de Dormans et maistre Jehan des Mares advocat en parlement, Jehan Maillart bourgois de Paris et aucuns autres. Et partirent de Paris le lundi après la saint Marc, vingt-septiesme jour du mois d'avril.

[181]Bonneval et Chasteaudun. A douze lieues au-delà de Chartres.

[181]Bonneval et Chasteaudun. A douze lieues au-delà de Chartres.

[182]Normendie. C'est-à-diredu duc de Normendie. Avant leXVIesiècle on n'entendoit rien autre chose, par les motstrésorier de Franceoumaréchal de France, que lestrésoriers ou les maréchaux du roi de France.

[182]Normendie. C'est-à-diredu duc de Normendie. Avant leXVIesiècle on n'entendoit rien autre chose, par les motstrésorier de Franceoumaréchal de France, que lestrésoriers ou les maréchaux du roi de France.

A celuy jour furent à Chartres et trespassèrent oultre, en alant vers ledit roy d'Angleterre. Et envoièrent par devers luy et son conseil, pour savoir où il assembleroient pour traictier. Auxquels de la partie de France fu fait assavoir que il retournassent vers Chartres et que ledit roy anglois traiteroit vers là. Et ainsi le firent les François et s'en retournèrent vers Chartres. Et le roy d'Angleterre s'en ala logier à une lieue près ou environ en un lieu appelé Sours[183]. Et prisrent place pour assembler à un lieu qui a nom Brétigny, à une lieue de Chartres ou environ.

[183]Sours. Aujourd'hui bourg considérable à deux lieues de Chartres. Brétigny, qu'on trouve encore sur la carte de Cassini, est un hameau qui paroît en dépendre. La plupart des manuscrits, même celui de Charles V, portentDours. J'ai préféré le no9652.

[183]Sours. Aujourd'hui bourg considérable à deux lieues de Chartres. Brétigny, qu'on trouve encore sur la carte de Cassini, est un hameau qui paroît en dépendre. La plupart des manuscrits, même celui de Charles V, portentDours. J'ai préféré le no9652.

Item, le vendredi premier jour de mai, l'an dessus dit, assemblèrent audit lieu de Brétigny les dessus dis de la partie de France et les gens dudit roy anglois ; entre lesquels furent le duc de Lencastre, le conte de Norentonne, le conte de Varvich, le conte de Surfort, monseigneur Regnault de Cobehan, messire Barthélemy de Broueys, messire Gautier de Mauny, tous chevaliers, et pluseurs autres jusques au nombre de vingt-deux personnes. Et toute la sepmaine continuèrent le traictié, tant que par le plaisir de Dieu et de la glorieuse vierge Marie, le vendredi ensuivant huitiesme jour du mois de mai, il féirent accort de paix par la manière qui s'en suit.

Cy est la teneur d'une des lettres monseigneur le régent, de l'adveu des traicteurs de paix de la partie du roy de France et de luy.

« Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de Normendie, dauphin de Viennois, à tous ceux qui ces lettres verront salut. Nous vous faisons savoir que tous les débas et descors quelconques meus et demenés entre monseigneur le roy de France et nous, d'une part, et le roy d'Angleterre d'autre part, pour le bien de paix est accordé le huitiesme jour de mai, l'an mil trois cent soixante, à Brétigny, en la manière qui s'en suit :

» Premièrement, que le roy d'Angleterre, avecque ce que il tient en Guienne et en Gascoigne, aura pour luy », (et cætera, si comme ès articles ci-dessous est contenu.) »Toutes lesquelles choses si dessoubs escriptes et chascune d'icelles faites et accordées et ordonnées en la présence de révérent père en Dieu, nostre très chier et feal chancelier Jehan, par la grace de Dieu, esleu de Beauvais ; nos amés et féaux conseillers maistre Estienne de Paris chanoine, Pierre de la Charité chantre de l'églyse de Paris, Jehan d'Augerau doien de Chartres, messire Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, Charles sire de Montmorency, Aymart de la Tour sire de Vinay, Jehan de Grolée, Regnault de Gouillons, Pierre d'Omont, Symon de Bucy, maistre Guillaume des Dormans, Jehan des Mares, Jehan Maillart bourgois de Paris, maistre Macé Guery, Nichole de Veres, nos clers, secretaires, commis et députés de par nous sur ce, avec les commis et députés de par le roy d'Angleterre, ci-dessous nommés, c'est assavoir : Messire Henry duc de Lenclastre, Guillaume conte de Norentonne, Thomas conte de Warvich, Rauf conte de Stafort, Williame conte de Saleberys, messire Gautier sire de Mauny, messire Regnault de Cobehan, messire Jehan de Beauchamp, messire Guy de Brienne[184], Franc de Hale, Jehan captau de Buef, Barthélemy de Brouéis[185], Guillaume de Granson, Jehan Chandos, Noel Loreng, Richard la Vache, Mile de Stapelancon[186], chevaliers, monseigneur Jehan de Winewic, chancelier dudit roy d'Angleterre ; maistre Henry de Assliton[187], maistre Guillaume de Ludgeburc, maistre Jehan Branquete, Adam Hiltenet Willame de Tupinon[188]; l'an et le jour, au lieu dessus dit, à l'onneur de la benoite Trinité, Père, Fils et saint Esprit ; de la benoite glorieuse vierge Marie, et pour la révérence de nostre saint père le pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal en sa personne, et puis sa promotion, par révérens pères en Dieu les cardinaux de Boulogne et de Pierregort, nos cousins, et d'Urgel, qui furent de par luy envoiés en France et en Angleterre, qui en faire ceste paix ont adjousté et mis très grant et bonne diligence ; et de nos bien amés frère Andrieu de la Roche abbé de Clugny, et messire Hue de Genevre[189]seigneur d'Auton, messages derrenièrement envoiés par devers nous sur ce, de par nostre dit saint père, qui ont diligemment sur ce travaillié et traictié ; et receus les sermens desdis procureurs et autres dessus nommés en tesmoignant chascune d'icelles ès noms que dessus, nous acceptons, accordons, agréons, approuvons et confermons de nostre certaine science, et le voulons avoir en vigueur et fermeté, si et par telle manière que sé nous les eussions traictiés, parlés, accordés, jurés et promis en nostre propre personne. »

[184]De Brienne. Le nouveau Rymer écritBrian. (T.III, p. 493.)

[184]De Brienne. Le nouveau Rymer écritBrian. (T.III, p. 493.)

[185]Broueys. Rymer :BurgosheetBurgash.

[185]Broueys. Rymer :BurgosheetBurgash.

[186]Stapelancon. Rymer :Stapelton.

[186]Stapelancon. Rymer :Stapelton.

[187]Assliton. Rymer :Ashton. —LudgeburcpourLougteburg.

[187]Assliton. Rymer :Ashton. —LudgeburcpourLougteburg.

[188]Tupinon. Rymer :Tyrringham. — La fin de cet instrument, à compter de là jusqu'au chapitre suivant, n'a pas été connue des éditeurs de Rymer.

[188]Tupinon. Rymer :Tyrringham. — La fin de cet instrument, à compter de là jusqu'au chapitre suivant, n'a pas été connue des éditeurs de Rymer.

[189]Genevre. La bulle d'Innocent VI, en date du 4 mars précédent, le nomme «deGebenna, dominum de Hauton» ; et non pas d'Autun, comme le P. Daniel. (T.V, p. 509.)

[189]Genevre. La bulle d'Innocent VI, en date du 4 mars précédent, le nomme «deGebenna, dominum de Hauton» ; et non pas d'Autun, comme le P. Daniel. (T.V, p. 509.)

Cy commence toute l'ordenance du traictié entre les deux roys de France et d'Angleterre.

« Edouart[190], fils au noble roy de France et d'Angleterre, prince de Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut. Nous vous faisons assavoir que de tous les débas et descors quelconques, meus et démenés entre nostre très chier et redoubté seigneur et père, roy de France et d'Angleterre, d'une part, et nos cousins le roy et son ainsné fils régent le royaume de France, et pour tous ce qu'affiert d'autre part, pour bien de paix est accordé, le huitiesme jour de may, l'an de grace mil trois cens soixante, à Brétigny delès Chartres, par la manière qui s'ensuit :

[190]Edouart fils, etc.Pourquoi le traité n'est-il pas fait au nom du roi lui-même qui se trouvoit présent? Sans doute parce qu'il ne croyoit pas de sa dignité de traiter avec le fils du roi, ou peut-être pour ne pas donner une force trop insolente au titre deroi de France et d'Angleterre, qu'il osoit bien encore y prendre.

[190]Edouart fils, etc.Pourquoi le traité n'est-il pas fait au nom du roi lui-même qui se trouvoit présent? Sans doute parce qu'il ne croyoit pas de sa dignité de traiter avec le fils du roi, ou peut-être pour ne pas donner une force trop insolente au titre deroi de France et d'Angleterre, qu'il osoit bien encore y prendre.

»Le premier article. Premièrement, que le roy d'Angleterre, avec ce qu'il tient en Gascoigne et en Guyenne, aura pour luy et pour ses hoirs, perpétuellement à tous jours, toutes les choses qui s'ensuivent à tenir par la manière que le roy de France ou son fils ou aucuns de ses antécesseurs roys de France les tindrent, c'est assavoir ce que en souveraineté en souveraineté, ce que en demaine en demaine ; et pour le temps et manière cy-dessoubs desclairiés, la cité, le chastel et la conté de Poitiers et toute la terre et le païs de Poitou, ensamble le fief de Touars et la terre de Belleville ; la cité et chastel de Saintes et toute la terre et le pays de Saintonge, par deçà et par delà la Charente ; la cité et le chastel d'Agen et la terre et le païs d'Agenois ; le chastel et la cité et toute la conté de Pierregort et la terre et le païs de Piereguys ; la cité et le chastel de Limoges et la terre et le païs de Limousin ; la cité et le chastel de Caours et la terre et le païs de Caoursin ; la cité, le chastel et la terre de Tarbe ; la terre, le païs et la conté de Bigorre ; la conté, la terre et le païs de Gaure ; la cité et le païs d'Angoulesme ; la contée et la terre et tout le païs d'Angolemois ; la cité, le païs et le chastel de Rodès ; la contrée et le païs de Rouergue. Et sé il y a aucuns seigneurs, comme le conte de Fois, le conte d'Armignac, le conte de Lille, le conte de Pierregort, le visconte de Limoges ou autres qui tiennent aucunes rentes dedens les mettes[191]desdis lieux, il feront hommage audit roy d'Angleterre et tous autres services, et devoir deus à cause de leur terres et lieux, en la manière qu'il ont fait au temps passé.


Back to IndexNext